La descendance naturelle de Napoléon Ier

mercredi 5 décembre 2012
par  Philippe Landru

Un tour rapide pour établir le devenir funéraire de la descendance naturelle de l’empereur Napoléon Ier.

Napoléon Ier, on le sait, n’eut qu’un fils légitime, le fameux Aiglon qu’Hitler fit ramener à Paris durant l’Occupation, et qui repose désormais auprès de son père aux Invalides. J’ai déjà écrit un article sur eux : je n’y reviens pas (on consultera Les Bonaparte)

On le sait, on prête à Napoléon un grand nombre de maîtresses. Plusieurs descendances lui sont également attribuées, sans aucune preuve. Nous nous limiterons donc aux trois cas plus sérieux.


avec Eléonore DENUELLE de la PLAIGNE (1787-1868)


PNG - 61.8 ko Fille d’un couple de bourgeois parisiens, elle fut admise au pensionnat de Madame Campan, où elle fit la connaissance des sœurs de Napoléon. Marié une première fois avec un aventurier, elle devint lectrice de Caroline Bonaparte. Très vite, elle devint aussi la maîtresse du mari de sa bienfaitrice, puis, sur la recommandation de ce dernier, de l’Empereur en personne. Le 13 décembre 1806, Éléonore mit au monde un fils, Charles Léon (qui suit). Le père en était Napoléon, qui fut informé de l’évènement alors qu’il était en Pologne. Le fait est fondamental : outre qu’il ait été le premier fils de l’empereur, cette naissance lui prouva ainsi qu’il pouvait engendrer des enfants, ce qui accéléra la séparation d’avec Joséphine et le mariage avec Marie-Louise.

Éléonore ne revit jamais le père de son enfant. Lorsqu’elle se présenta au château de Fontainebleau, l’année suivante, l’Empereur refusa de la recevoir. Elle fut cependant pourvue d’une rente annuelle confortable. Elle se maria encore deux fois. Elle mourut à Paris, dans son appartement du 20 boulevard Malesherbes, le 30 janvier 1868.

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Acte de décès d’Eléonore Denuelle de la Plaigne
Paris, 1868

Elle se fit enterrer, dans la 41e division du Cimetière du Père-Lachaise, avec au cou la chaîne et la médaille pieuse que lui avait offertes Napoléon. JPEG - 62 ko

- Charles COMTE LÉON (1806-1881) fut donc le JPEG - 16 ko premier fils naturel de Napoléon Ier et de Catherine Éléonore Denuelle de la Plaigne. On dit qu’il ressemblait étonnement à son père (ce qui éloigna pour l’empereur la suspicion qu’il ait été de Murat. Il se fit surtout connaître pour ses dettes de jeu ou ses duels. Affairiste sans succès, il dépensa tous les subsides que son père, puis son cousin Napoléon III, lui versèrent. Il mourut dans la gène et fut inhumé dans le carré des pauvres du cimetière de Pontoise (95). Ses restes disparurent en 1901, dispersés dans l’indifférence générale.

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Acte de mariage Lecomte Léon et Jonet Françoise
Paris, 1862

Il avait épousé en 1862 Françoise Jonet (1831-1899). L’acte de mariage est intéressant dans la mesure où il permet de voir :

1) Que « Comte Léon » était devenu son patronyme (il le passa à ses enfants. Certains furent même déclarés sous le patronyme « Lecomte Léon »).
2) C’est à l’occasion de ce mariage qu’il légitima trois de ses enfants : le premier, déjà décédé, ne le fut à priori pas. Deux filles restaient à naître du couple.

Si la tombe du comte Léon a disparu, il n’en est pas de même de celle de son épouse, qui repose dans le village de Vitz-sur-Authie, dans la Somme. Selon Bertrand Beyern, ses restes furent déposés dans ce caveau par une journaliste du Figaro, Mlle Lédé (+1982), qui repose également dans ce tombeau, dont l’épitaphe proclame « Ici, repose la Comtesse Léon, belle fille de Napoléon 1er, décédée à Villeroy le 12 mars 1899, épouse du comte Léon… Fils naturel d’Eléonore de la Plaigne et de l’Empereur qui lui donna les deux dernères syllabes de son nom » (la fin de l’épitaphe étant devenue illisible sur le socle de la croix, il fut ultérieurement réécrit sur la dalle moderne). JPEG - 69.4 ko JPEG - 61.2 ko JPEG - 73.6 ko

Le couple eut cinq enfants :

- Charlie Léon (1854-1855) : mort bébé, et dont j’ignore la localisation de la tombe (sans doute fut-il inhumé à Saint-Denis (93)).
- Charles (1855-1894), qui fut le « second comte Léon ». Il se maria et resta sans descendance. Il mourut au Vénézuela, mais j’ignore le lieu de sa dernière demeure.
- Gaston (1857-1937), troisième comte Léon, qui fut VRP et vendait des dictionnaires Larousse ! Il s’installa et mourut à Montaut, dans les Landes, et c’est là bas qu’il fut inhumé, avec sa seconde épouse (on consultera également cet article). JPEG - 31.7 ko JPEG - 29.2 ko JPEG - 17.9 ko
- Fernand (1861-1918), qui fut écuyer de cirque et travailla dans la troupe de Buffalo Bill ! Bien que marié, il repose seul dans le tombeau de sa grand-mère Denuelle de la Plaigne au Père Lachaise. JPEG - 40.7 ko
- Charlotte (1867-1946) : institutrice, elle fut nommée à Boghari (auj. Ksar el Boukhari) en Algérie, et y travailla pendant dix ans. Elle épousa un cultivateur, Armand Mesnard, et le couple rentra en France fin 1895 et s’installa à Sérignan. C’est là que naquît son fils, Daniel Napoléon Jean Fernand MESNARD (1896-1917). Ce dernier mourut pour la France, à l’âge de 21 ans, au Fort de la Pompelle, près de Reims. Tous trois reposent également dans le caveau familial du Père Lachaise. JPEG - 68.6 ko

La tombe familiale du Père Lachaise fut rénovée par l’ACMN. La plaque que l’association posa sur la dalle rappelle la « mémoire » du comte Léon mais n’indique pas qu’il se trouve ici, contrairement à ce que l’on peut lire dans certains sites. JPEG - 89.4 ko

La descendance du comte Léon par voie masculine se poursuivit par son unique fils ayant eut une descendance, Gaston, mais il était dit que la branche devait s’éteindre puisque si sur les six enfants du couple, il y eut bien deux garçons, aucun des deux n’eut une descendance. Gaston eut effectivement :

- Gaston (1886-1976), 4ème comte Léon, qui fut employé de commerce et mourut au Raincy (93) : j’ignore pour l’instant s’il repose dans le cimetière de cette commune.
- Charles (1911-1994), son demi-frère né d’un second mariage, qui fut le 5ème et dernier comte Léon. Il repose avec son épouse au cimetière de Pontcarré (77). JPEG - 76.9 ko JPEG - 73.2 ko

Il n’existe donc plus de descendants portant le nom de comte Léon, mais la descendance féminine se poursuit de nos jours à partir de plusieurs branches.


avec Marie WALEWSKA (Maria Łączyńska : 1786-1817)


JPEG - 6.6 ko La « maîtresse polonaise » de Napoléon, qui était animée d’une foi mystique dans la résurrection de son pays, ne perdit pas de vue cette perspective lorsqu’elle « accepta » de céder à ses avances, et la création par Napoléon du Grand-duché de Varsovie n’est pas sans lien avec l’attachement profond qu’il lui voua. Marié à un barbon qui avait presque trois fois son âge, puis à Philippe d’Ornano, elle resta finalement assez attachée et reconnaissante à l’empereur au point d’être allé le voir à l’île d’Elbe. Elle mourut à 31 ans seulement alors qu’elle était enceinte. Selon ses volontés, elle repose dans la crypte familiale de l’église de Kiernozia, en Pologne, mais son coeur est restée à Paris et se trouve dans la chapelle Ornano de la 67ème division du Père Lachaise. JPEG - 57.7 ko JPEG - 71.5 ko

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Carditaphe de Marie Walewska
Chapelle Ornano, Père Lachaise, 67ème division

Elle eut un fils de Napoléon :

- Alexandre WALEWSKI (1810-1868) : JPEG - 15.8 ko fils naturel de Napoléon Ier (à qui il ressemblait beaucoup), il participa en 1830 aux mouvements insurrectionnels polonais. Naturalisé français, il fut successivement ambassadeur de France à Florence, Naples, Madrid et Londres. Ministre des Affaires-étrangères en 1855, il remplaça Morny à la présidence du Conseil législatif en 1865.

Il repose dans une chapelle de la 66ème division du Père Lachaise, à Paris. Il eut sept enfants de trois femmes différentes (deux épouses légitimes et la tragédienne Rachel).

Avec lui reposent également une partie de ses descendants :
- Le comte Alexandre Colonna-Walewski (1844-1898), qu’il eut avec Rachel. C’est par lui uniquement qu’une descendance masculine de Napoléon existe encore de nos jours.
- Le comte Charles Colonna-Walewski (1848-1916)
- Le comte Henri Colonna-Walewski (1873-1882), fils d’Alexandre

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avec Albine de MONTHOLON (1779-1848)


JPEG - 5.4 ko Épouse en troisième noce du comte Charles Tristan de Montholon, elle devint la maîtresse de Napoléon et l’accompagna dans son exil à Sainte-Hélène avec sa famille.

A sa mort, son corps embaumé fut déposé dans la crypte de la Chapelle des Pénitents bleus de Montpellier (34). On dit qu’Hitler avait donné l’ordre en 1944 de faire transférer le corps d’Albine aux Invalides près de celui de Napoléon, ce qui ne fut pas fait. Elle reposait dans un cercueil en verre où il y a encore quelques années, on pouvait encore voir, à travers une plaque de verre, sa momie portant bonnet. A la demande de ses descendants en 2008, son cercueil a été recouvert d’une plaque en marbre et la crypte est désormais difficilement visitable. JPEG - 26.7 ko

JPEG - 26.8 ko Des suspicions fortes (mais aucune preuve) existent sur la possibilité d’une naissance naturelle issue de Napoléon en la personne de la petite Joséphine Napoléone de MONTHOLON (1818-1819). Née à Sainte-Hélène, le bébé fut ramené à Bruxelles où elle mourut à l’âge de un an.

Elle fut d’abord inhumée au cimetière de Saint-Josse-ten-Noode, pour être ensuite transférée au nouveau cimetière de Bruxelles à Evere lorsque le vieux cimetière fut désaffecté. Son tombeau, refait, est toujours visible : on y a enchâssé l’ancienne plaque de marbre blanc sur lequel, difficilement lisible, est écrit : Joséphine Napoléone de Montholon née à Ste Hélène le 26 Janvier 1818 morte à Bruxelles le 30 Septembre 1819, dernière filleule de Napoléon. JPEG - 47.9 ko JPEG - 28.8 ko


Sources photos :
- Vite-sur-Authie : Simon Tiron
- Evere : www.napoleonprisonnier.com
- Kiernozia : compte Picasa inconnu


Commentaires

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La descendance naturelle de Napoléon Ier
mercredi 2 mars 2016 à 18h32 - par  Bernadette Bessodes

Le tombeau d’Albine de Montholon à la Chapelle des pénitents bleus de Montpellier (34) sur le site « lesruesdemontpellier.fr » : http://www.lesruesdemontpellier.fr/penitents_bleus/crypte_montholon.htm

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La descendance naturelle de Napoléon Ier
lundi 10 décembre 2012 à 09h35 - par  GEGE 71

Trés interessant cet article sur les petits « frères et soeurs » de l’Aiglon ...

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La descendance naturelle de Napoléon Ier
samedi 8 décembre 2012 à 00h06 - par  HolyvieR

Très bel article. Je l’attendais avec impatience. Merci Philippe. ;-)

Voici en complément un site très intéressant (avec de nombreux documents historiques originaux) :

http://www.colonnawalewski-charlesandre.org

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