CLAMART (92) : cimetière du Bois Tardieu

Visité en octobre 2009
samedi 9 janvier 2010
par  Philippe Landru

Des divisions impeccables d’où la végétation n’est pas absente, une statuaire funéraire conséquente et quelques personnalités intéressantes font du cimetière de Bois Tardieu l’un des cimetières de banlieue les plus agréables à visiter. Les divisions au fond du cimetière, autour de la chapelle Hunebelle, forment un ensemble particulièrement harmonieux.

Curiosités

- Une pierre provenant des vestiges de l’ancien cimetière établi de 1793 à 1868 place Hunebelle, alors place Saint-Pierre. Elle avait été déposé en mémoire des habitants de Clamart morts au service de la patrie avant 1870.

- La tombe collective des soldats des armées de Terre, de Mer et de l’Air décédés à l’hôpital militaire proche de Percy entre 1938 et 1976.

- Un monument érigé à la mémoire des 193 soldats français morts sur les hauteurs de Clamart entre 1870 et 1871.

- Le Mausolée commandé par Pierre Alphonse dit Jules Hunebelle, maire de la commune, aux architectes Barbaud et Bauhain, est une véritable chapelle imposante. Commencé en 1899 par l’ entrepreneur Delage, inachevé à la mort de son commanditaire en 1900, il fut terminé en 1902 par ses héritiers. En plus des membres de la famille y repose le curé de la paroisse décédé en 1899. Pour la décoration de la chapelle on fit appel aux sculpteurs Gauthier et Rousselet, au marbrier Derville, au maître-verrier Champigneulle et au fondeur Chertier Lesage qui réalisa les portes d’ entrée.

- Quelques oeuvres notables :

    • Le buste en bronze du scout Clotaire Nicole, mort accidentellement en 1932.
    • Le buste en bronze du lieutenant d’artillerie et polytechnicien Jean Romanette (1905-1935), qui malgré son jeune âge fut également un compositeur de musique qui s’annonçait fort doué.
    • Le médaillon en bronze sur la tombe d’Armand Roy, adjoint au maire.
    • Le médaillon en bronze sur la tombe Hebert, médecin.
    • La composition funéraire composée d’enfants morts sur la tombe du jeune Paul Blanchard.
    • Un magnifique lion sur la tombe Poullain de Neubourg.

- Deux tombes témoignent de deux drames survenus à Clamart :

    • L’obélisque signalant la présence de deux jeunes (Gunard et Boutry) « morts le 22 septembre 1886 en voulant secourir M. Abraham asphixié dans un puits ».
    • La tombe de la famille Schmauder, un couple et ses deux fillettes de 2 et 3 ans, fusollés par les Allemands lors de la libération de la ville le 19 août 1944.

Célébrités : les incontournables...

- Pierre POÎLANE

... mais aussi

- Andras BECK (1911-1985) : sculpteur hongrois connu pour ses statuettes et portraits expressionnistes, il s’était installé à Paris où il travailla. Il fut l’auteur d’un monument commémorant la mort de Jan Palach qui fut installé à Mělník, en République tchèque, pour l’anniversaire des quarante ans de sa mort.

- Nicolas BERDIAEFF (1874-1948) : philosophe russe, il se détourna du marxisme après la révolution bolchévique de 1917. Professeur à l’université de Moscou, il dut fuir la Russie en 1922. En 1924, il transfèra à Paris l’Académie de philosophie et de religion qu’il avait fondée à Berlin. Sa pensée est l’un des sommets de l’existentialisme chrétien, préconisant un retour au mysticisme face aux formes modernes du matérialisme.

- Pierre BERTIN (1891-1984) : comédien et metteur en scène de théâtre (à l’Odéon, à la Comédie française où il resta vingt-deux ans puis au théâtre Renaud-Barrault -il fut un temps le compagnon de Madeleine Renaud-). S’il privilégia les planches, il ne dédaigna pas le cinéma où il tourna, de 1916 à 1978, le plus souvent des petits rôles mais dans des films souvent marquants (Le Corbeau, Knock, La Grande Vadrouille, Les tontons flingueurs). Il fut l’époux de la pianiste Marcelle Meyer qui repose dans ce cimetière mais dans un autre caveau.

- Pierre DELUNS-MONTAUD (1845-1907) : député du Lot-et-Garonne de 1879 à 1898, où il siégea avec la gauche républicaine, il fut ministre des Travaux publics dans le gouvernement Charles Floquet de 1888 à 1889. Il repose sous un médaillon en bronze par Louis Maubert.

- Le peintre Charles-Hippolyte DESMARQUAIS (1823-1909), qui fut un paysagiste proche de l’école de Barbizon.

- Alphée DUBOIS (1831-1905) : dessinateur de timbres et graveur en médailles, ancien élève de Francisque Duret et de Jacques-Jean Barre, il fut Grand prix de Rome en 1855. Il fut l’auteur de timbres (appelés Alphée Dubois) destiné aux Colonies françaises, bien connus des philatélistes. Il ne dédaigna pas de travailler pour le funéraire, réalisant plusieurs médaillons en bronze pour les cimetières parisiens (Janssen au Père Lahaise, Levy à Montmartre...). Son tombeau est orné d’une de ses œuvres, une plaque : Les Bergers d’Arcadie, d’après Nicolas Poussin, avec l’intitulé en latin Et Ament Meminisse Periti (Que ceux qui savent, se souviennent). Dans la même tombe repose le graveur Alphonse LAMOTTE (1844-1914), honoré également par un bas-relief en bronze offert par ses élèves.

- Denis FOYATIER (1793-1863) : sculpteur néoclassique français, le Spartacus qu’il réalisa à Rome lui assura le succès. On trouve un grand nombre de ses oeuvres dans les édifices et parcs parisiens, même si beaucoup d’entre-elles furent menées à la fonte durant la Seconde Guerre mondiale. L’une de ses plus fameuses réalisations est la statue de Jeanne d’Arc de la place du Martroi à Orléans. Dans la même sépulture repose son gendre, l’océanographe Julien THOULET (1843-1936), qui fut l’un des pionniers de cette science en France et qui travailla à l’université de Nancy. Leur tombe est orné d’un buste en bronze par Jules Blanchard.

- Le dessinateur et graveur Victor HAAS (1864-1941), dont la tombe est ornée d’un médaillon en bronze.

- Constant HURET (1870-1951) : cycliste de course de longue distance, il remporta la course sur route de 600 km Bordeaux-Paris (connue sous le nom de Derby de la route) en 1899 et conserva le record de cette course pendant 34 ans. Il était également le champion du monde 1900 de velodrome et a gagné le Bol d’Or quatre fois. Henri de Toulouse-Lautrec l’a utilisé pour modèle pour son affiche La Chaine Simpson.

- L’aliéniste Henri LEGRAND du SAULLE (1830-1886), médecin de l’hospice de Bicêtre, puis de la Salpêtrière (service des aliénées), médecin du dépôt et de la Préfecture de Police de Paris. Il travailla essentiellement sur les troubles du comportement, incluant les phobies et les Trouble obsessionnel-compulsif.

- Dora MAAR (Henriette Markovitch : 1907-1997) : photographe et peintre française, son nom reste associé à celui de Picasso dont elle fut la compagne et le modèle entre 1935 et 1943. Cet épisode mouvementé de sa vie a fait passer au second plan son exceptionnelle personnalité de femme liée aux milieux surréalistes et engagée dans les combats politiques des années 1930 ainsi que sa carrière de peintre et de photographe aux multiples talents. Petit à petit, Dora Maar devient «  La Femme qui pleure », sans qu’on puisse affirmer qu’il s’agisse d’un trait de sa personnalité ou qu’il ait voulu en faire le symbole de l’époque d’horreur qui s’annonçait, et qu’il cristallisa dans Guernica, photographié par Dora Maar, pour le plus grand bonheur des historiens d’art, durant les différentes phases de sa conception. Puis Picasso s’éloigna, lui offrant un portrait de Max Jacob en guise de rupture, non sans avoir, dans sa pièce de théâtre Le Désir attrapé par la queue, écrit un rôle spécialement pour Dora : elle joue le personnage de L’Angoisse maigre. Dora Maar traversa une période psychologiquement difficile, qui culmina avec son internement à Sainte-Anne. Elle fut ensuite soignée par Lacan, puis devint pieuse. « Après Picasso, il ne reste que Dieu », aurait-elle déclaré.

- Le général Robert QUILICHINI (1912-1979), qui servit en Afrique à la tête des tirailleurs sénégalais avec lesquels il prit part aux campagnes du Fezzan, de Tripolitaine et de Tunisie ; puis dans les Vosges et en Alsace. Il fut fait Compagnon de la Libération.

- Félix REGAMEY (1844-1907), peintre, dessinateur et caricaturiste français, il débuta sa carrière en publiant des caricatures et des dessins satiriques ou humoristiques dans de nombreux journaux. Fondateur du Salut Public et impliqué dans la Commune, il dut s’exiler en 1870 pour plusieurs années à Londres, où il aida financièrement ses amis Rimbaud et Verlaine. Un séjour en Chine et au Japon, qu’il effectua en compagnie d’Émile Guimet, lui inspira des aquarelles et des dessins presque ethnographiques qui furent présentés à l’Exposition universelle de 1878 et publiés la même année dans les Promenades japonaises de Guimet. Ses deux frères, artistes également, reposent dans le même caveau : Frédéric REGAMEY (1849-1925), qui fut écrivain, peintre de sujets sportifs, en particulier de l’escrime, paysagiste, aquarelliste, graveur et lithographe. Influencé par l’impressionnisme, il montra également beaucoup d’intérêt pour les artistes alsaciens. En 1873, il fonda avec Richard Lesclide une revue hebdomadaire Paris à l’Eau-forte. Il collabora au Musée des Deux-Mondes où il mit au point le procédé de la chromolithographie. En 1885, il fonda l’Illustré Quotidien ; et Guillaume REGAMEY (1837-1875), peintre qui réalisa essentiellement des tableaux militaires. Avec eux repose l’épouse de Frédéric, l’écrivaine Jeanne RIVAL (Jeanne Heilmann-Regamey). Leur sépulture est surmontée d’un médaillon en bronze. Le décor (soleil levant, cerisier) évoque l’ attrait qu’ exerçait le Japon sur Félix Regamey, secrétaire général de la Société Franco-Japonaise.

- Le peintre Léopold SURVAGE (1879-1968) : né à Moscou, il s’installa en France en 1908 afin de suivre les cours que donnait alors Matisse. Il subit ensuite l’empreinte de Cézanne et, en 1912, exposa avec les cubistes au Salon des indépendants. Ami d’Apollinaire et de Modigliani, qui fit son portrait, dans une direction assez proche de celle de Delaunay, mais avec plus de discrétion, Survage développa jusque vers 1920 une application personnelle du cubisme au paysage. Par la suite, il incorpora à son héritage cubiste (de plus en plus réduit à des jeux de volumes et de lignes) des éléments tantôt décoratifs dans la tradition des Ballets russes, tantôt symboliques, au point de côtoyer parfois un surréalisme superficiel. Il effectua également des dessins de tissus pour la maison Chanel, une série de panneaux monumentaux pour le Palais des Chemins de Fer à l’Exposition des Arts et Techniques de Paris, des illustrations de livres et des cartons pour les Gobelins. Il épousa la pianiste Germaine Meyer, ce qui explique également la présence dans cette tombe de la soeur de cette dernière, la pianiste Marcelle MEYER (1897-1958), ancienne élève de Marguerite Long et d’Alfred Cortot, elle mit son talent au service de la musique française de l’entre-deux-guerres, notamment du Groupe des Six (Francis Poulenc, Darius Milhaud, Georges Auric...), et d’Erik Satie et ses amis d’Arcueil (Henri Sauguet, Roger Désormière...). Elle comptait parmi ses amis les plus proches Maurice Ravel, Igor Stravinsky et Jean Cocteau. Elle fut l’épouse du comédien Pierre Bertin qui l’avait présenté à Satie (Il repose dans ce cimetière dans un autre tombeau). Peu avant le décès de Debussy, elle travailla avec lui sur ses Préludes, qu’elle créa salle Gaveau, lors du premier récital entièrement dédié au compositeur.

- Emile TOULOUSE (1923-2003) : grande voix du rugby à la radio, il avait débuté sa carrière après la fin de la seconde Guerre Mondiale, collaborant aux journaux Libération et ce Soir, avant de rejoindre la radio comme commentateur et journaliste sportif. Il exerça tout d’abord sur Europe 1, puis sur France Inter. Sur cette dernière station, il assura notamment le commentaire de 36 Tours de France.


Commentaires

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CLAMART (92) : cimetière du Bois Tardieu
vendredi 10 février 2017 à 17h11 - par  cp

Existe à l’entrée de ce cimetière une tombe étonnante, aussi cossue qu’improbable. Une grande tombe double en marbre noir et couverte de fleurs ainsi que de portraits joliment encadrés. A gauche c’est la tombe d’une dame née en 1928 et décédée en 2010. Les multiples photos rappelant son souvenir respirent l’aisance et le chic. A droite, l’autre tombe est le miroir de la première. Luxe et satiété. Autant de photos que celles de l’occupante susmentionnée. Mais elle, c’est elle. Et lui, c’est lui. Unis pour l’éternité. Chacun a son patronyme inscrit de son côté. En haut et en lettres d’or. Elle s’appelait Geneviève P.. Et lui Charly P. Mais pour lui, la gravure est superficielle. Diaphane, on dirait une ébauche. Mais la police de caractères identique. Les photos de Charly expliquent tout :
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Charly était un chien...
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Il avait 3 ans à la mort de sa (Supposée) maitresse, et lui a survécu 6 années. Mort en 2016.
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Un troisième nom mentionne « Catherine P. 1956- ». Sans doute la fille de Geneviève, survivante de ce trio et sans doute instigatrice de cette installation qu’un jour elle complètera.

CLAMART (92) : cimetière du Bois Tardieu
vendredi 21 juin 2013 à 12h15

Bonjour,

Je passe souvent près de ce cimetière et j’ai découvert de beau monument orthodoxe, auriez vous des informations sur les familles qui s’y trouvent ?

cordialement

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CLAMART (92) : cimetière du Bois Tardieu
dimanche 30 septembre 2012 à 15h44 - par  Pionchon Catherine

Le monument aux morts de la grande guerre pourrait être présenté. Il me semble de très belle facture, mettant également en valeur les noms de tous ces hommes « morts pour la France » mieux que bien d’autres .

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mardi 5 octobre 2010 à 18h12 - par  Gaëlle BLET

J’ai découvert, dans ce cimetière, la tombe du Prince Georges SCHAKOWSKOY décédé en 1977 et j’aimerais connaître son histoire.

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vendredi 14 février 2014

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