BORDEAUX (33) : cimetière de la Chartreuse

Visité en août 2007
dimanche 30 mars 2008
par Philippe Landru

Le cimetière de la Chartreuse de Bordeaux connaît une histoire similaire à celle de toutes les nécropoles des grandes villes de France : la prise de conscience de la part des élites, à la fin du XVIIIe siècle dans le contexte des Lumières, de la nécessité de réformer les pratiques funéraires en profondeur. Les cimetières paroissiaux ferment progressivement leurs portes et sont remplacés par un grand cimetière général de la commune : ce fut celui des Chartreux, appelé ainsi car il occupait l’emplacement du couvent de cet ordre, confisqué par la Révolution française. L’arrêté du 10 septembre 1791 marque l’acte de naissance du nouveau cimetière.

Ici comme ailleurs, les réticences furent fortes : les Bordelais étaient attachés à leurs enclos paroissiaux. Les premières années de ce lieu sont mal connues, mais des arrêtés successifs attestent de la difficulté qu’eurent les édiles à imposer leur décision. Quant aux premières inhumations, on n’en a aucune trace : les défunts sont inhumés dans des fosses communes et il n’existe pas de registre.

La première « célébrité » à être inhumée au cimetière fut le préfet Charles Delacroix, père du peintre Eugène Delacroix. L’habitude de considérer l’allée des Peupliers comme la partie prestigieuse du cimetière naît à cette époque : rappellons néanmoins que celui-ci est inhumé en pleine terre, à tel point que lorsque son fils voulut lui ériger un tombeau plus digne en 1846, il lui fut impossible de retrouver ses cendres (voir Charles Delacroix, plus bas). Même pour les puissants, la tradition d’avoir une tombe individualisée dans les cimetières dut faire son chemin (auparavant, l’emplacement dans l’église jouait ce rôle). Ainsi, l’emplacement individualisé que prit le député Ravez pour sa fille en 1807 (voir plus loin), ou encore celui de Nancy Andrews en 1808, marquent un tournant dans l’appropriation du cimetière par les Bordelais.

Dès lors, l’histoire de la Chartreuse se confond avec celle des autres grands cimetières français : cippes et épitaphes romantiques sous l’Empire, retour des symboles religieux avec la Restauration. En mai 1817, le cimetière reçoit la bénédiction de l’archevêque de Bordeaux. C’est également, tout comme au Père-Lachaise, le début d’un « tourisme funéraire » : Stendhal ou Jules de Goncourt en font des descriptions enthousiastes. Les fosses communes sont progressivement remplacées par des monuments individualisés. Le dépositoire est construit en 1851-1852. Le cimetière prend son aspect monumental, aidé en cela par l’existence d’une riche bourgeoisie du négoce. Des monuments imposants apparaissent dans les allées bordées de platanes...

En 1881, avec la laïcisation, la Chartreuse cesse d’être un cimetière catholique pour s’ouvrir aux autres confessions religieuses. L’église Saint-Bruno est dégagée en 1894 de bâtiments parasites (on ne voit qu’elle en entrant dans le cimetière), la porte monumentale est construite. Des agrandissements successifs lui permettent d’atteindre sa taille actuelle de 26 hectares. Dernière inovation importante : les allées prennent en 1911 le nom des défunts prestigieux qu’elles bordent.

Pauvre en célébrités de premier ordre compte-tenu de l’importance d’une ville marchande sans grande rivale en Aquitaine, le cimetière de la Chartreuse possède un grand nombre de célébrités secondaires qui dessinent l’histoire de la région. Ses monuments anciens contrastent avec la modernité du quartier Meriadeck dans lequel il se trouve. Bien que relativement plat et modestement végétalisé par endroit, il n’en demeure pas moins l’un des plus beaux cimetières de France et l’un des plus riches quant à la diversité des styles de ses tombeaux.

A noter que la conservation a élaboré une liste des célébrités inhumées dans le cimetière (inexploitable, car seuls sont mentionnés des noms, pas même dans l’ordre alphabétique) et des plans avec situation des tombeaux (totalement illisibles tant ils sont complexes à manier) !


Curiosités


- Quelques tombeaux remarquables :

— Le tombeau de Nancy Andrews est à ce jour le plus ancien monument funéraire du cimetière encore debout : il fut érigé en 1808 pour la femme d’un négociant anglais. On peut y voir deux épitaphes, dont l’une en anglais, dédiées à sa mémoire.

— Le tombeau édifié en 1814 pour le constructeur de navires Pierre Guibert (+1827). Sur la façade principale du sarcophage, un médaillon de bronze évoque l’activité professionnelle de la famille : des trois mats voiles au vent portent le nom des bâteaux construits dans ses chantiers.

— La chapelle néo-classique érigée en 1837 pour le négociant Guillaume Marmiche, petit temple tétrastyle dorique romain, encadré de deux sculptures personifiant le Désespoir et l’Eternelle Tristesse.

— La stèle du colonel Joseph Deschamps (+1833), oeuvre de Florent Bonino, qui célèbre les vertus militaires de cet officier des armées impériales : sur la façade principale, une Victoire et un Génie ailé pleurent sur la cravate du drapeau d’Austerlitz, tandis qu’au dessous d’eux flottent étendards et drapeaux sur lesquels sont inscrits Arcole et Marengo. Dans l’axe de la composition, une colonne qui porte l’inscription Ulm est surmontée d’un aigle impérial aujourd’hui décapité. L’ensemble était jadis peint mais le monument actuel de garde pas de trace de polychromie.

— Le médaillon en bronze par Louis Malric sur le tombeau d’Arthur Plane (1866-1930), promoteur de la natation et directeur des bains Girondins.

— Le tombeau Gibaud, surmonté d’une statue idéalisée de Louis Fournier.

— L’impressionnant tombeau de Jean Catherineau (1802-1874) : une Faucheuse coiffée d’un linceul est perchée sur un rocher au pied duquel un navire fait naufrage. L’épitaphe proclame « Par la science et l’intrépidité, le marin peut longtemps braver les tempêtes de l’océan mais il est un écueil contre lequel il doit fatalement se briser : la mort ». Le défunt s’illustra dans la construction nautique et avait demandé qu’après sa mort, ce monument vienne embellir le cimetière. Il fut réalisé en 1875 par l’architecte Jean Alaux.

— Un double portrait en marbre d’une mère et de sa fille sur la tombe d’Edmond Prioleau. Le médaillon est signé Edmond Prévot.

— La statue d’Edmond Prévot sur la tombe Cabanes-Mesnard représentant une idéalisation de la jeunesse brisée, le regard lointain et pensif.

— Le tombeau de Camille Godard, bienfaiteur de la ville, associant un sarcophage à l’antique et une grande stèle murale ornée d’un médaillon d’Edmond Prévot.

— Le mausolée Crozatier réalisé par le sculpteur Henri-Léon Greber : une immense statue d’inspiration grecque qui n’est pas sans faire penser au réalisme idéalisé du fascisme. Il s’agit d’une représentation de la mort païenne qui date de 1927.

— L’admirable « éternel sommeil » de la tombe Sicardi.

— Une belle pleureuse sur la tombe Bouyjou-Cramail.

— La pyramide tronquée ornée d’un médaillon de Domenico Maggesi du banquier bordelais Jacques Galos (+1831), qui s’occupa des obsèques de son ami Goya.

— La chapelle Bassié, qui abrite Le Repos Eternel du sculpteur Amédée Jouandot : un jeune homme drapé qui n’est pas sans faire penser aux tombeaux des Médicis par Michel-Ange.

— La concession offerte par la ville en 1851 à la famille Mothes : Pascal Mothes et ses deux fils, Achille et Léo, moururent en tentant de sauver un de leurs ouvriers tombé dans un four à chaux. Le fait divers bouleversa l’opinion publique.

— Frère Alphonse (1791-1876), bienfaiteur des pauvres de Bordeaux, repose sous une imposante représentation de lui en bronze, oeuvre de Charles Beylard.

- Quelques tombeaux collectifs :

— Le tombeau des artistes de la classe des Beaux-Arts, élevé en 1877 pour les artistes peintres bordelais. Il fut conçu par l’architecte Jean-Jacques Valleton et est orné de médaillons de Jean Mora. Parmi les artistes inhumés ici reposent :

  • les peintres
    • Louis-Augustin Auguin (1824-1904), charentais, élève de Courbet et de Corot, paysagiste et peintre de marines, il fut le principal représentant de l’école de Saintonge.
    • Antoine Placide Gibert (1806-1875), qui fut Second Grand Prix de Rome en 1832. Il fut l’auteur de nombreux paysages historicisés italiens ou egyptiens.
    • Tony Gibert (+1879)
    • Adolphe Gibert (+1882)
    • Maxime Lalanne (1827-1886), aquafortiste

—  Le tombeau des artistes lyriques, édifié en 1859 grâce à la philanthropie d’un luthier bordelais, Jean Lauriol, qui présente un sarcophage orné surmonté d’un ange par Jean Sporrer. La multitude de plaques rappellent que plus de 120 artistes (la plupart très oubliés de nos jours) furent inhumés dans ce tombeau : chanteurs, comiques, musiciens, acteurs, peintres... Parmi les artistes inhumés ici, on compte :

  • Victor Bachelet (1865-1938), auteur dramatique
  • Jacques Joseph Baudry (+1882 à 78 ans)
  • François Bergues (1875-1955)
  • Isabelle Boucher (+1943 à 68 ans)
  • Berthe Chabot (1899-1991)
  • Georges Jendarme dit Darme (1895-1967)
  • Ulysse Despaux (1844-1952), comédien qui dans les cabarets croqua des personnages typiquement bordelais.
  • Jenny Diska (Antoinette Bruker) (+1951 à 85 ans), auteur dramatique
  • Charles-Louis Domergue de la Chaussée (+1912), qui fut directeur du théâtre de Nîmes.
  • Lucien Donval (1901-1952)
  • Maurice Dubois (1862-1911)
  • Felixia Duhamel
  • Jean Labarthe (1901-1965)
  • Le tragédien Pierre Ligier (1797-1872)
  • Pierre Lizé (+1894), maître de chapelle et directeur de l’Orphéon
  • Léon Liégeois, dit Jean Lorel (1893-1961)
  • Adolphe Martin (+1885), régisseur du Grand Théâtre
  • Marie-Louise Montis (1886-1977)
  • Serge Pannaud (1895-1975)
  • Marie Poletti (1849-1929)
  • Auguste Ponsard de Beaunay (1843-1891)
  • Lucien Quinié (1902-1980)
  • Pierre Rousseau (+1926 à 82 ans)
  • W. de Sheirder (+1907 à 57 ans)
  • Charles Soulie (+1935 à 49 ans)
  • Marcel Tieberhien dit Tiber
  • Joseph Arnould Tournade (1827-1890), Comique au Grand-Théâtre
  • Lodovico Vezzosi (+1870 à 60 ans)
  • Les musiciens
    • Pietro-André Armanini (1843-1894), qui fut mandoliniste du Duc d’Edimburgh.
    • Francis Bettes (+1914 à 60 ans), compositeur
    • Ernest Bordais, de l’orchestre Toulouse-Pyrénées
    • Germaine Bovy, harpiste
    • Jean-Charles Calendini (1826-1880), chef d’orchestre et compositeur
    • Henri Damiani (1837-1911), clarinettiste
    • François Delugin (+1925 à 65 ans), compositeur
    • François Femy (+1853 à 62 ans), violoniste et compositeur
    • Michel Fréry-Frère (+1890), violon solo
    • Charles Hekking (1826-1886), violoncelliste
    • Pierre Emile Lachaise (+1893 à 57 ans), violoniste
    • Charles Lacoste (+1903), piston de l’opéra comique
    • Henri Lieutaud, compositeur
    • Georges Mora, qui fut le fondateur des Cours Massenet (1878-1958)
    • Honoré Mouton (+1923 à 67 ans)
    • Georges Ortiga (1889-1953), violoniste
    • Alfred Paradivin (+1919 à 57 ans), clarinettiste
    • Scheider-Wilfrid (+1907), pianiste compositeur
  • Les peintres
    • Marcel Bach (1879-1950)
    • Louis Cabié (1857-1939)
    • Gustave Durand (1863-1938)
    • Louis Marius Gueit (1877-1956)
    • Jean-Adolphe Papin (1802-1880), peintre d’histoire, ancien élève de Gros et de Régnault. On lui doit des portraits dans lesquels on sent l’influence de David.
    • François Zdenek (1887-1962), dit également François Eberl, qui était tchèque. Peintre réaliste, il s’installa à Montmartre où il se lia avec la Bohème montmartroise. Il peignit les cafés, les cabarets et le petit peuple.
  • Les sculpteurs
    • Marcel Grouillet (+1961)
    • Pierre Hoursolle (+1876 à 26 ans), statuaire
  • Les artistes lyriques
    • Georgette Allier Gramont (1884-1975)
    • Fortuné Aubert (1843-1888), baryton du Grand Théâtre
    • Caroline Costard-Mezeray (+1896)
    • Henri-Bertrand Crispin (+1907), Ténor du Grand Théâtre
    • Georgette Du Crest (+1882 à 93 ans)
    • Jean Alexis Gally, basse noble, qui fut directeur des Théâtres royaux d’Anvers et de Liège (1853-1902)
    • Henri-Félix Géraizer (+1907), baryton-basse
    • Charles Lacoste (+1903), de l’Opéra comique
    • Roger Montis (+1885-1959)
    • Joseph Morini (+1897)
    • Auguste Jacques Peschard (+1898), ténor
    • Auguste Ponsard (+1891), basse
    • Raymond Romanin (1901-1971)
    • Schumpff (Morinie : +1897), ténor
    • Jean Julien Seurin (+1906 à 40 ans), basse chantante
    • J. Tournade (+1890 à 69 ans)
    • Marguerite Wery (+1903 à 23 ans)

— Le tombeau des Feuillants : il conserve la dépouille de 54 défunts précédemment inhumés dans l’ancienne chapelle des Feuillants, en particulier :

    • L’abbé Baurein (1713-1790), qui fut un historien de la région et qui publia en 1785 une somme sur la Guyenne, les Variétés bordeloises, ensemble de monographies toujours très étudiées de nos jours par quiconque s’intéresse à la région. Il fut inhumé dans le tombeau des Feuillants.
    • Le jurisconsulte et historien Florimond de RAYMOND (1540-1601), qui fut successeur de Montaigne au parlement de Bordeaux.
    • Gaston Jean-Baptiste de ROQUELAURE (1615-1683) : maréchal de camp du roi, il fut blessé et fait prisonnier au combat de la Marfée (1641), se distingua l’année suivante à la bataille d’Honnecourt, puis aux sièges de Gravelines, de Bourbourg et de Courtray. Blessé au siège de Bordeaux pendant la Fronde, il contribua à la conquête de la Franche-Comté à à celle de la Hollande (167l). Louis XIV le fit duc et pair et gouverneur de la Guyenne.

- Le dépositoire : édifié en 1852 par l’architecte Charles Burguet, il s’agit d’un édifice en croix grecque à deux niveaux de style néo-classique. Parmi les hôtes célèbres qui y reposèrent un temps, on citera Pierre Ponson du Terrail, l’auteur de Rocambole, qui y demeura sept ans, sa mère et sa veuve se disputant son corps ; L’architecte Félix Duban, qui y demeura un an entre le moment de sa mort à Bordeaux en octobre 1870 et son transfert au cimetière Montparnasse de Paris en octobre 1871 ; Montaigne qui y fut déposé en 1880 jusqu’à son transfert au Musée d’Aquitaine ; Goya, qui y attendit une dizaine d’année son transfert pour Madrid ; et enfin le maréchal Alphonse d’Ornano, qui y reposa 123 ans avant que Bordeaux ne décide de lui offrir un tombeau décent dans ce même cimetière.

- Un monument élevé sur lequel apparaissent les identités des défunts dont la tombe a été l’objet d’une reprise.

- On citera enfin la présence de tombeaux de famille de certaines célébrités : celui du frère de l’avocat Raymond de Sèze, des parents de François Mauriac, de l’humoriste Pierre Palmade...


Célébrités : les incontournables...


- Francisco de GOYA
- Philippe HENRIOT
- Alphonse d’ORNANO
- Pierre de PELLEPORT
- Aurélien SCHOLL
- Flora TRISTAN

- L’académicien français et défenseur du catholicisme social Albert De MUN (1841-1914) mourut à Bordeaux au tout début de la Première Guerre mondiale. Il fut inhumé au cimetière de la Chartreuse avant d’être transféré au cimetière de Lumigny (Seine-et-Marne).
- Certaines sources (discutées) considèrent que l’indépendantiste haïtien Toussaint LOUVERTURE (1743-1803), après avoir été inhumé dans un caveau de la chapelle du fort de Joux (Doubs), aurait été transféré au cimetière de la Chartreuse de Bordeaux. Quoiqu’il en soit, son fils, Isaac LOUVERTURE (1782-1853) est bien inhumé à la Chartreuse : il fut transféré en 1866 dans le caveau Gragnon-Lacoste, mais son identité n’y apparaît pas.


... mais aussi


- Le peintre et dessinateur Jean-Paul ALAUX (1788-1858), membre de la célèbre dynastie d’artistes (il était le frère de Jean Alaux, dit le Romain). Il fut directeur de l’Ecole des Beaux-Arts de Bordeaux, qui possède plusieurs de ses oeuvres. Son nom fut gravé sur l’Arc-de-Triomphe de Paris.

- Le général Louis ALMÉRAS (1768-1828), qui participa aux campagnes de Napoléon (en particulier en Egypte). Nommé général par Kléber, il devint baron d’Empire durant les campagnes d’Italie.

- Le député de Gironde Lucien ARMAN (1811-1873), qui siégea avec la majorité dynastique de 1857 à 1869. Constructeur de navires de commerce, il s’occupa surtout de questions commerciales et maritimes dans le contexte de la colonisation française. Il fut inhumé auprès de son épouse, Laure de Caillavet, dans une chapelle néo-gothique qui a désormais disparu. Il était le grand-père de l’auteur dramatique Gaston Arman de Caillavet.

- Miguel José de AZANZA (1746-1826) : politicien et diplomate espagnol, il fut de 1793 à 1796 ministre de la guerre durant le mandat du premier Ministre Manuel Godoy. Il occupa ensuite la charge de Vice-roi de la Nouvelle-Espagne (Mexique). Revenu en Espagne en 1800, il devint ministre des Finances de Ferdinand VII et membre de la junta qui gouverna en l’absence du Roi. Ayant prêté allégeance à Napoléon (Joseph Bonaparte le fit duc de Santa-Fe), il fut contraint à l’exil lors du retour des Bourbons d’Espagne : condamné à mort par contumace, ses propriétés confisquées, il mourut dans l’indigence à Bordeaux où il fut inhumé.

- Le peintre Pierre-Emile BERNÈDE (1820-1900), inhumé dans le même caveau que François Colin.

- Le compositeur Louis BEYDTS (1895-1953), élève d’André Messager et disciple de Reynaldo Hahn, qui fut l’un des derniers compositeurs d’opérette à tenter de maintenir la tradition de l’opérette française classique, tout en la renouvelant. Il composa également plusieurs musiques de films, dont celle de la Kermesse héroïque, et de plusieurs réalisations de Sacha Guitry.

- L’architecte Alphonse BLAQUIÈRE (1829-1899), qui manifesta une attirance pour l’architecture médiévale « réactualisée ». On lui doit de nombreux hôtels particuliers et châteaux dans le Bordelais, particulièrement à Arcachon. Il repose dans le caveau Bursio. Le buste qui orne sa tombe est de Louis Fournier.

- L’architecte Jacques-Charles BONNARD (1765-1818), qui reçut le Prix de Rome en 1787 et devint membre de l’Académie des Beaux-Arts. Il édifia des demeures bourgeoises et aristocratiques dans la région parisienne. Son tombeau a disparu.

- Nicolas Antoine de BREZETZ (1744-1823) : député de Gironde de 1803 à 1806, il fut fait baron d’Empire.

- L’architecte Charles BRUN (1825- ?).

- L’architecte bordelais Jean BURGUET (1783-1848).

- Le peintre Jean-Alfred CABRIT (1845-1907).

- Joseph de CARAYON-LATOUR (1824-1886) : ancien commandant des gardes mobiles durant la guerre de 1870, il fut élu sénateur innamovible, poste qu’il exerça de 1878 à sa mort. Avec lui repose son épouse, Marie de Lassus Bizoux (1854-1897), qui périt dans l’incendie du Bazar de la charité. Leur tombeau, une chapelle assez éclectique, fut réalisé par l’architecte Henri Duphot qui avait également reconstruit le château de Virelade appartenant au même Carayon-Latour. Le buste qui ornait cette chapelle était la seule oeuvre connue dans ce cimetière de Henri Chapu : il semble qu’il ait très récemment disparu.

- Le père Guillaume CHAMINADE (1761-1850) : professeur au collège de Mussidan, dans le Périgord, il refusa de prêter le serment civique exigé pendant la Révolution française. Après un exil à Saragosse, il revint à Bordeaux en 1800. Très dévot à la Sainte Vierge, il y fonda en 1818, la Société de Marie, autrement dit, les Marianistes qui, pour travailler à l’éducation chrétienne de la jeunesse, fondèrent ou reprirent de nombreux établissements tout autour du monde. Il fut béatifié à Rome par le Pape Jean-Paul II en 2000. Sa tombe est ornée de nombreux témoignages de fidèles et d’ex-votos. Son tombeau est surmonté d’une vierge.

- L’agronome Jules CHAMBRELENT (1817-1893), qui fut chargé de l’irrigation en Gironde et qui fut l’instigateur des plantations de pins dans les Landes. Il était membre de l’Institut.

- Le sculpteur Louis COEFFARD de MAZEROLLES (1818-1887), ancien élève de Maggesi, qui décora bâtiments civils et religieux dans la région. Le cimetière conserve plusieurs de ses oeuvres.

- Le peintre François COLIN (1798-1864), inhumé dans le même tombeau que Pierre-Emile Bernède.

- L’architecte Armand CORCELLES (+1843), qui édifia à Bordeaux le Temple des Chartrons, de nombreuses églises et quelques châteaux dans la région. Inhumé dans la 34e série, on n’a jamais retrouvé sa tombe.

- Louis Gustave CURÉ (1799-1876) : maire de Bordeaux en 1848, il refusa de prêter serment au prince-président et se démit de toutes ses fonctions publiques. Elu député de la Gironde dans l’opposition en 1857, il se rallia à l’Empire quand celui-ci prit un tournant libéral et vota désormais avec la majorité. Il demeura député jusqu’en 1869.

- Le peintre Adrien DAUZATS (1804-1868), qui voyagea en Orient et en Méditerranée. Il fut un des orientalistes les plus importants de l’école romantique. Il est cité à plusieurs reprises dans l’oeuvre d’Alexandre Dumas.

- Le draamturge et librettiste Alfred DELACOUR (Alfred Lartigue : 1817-1883), inhumé dans le même tombeau que le peintre Pierre Lacour.

- Charles DELACROIX (1740-1805) : secrétaire de Turgot, puis député à la Convention, il fut un jacobin virulent qui devint, entre 1795 et 1797 ministre des Relations extérieures (il prépara ce qui allait devenir le traité de Campo-Formio). Membre du Conseil des anciens, il fut préfet des Bouches-du-Rhône (an VIII-an XI), puis préfet de la Gironde (1803-1805). Il est surtout connu pour être le père officiel du peintre Eugène Delacroix, bien que tout laisse à penser que ce dernier fut le fils de Talleyrand. Inhumé dans ce cimetière, son tombeau disparu sous la Restauration (Eugène accusa les royalistes d’avoir à dessein dispersées ses cendres). Aussi, lorsque mourut le colonel Charles-Henri DELACROIX (1779-1845), baron de l’Empire, ancien aide de camp du prince Eugène de Beauharnais, le peintre décida d’édifier à la Chartreuse un tombeau qui serait à la fois celui de son frère et le cénotaphe de son père. Il fut édifié par l’architecte Louis Roche sur les plans d’Eugène Delacroix lui-même. Le buste de Charles fut réalisé par Pierre Chinard. Eugène rédigea également l’épitaphe gravée sur la dalle de Charles-Henri. Symétrique, une dalle muette évoque la place vide laissée par Charles Delacroix dont on ne retrouva pas les restes. Eugène aurait pu se faire inhumer ici : il préféra, on le sait, les ombrages du Père-Lachaise.

- Le politicien réunionnais Louis Hubert DELISLE (1811-1881) : maire de Saint- André-de-Cubzac de 1845 à 1848, il est élu député de l’Assemblée Constituante cette dernière année puis député de l’Assemblée Législative en 1849. Il est nommé membre du Comité des colonies et s’y fait remarquer par ses prises de position en faveur de sa terre de naissance. Ami de Théodore Ducos (voir plus loin), il devient en 1852 gouverneur de la Réunion. Il modernise l’île, mettant en oeuvre une politique de grands travaux comme la route qui ceinture la Réunion et qui porte aujourd’hui son nom. En 1857, Hubert Delisle devient sénateur du Second Empire. Il est par ailleurs de nouveau maire de Saint-André-de-Cubzac de 1870 à 1878, tandis qu’il est Sénateur de la Gironde de 1876 à 1879.

- Jean-François Polynice DENJOY (1809-1860) : avocat, inspecteur de l’Instruction primaire et sous-préfet, cet opposant acharné à la République fut élu député de la Gironde de 1848 à 1851. Il se rallia ensuite au régime impérial. Il fut l’un des nombreux parlementaires a avoir été croqué par Honoré Daumier.

- Le peintre post-impressionniste belge Louis DEWIS (Isidore Louis Dewachter : 1872-1946), qui vécut la majeure partie de sa vie en France. Il réalisa de nombreux paysages, particulièrement de Normandie et du Pays-Basque.

- Le marquis Bertrand DOUAT de la COLONILLA (1742-1816) qui acheta en 1802 le vieux manoir gothique de Margaux et fit construire à la place par l’architecte Louis Combes le château Margaux tel qu’on peut le voir aujourd’hui, bien connu des amateurs de vins. Il repose sous un sarcophage à l’antique érigé par ce même Louis Combes.

- L’aquafortiste, archéologue et historien Léon DROUYN (1816-1896). Elève de Jean-Paul Alaux, il s’orienta rapidement vers ce qui fut la passion de sa vie : l’étude historique et archéologique, ainsi que la préservation, du patrimoine de la Gironde. Il publia un très grand nombre d’ouvrages sur le sujet, réhaussés par les dessins et eaux-fortes qu’il réalisa lui-même. Dans le même tombeau repose son fils, l’architecte Léon DROUYN (1839-1918), qui fut comme son père sensible à l’architecture médiévale et qui restaura dans la région de nombreux bâtiments civils et religieux. Tous deux reposent dans le caveau D’Anglade.

- Jean-Etienne Théodore DUCOS (1801-1855) : armateur bordelais, il fut de 1834 à 1849 député de son département natal, puis de 1849 à 1851 député de la Seine. Il siégea dans l’opposition dynastique jusqu’en 1848. Votant avec le parti de l’Ordre, il rallia ensuite le camp de Louis-Napoléon Bonaparte. Ministre de la Marine et des Colonies de 1851 à sa mort, son administration fut notamment marquée par le développement de la marine militaire à vapeur et par l’installation de la France en Nouvelle-Calédonie. Il eut également à organiser les transports maritimes durant la guerre de Crimée. Il fut sénateur de 1853 à sa mort. Il donna son nom à une commune de la Martinique. Le buste qui ornait sa tombe, attribué à Domenico Maggesi, a disparu récemment.

- Le naturaliste Louis Hyacinthe DUDEVANT (1759-1837).

- Le peintre et poète Gaétan DUMAS (1879-1950), sous une effigie de Robert Delandre et H. Lepercq.

- L’écrivain et journaliste Justin DUPUY (1810-1859), royaliste et ultracatholique, qui fut durant 18 ans le rédacteur en chef du journal la Guyenne. Son tombeau, édifié par Louis Garros, est orné d’un médaillon de Coeffard de Mazerolles.

- L’architecte bordelais Gabriel Joseph DURAND (1792-1858). Dans le même tombeau repose le botaniste bordelais Charles DURIEU de MAISONNEUVE (1796-1878), qui rapporta d’Algérie plusieurs échantillons de palmiers dont les graines, à l’heure actuelle, sont à l’origine d’un très grands nombres de spécimens qui décorent parcs et jardins du sud de la France.

- Le général Charles-Marie ESPINASSE (1815-1859), il participa au complot bonapartiste et fut chargé, lors du coup d’Etat de 1851, de bloquer le Palais Bourbon. puis devint après l’attentat d’Orsini un éphémère ministre de l’Intérieur (7 février-14 juin 1858) où il mena une politique terriblement répressive à l’égard des Républicains. Il trouva la mort dans la guerre d’Italie où il commandait une division du corps Mac Mahon lors de la bataille de Magenta. Il fut inhumé dans le caveau de famille de son épouse, née Festugière. De la dalle, émerge la bouche d’un canon prêt à tirer.

- Les frères Constantin et César de FAUCHER (1760-1815) , les « jumeaux de la Réole ». Capitaines dans un même régiment, la Révolution les fait retirer du service en 1790. Engagés volontaires en 1792 dans un bataillon « des enfants de la Réole » pour combattre la révolte royaliste en Vendée, ils y deviennent Général et Commissaire aux armées, mais sont condamnés à mort une première fois pour avoir en 1794 pris le deuil de la mort de Louis XVI qui les avait nommés officiers. Sauvés par Thermidor et réintégrés, ils démissionnent de l’armée lors du couronnement de Napoléon comme Empereur : les frères Faucher prennent alors les fonctions civiles de Maire et Sous-Préfet de La Réole. S’étant engagés dans l’armée sous les Cent Jours contre le retour des royalistes, ils furent condamnés à mort par le tribunal militaire de Bordeaux et exécutés en 1815. Inhumés en 1830 à la Chartreuse, il semble qu’il ne reste plus grand chose de leur tombeau, sinon une présence symbolique.

- L’homme politique Jean FERNAND-AUDEGUIL (1887-1956), qui fut député de la Gironde de 1936 à 1941, puis de 1944 à 1956. Socialiste, il fit partie des quatre-vingts parlementaires qui votèrent contre les pleins pouvoirs à Philippe Pétain, ce qui lui valut d’être radié de l’Éducation nationale par le Régime de Vichy. Résistant, il fut de 1944 à 1947 maire de Bordeaux. Il perdit son siège au profit de Jacques Chaban-Delmas.

- Le romancier Jean FERNAND-LAFARGUE (1856-1903), qui publia un grand nombre de contes et nouvelles dans les journaux. Sa chapelle est ornée d’un buste.

- Le publiciste Henri FONFRÈDE (1788-1841) : fils du conventionnel Jean-Baptiste Boyer-Fonfrède, décapité en 1793, il fut le rédacteur de plusieurs journaux dans lesquels il défendit avec ardeur les idées libérales, en politique comme en économie. Il fut un défenseur du pouvoir royal sous la monarchie de Juillet. Il repose sous un buste en marbre de Domenico Maggesi.

- Elie GINTRAC (1791-1877) : directeur de l’Ecole de Médecine, il fut un artisan de premier plan de la médecine scientifique et le propagateur dynamique des méthodes de pensée moderne. Il rédigea et publia de 1853 à 1871 un “Cours théorique et pratique de pathologie interne et de thérapie médicale” en 9 volumes.

- Martin Miguel de GOICOECHEA (1732-1806) : notable de Saragosse, ami de Goya (qui fit un portrait de lui), il fut maire de Madrid sous le gouvernement de Joseph Bonaparte. C’est dans son caveau que fut inhumé Goya à Bordeaux.

- Le général Joseph de GOISLARD de MONSABERT (1887-1981) : officier issu de St- Cyr, il sert durant la Première Guerre mondiale à la tête d’un régiment de zouaves. Spécialiste des armées indigènes d’Afrique du Nord, il prépare en 1942 l’arrivée du général Giraud. Il sert alors aux cotés des Alliés en Tunisie et en Algérie, puis débarque en Italie où il participe à la reconquête de la péninsule. Il libère Toulon puis Marseille, puis participe à la libération de Saint-Etienne, Lyon, Mâcon, Chalon, Autun et Dijon avant de prendre part aux campagnes des Vosges et d’Alsace et à la défense de Strasbourg. Il termine la guerre à Stuttgart. Compagnon de la Libération, il fut en outre, de 1951 à 1955, député RPF des Pyrénées-Atlantiques.

- Le sculpteur Bernard JABOUIN (1810-1899), qui orna dans un style néo-gothique de très nombreuses églises de Gironde en mobiliers et autels. Sa tombe était ornée d’un buste.

- Le sculpteur bordelais Amédée JOUANDOT (1833-1884), qui suivit les cours de Jean-Paul Alaux et de Domenico Maggesi. Il réalisa à Bordeaux et en Gironde de nombreuses oeuvres (rien que dans ce cimetière, on peut citer Le Repos Eternel de la chapelle Bassié, le médaillon sur la tombe de Bernard Cazenavette, ancien directeur du Lycée de Bordeaux, ou encore la tombe Devanne). Pour rester dans la statuaire funéraire, il fut également l’auteur du monument Herveau au cimetière de Vanves (92), ou encore celui du buste de Delphine de Cambacérès au Père-Lachaise.

- Le compagnon de la Libération Henri LABIT (1920-1942) : jeune élève officier de l’armée de l’air, il est l’un des premiers à rejoindre le général de Gaulle. On lui confie en 1941 la mission « Torture » destinée à mettre en place un réseau de renseignements et de sabotage dans le Calvados. La mission échoue mais il réussit à s’échapper. Attaché à l’Etat-major particulier de de Gaulle, il est volontaire pour une autre mission, la mission bass, aux objectifs similaires mais dans la région de Bordeaux. Il est arrêté dans le train à Langon par les Allemands : il se donne la mort en avalant une pastille de cyanure. Inhumé dans le carré militaire de l’hôpital de Villenave d’Ornon (33), il est transféré en 1944 au cimetière de la Chartreuse.

- Le peintre et graveur Pierre LACOUR (1745-1814), ancien élève de Vien qui fut Second prix de Rome en 1769 et eut Jean Alaux dit le Romain parmi ses élèves. Il fonda en 1801 le musée des beaux-arts de Bordeaux et fut chargé en 1802 de la restauration du palais de Rohan (actuel Hôtel de ville de Bordeaux). Le bas relief en marbre très abimé qui orne son tombeau est l’oeuvre de Florent Bonino.

- L’architecte Jean-Baptiste LAFARGUE (1801-1866), qui oeuvra à Bordeaux et dans le Bordelais.

- Laurent LAFAURIE de MONBADON (1757-1841) fut maire de Bordeaux de 1805 à 1809. Maréchal de Camp en 1815, il mena une carrière militaire notable et fut sénateur.

- François-Armand LALANDE (1820-1894) : négociant en vins bordelais, il fut député de Bordeaux de 1881 à 1889 et siégea sur les bancs de la Gauche démocratique.

- François-de-Paule LATAPIE (1739-1823) : helléniste et botaniste (il fut l’élève de Bernard de Jussieu), ami de Montesquieu, il fut l’auteur d’ouvrages sur les plantes de Gironde et enseigna au Jardin des Plantes de Bordeaux.

- Le botaniste Jean-François LATERRADE (1794-1858), qui avait créé un curieux herbier composé uniquement de plantes ramassées sur la tombe de son fils.

- Henri LAVERTUJON (1855-1907) : originaire de Périgueux, il fut député de la Haute-Vienne de 1889 à 1898, puis sénateur de ce même département de 1900 à sa mort.

- Jean-Baptiste LYNCH (1749-1835) : issu d’une famille catholique irlandaise de petite noblesse, conseiller au Parlement de Bordeaux, il fut emprisonné sous la Terreur pour ses sentiments monarchistes et libéré après Thermidor. Napoléon le nomma maire de Bordeaux en 1808 mais fidèle aux Bourbons, il livre la ville aux Anglais en 1814, permettant le retour du duc d’Angoulème. Louis XVIII le fit Pair de France.

++++

- Le sculpteur italien naturalisé français Domenico MAGGESI (1807-1892), auquel on doit plusieurs monuments de ce cimetière.

- Le peintre et dessinateur Charles MARIONNEAU (1823-1896), qui fut également historien de l’art et qui légua à Bordeaux des fonds d’une très grande valeur.

- Adrien MARQUET (1885-1955), qui fut l’un des maires historiques de Bordeaux. Socialiste, il fut député de la Gironde de 1924 à 1942. Il imprima à la ville ouvrière une politique de transformation sociale en construisant ou en modernisant les équipements, mais dériva également vers un socialisme autoritaire proche du fascisme. Son exclusion de la SFIO ne l’empêcha pas de devenir ministre du travail en 1934. Favorable à un rapprochement franco-allemand, il fut partisan de l’armistice en 1940 et fut l’un des premiers à envisager la collaboration. Dernier ministre de l’Intérieur de la IIIe République de juin à septembre 1940, il s’opposa aux lois antisémites et quitta le gouvernement. Il défendit Bordeaux durant l’Occupation et durant le retrait des troupes allemandes. Arrêté, il fut jugé par la Haute cour de Justice mais fut acquitté. En 1954, il tenta en vain de s’opposer à l’ascension de Jacques Chaban-Delmas.

- Le Compagnon de la Libération Olivier MASSART (1919-1968) : bordelais d’origine, engagé dans l’aviation, il rejoint l’Angleterre dès la signature de l’armistice et y obtient son brevet de pilote dans la RAF. Il est affecté au Groupe de chasse « Ile-de-France » des Forces aériennes françaises libres : il y multiplie les missions, comme le bombardement de Dieppe en août 1942. Il participe évidemment aux opérations du débarquement allié en Normandie. Il continue sa carrière dans l’aviation après la guerre, mais meurt au cours d’un exercice de tirs à Djibouti.

- L’architecte Jean MASSEBOEUF (1801-1851).

- Le poète « MESTE VERDIÉ » (Joan Antòni Verdié : 1779-1820) qui, auteur de poèmes et de farces en occitan, fut à l’origine du renouveau de l’école occitane de Bordeaux.

- L’homme de lettres Hippolyte MINIER (1813-1904), qui publia poèmes et comédies.

- L’architecte bordelais Ernest MINVIELLE (1835-1906).

- Le rugbyman (puis entraineur) André MOGA.

- Le général Jean-Victor MOREAU (1763-1813) : général des armées révolutionnaires, il participa sous les ordres de Pichegru à la conquête de la Hollande. Commandant de l’armée de Rhin-et-Moselle, il pénétra en Bavière, s’empara de Kehl. Suspecté par le Directoire en raison de ses relations avec Pichegru, il reprit ses fonctions en 1799 dans l’armée d’Italie. Ayant appuyé Bonaparte lors du coup d’Etat du 18 brumaire, il fut nommé commandant en chef de l’armée du Rhin et remporta en 1800 la victoire de Hohenlinden. S’estimant insuffisamment récompensé, il s’opposa de plus en plus vivement à Bonaparte en se liant aux royalistes. Arrêté en 1804, il vécut en exil aux Etats-Unis puis devint conseiller, puis feld-marechal du tsar Alexandre : il fut tué par un boulet français à la bataille de Dresde. Embaumé à Prague, il fut inhumé dans la crypte de l’église catholique Sainte-Catherine de Saint-Petersbourg. Son épouse mourut en 1824 à Bordeaux alors qu’elle revenait d’une cure : elle fut inhumée dans ce cimetière. On y plaça ultérieurement à ses cotés le coeur de son mari, fait maréchal à titre posthume par Louis XVIII.

- José NOGUÉRO (1905-1993) : bordelais d’origine espagnole, il embrassa la carrière de comédien. Jeune premier aux allures « exotiques » dans les années 30, il tourna pour le cinéma jusque dans les années 70 mais aucun film ne permit de le lancer réellement. Il tourna pourtant avec des grands, en particulier René Clair ouSacha Guitry, mais toujours dans des rôles secondaires qui ne lui permirent aucun essor. Il mourut oublié de tous alors que sa carrière comptait plus de quarante films.

- Marc ORAISON (+1979), qui fut prédicateur et psychanalyste et qui s’intéressa aux rapports entre la sexualité et l’individu, ce qui lui valut la condamnation des milieux catholiques conservateurs.

- Le peintre Léon PALLIÈRE (1787-1820), qui obtint le Premier Prix de Rome et qui se spécialisa dans la peinture historique et religieuse. Le musée des Beaux-Arts de la ville possède plusieurs de ses oeuvres. Il repose dans le tombeau de son père, le peintre Jean-Baptiste PALLIÈRE (1755-1827), sous une stèle érigée par l’architecte Armand Corcelles.

- Le général Elie PAPIN (1760-1825), qui bien qu’enrôlé dans les armées révolutionnaires qui le menèrent en Espagne, demeura si profondément monarchiste qu’il se mit en contact avec les réseaux royalistes. Il organisait sur Bordeaux un complot monarchiste quand il fut démasqué et contraint à la fuite aux Etats-Unis. Il mena alors une carrière de négociant qui l’enrichit et ne rentra en France qu’à la faveur de la Restauration. Il termina sa vie en tant que commandant du Lot-et-Garonne.

- Le sculpteur, peintre et musicien Alphonse PIQUEMAL (+1912).

- L’architecte Alexandre POITEVIN (1782-1859), ancien élève de Percier et de Fontaine, attaché aux départements du Lot-et-Garonne et de la Gironde. Parmi ses nombreuses oeuvres (restauration d’églises, constructions de bâtiments civils et religieux...), on peut citer l’édification des Palais de Justice d’Agen et de Marmande.

- Le sculpteur Edmond PRÉVOT (1838-1892), qui réalisa de nombreuses oeuvres dans ce cimetière, et qui repose dans le caveau Pégot.

- Auguste RAVEZ (1770-1849) : cet avocat d’origine lyonnaise se réfugia à Bordeaux pendant la Révolution. Profondément Girondin, il fut député de Gironde de 1816 à 1827, puis à nouveau de manière éphémère en 1848. Son tombeau fut érigé en 1849 sur la première concession accordée par la ville en 1807 à un particulier : Auguste Ravez l’avait acheté pour y faire inhumer sa fille, morte à l’âge de 7 ans.

- L’ingénieur Paul RÉGNAULD (1827-1874). Il dirigea la construction du tunnel de la Réole et de la ligne Agen-Perpignan. Il fut ensuite chargé de la construction du pont métallique de Bordeaux. Il reposait sous un buste d’Edmond Prévot.

- Le diplomate Léon ROCHES (1809-1900), qui ayant rejoint son père propriétaire en Algérie, apprit l’arabe et devint très vite un traducteur recherché de l’armée française. Proche d’Abd el Kader, il entra au service de Bugeaud. Il voyagea énormément dans l’ensemble du monde musulman africain. Respecté par les tribus arabes, il se vit confier plusieurs missions diplomatiques : il devint par la suite consul à Trieste, à Tripoli, à Tunis puis au Japon. Il publia plusieurs ouvrages biographiques. Il est inhumé dans le caveau Laliman de ce cimetière.

- Le violoniste Pierre RODE (1774-1830) qui fut le Premier Violon du consul Bonaparte puis plus tard du tsar Alexandre de Russie. Il voyagea dans toute l’Europe, créant la Sonate pour violon n° 10 en sol majeur que Beethoven avait expressément écrite pour lui. Fort apprécié durant tout l’Empire, il fut également professeur au Conservatoire et composa de nombreuses pièces pour son instrument.

- Le Père Jean-Baptiste RAUZAN (1757-1847), religieux français fondateur des Pères de la Miséricorde. Ayant émigré pour ne pas avoir à prêter le serment à la Constitution civile du clergé, il s’attacha au cardinal Fesch qui forma, en 1808, le projet de constituer dans l’ancien couvent des Chartreux de Lyon une congrégation de prêtres consacrés à l’étude et à la prédication des missions intérieures. Il se rapprocha ensuite de Louis XVIII (qui en fit son chapelain) : ses missionnaires occupèrent alors plusieurs adresses à Paris, mais furent dispersés par la Révolution de 1830 : de Rome, où il s’était réfugié de 1831 à 1833, le père Rauzan reforma sa congrégation sous le nom de Pères de la Miséricorde et la dota de nouveaux statuts. Peu nombreux et éprouvant des difficultés de recrutement, les pères fondèrent cependant une chapelle française à New York. Revenue à sa vocation première, la Congrégation des Pères de la Miséricorde (« Fathers of Mercy ») prêche des missions en paroisse et organise des retraites. Inhumé en la chapelle Saint-Jacques de Paris, Jean-Baptiste Rauzan fut transféré dans ce tombeau, orné d’un médaillon en bronze, en 1912.

- Le pédagogue Jean de SAINT-SERNIN (1740-1816), qui assista l’abbé Sicard dans l’instruction des sourds et muets.

- L’avocat Pierre SANSAS (1804-1877) : farouche républicain, il fut en 1851 et 1858 proscrit à deux reprises pour ses opinions, et fut contraint à l’exil (en Espagne, en Algérie). Révoqué du barreau en 1871, il fut aussitôt élu député. Il siégea sur les bancs de la Gauche républicaine jusqu’à sa mort. Il repose sous un buste d’Edmond Prévot.

- Le négociant François SEIGNOURET (1785-1852) : fils d’un tailleur de vêtements, il tenta sa chance en s’installant en 1808 à la Nouvelle-Orléans. Pour les intérieurs des maisons des colons, il inventa un style de mobilier (dit « Seignouret ») qui connut un grand succès. Enrichi, il se lança dans l’importation des vins de Bordeaux aux Etats-Unis. Il repose dans une chapelle réalisée par l’architecte Gustave Alaux.

- Alexandre-Etienne SIMIOT (1807-1879) : journaliste bordelais, il fut député de la Gironde 1848 à 1849, puis de 1871 à sa mort où il siégea dans les rangs de l’extrème-gauche.

- Le chouan Louis de SOL de GRISOLLES (1761-1836), qui fut un compagnon de Georges Cadoudal. Il participa au grand soulèvement de 1815 contre l’Empereur, à la tête de divisions de collégiens bretons. Emprisonné pendant 9 ans, il fut libéré durant les Cent jours. Il termina sa vie dans la gène et fut inhumé dans ce cimetière : ses restes reposent aujourd’hui dans un ossuaire.

- L’architecte Adolphe THIAC (1800-1860), qui édifia de nombreux monuments en Gironde. On lui doit en particulier le Palais de Justice de Bordeaux.

- L’explorateur Elisée TRIVIER (1842-1912) : capitaine au long cours, il voyagea à de nombreuses reprises en Amérique du Sud de 1878 à 1904, mais il n’est connu que pour sa traversée de l’Afrique centrale en 1888-1889. Plus qu’un explorateur, Trivier fut plutôt un agent de renseignement économique pour les sociétés de géographie. Ports, villes, plantations, élevages, ressources naturelles, situations politiques, étaient autant d’informations importantes pour les investisseurs ou les émigrants français.

- Le général d’Empire Lubin-Martin VANDERMAESEN (1766-1813), qui fut mortellement blessé à Saint-Jean-de-Luz. Son nom figure sur l’Arc-de-Triomphe. Son corps fut rapatrié dans la sépulture Amelin de ce cimetière en 1855.

- Gustave VIÉ (1881-1952), préfet de l’Aveyron de 1930 à 1932.


Source : pour connaître ce cimetière, je conseillerais la lecture de : P.PREVOT - M.LASSERE Chant des morts, ni édition ni date, dont je me suis inspiré pour cet article. Les quelques photos non colorisées en sont issues.

Pour le crédit photographique, les photos sont les miennes, celles de M. Beleyme (merci à elle), de gerard85.free.fr pour le général de Monsabert et de Google Earth pour la vue aérienne.


Commentaires

Logo de Gilbert
mercredi 24 septembre 2014 à 17h16, par  Gilbert

Bien que le personnage historique ne soit guère sympathique, pourrais-je connaître l’emplacement de la tombe de Philippe Henriot....D’avance merci !

mardi 29 avril 2014 à 17h57

Auriez-vous par hasard une photographie de la tombe du général Alméras et pourriez-vous me la transmettre ? Merci d’avance.

Logo de florinette
lundi 9 décembre 2013 à 00h51, par  florinette

remarquable travail ; félicitations, l’ art funéraire est tellement émouvant et méconnu hélas

Site web : félicitations
Logo de mbeleyme
mercredi 8 août 2012 à 22h52, par  mbeleyme

Quand on se penche (rapidement je l’avoue) sur l’histoire du quartier, on s’aperçoit qu’il n’a été que tardivement peuplé, étant très marécageux. Les rares habitations que l’on trouvait là avant le XIXème siècle appartenaient à la paroisse de Cenon. Peut-être une piste ? Un Bordelais répondra sans doute mieux que moi.

Logo de Philippe Landru
mercredi 8 août 2012 à 19h17, par  Philippe Landru

Une internaute me pose la question suivante : Bonjour Monsieur, Pouvez vous me dire où ont été inhumés les habitants du quartier de la Bastide près de Bordeaux côté rive droite à l’époque de l’octroie, je ne crois pas qu’il y est de cimetière aux abords de l’église ? Merci.

Si un Bordelais à la réponse ? Merci par avance.

Logo de Pénélope33
mardi 31 juillet 2012 à 00h39, par  Pénélope33

Pour André MOGA, il faudra ajouter les 2 dates : 1921-1982 ;
Merci

Logo de Philippe Landru
vendredi 27 juillet 2012 à 11h36, par  Philippe Landru

Ce n’est pas Eugène mais son père, Charles. En outre, vous faites une erreur : le terme de « cendres » désigne les « restes », crématisés ou non, d’un corps. C’est par exemple le sens à donner à la « translation des cendres de qq’un au Panthéon ». On peut donc l’utiliser, même pour des corps n’étant pas passés par la crémation.

Logo de dove33
mercredi 25 juillet 2012 à 06h39, par  dove33

Eugène Delacroix inhumé en pleine terre ! normal qu’on ait pas retrouvé les cendres !

Logo de Mme PATANCHON
jeudi 29 mars 2012 à 18h42, par  Mme PATANCHON

Monsieur,

Au cours de vos recherches auriez-vous relevé l’emplacement du caveau de Raoul LASSUS ?

Merci d’avance,

Logo de C.Duverger-Harrison
mardi 10 janvier 2012 à 23h49, par  C.Duverger-Harrison

Existe-t-il une liste des cimetieres paroissiaux dont les corps ont ete trensferes a la Charteuse ou fut-ce une intiative familiale ?
Notre ancetre le plus ancien dans le caveau familial etait ne en 1766 mais je connais pas la date de sa mort d’apres votre article ce serait donc posterieur a 1807.

Logo de Marie Beleyme
lundi 2 janvier 2012 à 13h41, par  Marie Beleyme

Bonjour Marie José,

Pouvez-vous me confirmer que l’ingénieur Claude Deschamps repose bien dans ce cimetière ? Son nom ne figure ni dans le livre de P. Prévot et M. Lasserre cité en fin d’article, ni dans le guide de Maurice Martin et Maurice Ferrus publié au début du XXème siècle, ni dans la liste des « célébrités » que l’on peut se procurer à la Conservation du cimetière.

Bonne journée.

lundi 2 janvier 2012 à 12h57

je suis étonnée que ne soit pas signalée la tombe de Claude DESCHAMPS

marie josé pietri
mj.pietri@orange.fr

Logo de Mireille Cousteau
mardi 6 septembre 2011 à 10h32, par  Mireille Cousteau

Merci pour ces belles pages sur le Cimetière de la Chartreuse.
Il conviendrait d’ajouter à la liste des personnalités qui y sont inhumées :

Camille COUSTEAU, premier maire socialiste de Bordeaux (1896-1900).
Il repose dans l’imposant caveau familial « Famille David Cousteau ».

Logo de Pierre Pellot
jeudi 17 février 2011 à 14h04, par  Pierre Pellot

Si vous lisez toujours ce site au sujet du général Vandermaesen, je souhaiterais entrer en contact avec vous pour quelques précisions sur ce personnage.

p.pellot@free.fr

Logo de Philippe Rougier
mardi 23 novembre 2010 à 23h07, par  Philippe Rougier

merci pour cette belle page. Il convient d ajouter à la liste des personnalités enterrées dans le caveau des artistes le nom de Walter Rummel (1887-1953). Pianiste à la carrière internationale, il est mort à l’hopital St André, et sa sépulture au caveau des artistes fut autorisée par J Chaban-Delmas. De l’interprete, on peut trouver actuellement des enregistrements, des partitions et une biographie par C Timbrell.

Philippe Rougier

Logo de Dan
vendredi 21 août 2009 à 05h55, par  Dan

Félicitations pour votre remarquable article. Juste un point de détail l’ingénieur Chambrelent n’a pas été le promoteur de l’irrigation, mais au contraire du drainage et de l’assainissement de la Lande. Sauf en cas d’incendie on n’arrose pas les arbres !
Par ailleurs, il semble que le clown Chocolat ( de Footit et Chocolat) soit enterré au cimetière protestant de Bordeaux. Je n’en ai pas trouvé trace...

Amicalement.

mercredi 27 mai 2009 à 07h06

Bonjour
Vraiment super votre article, beau travail.
Je n’ai pas trouvé de Beylard, dommage !
Je vous félicite
Marie-Claude ROboly

Logo de REIMOND
vendredi 4 juillet 2008 à 19h46, par  REIMOND

des erreurs qui ne sont pas de votre faute, mais qui sont véhiculées depuis bientôt 150 ans.Voici la réalité :

Lubin Martin VANDERMAESEN, général de Division à l’armée du nord de l’Espagne, est « mort sur le coup » sur le pont de VERA. Enterré à Ascain, son corps fût réinhumé à Bordeaux en mai 1859 dans la sépulture AMELIN(2 de ses filles y reposent).

Enquêtant depuis 3 ans, je prépare actuellement la Biographie de ce général. Personnage méconnu mais à la carrière passionnante.

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