L’HAY-LES-ROSES (94) : cimetière

Visité en mars 2012
lundi 28 mai 2012
par  Philippe Landru

Le cimetière de l’haÿ-les-roses, autrefois situé à l’est de l’église, fut déplacé en 1822 à l’emplacement actuel. Il fut agrandit une première fois en 1865, puis une seconde après 1945. Ces « extensions » sont encore visibles dans l’allure du cimetière. C’est un cimetière à taille humaine, très bien entretenu, sur un site quelconque. On regrettera peut-être la trop faible place faite aux arbres.

Gloire à la municipalité toutefois ! S’il devait y avoir un modèle de valorisation du patrimoine funéraire, L’Haÿ-les-Roses remporterait sans doute la palme des cimetières de France. D’abord parce que la partie ancienne du cimetière, malgré des rénovations, a été conservée avec la plus grande intelligence. Une carte murale, dès l’entrée du cimetière, présente un plan précis et le positionnement des personnalités du lieu, non seulement les plus notables, mais également les célébrités locales (résistants, maires de la ville...). Enfin, cerise sur le gâteau, elle a associé aux tombes des notabilités les plus importantes des petits panneaux qui, sans tout dire sur la personne qui s’y trouve, sont assez précis pour pouvoir s’en faire une bonne idée. Je ne pense pas que la ville ait dépensé des fortunes pour cette réalisation, mais je considère en revanche que le gain patrimonial (et le savoir-faire qui l’a dirigé) sont inversement proportionnels à ce coût ! Si l’un de ceux/celles qui fut à l’origine ou à la réalisation de ce projet lit ce petit article, qu’il reçoive toutes les félicitations et la gratitude de quelqu’un qui a sillonné assez de cimetière pour reconnaître l’exceptionnel dans cette démarche...


Curiosités


- Près de l’entrée, un tombeau étrange ressemble à un dais pyramidal entouré d’une grille en rotonde : il s’agit de la tombe d’un industriel, Pierre Bronzac (+1870), qui fut maire de la commune.

- Au fond du cimetière, un ossuaire a été aménagé mais également matérialisé. Plusieurs plaques s’y trouvent, en particulier celle du sculpteur Bulard (voir à ce nom).

- Le monument aux Morts 1914-18, oeuvre d’Arthur Bulard qui repose dans ce cimetière.


Célébrités : les incontournables...


- Michel-Eugène CHEVREUL


... mais aussi


- Le sculpteur tourangeau René BAUDICHON (1878-1963 : erreur sur le plan qui l’inhumé en 1936), ancien prix de Rome qui fut l’auteur de très nombreuses médailles fort subtiles (je lui connais le médaillon de la tombe Reymondin dans la 30ème division du cimetière des Batignolles).

- Emile BAUDSON (1874-1956) : sculpteur décorateur à l’origine, cet historien de l’art publia plusieurs ouvrages importants, en particulier une Histoire de Charleville depuis sa fondation jusqu’à nos jours. Il participa à l’élaboration d’une Histoire commune de L’Haÿ-les-Roses.

- Arthur BERNÈDE (1871-1937) : romancier populaire français, il fut un auteur très prolixe qui publia près de 200 romans d’aventures et d’histoire et créa plusieurs centaines de personnages romanesques, dont certains, devenus très célèbres, tels que Belphégor ou Judex. Il a également mis en scène Vidocq, inspiré par les exploits de ce chef de la Sûreté. On lui doit de nombreuses pièces anticléricales et antimilitaristes, parfois en association avec Aristide Bruant. Attiré par une carrière lyrique (à laquelle il dut renoncer en raison d’un accident vocal), il n’en fut pas moins l’auteur de livrets (en particulier ceux de Fourdrain avec Paul de Choudens, mais également Sapho de Massenet). Heureusement que le panneau d’identification est là, car son identité est quasiment illisible sur sa tombe.

- Le sculpteur Arthur BULARD (1870-1958), dont les restes furent transportés à l’ossuaire où une plaque rappelle sa présence. Il fut en particulier l’auteur du monument aux Morts du cimetière (voir plus haut).

- Ketty CHAIX (1924-1978), que le plan présente comme la « dernière conductrice de fiacre à Paris ».

- La famille DISPAN de FLORAN : Louis (1863-1922), professeur au lycée Lakanal de Sceaux, fonda la première section de la Ligue des Droits de l’Homme dans la commune. Sa femme Thérèse (1857-1933), créatrice d’un dispensaire, fut une militante du rapprochement franco-allemand. Leur fille Suzanne (1900-2000) fut soliste des concerts Pasdeloup, Colonne et Lamoureux.

- Le comédien François DYREK (1933-1999) : acteur de théâtre avant tout, François Dyrek a mené une longue carrière sur les planches. Il participa ainsi à de nombreuses aventures : Théâtre national populaire de Georges Wilson, Café de la Gare, Théâtre des Boucles de la Marne de Pierre Santini... Il ne négligea pas non plus le cinéma ou la télévision, pour lesquels il fut un troisième couteau talentueux et récurent que personne n’a oublié.

- Gaston GANDON (1872-1941) : graveur à l’Institut de gravure de Paris, il réalisa des timbres pour l’étranger et deux pour la France : le célèbre 50fr burelé en 1936 et la cathédrale de Strasbourg en 1939. Gaston Gandon a également réalisé les armoiries de la ville de L’Haÿ-les-Roses. Il fut le père de Pierre Gandon, également graveur.

- Alfred Edouard LEPÈRE (1827-1904) : peintre et sculpteur français, Prix de Rome de sculpture en 1852, il exposa régulièrement au Salon des artistes français à partir de 1859. Sa renommé lui permit d’obtenir plusieurs commandes publiques pour des bâtiments parisiens, et il fut présent aux expositions universelles à Paris en 1878 et 1889. Dans le domaine funéraire pour lequel il a semble-t-il peu travaillé, on lui connaît le médaillon de Godin au Père Lachaise. C’est lui qui réalisa le médaillon de son épouse également peintre Désirée MAUCUIT (1823-1891), et qui orne leur tombe commune.

- Rouben MELIK (1921-2007) : poète français d’origine arménienne, il fut fortement marqué par la guerre et son engagement dans la Résistance. Il fut après la guerre chroniqueur littéraire à la radio, et directeur littéraire dans une maison d’édition. Il dirigea en 1973 la parution de l’Anthologie de la poésie arménienne. Avec lui repose sa compagne, la sculptrice Ella KURDIAN (1919-1997).

- Le peintre Louis Charles Auguste STEINHEIL (1814-1885) : beau-frère de Meissonier, il fit ses études aux Beaux-Arts, puis débuta au Salon en 1836. Il fut sociétaire des Artistes français et exposa surtout des peintures de genre. Collaborateur de Viollet-le-Duc, il travailla à la restauration des verrières de Notre-Dame et de la Sainte Chapelle à Paris. Dans son tombeau repose également son fils, le peintre Adolphe STEINHEIL (1850-1908). Plus que son talent (artiste sans grand succès, il gagnait sa vie en réalisant des miniatures, ainsi qu’en exécutant des fresques et en restaurant des vitraux dans les églises), c’est par le fait divers qu’il se rappelle à nous : son épouse Marguerite Japy ouvrit dans leur villa du 6 bis impasse Ronsin, proche de Montparnasse, un salon bientôt fréquenté par le Tout-Paris. Elle passe tour à tour dans les bras de différents amants influents et généreux. Sa liaison avec le président Félix Faure valut à son compréhensif époux une commande officielle pour un tableau monumental. Marguerite Steinheil fit beaucoup parler d’elle à la mort de Félix Faure, au moment où, a priori, elle lui faisait une fellation : elle se vit affubler du peu enviable surnom de « pompe funèbre », et les nombreuses anecdotes autour de cette mort fort peu protocolaire amusèrent les journaux bien des semaines. Elle fit à nouveau les beaux-jours des boutiquiers à la mort de son mari : Adolphe Steinheil mourut étranglé lors du cambriolage de son domicile parisien, qui coûta également la vie à sa belle-mère. Les circonstances de ce que les gazettes appelèrent le crime de l’impasse Ronsin étaient si troubles que sa femme fut traduite devant les assises en novembre 1909 avant d’être acquittée, sans que les faits soient jamais élucidés. On ne la cherchera pas ici : remarié, installée en Grande-Bretagne, elle se fit crématiser et ses cendres furent dispersées. En revanche, la mère d’Adolphe (et épouse de Louis-Charles) repose dans ce même cimetière, dans une autre tombe assez semblable à quelques mètres.

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La tombe d’Aimée Steinheil
Epouse de Louis Charles et mère d’Adolphe, elle repose dans une tombe distincte dans le cimetière.

- Gabriel TOUDOUZE (1811-1854) : architecte, peintre et graveur, il rapporta de ses expéditions en Italie, au Moyen-Orient, ainsi que de ses séjours en Bretagne, des dessins qui inspirèrent de nombreuses gravures. Inspecteur des monuments historiques, il participa à la restauration de la Sainte-Chapelle (avec Adolphe Steinheil à son service : voir plus haut). Il repose avec son épouse, la peintre et illustratrice de mode Anaïs COLIN (1822-1889). Leur tombe est ornée d’un petit médaillon en terre cuite représentant Gabriel, reproduction de l’original dont Rude était l’auteur (la signature de Rude n’apparaît plus sur cette copie).

- Gustave TOUDOUZE (1847-1902) : fils aîné du couple précédent, cet écrivain et critique littéraire fut l’auteur d’une quarantaine de romans (Mme Lambelle). Il fréquenta l’élite de son temps. Dans le même caveau repose également son fils, Georges Gustave TOUDOUZE (1877-1972), lui aussi romancier, auteur dramatique, historien et journaliste. Pensionnaire de l’Académie de France à Rome, membre de l’Académie de Marine et de l’École française archéologique d’Athènes, professeur d’histoire, du théâtre et du costume au Conservatoire national de Paris, il fut le créateur de la série Cinq jeunes filles, première série française de l’après-guerre. La mer et la Bretagne furent ses deux sources d’inspiration essentielles. La tombe se présente de la manière suivante : au recto, un buste en bronze par Camille Alaphilippe représente le père. Au verso, un médaillon en terre-cuite par Paul Landowski représente le fils.

- Edouard TOUDOUZE (1848-1907) : second fils de Gabriel, il fut peintre de genre, illustrateur et décorateur de théâtre. Il fit son apprentissage avec Isidore Pils, et son oncle Leloir. Il participa à sa première exposition au Salon de Paris en 1867 et reçut le prix de Rome en 1871 pour son œuvre : Œdipe aveugle.
En choisissant des thèmes mythologiques et historiques, il resta à l’écart des querelles entre la tendance académique et les impressionnistes. Rare : il plut à la fois au public, à la critique et aux élus : l’État acheta un grand nombre de ses tableaux. Il fut également un grand illustrateur, notamment pour Balzac.


Commentaires

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L’HAY-LES-ROSES (94) : cimetière
mercredi 3 juillet 2013 à 13h47 - par  Danielle

Merci au groupe patrimoine de L’Haÿ-les-Roses, toutjours soucieux de la conservation du patrimoine dle la ville et de sa signalétique et à ses élus conscients de la richesse du passé et de l’intérêt de la valoriser pour mleux vivre l’avenir...

Et merci pour l’article...

Danielle

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