LONDRES (Royaume-Uni) : Golders Green crematorium

Visité en juillet 2005
mercredi 18 juin 2008
par  Philippe Landru

Une version abrégée de cet article est parue dans le n°5 des Echos de l’APPL.

En 1900, Londres ne parvient plus à faire face à la demande en crémation, d’autant que l’unique crématorium créé en 1885, celui de Brompton, à Woking dans le Surrey, se trouve à une grande distance de la ville. Il est donc décidé d’établir dans la banlieue bourgeoise du nord de Londres, à Golders Green, un nouveau crématorium.

On confia les travaux aux architectes Ernest George (l’auteur de l’hôtel Claridge) et Alfred Yeates. Ils réalisèrent une série de bâtiments en brique rouge dans le style Lombard. L’ensemble devait être harmonieux, constitué d’un cloître, de chapelles, et de columbariums. Le crématorium ouvrit ses portes en 1902 : son succès fut immédiat et il est devenu depuis le plus important lieu de crémation de toute l’Angleterre. On estime que depuis son ouverture, plus de 300 000 corps y furent incinérés.

Aujourd’hui, le lieu est à la fois étrange et harmonieux : étrange dans la mesure où sa structure en brique rouge, sa cheminée et sa fonction ne sont pas sans rappeler les bâtiments d’Auschwitz ! Néanmoins, la ressemblance s’arrête là : très décoré et très fleuri, le crématorium de Golders Green est également un gigantesque parc où alternent massifs de fleurs (chacune d’entre elles est un discret témoignage du défunt dont les cendres servent finalement d’engrais, une petite plaque rappelant l’identité du crématisé) et vastes pelouses de dispersion (découpées en carrés portant une lettre). Certaines parcelles portent le nom de célébrités, crématisées ou non au Golders Green.

Sous les arcades de briques, les murs sont entièrement tapissés de plaques commémoratives : certaines n’ont valeur que de cénotaphes, les cendres des défunts ayant été repris par les familles ou dispersées ailleurs. Les columbariums, à l’image de ceux du Père-Lachaise, sont établis sur plusieurs étages. Néanmoins, ils ne sont pas aussi sinistres : la lumière y est étudiée de manière à conférer à l’endroit une sérénité destinée aux familles en visite.

Les urnes funéraires sont parfois visibles, assez diverses d’aspect. D’autres, telles celles se trouvant dans nos columbariums français, sont cachées par une plaque scellée au mur. Répondant à la conception anglo-saxonne de la mort, il n’est pas rare d’y voir un grand nombre d’objets rappelant le mort. Certaines alcôves sont de véritables petits musées dédiés à la personnalité du défunt.

les célébrités

En fonction depuis plus d’un siècle, il était logique qu’un grand nombre de célébrités britanniques ou étrangères s’y soient faites crématiser. Les cendres de beaucoup d’entre elles furent ensuite transférées dans d’autres endroits (tel Alexander Fleming, le père de la pénicilline, désormais à St-Paul ou le Premier ministre Neville Chamberlain, qui reçut les honneurs de Westminster). On pourrait en ajouter bien d’autres (Rudyard Kipling, T.S. Eliot, Stanley Baldwin, Enid Blyton, Vivian Leigh, H.G. Wells ...), mais tous reposent désormais ailleurs.

La liste qui suit présente certains de ceux dont les cendres se trouvent réellement ici. Quelques uns sont conservés dans des urnes aisément identifiables, la plupart furent dispersés sur les pelouses ou dans les parterres de fleurs où une petite pancarte rappelle leur présence.

Ajoutons que cette liste n’est pas exhaustive : de nombreuses vedettes britanniques sont modestement connues en France, aussi ne présenterai-je que celles qui gardent un écho dans notre pays. Pour une visite plus complète, on pourra se référer à la liste proposée par Find-a-Grave, en gardant à l’esprit qu’elle contient de nombreux oublis et erreurs.

- Marc BOLAN (Mark Feld : 1947-1977) : chanteur, guitariste et compositeur britannique, il fonda le groupe Tyrannosaurus Rex devenu par la suite T.Rex. Ses influences (dont le mouvement hippie), son look androgyne et ses vêtements chatoyants en firent l’un des pionniers du style glam rock. Il mourut dans un accident de voiture, mais reste encore aujourd’hui une référence musicale sans cesse revisitée.

- James DEWAR (1842-1943) : chimiste et physicien britannique, il enseigna à l’Université de Cambridge où il put poursuivre ses multiples expériences, en particulier sur l’hydrogène et sur l’hélium. En inventant le « vase de Dewar », dans un verre conçu pour fournir une très bonne isolation thermique, il fut le créateur du procédé qui donna lieu à la bouteille thermos.

- La contralto Kathlen FERRIER (1912-1953), qui fit une carrière aussi éblouissante qu’éphémère (elle mourut prématurément d’un cancer du sein). Benjamin Britten écrivit plusieurs rôles à son intention, elle fit des tournées internationales et fut dirigée par les plus grands. Son répertoire : l’oratorio, Bach, Haendel, la musique anglaise, Brahms et Schumann. Elle garde encore aujourd’hui, malgré la brieveté de sa carrière mais grâce à ses enregistrements, de nombreux fans.

- Sigmund FREUD (1856-1939) : originaire d’une famille juive de Bohème réfugiée à Vienne, Sigmund Freud, diplômé en 1881 de la faculté de médecine, s’intéressa tout d’abord à la neurologie. En octobre 1885, il rejoignit le professeur Charcot à Paris et profita de ses leçons sur l’hystérie. De retour à Vienne, il travailla avec Josef Breuer sur le cas d’Annah O, supposée hystérique, dont l’étude jetta les bases de la psychanalyse, notamment ses liens avec la sexualité. Freud mit en évidence le principe du refoulement, travailla sur les rêves qui le conduisirent à ses découvertes les plus importantes : l’existence du fantasme et le complexe d’Oedipe. A partir de 1920, il opposa les principes de vie et de mort qui composent chaque être, défini par le ça, le moi et le surmoi. Chantre de la psychanalyse, il forma des disciples motivés, dont sa propre fille Anna (1895-1982), qui devint elle-même psychanalyste, et qui repose auprès de lui, ou encore la princesse Marie Bonaparte, qui l’aida moralement et financièrement toute sa vie. Atteint d’un cancer, il dut fuir l’Autriche à la veille de la Seconde Guerre mondiale et mourut à Londres, ce qui explique sa présence ici. Ses cendres furent placées dans une antique urne grecque qui lui avait été offerte par la princesse Marie Bonaparte.

- Henry HAVELOCK ELLIS (1859-1939) : médecin, il se spécialisa très vite dans l’étude de la sexualité dans le contexte puritain de l’Angleterre victorienne. En 1898, il publia le premier volume de la série de ses Etudes de psychologie sexuelle : ce travail de pionnier fut salué par Freud. Fondateur de la sexologie et premier chercheur à avoir osé faire de la sexualité humaine un objet d’étude scientifique, il peut aussi être considéré comme un précurseur de la psychologie. Ses travaux étonnent par leur diversité et leur grande modernité.

- Keith MOON (1946-1978) : batteur du groupe mythique des Who, il est considéré comme étant l’un des plus grands musiciens de l’histoire du rock. Habitué à détruire ses instruments sur scène, il fut surnommé ’Moon the Loon’ (Moon le Fou). Son jeu puissant et très libre révolutionna la batterie. Réputé pour ses frasques, il fut souvent exclu des studios. Keith Moon mourut d’une overdose de médicaments utilisés pour traiter son alcoolisme. Sa plaque funéraire se trouve à gauche de celle de Marc Bolan, mais ses cendres furent en réalité dispersées sur la pelouse.

- Ivor NOVELLO (1893-1951) : auteur, compositeur, chanteur et acteur britannique. Au théâtre, il composa des comédies musicales, fut l’auteur de plusieurs pièces, dont certaines furent données à Broadway entre 1923 et 1936, ainsi que de spectacles musicaux auxquels il collabora. Il débuta au cinéma dans un film muet français, puis tourna jusque dans les années 30, en particulier avec Hitchcock. ll fut en outre coscénariste de plusieurs films, dont Tarzan, l’homme singe, avec Johnny Weissmuller et Maureen O’Sullivan. Bien qu’abonné aux rôles de « jeune premier romantique », Novello ne fit jamais mystère de son homosexualité. Une cérémonie de remise de prix récompensant depuis 1955 des paroliers et compositeurs britanniques porte son nom ainsi qu’un théâtre londonien.

- La prima ballerina russe Anna PAVLOVA (1881-1931), qui fut la plus grande danseuse de son temps. Elle fut attachée de 1899 à 1913 au Théâtre Mariinski de St Petersbourg, mais commença dès 1908 des tournées internationales : elle se produisit dans les Ballets Russes en 1909 et en 1911. Ses duos avec Vaslav Nijinski dans Les Sylphides et Giselle sont restés dans les mémoires, ainsi que surtout son interprétation de La Mort du cygne du chorégraphe Michel Fokine, d’après un extrait du Carnaval des animaux de Camille Saint-Saëns. Elle créa sa propre troupe avec laquelle elle fit le tour du monde. Elle possédait une maison à Golders Green où elle mourut des suites d’une pneumonie.

- L’acteur britannique Peter SELLERS (1925-1980), qui tourna dans un très grand nombre de films de 1950 à 1980. On le vit en particulier dans Lolita et Dr Folamour de Kubrick, mais c’est dans l’interprétation du personnage de l’inspecteur Clouseau, véritable catastrophe ambulante affublé d’un chapeau ridicule, qu’il se fit véritablement connaître. Le premier film, la Panthère Rose en 1963, fut suivie de huit opus. Rappelons que le personnage animé de la Panthère qui apparaissait déambulant dans le générique sur la musique d’Henry Mancini, connut ensuite un succès indépendant, à tel point que Peter Sellers et elle sont irrémédiablement liés.

- Abraham « Bram » STOKER (1847-1912) : cet écrivain irlandais fréquenta l’élite culturelle britannique de son temps en écrivant des critiques théâtrales. Ami du grand acteur Henry Irving, il devint administrateur du Lyceum Theatre de Londres. Il publia de nombreux ouvrages qui connurent du succès à son époque. Paradoxalement, celui qui fut boudé à sa sortie est sans nul doute celui qui lui vaudra de rester dans l’histoire de la littérature : suivant la lignée des auteurs alors attirés par le fantastique, telle Mary Shelley et son Frankenstein, il publia en 1897 le roman Dracula, pour lequel il effectua des recherches poussées tant ethnologiques, historiques, géographiques que folkloriques. En s’inspirant du voïvode historique de Valachie Vlad III, il donna au personnage littéraire du vampire les caractéristiques qui sont encore de mises aujourd’hui.


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