Eglise SAINT-SULPICE

mercredi 22 décembre 2010
par Philippe Landru

Cet article se propose de présenter l’histoire funéraire complexe de l’église Saint-Sulpice. Il est également l’occasion de faire découvrir sous tous ses angles un aspect totalement méconnu du lieu, car difficile à visiter : sa crypte. Qu’il me soit permis à cette occasion de remercier M. Rougé grâce auquel cette découverte fut possible.

La première église paroissiale du bourg Saint-Germain étant devenue insuffisante pour les serfs de l’abbaye et les habitants du lieu, elle fut remplacée au XIIIe siècle par une église plus grande, la première église Saint-Sulpice, située à l’emplacement actuel de l’église de ce nom. De cet édifice, il ne reste que les piliers arasés visibles dans la crypte. L’augmentation croissante de la population entraîna, sous l’impulsion du curé Olier, le remplacement de cette église par une bien plus vaste qui, commencée en 1646, fut achevée partiellement en 1736 et complètement en 1788.

Il est évident que nous n’évoquerons cette église que sous l’angle de son patrimoine funéraire : vous ne trouverez donc dans cet article rien sur le magnifique gnomon, ni sur les diverses œuvres d’art qu’elle contient. Rien non plus, cela va sans dire, sur le médiocre roman de Dan Brown.

Comme pour la plupart des églises parisiennes, étudier le patrimoine funéraire de Saint-Sulpice n’est pas aisé dans la mesure où il faut faire la part de ce qui reste et de ce qui fût. Malgré sa taille importante et la richesse de son mobilier et de ses œuvres, Saint-Sulpice possède peu de choses en matière funéraire (encore que le mausolée de Languet de Gergy soit magnifique). En outre, cette église possède des caractéristiques propres qui perturbent la compréhension que l’on peut avoir de l’histoire funéraire du lieu : si on enterra peu de temps à Saint-Sulpice, on y enterra beaucoup (les guides du lieu parlent de 15 000 paroissiens inhumés dans l’église !). Celle-ci était particulièrement prisée par l’aristocratie qui peuplait le bourg Saint-Germain (d’où un grand nombre de personnalités issues de l’aristocratie inhumées ici). Néanmoins, le corollaire fut qu’elle fut profanée de manière particulièrement sauvage sous la Révolution, qui ravagea la surface mais également la crypte, qui demeura dans cet état pendant de longues années. Si on ajoute à ces données que Saint-Sulpice posséda au cours de son histoire six cimetières, qui sont traités à la fin de l’article, on comprend mieux la difficulté de l’étude.


Les monuments funéraires de Saint-Sulpice


Nous commencerons donc très simplement par ce qui est encore visible dans l’église, c’est-à-dire seulement deux monuments funéraires :

-  le mausolée de Jean-Baptiste LANGUET de GERGY (1675-1750), dont le corps fut inhumé dans la crypte. Curé de Saint-Sulpice de 1714 à 1748, il trouva les ressources nécessaires pour financer la reconstruction de l’église (on dit que le roi l’autorisa à organiser une loterie destinée à l’aristocratie riche du quartier). C’est lui qui fit établir le gnomon à l’intérieur de l’édifice. Son frère, Jean-Joseph, fut académicien français. Son monument funéraire est l’œuvre de Michel-Ange Slodtz : tandis que la Mort s’échappe, l’Immortalité dissipe les ténèbres qui recouvrent le tombeau. Les yeux tournés vers l’autel, le défunt offre à Dieu l’édifice qu’il a en grande partie fait construire.

-  Derrière le chœur, dans le déambulatoire de l’église, se trouve la plaque ornée d’un médaillon de Charles de PIERRE (1762-1836), qui fut curé après la signature du Concordat. Il eut la lourde charge de restaurer l’église après les profanations révolutionnaires, en particulier de récupérer le mobilier éparpillé.

Sur un des murs de l’église, une plaque rappelle le souvenir de celui qui fut la personnalité la plus importante de Saint-Sulpice : l’abbé Jean-Jacques OLIER (1608-1657). Ce prêtre français créa le premier séminaire français, à la suite du concile de Trente, et fonda la compagnie des prêtres de Saint-Sulpice. Sa communauté participa à l’essor des missions dans les campagnes de France, aux développements des séminaires en France et à l’évangélisation du Canada. Il fut l’une des figures fondamentales de la reconquête catholique après la crise de la Réforme.

Le séminaire de Saint-Sulpice recouvrait tout l’emplacement de l’actuelle place, entouré, sur trois de ses cotés, par les actuels rues Férou, Jouvenel, Saint-Sulpice et Bonaparte. Il possédait son cimetière particulier, qui se situait dans les parages de la face ouest de la fontaine de Visconti. Fermé à la Révolution, il fut détruit en 1802. Ainsi disparu la chapelle dans laquelle avait été inhumé Jean-Jacques Olier.


La crypte de Saint-Sulpice


La crypte de Saint-Sulpice occupe la même superficie que l’église, ce qui en fait la plus vaste de Paris. Elle se présente de la manière suivante : au centre, dans un axe incliné par rapport à celui de l’édifice actuel, se trouvent les émouvantes substructures de ce qui fut l’église rurale des origines.

Tout autour, une trentaine d’alvéoles de taille et de forme diverses possèdent chacune une identité propre, ce qui fait la richesse du lieu. Coté rue Saint-Sulpice, un petit nombre de ces alvéoles sont utilisées, comme la crypte Saint-François, affectée au culte orthodoxe roumain, où d’autres salles encore réservées au prière du soir.

L’ensemble donne une impression labyrinthique, et n’est pas sans faire penser à quelque prison révolutionnaire, avec ses murs épais et ses lourdes grilles.

L’ensemble a conservé son caractère originel, même si les installations électriques, le chauffage et des installations ultérieures ont parfois un peu altéré l’agencement général. Certaines cryptes servent désormais de remises pour entreposer pries-Dieu et chaises… Le fait que l’église actuelle ne soit pas dans le même axe que l’ancienne église empêche l’ordonnancement symétrique que ces cryptes auraient sans aucun doute dans le cas contraire.

Les murs de calcaire sont émaillés d’inscriptions indiquant des dates du XVIIIe siècle, autant de repères pour les fossoyeurs.

Parfois, certaines inscriptions donnent l’identité de personnages inhumés, en particulier des prêtres. Malheureusement, celles-ci s’effacent progressivement avec le temps.

Au cours de la visite, on découvre :

—  quatre monuments funéraires, à savoir :
-  La belle plaque de Guillaume de Seve de St-Julien et de son épouse, surmontée de deux allégories de la Mort et du Temps.


-  La plaque armoriée (mais martelée durant la Révolution), de Rosalie de Montmorency de Neuville, morte en 1690.
-  Le tombeau de Amable Blanche de Berulle, marquise de Lévis-Mirepoix, morte en 1815.
-  La plaque en marbre ouvragé de François Audrant, qui était grand vicaire du cardinal Charles de Bourbon et abbé de Saint-Fuscien-les-Amiens, mort en 1572. Malgré un morceau cassé, les dégradations révolutionnaires (l’identité du cardinal de Bourbon a été martelée) et l’usure du temps, cette plaque qui ornait l’ancienne église a encore belle allure avec ses deux pleureuses latérales. Ce monument est déposé sur le sol, dans l’attente d’une improbable réfection.

—  Dans le cadre des réfections importantes de l’église, les quatre massives statues des Evangélistes ont été déposées dans la crypte. Elles sont toutes très érodées, en particulier celles de Jean et Luc.

—  La crypte de l’Enfant-Jésus, qui constitue la partie la plus ancienne de l’église actuelle (c’est sur le mur de cette crypte que l’on trouve la plaque funéraire Montmorency-Neuville). Un orgue sert encore régulièrement pour les répétitions. Un très beau double escalier en fer forgé donne sur cette crypte, tout comme une peinture représentant la Trinité.

—  le « caveau des évêques », au niveau de l’abside de l’ancienne église, constitue la collecte la plus riche d’inscriptions funéraires puisque y figurent l’identité de plusieurs évêques et cardinaux.

On peut dresser la liste exhaustive chronologique des inscriptions funéraires qui signalent ces prélats :
-  Melchior de POLIGNAC (1661-1741) : ambassadeur en Pologne en 1693, où il était chargé de faire élire le prince de Conti roi de Pologne, négociateur des Traités d’Utrecht (1713), il fut fait cardinal puis archevêque d’Auch en 1726. Entre 1724 et 1732, il fut ambassadeur à Rome. Elu en 1704 à l’Académie française, également élu membre de l’Académie des sciences en 1711 et de l’Académie royale des inscriptions et belles-lettres en 1717, il fut l’auteur d’un poème latin de plus de dix mille vers, Anti-Lucretius (1745).

-  Jérôme de ROYE de LA ROCHEFOUCAULD (1701-1757) : archevêque de Bourges en 1729, ambassadeur à Rome auprès de Benoît XIV en 1745 puis abbé de Cluny en 1747, il fut encore créé cardinal et nommé Grand aumônier de France.

-  Nicolas de SAULX-TAVANNES (1690-1759) : chapelain de la reine Marie Leszczyńska, pair de France, archevêque de Rouen, cardinal et grand aumônier de France. Son inscription est celle qui est dans le plus mauvais état.

-  Charles de SAINT-ALBIN (1698-1764) : fils illégitime du Régent et d’une danseuse de l’opéra, il fut poussé vers une carrière ecclésiastique. Évêque de Laon de 1721 à 1723, puis archevêque de Cambrai, il fut fait duc et Pair de France.

-  Bertrand Jean-Baptiste du GUESCLIN (1703-1766), de la famille du connétable, qui fut évêque de Cahors de 1741 à sa mort.

-  Jean-Joseph de JUMILHAC (1706-1775) : évêque de Vannes de 1742 à 1746, puis archevêque d’Arles de 1746 à sa mort.

-  Martin du BELLAY (+1775), évêque de Fréjus de 1739 à 1765.

-  Jean-François CHATELLARD de MONTILLET-GRÉNAUD (1706-1776) : évêque d’Oloron, puis archevêque d’Auch de 1742 à 1776.

-  Jacques de GRASSE (+1782), évêque d’Angers de 1758 à sa mort.

-  Bernardin François FOUQUET (1705-1785), évêque d’Embrun (je n’ai pas retrouvé l’inscription).

-  Fiacre François de GRAVE (+1788), évêque de Valence de 1772 à sa mort.

—  Le caveau d’Espagne, daté de 1742 : c’est ici que fut inhumée rien moins qu’une reine d’Espagne ! Louise Elisabeth d’ORLÉANS, dite Melle de Montpensier (1709-1742) était une fille du Régent. La guerre opposant la France et l’Espagne, Philippe V d’Espagne, convaincu de la nécessité de faire la paix, proposa des mariages : sa fille Marie-Anne-Victoire, âgée de 3 ans épouserait Louis XV, et son fils aîné Louis, prince des Asturies, épouserait une fille du Régent. Seule Louise Elisabeth n’était à cette date pas mariée : elle partit pour Madrid en 1721 où l’accueil fut glacial, surtout de la part de l’ambitieuse reine Elisabeth Farnèse, seconde épouse du roi qui voyait d’un mauvais oeil son beau-fils donner des héritiers à la couronne au détriment de ses propres fils issus du second mariage du roi. Lorsqu’en 1724 Philippe V abdiqua en faveur de son fils aîné, qui devient le roi Louis Ier, elle devint de ce fait reine. Après sept mois de règne, Louis Ier mourut et Philippe V reprit sa couronne. Le régent de France étant mort en 1723, son cousin et rival le duc de Bourbon étant aux commandes de l’état, tout le monde se désintéressa du sort de Louise Elisabeth, tenue sous surveillance étroite, dans le plus grand dénuement, d’autant que la France renvoya de son côté l’infante. En 1725, Louise regagna discrètement Paris où elle mourut dans l’oubli à 33 ans. N’ayant pas eu d’enfant de Louis Ier, elle n’eut pas droit aux honneurs de l’Escurial. Inhumée dans la crypte de Saint-Sulpice, son tombeau fut évidemment profané sous la Révolution. Une petite plaquette signale sa présence ici.

—  Une des cryptes est plus grande que les autres : elle sert régulièrement de théâtre (pour un public restreint il est vrai). Le cadre et le lieu font que ne s’y jouent que des pièces à portée religieuse et mystique. Dans cette même salle, un modeste foulard recouvre un trou dans le mur : une plaque signale qu’il s’agit de « l’ossuaire renfermant les ossements recueillis en 1837 dans tous les caveaux de l’église ». Compte tenu de l’espace à disposition, seule la couche superficielle des restes y fut entreposée. A travers le grillage, le tas d’ossements est visible.

—  Dans plusieurs alvéoles de la crypte de Saint-Sulpice, des inscriptions témoignent d’un événement peu connu et pas si lointain : en 1940, on avait fait le choix, en raison de sa surface, de la crypte de Saint-Sulpice pour entreposer les statues, vitraux et œuvres d’art des églises parisiennes. Parmi les nombreuses pièces apportées, comble de l’ironie, figurait le fameux Voltaire assis de la Comédie française !

—  Au détour de la promenade, on tombe sur le départ de l’escalier du clocher primitif, datant du XIVe siècle !

—  Une vaste salle possède un puits qui se trouvait au centre de l’ancien parvis de l’église (qui ne correspond pas du tout au parvis actuel).

—  La crypte Vatican II : un espace assez vaste porte ce nom et sert aujourd’hui à la formation religieuse des jeunes. Cette salle est entièrement recouverte de très belles fresques datant du XIXe siècle, malheureusement recouvertes au blanc de Meudon au XXe siècle et donc abîmése depuis. Les artistes ont voulu évoquer dans cette salle les premiers martyrs et les catacombes romaines, comme l’atteste la présence de part et d’autre de Sainte Cécile et Saint Calixte.

—  Un petit escalier donne sur une minuscule crypte. De part et d’autres, des tombeaux vides qui servirent autrefois à inhumer les chanoines de Saint-Sulpice. Deux caveaux sont utilisés : le premier abrite le cercueil visible de Charles Collin (+1851), qui fut curé de Saint-Sulpice de 1836 à sa mort.

Dans le second se trouve le cercueil tout aussi visible du compositeur et organiste Charles Marie WIDOR (1844-1937). Successeur « provisoire », durant…64 ans de Lefébure-Wely à l’orgue de Saint-Sulpice, il devint ensuite professeur au Conservatoire de Paris, où il succéda à César Franck. Il compta parmi ses élèves les organistes Louis Vierne, Albert Schweitzer, Charles Tournemire et Marcel Dupré, mais également Arthur Honegger et Darius Milhaud. Widor réforma en profondeur l’enseignement de l’orgue en préconisant notamment le raisonnement et le rationalisme dans son exécution. Auteur d’œuvres de musique de chambre, dont des quintettes avec piano, des trios et des sonates pour violon, il rencontra un certain succès avec un opéra, Les Pêcheurs de Saint-Jean, en 1905. Il fut toutefois plus connu pour ses compositions de musique orchestrale, surtout ses dix symphonies pour orgue, dont la célèbre Toccata, mouvement final de sa 5e Symphonie. La musique d’orgue de Widor fut conçue pour les grandes orgues symphoniques Aristide Cavaillé-Coll que l’on trouve dans les principales églises de Paris. Après une vie entière à Saint-Sulpice, il reçut le privilège, bien que laïc, d’y être inhumé.


Les personnalités disparues de Saint-Sulpice


Elles sont très nombreuses, et la liste qui suit ne saurait être considérée comme exhaustive. Qu’ils aient été inhumés dans l’église ou dans la crypte, il n’existe plus aucune trace d’eux. C’est donc symboliquement que nous évoquerons la présence ancienne de :

-  la comtesse d’AULNOY (Marie Catherine Le Jumel de Barneville : 1651-1705) : femme de lettres, elle fut contrainte de fuir la France pour avoir tenté d’assassiner son mari, un soudard de trente ans son aîné auquel elle avait été mariée de force. Elle ne revint qu’après avoir obtenu sa grâce, et ouvrit un salon littéraire qui eut un grand succès. Elle fut l’une des auteurs à l’origine du genre écrit du conte merveilleux. Là où d’autres tels que Charles Perrault travaillaient dans le sens du polissage, D’Aulnoy lui a elle insufflé un esprit subversif en usant d’allégories et de satires. Son travail littéraire est souvent rapproché de celui de Jean de La Fontaine pour sa critique masquée de la cour et de la société française du XVIIe siècle (l’Oiseau bleu, la Chatte blanche…).

-  Etienne BALUZE (1630-1718) : éditeur, historiographe et juriste français, il fut bibliothécaire de Colbert. L’activité savante de Baluze concerna essentiellement l’édition des pères latins de l’Église et des auteurs chrétiens du Moyen Âge. Originaire de Tulle, il composa également une Histoire de cette ville.

-  Armande BÉJART (ca1642-1700) : membre de la célèbre famille de comédiens Béjart (selon les sources, elle serait la fille ou la sœur de Madeleine), entrée tôt dans la troupe de Molière, elle l’épousa en 1662. Après la mort de Molière, elle rassembla les anciens comédiens du Palais-Royal et du Marais et loua la salle de l’Hôtel Guénégaud. Sociétaire de la Comédie-Française dès sa création, elle la quitta le 14 octobre 1694. Elle épousa en secondes noces le comédien Guérin d’Estriché.

-  François BLONDEL (1618-1686) : maréchal de camp en 1652, ingénieur militaire et diplomate, François Blondel se consacra définitivement à l’architecture après 1669, quand il fut désigné pour diriger les ouvrages publics de Paris. Grand voyageur (il visita l’Europe et l’Orient), Blondel se vit confier d’importants travaux d’édilité et de fortifications dans certaines villes de l’ouest et du sud-ouest de la France (pont et arc de triomphe à Saintes, plan de la ville et arsenal de Rochefort) ainsi qu’aux Antilles où il fut envoyé en mission en 1664. Homme de science, il avait été nommé lecteur de mathématiques au Collège de France et fut précepteur du Grand Dauphin. Il devint en 1669 membre de l’Académie des sciences. En 1670-1671, Blondel donna les plans de plusieurs portes monumentales de Paris (porte Saint-Denis, porte Saint-Bernard, porte Saint-Antoine) ; et c’est à cette date qu’il fut choisi par Louis XIV pour diriger l’Académie d’architecture qui venait d’être fondée. Blondel passa à la postérité grâce à son Cours d’architecture, où il développa pour la première fois le calcul des escaliers : a formule, dite « formule de Blondel » : M = 2h + g. Très oublié de nos jours, il nous reste de lui à Paris la porte Saint-Denis, et la rue qui porte son nom, toute proche.

-  L’abbé BOURDELOT (Pierre Michon : 1610-1685) : médecin et anatomiste français, il fut le médecin de la famille de Condé à Paris. Dans les années 1640, il organisa un cercle savant où se réunirent deux fois par mois scientifiques, philosophes et écrivains.

-  La CHAMPMESLÉ (Marie Desmares : 1642-1698) : actrice et tragédienne française, jeune veuve, elle se remaria en 1666 avec l’acteur Charles Chevillet, connu à la scène sous le nom de « Monsieur de Champmeslé ». En 1668 ils intégrèrent la troupe du Théâtre du Marais, puis elle obtint un grand succès à l’Hôtel de Bourgogne où elle joua devant la reine. Elle se lia alors d’une amitié passionnée avec Racine, qui composa certaines de ses plus fines tragédies pour elle. La Champmeslé ne cantonna pas pour autant son répertoire aux tragédies, mais Phèdre reste sans doute son plus grand triomphe. Elle passa tard avec son mari, dans la troupe de Molière, à l’Hôtel Guénégaud : elle y reprit les rôles que Racine lui avait écrits, et s’empara du répertoire tragique que Molière mit à l’affiche, telles que la plupart des tragédies de Corneille. Lorsque les deux troupes françaises fusionnèrent pour donner naissance à la Comédie-Française (1680), la Champmeslé fut l’une des principales sociétaires. Elle mourut durant une représentation. Alors que le curé refusa le service funèbre à son époux (qui fut finalement inhumé dans sa propriété d’Asnières), la Champmeslé fut inhumée à Saint-Sulpice.

-  Elisabeth Sophie CHÉRON (1648-1711) : peintre sur émail, graveur, musicienne et poète, elle fut admise en 1672 à l’Académie royale de peinture et de sculpture. Élevée dans la religion protestante, elle abjura. On connaît très mal son œuvre, dont il nous reste peu de choses.

-  Alain Emmanuel de COËTLOGON (1646-1730) : marin français, il navigua une bonne partie de sa vie avec Tourville et participa à toutes les grandes campagnes maritimes de Louis XIV et s’illustra particulièrement à la défense de Saint-Malo contre les Anglais en 1693. Il fut fait maréchal de France mais mourut six jours plus tard.

-  Philippe de COURCILLON de DANGEAU (1638-1720) : militaire, diplomate et mémorialiste français, il fut surtout connu pour son Journal où il décrivit la vie à la cour de Versailles à la fin du règne de Louis XIV. Il fut élu membre de l’Académie française en 1668, sans avoir rien publié, et devint en 1704 membre honoraire de l’Académie des sciences, dont il fut président en 1706.

-  Marie du DEFFAND (Marie de Vichy Chamrond, marquise du Deffand : 1697-1780) : rentrée très jeune dans la vie mondaine, elle devint une femme de lettres reconnue dont le salon fut fréquenté par tout ce que l’Europe comptait de gens lettrés, en particulier toute la génération des Lumières. Son intelligence et son don de la conversation exercèrent une véritable fascination auprès de ses auditeurs. Elle eut de nombreuses liaisons et mena une vie assez dissolue dans les salons de la Régence.

-  Barthélemy d’HERBELOT de MOLAINVILLE (1625-1695) : orientaliste français, il devint secrétaire et interprète de langues orientales de Louis XIV. Il fut, en 1692, nommé professeur au Collège de France, où il fut titulaire de la chaire de syriaque. Son œuvre majeure fut la Bibliothèque orientale, ou Dictionnaire universel contenant tout ce qui regarde la connoissance des peuples de l’Orient, qui l’occupa durant presque toute sa vie et qui fut complétée en 1697 par Antoine Galland.

-  Jean III JOUVENET (1644-1717) : membre d’une dynastie de peintres dont il fut le plus brillant représentant, il étudia auprès de son père, Laurent Jouvenet, et de Le Brun. Il réagit contre l’académisme en étudiant Rubens et en observant la nature. Décorateur et portraitiste janséniste, il fut avant tout un grand peintre religieux. Il fut reçu en 1675 membre de l’Académie de peinture, dont il devint directeur en 1705.

-  Bernard de la MONNOYE (1641-1728) : avocat, poète, philologue et critique français, il publia avec un glossaire les Noëls bourguignons qui eurent un succès énorme dès leur parution. Il vint habiter Paris en 1707, et fut élu à l’Académie française en 1713.

-  Mme de LAFAYETTE (Marie-Madeleine Pioche de la Vergne, comtesse de La Fayette : 1634-1693) : née dans la petite noblesse parisienne, liée par des liens familiaux à son amie, la Marquise de Sévigné ; dame d’honneur de la Reine Anne d’Autriche, elle prit petit à petit conscience des intrigues de la cour dont elle s’inspira dans ses écrits. Elle se forma à la littérature dans les salons littéraires de l’époque, ceux de Mlle de Scudéry et de l’hôtel de Rambouillet, et fréquenta également le cercle janséniste. En 1662, elle publia anonymement La Princesse de Montpensier et en 1670 Zaïde, mais c’est en 1678 que parut son roman le plus célèbre, qui passe pour être une anticipation du roman psychologique, La Princesse de Clèves. Femme à la plume acérée, les oeuvres de Madame de Lafayette annoncèrent le roman moderne.

-  Les frères Antoine (ca1600-1648), Louis (ca1600-1648) et Mathieu (ca1607-1677) LE NAIN : peintres français originaires de Laon, il est difficile de les différencier du fait de la similitude entre leur style de peinture et de l’habitude qu’ils avaient de signer leurs toiles avec la seule mention Lenain, certaines devant en outre être des œuvres communes. Louis est habituellement crédité de leurs peintures les plus célèbres, une série de scènes décrivant la vie paysanne. Les frères ont aussi réalisé des miniatures (pour la plupart attribuées à Antoine) et des portraits (attribués à Matthieu). Influencés par la peinture de genre développée dans l’art flamand et par la maîtrise caravagiste du clair-obscur, les trois frères Le Nain réalisèrent des compositions à contre-courant de la peinture officielle de l’époque, ce qui n’empêcha pas que leurs scènes de la vie paysanne rencontrèrent un vif succès dans la bourgeoisie parisienne du XVIIe siècle.

-  Julie de LESPINASSE (1732-1776) : nièce et et lectrice de Madame du Deffand (voir plus haut), elle tint l’un des plus importants salons littéraires du XVIIIe siècle : on a pu dire de son salon qu’il fut le « laboratoire de l’Encyclopédie », dont elle fut l’égérie. Elle inspira une grande passion à Jean d’Alembert, mais mourut prématurément.

-  Le maréchal Ulrich de LOWENDAL (1700-1755), qui servit dans les armées de nombreux pays européens avant de passer au service de la France lors de la guerre de Succession d’Autriche. Il s’illustra sur tous les champs de batailles de Louis XV.

-  Michel de MAROLLES (1600-1681) : homme d’Église, traducteur et historien français, il fut l’auteur de très nombreuses traductions en vers d’auteurs latins, et fut un habitué des salons, notamment de celui de Madeleine de Scudéry. Il est connu surtout pour avoir constitué un fonds de 123 000 estampes, dont une grande partie fut achetée en 1667 par Colbert pour Louis XIV. Cette acquisition peut être considérée comme l’acte de naissance du Cabinet des estampes de la Bibliothèque royale, qui ne vit le jour administrativement qu’en 1720.

-  Roger de PILES (1635-1709) : peintre, graveur, critique d’art et diplomate français, il fut chargé de mission diplomatique pour Louis XIV en Hollande. Collectionneur de peintures et de dessins, il faisait partie des experts parisiens qui jugeaient de la qualité et de l’authenticité d’une oeuvre. En 1699, il fut reçu à l’Académie royale de peinture en qualité de conseiller honoraire. On possède très peu de ses œuvres.

-  Gaetano ZUMBO (1656-1701) : modeleur en cire italien, il servit le grand-duc de Toscane avant de se rendre à Gènes, puis en France où il mourut peu après. Son œuvre est tout simplement extraordinaire : pionnier dans le maniement de la cire, selon une technique de coloration dont il garda le secret, il réalisa des modèles anatomiques d’une précision époustouflante. Parmi les ouvrages qu’il exécuta, le plus fameux est celui que les Italiens nomment la Corrusione (la Putréfaction), composé de cinq figures en cire colorée, qui représentent un moribond, un corps mort, un corps qui commence à se corrompre, un autre à demi corrompu, et enfin un cadavre plein de pourriture et rongé de vers !


Les cimetières de Saint-Sulpice


La paroisse de Saint-Sulpice qui, à la fin du XVIIIe siècle, était la plus étendue et la plus peuplée de Paris, eut une suite de six cimetières rattachés. Si tous les lieux qui suivent sont aujourd’hui en plein centre-ville, on n’oubliera pas qu’au XVIIIe siècle, ces lieux étaient semi ruraux pour l’essentiel.

Le premier cimetière

Le premier cimetière de Saint-Sulpice lui était contigu sur son coté sud et son chevet. De taille très modeste, il était compris entre l’église et la rue Palatine (appelée alors rue du cimetière). Son charnier, édifié par Gamard, était à l’emplacement de la chapelle de l’Assomption de l’église actuelle (2 rue Garancière). Ce cimetière, de taille modeste, disparut progressivement au fur et à mesure de la construction de l’église actuelle, qui le recouvre quasiment intégralement.

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2 rue Garancière : emplacement de l’ancien charnier

Le second cimetière, dit Sainte-Croix

Pour faire face à l’engorgement du premier, on lui associa à partir de 1652 un autre cimetière ouvert au 73 rue de Grenelle. Son existence (28 ans) fut courte car on le désaffecta en 1680, la Fabrique ayant dû le vendre pour faire face aux dépenses du chœur de l’église. On le vida de son contenu en 1701 et les ossements qu’il contenait furent transportés dans le cimetière de la Trinité (voir plus loin). Des locaux de l’ambassade d’Italie occupent désormais son emplacement.

Le troisième cimetière, dit des Aveugles

Il ouvrit en 1664 sur le coté nord de l’église, section donnant sur la rue Saint-Sulpice (nommé à cet endroit rue des Aveugles jusqu’en 1815). Sa porte et celle, latérale, de l’église, se faisaient quasiment face. De forme rectangulaire, il mesurait 33m sur 28 et était constitué de sept fosses communes réutilisées chacune toutes les sept ans. Il était entouré d’immeubles sur trois de ses cotés.

Les pylônes de sa porte, œuvre de l’architecte MacLaurin en 1772, furent copiés par l’architecte Godde lorsqu’il édifia en 1825 la porte monumentale du Père Lachaise. Il en reproduisit même les inscriptions latines. Le cimetière des Aveugles ferma ses portes en 1784, durant la phase de fermeture générale des cimetières paroissiaux. Par la suite, il devint un fameux bal qui fit fureur au début du XIXe siècle : le bal des Zéphirs. On y dansait sur les restes de pierres tombales, au grand désespoir des conservateurs. Son emplacement fut ensuite loti. Il n’en reste plus rien aujourd’hui sinon ceci : au 36 rue Saint-Sulpice, vous remarquerez l’étroitesse du bel immeuble, clairement postérieur à ses deux voisins. Il occupe tout simplement l’emplacement de l’ancienne porte du cimetière ! 36 rue St-Sulpice

Le quatrième cimetière, dit de la Trinité

Il fut ouvert en 1689 à l’angle de la rue du Bac et de la rue de Sèvres sur un terrain acheté à l’hôpital des Incurables. En 1701, il reçut les restes du cimetière Sainte-Croix désaffecté (voir plus haut).

C’est dans ce cimetière que fut inhumée Mme de la SABLIÈRE (Marguerite Hessein de la Sablière : 1636-1693) : fille de riches banquiers ayant reçu une éducation brillante, elle avait épousé Antoine Rambouillet, sieur de La Sablière. Cet homme la délaissa et la trompa assez rapidement : elle s’en sépara en 1668 et s’entoura d’une foule d’amants. En 1673, La Fontaine s’installa chez elle, rue Neuve des Petits Champs. Il resta vingt ans auprès d’elle, habitant plusieurs maisons successivement. Elle pourvut à tous ses besoins, lui offrant également l’ouverture de son salon, l’un des plus fameux de l’époque. On ne sut jamais précisément si La Fontaine fut l’amant de Madame de la Sablière ou un adorateur platonique. Elle abjura le protestantisme quelques années avant la révocation de l’Edit de Nantes. Elle mourut d’un cancer du sein dans l’hôpital des Incurables, voisin de ce cimetière.

Le cimetière de la Trinité fut rapidement plein et ferma en 1747. La partie exacte qu’il occupait est désormais l’emplacement du bâtiment le plus ancien du Bon Marché.

Le cinquième cimetière, dit de Bagneux

Il se trouvait à l’angle de la rue Vaugirard et de l’actuelle rue Jean Ferrandi, appelée jusqu’en 1935 rue de Bagneux (on ne saurait évidemment confondre ce petit cimetière avec l’immense et contemporain cimetière parisien de Bagneux). Son terrain rectangulaire mesurait 72m sur 28m. La fosse commune conservait les corps plus qu’elle ne les consommait (!). Faite pour contenir 500 cadavres, elle était fermée par une grille de fer tant qu’elle n’était pas comblée. Ce cimetière était clos par un mur, et contenait une petite chapelle de dévotion. La porte du cimetière était surmontée d’un sablier ailé et d’une inscription, transportée depuis aux catacombes, où on pouvait lire « Hodie mihi, cras tibi ». Ce cimetière ne servit que trente sept ans. Aujourd’hui loti, plus rien ne signale d’une quelconque manière son existence.

C’est peut-être dans ce lieu que fut inhumé l’un des plus grands esprits des Lumières, Charles de MONTESQUIEU (Charles-Louis de Secondat, baron de : 1689-1755) : avocat puis conseiller au Parlement de Bordeaux, président du Parlement de Guyenne en 1716, il se consacra à l’écriture et effectua de nombreux voyages en Europe, particulièrement en Angleterre et en Italie, qui vinrent nourrir ses réflexions politiques, philosophiques et sociales. Pétri de philosophie classique, féru d’histoire, admirateur de la pensée scientifique et de la logique, il se livra à une critique des formes de pouvoirs dans les Lettres persanes (1721). Dans De l’esprit des lois (1748), il envisagea une réflexion sur les constitutions civiques à travers le prisme des lois naturelles adaptées aux gouvernements. Il fut l’un des premiers à songer à la séparation des pouvoirs en trois domaines : l’exécutif, le législatif et le judiciaire. Critiqué par l’église, Montesquieu ne fut pas pour autant hostile au système monarchique. Annonciateur du courant des Lumières françaises, il participa à la fin de sa vie à l’aventure de l’encyclopédie et mourut aveugle. Les sources ne sont pas claires en ce qui concerne son lieu d’inhumation : soit il fut inhumé dans l’église Saint-Sulpice, soit il fut inhumé dans ce cimetière.

Le sixième cimetière, dit de Vaugirard

Lorsqu’en 1784 Saint-Sulpice ferma ses deux derniers cimetières (Aveugles et Bagneux), un sixième fut ouvert rue de Vaugirard, au-delà du mur des Fermiers Généraux : ce fut le noyau de ce qui devint, en 1791, le cimetière parisien de Vaugirard. Cette nécropole ayant eu une existence dépassant très largement le simple cadre de Saint-Sulpice, elle fera l’objet d’un futur article.


Sources pour les cimetières de St-Sulpice : HILLAIRET Jacques, Les 200 cimetières du vieux Paris (voir bibliographie)

Merci à Marie B. pour le complément de photos.


Commentaires

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mardi 26 août 2014 à 15h30, par  hugongerard

Merci beaucoup pour cette réponse.

Site web : frereslenain.
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lundi 25 août 2014 à 20h52, par  Pincettes

D’après certain site, les frères Le Nain auraient effectué leur apprentissage auprès du peintre français Claude VIGNON (1593 - 1670). A vérifier...

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lundi 25 août 2014 à 15h35, par  Philippe Landru

@Hugongerard : ce site n’a pas pour vocation de répondre à des questions qui parfois n’ont pas de réponse. Vu le temps que vous passez sur le net, il serait temps que vous fassiez un effort pour domestiquer l’outil (Wikipedia n’est pas l’alpha et l’oméga de la connaissance, passer à l’anglais si vous cherchez une tombe en Grande Bretagne...). Je suis flatté que vous considériez mon site comme une encyclopédie, mais la plus belle femme du monde... Merci aux internautes qui, souvent, répondent à vos questions.

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lundi 25 août 2014 à 15h21, par  hugongerard

Serait-il possible d ’ avoir une réponse à la question précédente ? , je trouve aussi lamentable

qu il n y est aucun ouvrage de récents sur les frères Le Nain , je me suis renseigné sur

Wikipédia , rien pas un seul ouvrage d existants en librairies d ’ autant plus qu ils sont assez

reconnus en tant qu ’ artistes du 17 siècle , et on en parle que trés peu.

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lundi 25 août 2014 à 13h14, par  hugongerard

J ’ aimerais en savoir un plus sur la formation des frères : Le Nain , Louis , Antoine et Mathieu

on ne précise rien concernant leur formation d ’ artistes sur leur biographie , j ’ ai fais pourtant

des recherches sur : Wikipédia , rien , nada , il n y a que trés peu de renseignements , Soit

disant ils auraient reçu des leçons d un peintre flamand établi en France , dont vous ne m ’ avez

toujours pas donné le nom de cet artiste . Si quelqu un pouvait m ’ aider sur ce site à avoir plus

de renseignements je l en remercierais .

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samedi 3 novembre 2012 à 17h31, par  hugongerard

Je voudrais connaître le nom de ce peintre flamand inconnu établi à Paris , dont les frères

Le Nain auraient reçu des leçons à leur débûts concernant leur apprentissage .

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