Les Pezon : des hommes et des fauves à la Belle Epoque

mercredi 22 avril 2020
par  Philippe Landru

L’occasion de découvrir une famille où on ne vivait pas vieux ; un arbre à la Zola où tous ne paraissaient pas très fréquentables !

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Plaque en hommage aux Pezons à Rimeize - 2005

Jean-Baptiste Pezon (1800-1849), colporteur en Lozère, et Catherine Cornut eurent plusieurs enfants, dont cinq garçons survivants. Placés très tôt comme bergers, ils se lancèrent dans le dressage d’animaux de cirque. C’est Baptiste qui commença en devenant meneur de loup, tandis que Jean devint montreur d’ours. C’est ainsi que commença l’histoire de la ménagerie Pezon.

- 1) Pierre PEZON (1825-1895), l’aîné, demeura à Rimeize où il fut agriculteur. Il y mourut ainsi que sa descendance. A voir lors d’un prochain voyage si je peux trouver trace des tombeaux de cette branche en Lozère.

- 2) Jean, dit « Jean-Baptiste » PEZON (1827-1897)

Il fut le plus connu de tous. À l’âge de 17 ans, il quitta son village natal, Rimeize, en compagnie d’un loup qu’il avait capturé puis dressé deux ans plus tôt. Il se dirigea vers Paris, et acheta son premier lion en 1848. Il s’associa à son frère Jean et créa la Ménagerie Pezon. Ils présentent des fauves, mais aussi des serpents, des singes …

Vers 1885, Baptiste Pezon s’installa à Montreuil sous Bois, au 6 de la rue Gutenberg [1]. Il y exploita sa ménagerie sous l’enseigne « Grande ménagerie lozérienne » qui en 1890 devint « Grand établissement zoologique français ». Il se caractérisa par son dressage en douceur. « Sa méthode était à l’opposé de la manière théâtrale de son concurrent Bidel. Jamais de coup de feu, peu de coups de pistolet ou de fusées, éblouissant les fauves de leurs étincelles imprévues ». Il créa, avec son lion Brutus qu’il chevauchait, un véritable numéro de duettistes : c’est ce lion qui servit de modèle à Frédéric Bartholdi pour le Lion de Belfort, érigé en 1880. Pezon avait des rapports cordiaux avec de nombreux artistes : Toulouse-Lautrec lui rendait visite très souvent à Montreuil pour faire des croquis des fauves (entre autres la lionne Bellone).

Bien que vivant dans l’aisance, mais pas millionnaire comme on a pu l’écrire, il mourut dans sa roulotte [2], face au 118 Boulevard Rochechouart à Paris [3].

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Acte de décès de Jean-Baptiste Pezon - 1897
L’acte précise bien qu’il mourut « face au 118 Bd Rochechouart ».
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Funérailles de Jean-Baptiste Pezon
Le cercueil traverse la ménagerie et est présenté à ses fauves. Selon les témoignages, ceux-ci dormaient ou n’y portèrent pas grande attention !
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Face au 118 Bd Rochechouart - vue actuelle
Au 118, on trouve les salles de spectacle de la Cigale ainsi que la Boule Noire. A gauche, l’immeuble moderne « Le Bouglione », construit à l’emplacement de l’ancien cirque Medrano, racheté puis détruit par les Bouglione car il leur faisait de l’ombre (voir l’article On enterre aussi les clowns : histoire du cirque vue par les cimetières). L’évocation circassienne et artistique du bas-Montmartre est encore présente pour ceux qui en ont les clés !

Il fut inhumé au Père Lachaise, dans la 86ème division, dans le caveau qu’il avait acheté en 1877 à la mort de son jeune fils Emile. Ce fameux tombeau que tous les habitués du Père Lachaise connaissent, et sur lequel il fut statufié chevauchant son lion Brutus par Prosper Lecourtier.

Dans ce caveau repose également sa descendance [4] :
- Maria-Marguerite (1864-1894), son aînée, qui épousa son cousin Gilbert dit Alexandre Pezon (voir descendance Théodore).
- Adrien (1871-1920), qui reprit la « Grande Ménagerie Lozérienne » qu’il rebaptisa « Universelle Ménagerie ». En 1906, il vendit cette ménagerie pour racheter une affaire plus moderne et créer le « Nouvel Établissement Adrien Pezon » associant fauves et cinéma. Mais la belle époque des ménageries foraines était passée : en 1909 Adrien se retira gardant toutefois quelques fauves dans la maison de Montreuil.
- Emile (1872-1877), pour lequel le caveau fut acheté.
- Baptistine (1873-1902) [5].
- Théodore (1875-1884).

- 3) Jean PEZON (1831-1874), dit « Jean de l’Ours »

Directeur de ménagerie, il fut à l’origine avec son frère Jean-Baptiste de la première « ménagerie Pezon ». Il mourut, tout comme une partie de sa descendance, à Saint-Chély-d’Apcher (48). Là encore, il faudra voir si je retrouve des traces de cette branche dans cette commune. Pour être plus précis, on compte parmi ses enfants survivants :
- Eugène Gilbert, dit Eugène (1860-1885), qui fut blessé mortellement à Toulon (83) par Brutus, fils du lion favori de son oncle Baptiste.
-  Joséphine, dite Léonda (1863-1938), qui fut également dompteuse, et reprit la ménagerie de son père. Son premier époux, Emilien Castanet, était également dompteur, écuyer, torero, acrobate, funambule et aéronaute ! Ils furent mariés dans la cage aux lions avec quatre spécimens comme témoin et s’envolèrent en ballon de Marseille pour leur voyage de noce (ils furent repêchés par des marins au large de l’île Pomègue !). Emilien voulut tenter en 1888 l’exploit de traverser de nuit le champs de Mars d’Angers, sur un câble tendu à 20mdu sol, avec sur la tête une pièce d’artifice qui s’enflammerait au milieu du parcours. L’explosion tardive d’un pétard lui fit faire une chute et il mourut peu après, à l’âge de 31 ans. Léonda vendit sa ménagerie en 1912 et se retira à Bruxelles où elle mourut.
- Gilbert (1866-1930), devant les difficultés économiques vendit sa ménagerie. Il mourut d’une pneumonie à Châlons-en-Champagne (51). Il eut un fils, Jean (1901-1941), qui racheta la ménagerie de son père. En 1941, Jean, démobilisé, retrouva ses chers fauves confiés pour un temps au jardin d’acclimatation. Lydie, Sa lionne préférée qu’il avait élevé en semi-liberté et qu’il faisait répété seul, tant la bête était réputée douce, tua son dresseur. Avec lui s’éteignit la vocation circassienne de la famille Pezon.
- Anna (1870-1918), dompteuse.

- 4) Théodore PEZON (1840-1880)

Il dirigea également sa ménagerie pour laquelle il obtint de nombreux prix. Il se fixa en 1878 à Chamalières (63), commune d’origine de son épouse (née Constantial) où il acheta un terrain pour faire construire sa maison connue encore aujourd’hui sous le nom de “Villa Pezon”. Bien que mort à Châlons-en-Champagne (51), il fut inhumé dans le caveau de sa belle-famille à Chamalières.Une discrète tête d’enfant sculpté au dessus du nom de Théodore pourrait évoquer son fils Michel-Abel, né et mort en 1875.

Dans ce caveau reposent également :
- Gilbert dit Alexandre (1861-1895). Il avait épousé sa cousine Maria-Marguerite (voir descendance de Baptiste) qui elle repose dans le tombeau du Père Lachaise.
- Eugénie (1923)
- Théodora (1936)

Edmond (1868-1916), son dernier fils, est le seul qui n’y repose pas : également directeur de ménagerie, il mourut dans la misère en 1916 à Paris et fut inhumé dans la 22e division du cimetière parisien de Saint-Ouen. Il avait épousé sa cousine Baptistine qui ne repose pas avec lui (voir descendance de Baptiste).

- 5) Justin PEZON (1846-1875)

Indéniablement la branche la plus chaotique de la famille. Il fut également directeur de ménagerie, et fut tué par un ancien régisseur sur la route entre Châteaudun et Orléans en 1875. Je ne sais pas ce que devint sa dépouille.
Parmi ses enfants survivants figurent :

- Justine dite Jeanne (1865-1935) qui fut dompteuse. Elle dirigea jusqu’en 1910 la ménagerie de son père, nommé dans un premier temps « L’établissement zoologique » qui avec le temps devint « L’établissement zoologique de Melle Pezon », dont son mari M. Sieber en était l’administrateur (à cette époque, les femmes ne pouvaient pas par elle-même gérer une entreprise commerciale). En 1907, elle s’associa pour un temps à son cousin Adrien, le fils aîné de Jean-Baptiste, pour participer à la Foire au pains d’épice, l’ancêtre de la foire du Trône parisienne.
- Louis (1866-1904) : dompteur également, il fut condamné le 31 juillet 1891 par arrêt de la Cour d’Assise de la Seine à la peine de 6 ans de travaux forcée pour coups et blessures volontaire ayant occasionné la mort sans intention de la donner sur son beau-frère qui avait tué son chien (!). Il fut interné aux Iles du Salut et mourut à Cayenne. L’interné fut décrit comme « Ivrogne et débauché, vivant de son travail et de la prostitution de sa maitresse ». On retrouve dans Gallica le récit sordide exhaustif du procès. On y apprend que les relations de famille n’étaient pas au beau-fixe : non seulement Baptiste nia en un premier temps que Louis fut son neveu, mais on y a apprend par la suite qu’il l’employa en l’exploitant après son retour du service militaire, et qu’il ne l’aida pas malgré des blessures que Louis avait reçu de la part des lions de Baptiste !


Biblio : quelques sites dont j’ai tiré une partie des portraits et des affiches :

- le site de l’une des descendantes de Théodore Pezon
- Au delà des racines


[1Il ne reste rien de son passage et des habitations ont remplacé l’ancienne ménagerie.

[2Et pas dévoré par son lion Brutus, comme certains gogos le racontent encore aux touristes. La rumeur provient du fait que les membres de cette famille furent très souvent blessé par leurs animaux - Baptiste l’avait été par son ours Groom- et que plusieurs moururent effectivement des suites de leurs blessures, dont son neveu Edmond, tué par Brutus Jr, fils de Brutus...Tu quoque fili !

[3Qu’il privilégiait à sa résidence de Montreuil.

[4Sur ses six enfants, seul Désire (1865-1867), mort à Aurillac avant l’achat du caveau, n’y repose pas.

[5Elle avait épouse son cousin Edmond Pezon (voir descendance de Théodore), en avait divorcé en août 1902, et mourut quatre mois plus tard !


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