CROISSY-SUR-SEINE (78) : cimetière

Visité en avril 2009
mercredi 7 octobre 2009
par  Philippe Landru

Ce cimetière fut ouvert en 1792 en remplacement de l’ancien cimetière exigu et vétuste qui était accolé à l’ancienne église de la Grande rue. A partir des années 1850, grâce à la création de la ligne de train reliant Paris à Saint-Germain-en-Laye, de riches familles parisiennes « colonisèrent » Croissy et firent construire d’élégantes villas sur les berges de la Seine. Parmi eux, beaucoup d’artistes, journalistes, architectes, comédiens, industriels et hommes de lettres, dont certains se firent inhumés dans ce qui était souvent pour eux un village de villégiature. Cette donnée explique leur densité dans ce petit cimetière très calme et très agréable à visiter. On privilégiera la partie gauche de la nécropole, la partie la plus ancienne, où se concentrent l’essentiel des tombeaux intéressants.


Curiosités


- La chapelle du filaturier Auguste Dormeuil, propriétaire du château de Croissy, possède un vitrail de Champigneulle.
- La belle chapelle de style néoclassique de Louis Peron, maire de Croissy de 1848 à 1856, contient un masque funéraire en marbre abîmé.
- Une tombe pour le moins originale : plutôt que les portraits de la famille, ce sont ceux des chiens qui figurent sur la tombe.
- Le tombeau de Gouffier (1825-1892) et Lansard (1825-1895). Des instruments d’architecture ainsi qu’une colonne dorique sont gravés dans un médaillon sur la pierre, accompagnés de l’inscription : ARCHITECTE.
- Sur une simple croix de bois, une représentation et une citation du Petit-Prince de Saint-Exupéry.

- Deux des victimes des attentats terroristes au Bataclan de novembre 2015 reposent dans ce cimetière


Les célébrités : les incontournables...


Anne-Marie PEYSSON


... mais aussi


- Gérard BACH-IGNASSE (1951-2003) : juriste français, militant homosexuel dès les années 70, il comprit la nécessité d’inscrire le mouvement homosexuel dans une démarche politique. Il fut de tous les combats : de la dépénalisation de l’homosexualité, de la première Gay Pride au PACS. Sensible aux liens de solidarités, au delà de la filiation génétique, il imagina un contrat liant un couple ou deux personnes désirant s’épauler. C’est encore lui qui créa le mot PACS, sigle renvoyant à la « pax », la paix. Il participa ensuite aux combats politiques et juridiques destinés à l’établir.

- Louis BERGERON (1811-1890) : journaliste républicain, il écrivit dans plusieurs journaux, tels Le National, Le Charivari ou encore Le Siècle. Il prit part aux bagarres qui eurent lieu à Saint-Merri en juin 1832 et fut accusé d’avoir tiré sur Louis-Philippe au moment où le roi traversait le pont Royal, accusation dont il fut acquitté. Bergeron fut ensuite envoyé dans l’Aisne comme commissaire de la République. Il publia un recueil de Fables démocratiques et des romans. Il fit jouer L’Andalouse de Paris et une folie-vaudeville en un acte, intitulée Un neveu, s’il vous plaît.

- Robert BERRI (Robert Berrier : 1912-1989) : comédien issu du Boulevard et du Music-hall, il vint au cinéma en 1935 pour un petit rôle dans un films de Marc Allégret. Ce fut le début d’une carrière de plus de 100 films jusqu’en 1979. Sa « belle gueule de brute » lui valut de jouer un grand nombre de truands dans les années 40 et 50. S’il ne joua pas que dans des chefs-d’œuvre, sa filmographie demeure impressionnante, tant en raison de ses partenaires que par les metteurs en scène auxquels il fut fidèle (Autant-Lara, Bernard Borderie, Jean Girault, Mocky…).

- Jean CHANORIER (1746-1806) : issu riche famille de la robe en voie d’anoblissement, il acquit en 1771 la seigneurie de Croissy dont il fut le dernier seigneur. Riche propriétaire terrien, correspondant de Daubenton, il contribua à l’amélioration de l’élevage du mouton en France, en comptant parmi les introducteurs du mérinos en 1786. Son travail d’expérimentation agronomique ne s’arrêta pas à l’élevage : il mit en place un système de puisage à manivelle pour l’irrigation des cultures maraîchères ; fit clôturer son domaine pour le protéger des déprédations animales, fit planter des mûriers pour l’élevage des vers à soie ; installa un métier à tisser Vaucanson et développa les plantations de pommes de terres. Il fut, en bon acteur des Lumières, l’un de ces adeptes des théories libérales de la science économique nouvelle. Elu en 1790 premier maire de la nouvelle commune de Croissy, il ne fut guère inquiété sous la Révolution, même s’il émigra en Suisse durant une courte période. Ami de Joséphine (pour laquelle il négocia l’achat de la Malmaison), il fut élu député au Conseil des Cinq-Cents en 1799. Membre associé de l’Institut de France pour la Classe des Sciences, sa santé mentale déclina ensuite. Il fit des legs importants à la commune. Il fut inhumé dans une fosse aujourd’hui disparue, mais une plaque signale sa présence à l’entrée du cimetière.

- Louis GANDERAX (1855-1941) : journaliste et critique de théâtre, en particulier à la Revue des Deux Mondes, il fut co-directeur littéraire de la Revue de Paris avec Henri Meilhac. Il collabora également à plusieurs périodiques. Ami intime des Goncourt, de Maupassant et de Proust, son style acerbe lui valut également de nombreux ennemis.

- Félix GIROD de L’AIN (1789-1874) : élève de l’École Spéciale Militaire de Fontainebleau, Baron d’Empire en 1809, décoré de la Légion d’Honneur en 1812, il fut un jeune héros des guerres du premier Empire. Chef de bataillon à 24 ans, il obtint le grade de Maréchal de Camp correspondant à celui de Général de Brigade. Il fut en outre député de l’Ain de 1833 à 1848. Propriétaire du château de Croissy de 1824 à 1836, il reprit l’élevage du mouton mérinos initié par Chanorier et développa la pratique du lavage de la laine.

- Maurice GRAU (1849-1907) : metteur en scène d’origine tchèque, il prit la tête du Metropolitan Opera de New York et domina le monde musical américain à l’orée du XXe siècle. Il contribua à développer dans ce pays le théâtre musical populaire et l’opéra bouffe et organisa les tournées américaines d’Offenbach et de Sarah Bernhardt. Il repose dans une tombe imposante érigée en 1907 par l’architecte André Arfvidson, ornée de motifs floraux en bronze par les sculpteurs Raynaud et Boucot. On notera également sur cette tombe la présence d’un masque mortuaire en bronze représentant un jeune homme de la famille mort accidentellement à Estoril.

- L’accordéoniste Maurice LARCANGE (1929-2007), qui fut une des grandes vedettes du musette à la radio, à la télévision, et surtout à la tête d’une production discographique d’importance qui fut saluée par l’obtention du grand prix du disque Charles Cros. Il fut le créateur des « Petits Prodiges de l’Accordéon », destiné à assurer la relève.

- Lucien LEGER (1912-1999) : Chirurgien prestigieux, Lucien Léger se consacra essentiellement à la chirurgie du pancréas et de l’hypertension portale. Il fut co-directeur de la Presse Médicale et du Journal de Chirurgie. Elu à l’Académie Nationale de Médecine en 1970, il fut également président de l’Académie Nationale de Chirurgie.

- Le peintre portraitiste Hippolyte LUCAS (1853-1925), ancien élève de Pils, qui exposa au Salon de 1877 à 1824. A Paris, on lui doit l’une des cinq fresques qui ornent la rotonde de la Bourse du commerce (l’Europe).

- L’aviateur Alphonse René MALFANTI (1889-1967), héros de la Première Guerre mondiale, repose sous une tombe ornée d’un médaillon en bronze par Edward Minazolli.

- Charles PILLET (1869-1960) : sculpteur et graveur en médailles français, élève de Chapu et de Chaplain, il reçut le Premier Grand Prix de Rome de gravure en médailles en 1890. Il réalisa par la suite de nombreuses décorations et médailles sportives ou commémoratives. Avec lui repose son gendre Raymond LOPEZ (1904-1966) : architecte en chef des bâtiments civils et des palais nationaux, il fut désigné en 1958 pour travailler au plan d’urbanisme directeur de Paris. Sa vision de l’urbanisme était de démolir les constructions existantes et de les remplacer par de nouveaux édifices rationnels et structurés, basés essentiellement sur une répartition verticale, d’y inclure des voix d’accès rapides et de mettre en place des castes autoroutes urbaines. Bien entendu, ces projets sont à resituer dans un contexte et dans des besoins particuliers de l’époque. Il n’empêche qu’aujourd’hui, il incarne une architecture anxiogène et polluante honnie. Il participa à de nombreux plans d’aménagement de villes telles que Dakar, Nevers, Sainte-Menehould ou Saint-Valery-en-Caux. Il entama l’élaboration des projets urbains des Halles et de Maine-Montparnasse. Il est surtout connu avoir été le concepteur du plan d’aménagement de la ZUP du Val-Fourré à Mantes-la-Jolie, et de celle du Front de Seine à Paris. Leur tombe est ornée d’un bas-relief en bronze par Charles Pillet représentant une Vierge à l’enfant.

- Théophile POILPOT (1848-1915) : peintre français, ancien élève de Gérôme, il dédaigna l’impressionnisme de ses jeunes contemporains et se consacra dès ses débuts à la peinture de grandes fresques historiques et militaires. Il se spécialisa rapidement dans la réalisation de « panoramas », œuvres gigantesques présentées dans des salles spécialisées. Mobiles, les panoramas de Poilpot firent ainsi l’objet d’expositions itinérantes à Paris où de nombreux établissements furent consacrés à ce type de peinture très populaires à l’époque : ses oeuvres rencontrèrent un vif succès lors des expositions universelles de 1889 et de 1900. On lui confia aussi la décoration de la galerie des Lettres et des Sciences de la Sorbonne, de l’hôtel Meurice à Paris, ou encore de l’Hôtel de Ville de Neuilly-sur-Seine. Il fut en outre maire de Noisy-Le-Grand de 1887 à 1892. Il avait racheté l’ancienne église de Croissy dans laquelle il fit des fouilles et qu’il transforma par la suite en atelier.

- Albert ROBIDA (1848-1926) : dessinateur, lithographe, aquafortiste, caricaturiste, journaliste et romancier français, il dessina dans plusieurs revues avant de fonder en 1880 sa propre revue, la Caricature, qu’il dirigea pendant 12 ans et dans laquelle de nombreux artistes firent leurs débuts. Il illustra des guides touristiques, des ouvrages de vulgarisation historique, ou des classiques littéraires (on pense en particulier aux dessins qu’il fit pour le Gargantua de Rabelais). Il fut surtout un extraordinaire visionnaire souvent comparé à Jules Verne, malgré une approche différente : dans une trilogie concernant le XXe siècle, il ne décrivit pas les inventions de savants fous, mais une société future dont il imagina les développements sociaux et culturels : promotion sociale des femmes (médecins, notaires ou avocates, portant le pantalon), guerre sous-marine, aérienne, chimique ou biologique ; le téléphonoscope enfin, précurseur d’Internet, un écran plat aux usages multiples (informations en continu, spectacles, cours et téléconférences). Il anticipa un grand nombre des problèmes écologiques auxquels nous faisons face maintenant. Pour l’exposition de 1900, il conçut une reconstitution du vieux Paris qui fut un véritable triomphe. Avec lui repose son fils, l’architecte Camille ROBIDA (1880-1938), qui conçut ce tombeau qui évoque également la mémoire d’un second fils, Henry ROBIDA (1888-1914), qui était architecte rattaché au roi du Siam, et qui mourut à Saint-Mihiel durant la guerre : son corps ne fut jamais retrouvé.

-  L’architecte Rose Adrien SIBERT (1819-1864), qui fut un élève d’Henri Labrouste.

-  Paul VIOLLET (1840-1914) : spécialiste de l’histoire du droit, archiviste de l’Indre-et-Loire puis historien, bibliothécaire de la faculté de droit à Paris, membre de l’Institut en 1887, il reçut deux fois le prix Gobert pour ses Institutions de saint Louis. Catholique et intellectuel engagé, il prit fait et cause pour Alfred Dreyfus, en rassemblant autour de lui les catholiques dreyfusards. Il fut sollicité pour participer à la fondation de la Ligue des Droits de l’Homme dont il rédigea les statuts, mais dont il démissionna en constatant l’anticléricalisme qui régnait en son sein. Rare écrivain catholique à écrire dans l’anticléricale Revue historique de Gabriel Monod, il s’engagea encore contre les excès de la colonisation de la IIIe République en fondant le Comité pour la défense des indigènes et en contestant, en pleine conférence à l’Institut de France, l’apologie de la mission Foureau-Lamy qui avait astreint au portage des dizaines de Noirs. Il se fit encore remarquer en 1892 lors du scandale de Panamá en regroupant autour de lui les petits obligataires spoliés, obtenant des résultats en faveur de la justice. Son œuvre littéraire et historique consiste en de nombreux articles parus dans la Revue Historique et plusieurs ouvrages dont le plus célèbre est Lettres de mademoiselle de Condé. Ses Institutions de la France furent une référence pendant de longues années. Collaborateur de l’archiviste Louis de Gaulle, il passe pour avoir été le maître à penser de la famille de Gaulle, et aurait ainsi influencé la pensée catholique et moderne du général.


Commentaires

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CROISSY-SUR-SEINE (78) : cimetière
jeudi 29 mai 2014 à 23h26 - par  Louis de Suremain

Bonjour, Paul Buquet (1831-1914), ancien directeur de l’Ecole Centrale est enterré au cimetière de Croissy suivant sa nécrologie, pouvez vous nous dire si vous l’avez localisé et si d’autres membres de sa famille y sont inhumés ? Merci

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CROISSY-SUR-SEINE (78) : cimetière
samedi 27 avril 2013 à 21h18 - par  Yves GRENU

Bonjour,

Merci pour ces informations précieuses. Etant originaire de cette ville ainsi que mes aïeuls depuis le début du XXème ; j’ai parcourus pour la première fois toutes les allées de ce cimetière. Malheureusement beaucoup de tombes sont très endommagés dans le cimetière ancien ; d’ailleurs je viens d’écrire au Service Technique de la ville pour proposer avec le concours aussi du Souvenir Français (pour les tombes militaires) de restaurer et entretenir du mieux que je le peux les désordres importants que j’ai pu y voir.

Bravo pour votre site. Bien cordialement,

Yves GRENU

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vendredi 14 février 2014

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