LONDRES (Royaume-Uni) : cimetière de Bunhill Fields

visité en juillet 2005
lundi 10 septembre 2018
par  Philippe Landru

Bunhill Fields est un ancien cimetière situé dans le quartier londonien d’Islington, au nord de la ville de Londres. Il mesure environ 1,6 hectare, même si, par le passé, il était beaucoup plus grand. Du XVIIe siècle jusqu’au milieu du XIXe siècle, ce site a été utilisé pour les enterrements de personnes non-conformistes (ceux qui, en Angleterre, refusaient de suivre la doctrine de l’Église anglicane. Il s’agissait notamment des puritains, des presbytériens ou calvinistes, des anabaptistes et plus tard des quakers). Il fut utilisé comme cimetière de 1665 (essentiellement pour enterré les morts épidémies de peste) à 1854, date à laquelle environ 123 000 enterrements avaient été estimés. Plus de 2 000 monuments subsistent.

C’est parce que le terrain ne fut jamais consacré qu’on prit l’habitude d’y inhumer « hors-les-murs » les non-conformistes, dont il devint le cimetière d’élection. La plus ancienne stèle encore en place date de 1678. En 1853, on décida de fermer le cimetière. Bien que menacé de disparition, il fut finalement conservé en tant qu’espace ouvert. Une société privée le gère désormais. Ce cimetière a été gravement endommagé par les bombardements allemands pendant la seconde guerre mondiale.

Les monuments les plus connus sont ceux des trois personnalités littéraires et artistiques, John Bunyan , Daniel Defoe et William Blake . Leurs tombes ont longtemps été des lieux de pèlerinage culturel. Dans leur forme actuelle, tous ces monuments datent de la fermeture du cimetière. Leur aménagement a été radicalement modifié par l’aménagement paysager de 1964-1965, lorsqu’une « passerelle » pavée nord-sud a été créée au milieu du cimetière pour les exposer - à l’extérieur des zones interdites, accessible aux visiteurs et débarrassée d’autres monuments. Le monument de Bunyan se trouve à l’extrémité sud, et celui de Defoe à son extrémité nord, tandis que la pierre tombale de Blake a été déplacée à côté de Defoe.

On ne fera pas la liste exhaustive des célébrités qui reposent dans ce lieu (on peut la trouver sur la page wikipedia anglaise consacrée à ce cimetière), la plupart ayant essentiellement une dimension religieuse locale. Pour l’anecdote, on signalera cependant la présence de deux tombes de la famille Cromwell, celle de la mère de John Wesley , fondateur du méthodisme, et celle des ancêtres de Tolkien.

Reposent donc ici trois figures dont la notoriété dépasse les frontières du pays :

- William BLAKE (1757-1827). Bien que considéré comme peintre, il n’a en fait guère peint de tableaux à l’huile, préférant l’aquarelle, le dessin, la gravure, la lithographie et surtout la poésie. Il est l’auteur d’une œuvre inspirée de visions bibliques à caractère prophétique. Son style halluciné est très moderne et à part parmi ses pairs bien que ses thèmes soient très classiques. Il fut un précurseur du romantisme.

Il fut enterré dans la partie nord du cimetière. Son épouse, Catherine Sophia, fut enterrée en 1831 dans une fosse séparée du côté sud du terrain. Au XXème siècle, la tombe de Blake était délabrée : en 1927, pour le centenaire de sa mort, une nouvelle pierre tombale fut commandée. Comme il avait été décidé de commémorer à la fois William et Catherine, bien qu’ils ne soient pas ensemble, l’inscription fut libellée comme suit : « Près de là, les restes de ... ». Lorsque Bunhill Fields a été rénové dans les années 1960, la tombe de Blake se trouvait dans la zone qui devait être débarrassée des monuments. La pierre tombale fut donc déplacée d’environ 20m jusqu’à son emplacement actuel, à côté du monument à Daniel Defoe. En 2006-2007, les membres du groupe The Friends of William Blake ont établi l’emplacement original de sa tombe et ont proposé d’y placer un nouveau monument. Celle-ci fut finalement dévoilée le 12 août 2018.

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La plaque posée en 2018

- John BUNYAN (1628-1688) : auteur et prédicateur non conformiste, il est mondialement connu par son classique Pilgrim’s Progress, allégorie retraçant le voyage d’un homme ordinaire nommé Christian (allusion à un chrétien) qui décide de prendre la route pour atteindre la Cité de Sion. Il fut également l’auteur d’une soixantaine de livres théologiques populaires. Initialement, sa pensée fut fortement influencée par Calvin, Saint Augustin, ainsi que par le commentaire aux Galates de Martin Luther. The Pilgrim’s Progress a été traduit en plus de 200 langues différentes. Il est resté pendant plus de 200 ans le livre le plus traduit et le plus lu dans le monde anglophone après la Bible.

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Tombeau d’origine

Il fut d’abord inhumé dans le « Baptist Corner » à l’arrière du cimetière, étant entendu que ses restes seraient transférés dans le caveau familial de son ami John Strudwick à la prochaine inhumation. Il n’y a pas de preuve certaine quant au moment (ou même si) cela a été fait : on pense que cela se produisit à la mort de Strudwick lui-même en 1695. Le nom de Bunyan fut inscrit sur le côté du monument, un grand coffre de pierre baroque . Au XIXème siècle, ce tombeau tombait en ruine, mais dans la période qui suivit la fermeture du cimetière, un appel public à la restauration fut lancé. Ces travaux furent achevés en mai 1862 et comprenaient une reconstruction complète du monument, entreprise par le sculpteur Edgar George Papworth. Ce dernier conserva la forme de base du tombeau-coffre, auquel il ajouta une effigie de Bunyan sur le dessus et deux panneaux en relief sur ses côtés représentant des scènes de Pilgrim’s Progress.. Le monument fut restauré en 1928 (le tricentenaire de la naissance de Bunyan) et à nouveau après la Seconde Guerre mondiale, suite à de graves dommages causés par la guerre.

- Daniel DEFOE (Daniel Foe : 1660-1731) : entraîné par son goût pour la politique et la littérature, il ne s’occupa guère que d’écrire. Appartenant au parti des Whigs et des Non-conformistes, il combattit dans plusieurs pamphlets virulents le gouvernement impopulaire de Jacques II d’Angleterre, et prépara de tout son pouvoir la révolution de 1688. Sous le règne moins libéral de la reine Anne, il fut condamné en 1704 au pilori et à la prison pour avoir écrit contre l’intolérance de l’église anglicane. Il fut envoyé ensuite à Edimbourg afin de travailler à l’union de l’Écosse et de l’Angleterre. D’autres missions lui furent confiées par la suite en tant qu’agent secret. Son roman le plus célèbre Robinson Crusoé (1719), raconte la survie d’un naufragé sur une île déserte. Il se serait inspiré de l’aventure d’Alexandre Selkirk, un marin écossais débarqué dans l’île inhabitée de Más a Tierra (archipel Juan Fernandez) où il survécut de 1704 à 1709.

Defoe mourut dans la pauvreté et sa tombe fut marquée avec une simple pierre tombale. Au cours de l’hiver de 1857, cette pierre fut frappée et cassée par la foudre. En 1869, Une souscription fut entreprise pour lui élever un tombeau plus décent : un obélisque en marbre fut commandé au sculpteur Samuel Horner de Bournemouth. Lors de l’exhumation du corps pour le mettre dans son nouveau tombeau, des spectateurs se ruèrent pour obtenir des reliques et la police a dû être appelée afin que le calme ne soit rétabli. Le monument fut dévoilé lors d’une cérémonie à laquelle assistèrent trois des arrière-petites-filles de Defoe, le 16 septembre 1870.


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vendredi 14 février 2014

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