SAINT-MANDÉ (94) : cimetière sud

mardi 29 juillet 2008
par  Philippe Landru

Les communes limitrophes de Paris ont du mal à exister en dehors de leur envahissante voisine : il en est ainsi de Saint-Mandé dont le cimetière-sud, intégré à Paris, est donc considéré comme un cimetière parisien. Le cimetière nord en revanche, dit cimetière communal, fait bien partie du Val de Marne.

En dehors de quelques tombes intéressantes, le cimetière-sud ne présente pas grand attrait. Plus ancien, le cimetière nord a le charme des vieux cimetières qui rappellent une banlieue qui n’existe plus. Saluons néanmoins la municipalité de Saint-Mandé qui a placé à l’entrée de ses deux cimetières un panneau explicatif présentant les tombeaux les plus notables : l’entreprise est rare et on se doit de féliciter une telle démarche.

Voir aussi le cimetière nord de Saint-Mandé

Le cimetière sud de Saint-Mandé

Il fut ouvert en 1878 pour faire face à l’engorgement du précédent. Le plan à l’entrée permet rapidement de faire le tour de l’enclos et d’y voir les sépultures les plus marquantes.


Curiosités


-  Un monument élevé à la mémoire de la catastrophe ferroviaire du 26 juillet 1891 : un train bondé de voyageurs qui revenaient des bords de Marne, à l’arrêt en gare de Saint-Mandé, fut heurté à l’arrière par un autre train. Les wagons de queue furent broyés et de nombreux voyageurs périrent carbonisés dans l’incendie qui suivit le choc et qui fut provoqué par les appareils d’éclairage des wagons. On dénombra 46 morts et 126 blessés .

- Un mémorial militaire accueillant, depuis 1974, les corps de 791 soldats morts pour la France, à l’hôpital Bégin, au cours de différents conflits du XXe siècle.

-  La belle statue du lutteur et rugbyman Calixte Delmas (1906-1927), décédé des suites d’une chute lors de son service militaire à l’École Normale Militaire de Gymnastique de Joinville. Elle est l’œuvre de Raymond Sudre, également auteur du bas-relief en bronze représentant des combats de lutteurs et un match de rugby.


Les célébrités : les incontournables…


- Alfred GRÉVIN
- Juliette BENZONI


… mais aussi


- Jean BERTAUD (1898-1987), maire de Saint-Mandé de 1944 à 1983, qui fut également sénateur du Val-de-Marne de 1947 à 1977.

-  La pianiste Jeanne-Marie DARRÉ (1905-1999) : méconnue en France mais honorée aux Etats-Unis, elle fut l’une des plus grandes interprètes du répertoire français. Ancienne élève de Marguerite Long et d’Isidore Philipp. Elle travailla avec les plus grands (Fauré, Ravel, Saint-Saëns…), se produisit avec les Concerts Lamoureux puis fit une carrière internationale. Elle enseigna également (Conservatoire de Paris, Nice, Etats-Unis). Elle est inhumée avec le compositeur et chef d’orchestre Fernand OUBRADOUS (1903-1986), l’une des grandes figures du monde musical français et un bassoniste de grand renom. Fondateur de plusieurs institutions musicales, il participa à de nombreuses créations d’œuvres et collabora avec les plus prestigieux compositeurs de son temps tels que Jacques Ibert, Albert Roussel, Darius Milhaud, Florent Schmitt...

- Edison DENISOV (Эдисон Васильевич Денисов : 1929-1996) : compositeur russe installé en France, ancien élève de Dmitri Chostakovitch, il développa un langage sévère et riche, teinté de sérialisme. On lui doit des oeuvres très variées : concerti pour divers instruments, un Requiem, de la musique de chambre, ainsi que des opéras (notamment L’Écume des jours (1981) d’après le roman de Boris Vian). Il favorisa grandement le renouveau du clavecin. On lui doit également des musiques de films.

- Le journaliste Marcel ESPIAU (1899-1971), l’un des fondateurs du prix littéraire Théophraste Renaudot. Il fut également chroniqueur judiciaire.

-  André GERBERON (1905-1961) : exploitant de bois et de café au Cameroun, il rejoignit les FFL en août 1940 lors du ralliement de l’Oubangui-Chari à De Gaulle. Il participa aux campagnes de Syrie et de Libye, puis au débarquement en Normandie et à la libération de Paris. Il fut fait Compagnon de la Libération.

-  Le comédien Jean-Pierre LAMY (1945-1970), que l’on vit dans Mon oncle Benjamin mais également dans Au théâtre ce soir. Il se suicida.

-  Le journaliste, écrivain et librettiste Jules MOINAUX (1815-1895), qui connut le succès avec ses vaudevilles, dont certaines pièces furent mises en musique par Offenbach ou Charles Lecoq. Il était le père de Courteline (Georges Moinaux). Il repose sous un médaillon en bronze de Ludovic Durand.

-  PAULUS (Jean Paul Habans : 1845-1908) : il fut, avec Thérésa, la première très grande vedette du café-concert. Il y fit ses débuts en 1864, et son succès vint progressivement : il en vint ainsi, et c’était une première, à demander des cachets exorbitants. Son plus grand succès : En revenant de la revue, créé en mai 1886 à L’Eldorado. Au soir du 14 juillet, alors que Paris ne parle que de la revue de Longchamps, Paulus modifie deux vers en l’honneur du Général Boulanger. Ce détail permet à cette chanson d’entrer dans la petite histoire de la chanson française. Pour Paulus, c’est un triomphe. Un autre de ses succès fut Le père la victoire, sur une musique de Louis Ganne. Il fonda en 1887 La Revue des Concerts, puis rachèta le Bataclan de Paris et l’Alhambra de Marseille : les lieux devinrent à la mode. On vint écouter au Bataclan Fragson, Bruant, où voir l’attraction menée par Bufallo Bill lui-même. À partir de 1889, il partit en tournée dans les capitales européennes, en Russie et à New York. Il fit ses adieux le 19 décembre 1906 sur la scène de la Gaîté. Le chansonnier Octave Pradels recueillit alors ses souvenirs. Ils furent publiés sous la forme de 33 fascicules illustrés. Il mourut pourtant dans la gène à Saint-Mandé, où il fut inhumé.

- L’écrivain José PIERRE (1927-1999), qui participa aux activités du mouvement surréaliste de 1952 à 1969, année de sa dissolution. Il a activement contribué aux expositions internationales de ce mouvement. Spécialiste reconnu du surréalisme, il fut aussi l’auteur de nombreuses monographies dédiées à des artistes contemporains, à la peinture symboliste, à la peinture naïve, au cubisme, au futurisme, au dadaïsme, et au Pop Art. Sa tombe porte pour épitaphe : J’ouvre mes persiennes sur toute occasion de beauté
Elle est surmontée d’une sculpture contemporaine. Dans ce même tombeau repose le peintre Philippe HAUCHECORNE (1907-1976).

-  L’haltérophile et coureur automobile Charles RIGOULOT (1903-1962) : champion de France, champion olympique, et plusieurs fois champion du Monde dans les années 20, il était surnommé « l’homme le plus fort du monde ». Un accident en 1931 mit fin à sa carrière : il se reconvertit alors dans la course automobile avec le même succès puisqu’il remporta le Bol d’or en 1937. Il fit également des affiches publicitaires et tourna dans quelques films.

-  Ulysse ROBERT (1845-1903) : qui fut archiviste paléographe, Bibliothécaire à la Bibliothèque nationale, puis inspecteur général des bibliothèques et des archives. Sa tombe est ornée d’un médaillon.

-  Le compositeur Alexandre TANSMAN (1897-1986) : d’origine juive polonaise, il s’installa à Paris et fréquenta l’élite culturelle de son temps – il fut en particulier un grand ami de Raoul Dufy et de Stravinsky - . En 1927, il rejoignit les États-Unis où il créa son second concerto pour piano dédicacé à Charlie Chaplin. Polyglotte, curieux de toutes les formes musicales possibles, il fit également un tour du monde pour mieux les connaître. Après la guerre (où il s’exile aux Etats-Unis), il fut l’un des compositeurs de l’école de Paris les plus joués. Ses compositions sont nombreuses : oratorios, symphonies, musique de chambre et opéras.

-  Le comédien de cinéma et de télévision Martin TREVIÈRES (Martin Teichner : 1924-1992).

-  Le comédien André VERSINI (1923-1966), qui tourna des années 40 à sa mort.

-  Robert-André VIVIEN (1923-1995) : ancien résistant, il fut toute sa vie un ardent gaulliste qui soutint Jacques Chirac en 1995 (il mourut le lendemain de son élection à la présidence de la République). Maire de Saint-Mandé de 1983 à sa mort, député du Val de Marne de 1962 à 1995, il était connu à l’Assemblée pour sa truculence. Il fut également secrétaire d’Etat au logement de 1969 à 1972.

- L’organiste, pianiste et compositeur Paul WACHS (1851-1915), ancien élève de César Franck, qui obtint son Premier Prix en 1872. Parallèlement, il étudia la composition avec Victor Massé et le piano avec Antoine-François Marmontel. En 1874, il devint organiste à l’église Saint-Merri, poste qu’il occupa jusqu’en 1896. Sa musique est typique de l’ambiance insouciante de « la Belle Époque ».


Merci à Patrick Morre pour le complément photographique.
Merci à Sergey Dyakonov pour la photo Denisov.


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