cimetière des BATIGNOLLES

Mise à jour exhaustive novembre 2021
mercredi 1er décembre 2021
par  Philippe Landru

Lorsqu’il ouvrit ses portes en 1833, le cimetière ne faisait que quelques ares et était destiné à accueillir les défunts de la nouvelle commune de Monceau-Batignolles, née en 1830 de la séparation du territoire de Clichy. Il fallut progressivement l’agrandir face à l’accroissement de la population. Intégré dans Paris lors de l’annexion de 1860, le cimetière prit sa physionomie actuelle.

Avec ses 10 hectares, ce cimetière est aussi grand que celui de Montmartre. Exilé à la périphérie, pollué par le périphérique qui l’enjambe malheureusement depuis 1969, il n’est pas aidé par sa topographie : il est terriblement plat et l’intérieur de ses divisions ne brille pas par leur végétation. A cela s’ajoute une numérotation irrationnelle de ses divisions. C’est donc un cimetière très largement ignoré, le plus mal aimé des grands cimetières parisiens.

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Outre le périphérique, le cimetière donne depuis 2018 sur le nouveau tribunal judiciaire de Paris.

Pourtant, il recèle un nombre important de sépultures notables, certaines par la notoriété de leurs occupants, d’autres pour leur intérêt esthétique. A bien des égards, il peut être considéré comme une version appauvrie du cimetière de Montmartre : même type de « clientèles » (littérateurs et compositeurs très oubliés, monde politique quasiment absent…). De fait, le cimetière Montmartre étant déjà bien plein, on y enterra davantage au XXe siècle ceux qui, au XIXe siècle, auraient atterris Avenue Rachel. Aussi, on ne s’étonnera pas de voir un assez grand nombre de petites personnalités liées à la Butte. Enfin, s’il ne peut évidemment pas être comparé au cimetière de Sainte-Geneviève-des-Bois, la présence d’un très grand nombre de membres de la diaspora culturelle russe et ukrainienne est à noter, particulièrement autour des divisions 24 et 25.


Les célébrités : les incontournables…


- Léon BAKST (25ème division)
- André BARSACQ (25ème division)
- Lucien et Jean BOYER (2ème division)
- André BRETON (31ème division)
- Gaston CALMETTE (15ème division)
- Blanche CAVELLI (31ème division)
- Blaise CENDRARS (7ème division)
- Fédor CHALIAPINE (cénotaphe dans la 25ème division)
- Joseph DARNAND (32ème division)
- Alain KRIVINE (4ème division)
- Benjamin PERET (31ème division)
- Charles-Louis POTHIER (31ème division)
- Marcel et Hélène ROCHAS (8ème division)
- Marion SARRAUT (6ème division)
- Ray VENTURA (32ème division)
- Paul VERLAINE (11ème division)
- Edouard VUILLARD (26ème division)


Ils furent inhumés ici, mais leur tombe a été reprise


- C’est dans la 31ème division de ce cimetière que reposait la demi-mondaine Cora PEARL (Emma Elizabeth Crouch : 1835-1886). Considérablement enrichie durant sa carrière de courtisane mondaine, elle séduisit la plus haute aristocratie du Second Empire, notamment le prince Napoléon et le duc de Morny (c’est pour elle que fut créé le terme de « grande horizontale ». On la surnommait également « le plat du jour » !). Sa carrière déclina après la chute de l’Empire, et elle mourut oubliée et dans la gène, non sans avoir fait paraître ses Mémoires. On cherchera en vain sa tombe, qui a été reprise.

- Auguste Villiers de l’Isle-Adam fut inhumé dans ce cimetière avant d’être transféré au Père-Lachaise. Idem pour Raimu avant son transfert à Toulon.

- Le ministre Roger DUCHET (1904-1981) fut inhumé ici avant son transfert à Milly-Lamartine (71).

- L’auteur dramatique Raoul RALPH (comte Raoul d’Audiffret : 1861-1911) avait été inhumé en ce cimetière, mais il fut transféré en 1981 à Saint-Raphaël (83).

- le constructeur de motos, puis d’automobiles Michel WERNER (1859-1905) repose dans un caveau provisoire de ce cimetière de sa mort (août 1905) jusqu’au mois d’octobre. J’ignore ce qu’il advint de ses restes par la suite.

- La comédienne Emilienne DUX (Fanny Deux : 1874-1950), sociétaire de la Comédie française, qui joua au théâtre et au cinéma, et qui fut la mère du du chansonnier revuiste Paul Colline et du comédien Pierre Dux, fut inhumé dans ce cimetière mais sa tombe fut reprise en 1997.

- le danseur et chorégraphe italien Gaetano SARACCO (1856-1922) fut inhumé dans la 25ème division, mais sa tombe fut reprise en 1983.

- La romancière Jeanne MARAIS (Lucienne Marfaing : 1888-1919), dont la tombe, dans la 2ème division, fut reprise en 1981.

- L’officier croate Geza MATTACHICH (1867-1923), qui eut une liaison avec Louise de Belgique, fille de Léopold II roi des Belges, fut inhumé dans la 25ème division de ce cimetière mais ses restes furent conduits à l’ossuaire dès 1930.

- L’activiste sociale, femme de lettres, éditrice, activiste culturelle et sociale et bienfaitrice russe Varvara UEXKÜLL von GYLLENBAND (1850-1928) fut inhumée dans la 25ème division mais sa tombe fut reprise en 1983.

- Le peintre Charles WALCH (1896-1948) fut inhumé en bordure de l’Avenue des Jardins dans la 31ème division, mais ses restes furent exhumés et transférés en février 2004 au cimetière de Thann (68).

On trouve dans certains sites que le peintre, graveur et lithographe Loÿs DELTEIL (1869-1927), qui fut également un historien d’art, reposerait dans ce cimetière, mais la Conservation ne possède aucune trace de son inhumation.


Les tombes qui posent problème !!!


Si un(e) fouineur (se) de l’extrême à une explication, je suis preneur....

- Anna de BELOCCA (Anna de Bellockh : 1852-1919) : chanteuse contralto russe, elle se produisit dans diverses villes d’Europe, puis devint membre de la Strakosch Opera Company. Dans les registres, il est indiqué qu’elle fut inhumée le 31 janvier 1919 dans la 2ème division, 3ème ligne et 8ème tombe de l’avenue centrale. Il est précisé « 1ère inhumation » : aucune mention d’exhumation ou de reprise. Une chose est certaine : elle n’y est plus. J’ai vérifié les registres sur les années qui suivent : on ne retrouve pas sa trace.

- Le journaliste et romancier Pierre-Louis ENAULT (1824-1900), qui fut également traducteur. Avec lui repose son épouse, la peintre Alix-Louise ENAULT (Alix Bardin : 1846-1909). Ils sont indiqués sur les registres 16ème division, 1ère ligne, 9ème tombe de l’avenue circulaire. Problème similaire à celui de Petit : cette division ne donne pas sur cette avenue mais sur l’avenue du Nord. Là encore, aucune mention de reprise ou d’exhumation sur les registres.

- La peintre Gabrielle DEBILLEMONT-CHARDON (1860-1957), qui fut portraitiste et miniaturiste. Indiquée dans les registres dans la 30ème division, 1ère ligne et 1ère tombe. Simple donc : une tombe d’angle de division ! Sauf que l’on ne trouve rien, alors qu’il n’y a aucune mention d’exhumation. Son numéro de concession est indiqué dans le registre : 43 PA 1932. Effectivement, pour avoir longer la bordure à l’avant et à l’arrière des tombes, elles ont bien été loties en 1932.

- La peintre de fleurs Jeanne AMEN (1861-1923). Indiquée dans la 32ème division, 17ème ligne, tombe 67. Certes, il y a eu pas mal de reprises dans cette division donc on peut s’attendre à ce qu’une tombe de 1923 ait été reprise. Outre le fait qu’il n’y a aucune mention d’exhumation sur le registre, la ligne ne possède pas 67 tombes !


… mais aussi


J’ai fait le choix de présenter le cimetière par divisions. A l’intérieur de chacune sont présentés, à la manière des autres articles, les tombeaux notables, puis les célébrités bénéficiant d’une aura moins large. Vous pouvez dès lors arpenter l’article en visiteur patient. Pour les plus pressés, un coup de [ctrl+F] vous permettra de vous rendre au plus vite vers la personnalité visée.


1ère division


A l’entrée du cimetière, la 1ère division se caractérise par la présence de quelques belles chapelles souvent ornées.
Une curiosité parmi elles : celle des Lannes de Montebello, où sont indiqués plusieurs membres de la famille (Lannes de Montebello, Périer, Roydeville) qui sont tous également indiqués dans une chapelle de la 27ème division du Père Lachaise.

-  Emilienne d’ALENÇON (Emilie André : 1870-1945) : courtisane, elle fit partie, avec Liane de Pougy et Caroline Otero, des Trois Grandes de la Belle Epoque. Elle joua dans de nombreuses revues aux Folies Bergère, à la Scala ou au Variétés. Elle défraya la chronique par ses liaisons, tant avec les hommes (Jacques d’Uzes, Léopold II) qu’avec les femmes (Renée Vivien).
Elle repose dans la chapelle Normand, qui contient de nombreuses photos d’elle.

- La comédienne Wanda de BONCZA (Marie-Emilie Ruhkowska : 1872- 1902), sociétaire de la Comédie française, qui mourut prématurément de maladie.

- Jane MARGYL (Jeanne Clémence Floriet : 1874-1907) : Cette mezzo-soprano du début du XXe siècle ne laisse pas un souvenir impérissable. On sait qu’elle débuta dans Dalila en 1905. Sa tombe, sur la droite à l’entrée, attire le regard : le groupe en marbre qui la surmonte est de François-léon Sicard, auquel on doit de nombreuses statues dans Paris. Un lecteur du site apporte les informations complémentaires suivantes :

Bonjour, j’ai découvert au hasard d’une recherche sur Google votre site ou l’on parle de qq’1 de ma famille : Jane Margyl enterrée aux Batignolles. Je suis étonnée de voir que l’on parle de sa tombe sur de nombreux sites, qu’on la voit en photo sur le net etc... Même si je savais qu’on la cite plusieurs fois sur le site français de la culture ayant été une grande cantatrice. Elle a d’ailleurs sont buste à l’opéra de paris.

C’est pourquoi je tenais à vous préciser qq détails afin de mettre à jour si vous le désirez votre page web qui lui est dédiée. Elle est morte jeune en pleine gloire d’une crise d’appendicite. Son cercueil (cercueil blindée car elle souhaitait être enterrée avec ses partitions, sa musique lui appartenant) a été ramené à Paris pour qu’elle y soit enterrée dans un des caveaux familiaux. François Sicard a effectivement sculpté le « groupe de marbre » qui orne désormais le caveau. C’est ma grand mère, sa soeur qui a posée pour la sculpture. La sculpture est d’un seul bloc et représente la musique qui pleure sur la tombe. Ma grand mère également décédée y est également enterrée. Jane Margyl était un pseudonyme, pas très loin de son véritable nom d’ailleurs.

Il y a bien longtemps que je ne m’y suis rendu pour m’y recueillir, chose que je vais réparer très bientôt.

Merci. Walter.

- Le député Alfred MUTEAU (1850-1916) : commissaire de la Marine, il publia de nombreux livres et articles de presse. Il fut député de la Côte-d’Or de 1898 à 1914, inscrit au groupe de la Gauche démocratique.

- Claude NOLLIER (Yvette Nollier : 1919-2009). comédienne de théâtre, elle fut pensionnaire de la Comédie-Française de 1946 à 1951. Elle entama une modeste carrière au cinéma dans les années 1940 et travailla notamment avec André Cayatte, John Huston, Sacha Guitry et Julien Duvivier. Elle est surtout connue pour avoir interprété à maintes reprises le rôle de Jeanne d’Arc à l’Opéra de Paris, dans Jeanne au bûcher, de Paul Claudel et Arthur Honegger, dans la mise en scène de Jean Doat. Elle repose dans la chapelle Platet-Dupuy.


2ème division


- Le poète Jacques de BEURVILLE.

- Lucienne BREVAL (Berthe Liserte Schilling : 1869-1935) : D’origine allemande, cette cantatrice débuta à Paris dans L’Africaine de Meyerbeer, puis remporta un grand succès en 1893 pour son incarnation de Brünhilde dans La Walkyrie de Wagner. Elle s’imposa progressivement comme une chanteuse wagnérienne, dont on louait les qualités de tragédienne, mais elle refusa d’apprendre l’allemand et ne se produisit jamais à Bayreuth, ce qui l’empêcha de faire une plus grande carrière internationale. Elle créa également des rôles dans les opéras de Massenet. Sa tombe comporte une reproduction de l’Athéna pensive.

- Marguerite DEVAL (Marguerite Brulfert de Valcourt : 1868-1955) : comédienne et chanteuse d’opérettes, elle débuta en 1884 aux Bouffes-Parisiens puis se produit aux Nouveautés et aux Folies-Dramatiques. Elle apparut dans de nombreuses revues. Elle fonda en 1900 le théâtre des Mathurins qu’elle dirigea jusqu’en 1905. C’est à 64 ans qu’elle entama une carrière cinématographique : cela ne l’empêcha pas de jouer jusqu’en 1951 dans une trentaine de films !

- René DOIRE (1879-1959) : compositeur (auteur de musique instrumentale et vocale), chef d’orchestre et critique d’art, il fut rédacteur en chef du Courrier musical.

- Hélène DUTRIEU (1877-1961) : ancienne championne de cyclisme belge (En 1897 et 1898 elle remporta les championnats du monde de cyclisme sur piste à Ostende, en Belgique, où elle acquit le surnom de « La Flèche Humaine »), elle devint la seconde aviatrice de l’histoire devancée uniquement par l’aviatrice française, la baronne de la Roche, qui avait obtenu son brevet six mois auparavant. Elle remporta dans cette discipline plusieurs prix et fut détentrice de nombreux records. Avec elle repose son époux, Pierre MORTIER (Pierre Mortjé : 1882-1946). Journaliste –il dirigea le Gil Blas-, romancier et auteur dramatique, il fut député radical-socialiste de Seine-et-Marne de 1932 à 1936.

- L’actrice Claire DUHAMEL (Marie-Claire Viraut : 1925-2014), qui joua au théâtre et au cinéma, essentiellement dans les années 50 et 60. Son apparition la plus populaire fut son interprétation de Madame Darbon, la mère de Christine (Claude Jade), dans les films de François Truffaut, Baisers volés et Domicile conjugal.

- Le sculpteur Nane FOURNIER (1911-1936). Sa chapelle est ornée d’une massive porte en bronze.

- André HUGON (1886-1960), qui réalisa un très grand nombre de films entre 1913 et 1952. Il fut également scénariste et producteur. Il fut en particulier l’auteur de films « provençaux » adaptés des œuvres de Jean Aicart. Son œuvre n’est plus guère médiatisée, mais il demeure connu pour avoir réalisé, en 1929, le premier film parlant français, (Les trois masques ).

- Le librettiste André MOUËZY-EON (1880-1967), qui devint célèbre au début du XXe siècle en se lançant dans le vaudeville militaire, genre très prisé à l’époque. Dans les années 1920, il s’orienta vers l’opérette. Il créa plusieurs pièces à grand spectacle, des opérettes et des sketchs avec Albert Willemetz Directeur du théâtre du Châtelet après la Seconde Guerre mondiale, il fut également scénariste et dialoguiste pour le cinéma.

- Le journaliste Julien de NARFON (1863-1919), auteur d’ouvrages religieux.

- Le compositeur Henri ORSAT (1854-1923).

- La peintre tchèque TOYEN (Marie Čermínová : 1902-1980). Sa rencontre en 1922 avec Jindřich Štyrský fut un jalon : elle partagea dès lors son destin artistique. En 1925, ils s’installèrent pour quatre ans à Paris, où ils participèrent la même année à l’exposition « l’Art d’aujourd’hui ». En 1923, elle adhèra au groupe d’avant-garde Devětsil. Ses premières recherches partaient du cubisme. Bien vite, l’artiste exprima, à travers une pâte brute et des textures ravinées, le monde géologique soumis à l’action d’usure des eaux (le Marais, 1928). À partir de 1931, son œuvre se peuple d’objets insolites, flottant dans un espace évocateur de paysages nocturnes ou sous-marins. En 1934, Toyen adhèra au groupe des surréalistes de Tchécoslovaquie. Elle participa à toutes les expositions internationales du surréalisme.

- Le peintre Louis Abel TRUCHET (1857-1918), qui réalisa de nombreuses toiles de la vie parisienne nocturne au tournant du XIXe et XXe siècles, ainsi que des paysages et des scènes de genre, traités dans un style postimpressionniste. Engagé volontaire en 1914, l’armée utilisa ses compétences d’artiste peintre à la Section de camouflage. Il mourut des suites d’une blessure de guerre peu avant la fin des hostilités. Après sa mort, sa veuve reprit les pinceaux de son mari en adoptant son style de peinture... ainsi que sa signature.


4ème division


- Jules CLÈRE (1850-1934), publiciste et secrétaire rédacteur de la chambre des députés, il laissa plusieurs ouvrages biographiques sur les hommes politiques de son temps, en particulier le remarquable Les Hommes de la Commune, toujours bien utile de nos jours.

- Marie FOURNIER (1846-1921), de la Comédie française. Elle repose dans la tombe Charlier.

- L’architecte paysagiste Henry MARTINET (1867-1936), qui fut le fondateur d’Hendaye-Plage. Il travailla dans différents pays, comme la Bulgarie, à la demande du prince Ferdinand 1er où il resta plusieurs années afin d’améliorer les nombreuses propriétés du souverain. Il réalisa de nombreux parcs et jardins de villes françaises, comme à Pau, à Valenciennes, à Biarritz, à Aix-les-Bains, à Hendaye, à Châtellerault... Avec lui repose son fils, Gilles MARTINET (1916-2006), qui fut un des fondateurs du journal Le Nouvel Observateur et du Parti socialiste unifié (PSU) et ambassadeur de France en Italie de 1981 à 1984. Il fut en outre un des premiers députés européens de 1979 à 1981. Sa fille fut l’épouse d’Alain Krivine.

- Les architectes Georges (1878-1950) et Pierre ORIEME (1903-1977).


5ème division


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