CHATOU (78) : cimetière des Landes

Visité en avril 2009
mercredi 8 février 2012
par  Philippe Landru

L’ancien cimetière de Chatou (dit des Landes), que l’on ne saurait confondre avec celui du Vésinet, également sur le territoire de Chatou, changea plusieurs fois de localisation. D’abord situé autour de l’église, il fut transféré en 1782 dans l’actuelle rue des écoles près de l’actuelle gendarmerie. Devenant rapidement insuffisant, il fut à nouveau transféré à son emplacement actuel en 1862. A noter pour être précis que le nouveau cimetière de Chatou, appelé « Terre Blanche » et ouvert en 1974, est contiguë à celui du Vésinet.

C’est un cimetière à taille humaine : les tombes les plus intéressantes et les plus anciennes se trouvent à gauche de l’entrée.


Curiosités


- Au centre du cimetière se dresse le monument commémoratif et les tombes des 27 martyrs de Chatou : suite à la prise de possession de l’Hôtel de Ville par la Résistance le 21 août 1944 et à l’emprisonnement de soldats allemands au château, un détachement de blindés Allemands arriva sur Chatou le 25 août 1944. Malgré la libération des prisonniers ordonnée pour éviter un massacre inutile, vingt-sept résistants furent mutilés et assassinés par les soldats allemands. Le lendemain, la ville fut libérée par l’armée du Général Leclerc. Le 28 août, les corps des résistants enterrés devant le Château furent inhumés dans ce cimetière lors d’une grande cérémonie.

- Voilà ce que l’on pouvait lire dans Le Temps du 2 février 1896 : Dans le petit cimetière de Chatou reposent deux braves Brare et Bourryon, victimes de leur dévouement à la patrie, tués par les Prussiens pendant la guerre de 1870.

Brare, un simple facteur, qui était parvenu à franchir six fois les lignes ennemies, fut capturé dans la forêt de Saint-Germain par une patrouille allemande. Il portait des dépêches chiffrées ; l’officier qui commandait le détachement fit déshabiller et fouetter le malheureux Brare et lui demanda ce que contenaient les dépêches dont il était porteur. « Je n’en sais rien, répondit-il, et si je le savais je ne vous le dirais pas l » Condamné à trois mois de prison par un conseil de guerre, il réussit à s’échapper et se
rendit à Tours. Chargé d’apporter des communications à Paris, il tenta de traverser la Seine dans la nuit du 14 au 15 décembre 1870. Il fut tué probablement par une sentinelle prussienne, car on retrouva le cadavre de Brare, quelques jours après, la tête percée d’une balle, dans le lit du fleuve.

Bourryon, ancien ouvrier de la maison Godillot, s’était, lui, improvisé facteur. Porteur de dépêches de la Défense nationale, il voulut, dans les derniers jours de janvier, franchir la Seine pour rentrer à Paris ; il était arrivé à Argenteuil. Plusieurs amis l’avaient accompagné au bord du fleuve qui charriait et qu’il devait traverser à la nage. Il avait été convenu qu’à son arrivée sur l’autre rive, Bourryon devait siffler pour avertir ses amis de son
heureuse traversée. Ceux-ci, palpitants, attendaient le signal convenu, mais quelques coups de fusil crépitants dans le silence de la nuit leur apprenaient la mort du brave dont, quelques jours plus tard, on retrouvait le cadavre dans la Seine à Chatou.

C’est à la mémoire de ces deux braves que les habitants de cette commune ont élevé un modeste monument il consiste en une petite colonne brisée,
portée par un socle quadrangulaire, avec plaques de marbre sur lesquelles sont inscrits une date et le nom des obscurs héros.

L’inauguration en a eu lieu aujourd’hui, sous la présidence de MM. Mesureur, ministre du commerce et des postes, et de M. Doumer, ministre des finances.

- C’est dans le tombeau de son compagnon Jules Weil que fut inhumée Angelica Kostrowitzky, la mère de Guillaume Apollinaire. Rappelons que si le poète mourut en novembre 1918 de la grippe espagnole, sa mère et son beau-père le suivirent et moururent de la même maladie en 1919. Seul le nom de Jules figure sur la tombe.

- Peu d’oeuvres d’art globalement.

  • Un médaillon en bronze sur la tombe Crucq par Sylvain Kingsburger.
  • Sur le tombeau de famille des industriels Ramas, un médaillon honore Henri Ramas, mort durant la Seconde Guerre mondiale en défendant Cherbourg.
  • Le bas-relief de Pierre Roche.

- Certains tombeaux et chapelles imposants rappellent la composante bourgeoise de la commune.


Célébrités : les incontournables...


Aucune


... mais aussi


- Paul ABADIE (1812-1884) : fils d’architecte, il s’est longtemps spécialisé dans la restauration de monuments anciens en conduisant des travaux aujourd’hui généralement très critiqués : restauration dans le style néoroman de la cathédrale Saint-Front de Périgueux, puis, à la suite de Viollet-le-Duc, restauration de Notre-Dame de Paris ; à Angoulême, il a dessiné le monument funéraire de Jean-Louis Guez de Balzac (chapelle de l’hôtel-Dieu) et modifié la cathédrale Saint-Pierre. Sa réalisation la plus connue demeure évidemment la basilique du Sacré-Coeur de Paris (entamée en 1875, il ne verra pas son achèvement en 1912). Il était membre de l’Académie des beaux-arts. Une rumeur tenace, entretenue par plusieurs guides (celui de Paul Bauer par exemple), l’inhume au Père Lachaise. Il est bien à Chatou, où il vivait et où il était intégré dans la vie municipale.

- Yves Louis Joseph BATISSIER (1813-1883) : diplômé de médecine, il s’adonna cependant exclusivement aux travaux d’archéologie. Il fut inspecteur de monuments historiques de l’Allier, archéologue chargé de mission en Grèce, Syrie et Asie Mineure, et enfin vice-consul de France à Suez. Il publia des travaux de recherches archéologiques, des mémoires relatifs à l’ancien Bourbonnais, une célèbre Histoire de l’art monumental dans l’antiquité et au moyen âge (1845 et 1860), et le recueil Nouveau cabinet des fées (1864).

- Maurice BERTEAUX (1852-1911) : issu d’une famille bourgeoise fortunée, maire de Chatou depuis 1891, il devint député de Seine-et-Oise en 1893, puis président du Conseil général de Seine-et-Oise en 1908. Spécialiste des questions militaires et financières, ardent républicain et laïc convaincu, il contribua, après l’affaire Dreyfus, à défendre et à consolider une Troisième République encore fragile. Ministre de la Guerre puis président de la Commission de l’Armée, il participa à l’œuvre de rénovation de l’institution militaire entreprise par la IIIe République en prévision de « la revanche » sur l’Empire allemand. Son action fut importante dans l’identification de l’armée à la nation. Il milita et participa activement à l’éducation populaire, fit adopter avec Jaurès une loi sur la prise en charge des accidents du travail favorable aux ouvriers et employés des chemins de fer. Il était également partisan de l’impôt sur le revenu progressif, de la séparation des Églises et de l’État (votée en 1905) et de la réduction du temps du service militaire. Il décéda accidentellement sur le terrain d’aviation d’Issy-les-Moulineaux lors de la course d’aviation Paris-Madrid, où un avion, obligé d’atterrir en catastrophe sur une piste envahie par les spectateurs, l’atteignit à la base du crâne tandis que son hélice lui sectionna le bras. Le Parlement décida aussitôt qu’il lui sera fait des obsèques nationales. Dans de nombreuses communes d’Île-de-France, comme à Paris (vingtième arrondissement), des rues portent son nom. Il fut inhumé dans l’enclos funéraire de Charles Lambert, son beau-père, qui fut maire de Chatou en 1871. Les deux chapelles sont fermées par des portes massives en bronze : celle de Maurice Berteaux reproduit les différents échelons de sa carrière politique. Devant, un lourd drapeau de bronze parachève l’ornement.

- L’égyptologue Bernard BRUYÈRE (1879-1971), qui consacra une grande partie de sa carrière aux fouilles archéologiques et à la publication scientifique du site de Deir el-Médineh, le village des artisans appelés à travailler au creusement et au décor des tombeaux de la vallée des rois. Selon Bertrand Beyern, il reposait sous une stèle d’inspiration egyptienne menacée de reprise... Sans doute que la menace est devenue réalité, car je ne l’ai pas retrouvée.

- Camille CHEVILLARD (1859-1923) : compositeur et chef d’orchestre français, il fut engagé par Charles Lamoureux, directeur des Concerts du même nom, comme chef de chant. Un an plus tard, Chevillard épousa la fille de Lamoureux et c’est donc tout naturellement qu’il lui succèda en 1897 à la tête de son association symphonique. C’est à la tête de celle-ci qu’il créa notamment Pelléas et Mélisande (1901) de Gabriel Fauré, les Nocturnes (1901-1902) et surtout La Mer (1905) de Claude Debussy ainsi que La Valse (1920)1 de Maurice Ravel. Professeur d’ensemble instrumental au Conservatoire à partir de 1907, il devint également directeur musical de l’Opéra de Paris en 1914. Comme chef d’orchestre, il privilégia la musique des romantiques allemands (Wagner, Liszt…) et russes, n’ayant que peu d’estime pour celle de ses contemporains français (bien que dans les faits, il en dirigeait beaucoup…). Son activité de compositeur se borna à des pièces de musique de chambre, pour piano et quelques œuvres symphoniques.

- L’industriel Charles DESPEAUX (1828-1918), pionnier de l’exploitation pétrolière et surnommé de ce fait le « roi du pétrole ».

- Maurice DONNAY (1859-1945) : ingénieur de formation, il abandonna rapidement l’industrie pour se consacrer à la littérature. Avec Alphonse Allais, il composa d’abord des chansons pour le célèbre cabaret du Chat noir. Puis, il se tourna vers le théâtre. En 1892, sa première pièce, Lysistrata, s’inspirait de la comédie éponyme d’Aristophane et fut créée par Réjane dans le rôle titre. Ce fut le début d’une longue carrière d’auteur de boulevard, au cours de laquelle Donnay remporta souvent de grands succès avec des pièces comme Les Amants (1895), considérée comme sa meilleure pièce. Il eut pour interprètes des acteurs célèbres comme Cécile Sorel, Réjane et Lucien Guitry. Les pièces de Maurice Donnay, par-delà leur légèreté, révèlent des idées progressistes en ce qui concerne les relations entre les deux sexes, et l’apparente insouciance avec laquelle les dialogues sont composés permet à l’auteur de rendre de manière convaincante le langage parlé. Il fut élu à l’Académie française en 1907. Il repose dans le caveau de famille de son épouse.

- Charles Edmond FLAMAND (1853-1915) : ancien orphelin placé dans un établissement, devenu cheminot de la compagnie Paris Orléans des chemins de fer, il fonda à 38 ans l’Orphelinat des Chemins de Fer, premier organisme de protection des orphelins du monde ferroviaire.

- Le tombeau de la famille FOURNAISE, dont celui d’Alphonse (1823-1905). C’est lui, charpentier naval, qui acheta en 1857 un terrain avec quelques bâtiments à Chatou pour y ouvrir une location de bateaux à l’époque où la mode du canotage sur la Seine commençait, ainsi qu’un restaurant et un petit hôtel gérés par sa femme Louise (1823-1896). Il ajouta à la propriété le célèbre balcon et sa terrasse. La maison Fournaise fut fréquentée notamment par Pierre-Auguste Renoir qui y peignit de nombreux tableaux, des portraits de la famille Fournaise [dont Alphonsine (1846-1937), qui repose avec ses parents], des paysages des alentours, et en particulier son célèbre tableau, le Déjeuner des canotiers en 1881. Ce tableau se trouve aujourd’hui à la Phillips Collection à Washington. Claude Monet, Alfred Sisley, Guy de Maupassant (qui décrivit le restaurant dans La femme de Paul - La maison Tellier - sous le nom du restaurant Grillon) ou encore Edgar Degas ont également arpenté les parquets du restaurant. Fermée en 1906, la maison Fournaise fut ensuite laissée à l’abandon avant d’être rachetée par la commune de Chatou en 1979. Classée comme monument historique, elle fut restaurée et retrouva sa première raison d’être avec l’ouverture d’un restaurant.

- Les architectes Eugène (1857-1929) et son fils Lucien (1881-1947) GILBERT. Lucien était l’ami de Vlaminck et de Derain, qui fit son portrait.

- La danseuse Blanche KERVAL (Blanche Walker : 1872-1951), de l’Opéra.

- Guiorgui KVINITADZE (1874-1970) : originaire du Daghestan, il devint officier dans l’armée russe. Il intervint en particulier dans la guerre avec le Japon. Promu colonel durant la Première Guerre mondiale sur le front ottoman, il devint après la révolution russe de février 1917 ministre adjoint à la guerre du Haut-Commissariat de la Transcaucasie. Après la restauration de l’indépendance de la Géorgie, en 1918, le gouvernement de la Ière République l’appela à plusieurs reprises : commandant en chef de l’armée géorgienne, en particulier lors du conflit avec l’Arménie, il dut faire face aux premiers troubles bolcheviques, puis à l’attaque de la Russie soviétique et de l’Empire ottoman contre la Géorgie. Sans grands moyens, il ne résiste pas longtemps et est contraint à l’exil. Comme tous les émigrés géorgiens, il eut une vie difficile, avec l’espoir que le régime soviétique ne tiendrait pas longtemps (il fabriquait des yaourts que ses proches allaient vendre sur les marchés de Chatou) !
A la fin des années trente, il fut l’un des dirigeants du groupe « Caucase », soutenu par le Japon et l’Allemagne et dont l’objectif politique est de constituer une Confédération d’Etats indépendants au détriment de l’URSS. En 1942, Guiorgui Kvinitadzé participa à la constitution de l’Union des Traditionalistes, dont les objectifs étaient la restauration de l’indépendance de la Géorgie et l’instauration d’une monarchie constitutionnelle. Il fut l’auteur de Mémoires, et une rue de Tbilissi porte son nom. Avec lui repose son épouse, la princesse Mariam MAKASHVILI (1889-1960). A quelques mètres de sa tombe repose d’autres membres de sa famille.

- Le facteur de flûtes Louis-Esprit LOT (1807-1896). Je n’ai pas retrouvé sa tombe (reprise ?).

- Le peintre Hugues MARTIN (1809-1878), qui fut décorateur pour le théâtre et pour l’Opéra. On prête peu attention à sa tombe, quasiment en face de l’entrée du cimetière.

- Le baryton Pierre-Léon MELCHISSEDEC (1843-1925), qui chanta à l’Opéra- Comique de 1866 à 1876, puis débuta à l’Opéra de Paris en 1879. Il donna ensuite des cours au Conservatoire.

- Le capitaine de la garde russe Dimitry MOLTCHANOV (1885-1945).

- André de PANAFIEU (1865-1949), fils d’un maire de Chatou, qui fut ambassadeur de France en Bulgarie puis en Pologne.

- Le peintre Maurice REALIER-DUMAS (1860-1929), qui vécut et travailla à Chatou. Bien qu’ami intime des Impressionnistes, il ne fit jamais partie de ce mouvement et resta fidèle à l’enseignement de son maître, Léon Gérôme. Il fut ainsi peintre d’histoire et orientaliste. Il fut également un brillant affichiste. Dans le même caveau repose son frère, Maxime REALIER-DUMAS (1867-1909), qui fut sculpteur.

- La poétesse Emma de RIENZI (1853-1940).

- Le ténor Jean-Alexandre TALAZAC (1853-1892), qui fit ses débuts au Théâtre-Lyrique en 1877. Il entra en 1878 à l’Opéra-Comique et créa Hoffmann, qui fut son grand rôle, dans Les Contes d’Hoffmann de Jacques Offenbach. Il fut également le créateur en France de Samson dans le Samson et Dalila de Saint-Saëns. Il interpréta essentiellement de la musique française du XIXe siècle. Dans le même caveau repose son épouse, la soprano Hélène FAUVELLE (1856-1940) et leur fille, la comédienne Odette TALAZAC (1883-1948), qui débuta par le chant et le music-hall, avant de se tourner vers le théâtre puis le cinéma. Elle ne fut jamais au premier plan mais se fit remarquer, entre 1928 et sa mort, dans un très grand nombre de seconds rôles. Elle tourna avec Clair (Le million), Renoir (La règle du jeu), Duvivier (La fin du jour), ou encore Clouzot (L’assassin habite au 21). Au théâtre, elle fit partie de la troupe de Jouvet et créa avec lui Knock.


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vendredi 14 février 2014

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