LEVALLOIS-PERRET (92) : cimetière

lundi 9 janvier 2012
par Philippe Landru

Le cimetière de Levallois-Perret fut créé en 1868 par Nicolas Levallois, fondateur un an plus tôt de la commune qui porte son nom après avoir scissionné de Clichy. Sur un site très plat, il longe à la fois la Seine et la ligne de chemin de fer (les habitués de la gare Saint-Lazare le connaissent bien et le longent lors de leurs trajets). Les oeuvres d’art y sont peu nombreuses, mais certaines sont particulièrement intéressantes.

Le cimetière comprend 43 divisions sur une surface de 74 660 mètres carrés. Malgré la jeunesse de ce cimetière, on y trouve la tombe de plusieurs célébrités de premier ordre. La municipalité à eu la bonne idée d’établir une petite brochure attractive sur les personnalités du lieu, dont je me suis servie pour réaliser cette page : cette brochure n’est néanmoins pas exhaustive, et cet article sera donc plus précis. J’ai privilégié ici la présentation par divisions.

Le cimetière de Levallois a le privilège de posséder « sa » chanson, celle de la chanteuse réaliste Michele Bernard qui se veut une évocation de Louise Michel, mais qui en réalité décrit le cimetière et ses occupants de manière assez complète :

Au cimetière de Levallois
Drôle de belle au bois
Tu dors depuis cent ans, c’est fou
Comme le temps creuse son trou !
 
Au cimetière de Levallois
Carré vingt, te voilà
Un monument te fait de l’ombre
C’est pour fêter les hécatombes
Du chemin des Dames aux djebels
La mort entasse sa gabelle
En cent ans, que d’idées nouvelles
Le massacre à l’industrielle
Une race part en fumée
Et le Livre Rouge est fermé
 
au Refrain
 
Au cimetière de Levallois
T’as des voisins de choix
Madame Soleil, Léon Zitrone
Le bonheur en casaque jaune
Le rêve en paillettes dorées
Tu vois qu’on a fait des progrès
Ravel avec ses sortilèges
Eiffel et sa tour sous la neige
Théophile, ton bel ami
Mort aux cerises, sans un cri
 
au Refrain
 
Du cimetière de Levallois
Devine ce qu’on voit :
Des tours aux cent mille fenêtres
Qui lancent au ciel leurs grandes lettres
Apple, Hitachi, Paribas
Le monde emmêle ses cabas
Une voie de chemin de fer
Longe le mur et s’en va faire
Un petit tour chez les zonards
Où sont passés les Communards ?
 
au Refrain
 
Au cimetière de Levallois
Un oiseau t’aperçoit
Le voilà posé sur ta tête
Ses ailes te font une aigrette
Noire comme un drapeau têtu
Et sautille sur ta statue
Puis s’envole à travers la grille
Qu’à tous les vents il éparpille
Cet air qui ne veut pas mourir
Où l’on refuse d’obéir
 
Au cimetière de Levallois

Vous pouvez écouter cette chanson en cliquant ici (chanson : Au cimetière de Levallois)


Curiosités


- Le monument aux morts : un concours fut organisé après 1918 pour élever un monument aux morts, avec pour seule consigne la sobriété. En 1923, l’architecte Bertin et le statuaire Yroudy furent retenus. Dans une seule masse de pierre, l’œuvre présenta une femme, tête baissée, incarnation tout à la fois de la mère et de l’épouse, entourée de deux soldats, dont l’un agonisant qui lèvent les yeux vers elle. Sur le socle, un jeune ouvrier rompt une épée, les armes brisées symbolisant la paix. Le préfet de la Seine fit savoir que la figure allégorique de l’ouvrier brisant un sabre « ne faisait pas corps avec l’ensemble ». On passa outre. La polémique fut forte : certains y voyaient une figure antimilitariste, ou encore la volonté de ne plus imaginer de guerre dans une Europe peuplée de « frères ouvriers », à tel point que la statue se vit mutilée une nuit de novembre 1926. Elle est toujours là de nos jours.

- Le cimetière possède un monument commémoratif assez unique : celui de la chambre syndicale des cochers-chauffeurs du département de la Seine. La raison en est la suivante : des sociétés de taxis s’étaient implantées très tôt à Levallois, tant pour sa proximité d’avec Paris que pour la réputation que la commune avait acquise avec ses fiacres. Celles-ci installaient sur des terrains libres d’immenses garages entourés d’ateliers d’entretien et de réparation. Elles entrèrent dans l’histoire en 1914 lorsque Gallieni, gouverneur de Paris, décida d’envoyer des renforts au maréchal Joffre en fort mauvaise posture. Pour acheminer ses hommes, il fit appel aux taxis de la G7, dont le principal lieu d’attache se trouvait à Levallois. Ce monument fut élevé en 1948 dans la 22ème division.

- On trouve également ici un monument dédié à la mémoire des « employés des automobiles de place » morts à son service.

- Assez étonnement, une partie du cimetière est réservée à des sépultures israélites récentes. Je ne m’explique pas ce phénomène.

- Le cimetière aime bien les chats, et plusieurs « maisons » leurs sont destinées.


1ère division


Appartenant assez logiquement à la partie la plus ancienne du cimetière, il est évident que les divisions 1,3,5 et 10 qui longent la voie ferrée ont subi un très grand nombre de reprises, et sont assez clairsemées. Assez récemment, des columbariums accueillent les cendres des défunts.

- Nicolas LEVALLOIS (1816-1879) : menuisier, puis négociant en vin, il se lança dans les affaires. Le propriétaire de terrains sur la commune de Clichy lui confia la mise en vente de ceux-ci. L’opération connut un vif succès, le nouveau lotissement reçut même l’aval de la mairie de Clichy pour qu’il soit désigné sous le vocable de “ Village Levallois ”. Dès les premiers lotissements de ces terrains situés entre le vieux village de Clichy et la ville résidentielle de Neuilly, Nicolas Levallois élabora une stratégie visant à préparer la naissance d’une commune autonome. Ainsi, il aménagea une place en prévision de la future église. Il fut un visionnaire qui comprit que l’habitat seul ne suffisait pas, mais que celui-ci devait s’épanouir dans un tissus urbain. Il s’entoura d’artisans qu’il associa au projet : la fondation de la future commune fut une expérience menée sur le mode original du compagnonnage, une sorte d’entreprise plus ou moins coopérative. La naissance de zones industrielles à la périphérie du village accélèra la croissance en créant de nouveaux emplois. Le Conseil d’État fut saisi le 28 mars 1866 pour la défense de l’autonomie de la future commune et le choix de son nom,- en effet les communes de Clichy et Neuilly désapprouvaient cette requête. Dès lors surgit (le 30 juin 1866) le nom de Levallois-Perret. L’autonomie de la nouvelle commune prit effet le 1er janvier 1867. La mairie fut inaugurée en 1898. Aujourd’hui, Levallois-Perret est la 27ème commune de France par sa population.


3ème division


- Pierre Collange, maire de Levallois de 1878 à 1880, possède un obélisque orné d’un médaillon d’un auteur inconnu.


4ème division


- Le dessinateur BARBEROUSSE (Philippe Josse : 1920-2010), qui créa à la télévision au début des années 60 les personnages de Minizup et Matouvu, un chat et une souris formant un couple de marionnettes. Il participa à la création des personnages du Bébête Show et son oeuvre et ses personnages donnèrent lieu à de nombreux produits dérivés. Ses dessins parurent pendant des années dans des journaux comme France dimanche, Ouest-France, Jours de France ou Ici Paris. Il repose sous une tombe très simple.

- Théophile FERRÉ (1846-1871) : militant blanquiste, il fut condamné à quatre reprises sous le Second Empire pour ses opinions politiques. Après la proclamation de la République, il collabora à La Patrie en danger journal d’Auguste Blanqui. Membre de la Garde nationale de Montmartre, il dirigea la défense des canons de la Garde nationale qui servit de prétexte au soulèvement du 18 mars 1871, et proposa de marcher immédiatement sur Versailles où se trouvaient l’Assemblée nationale et le gouvernement d’Adolphe Thiers. Membre actif de la Commune, il donna son consentement pour l’exécution des otages, parmi lesquels se trouvait l’archevêque de Paris Georges Darboy. Lors de son procès, on voulut lui faire également endosser la responsabilité de l’ordre d’incendie du Ministère des Finances, ce qui se révèla inexact. Au cours de ce procès, Ferré refusa de se défendre mais, accablé de calomnies, rédigea une lettre de défense que le tribunal ne lui permit pas de lire. Il fut condamné à mort et exécuté au camp de Satory à Versailles. Il fut aimé de Louise Michel.

- Le peintre François Désiré HENRY (1812-1892).

- Le journaliste sportif Olivier REY (1955-2012), qui après un début de carrière à But, puis à France-Soir à partir de 1978, fut révélé par l’émission Stade 2. En 1989, il racheta et redressa le magazine But, puis fut mêlé à la rocambolesque affaire VA - OM. Après une tentative de reprise du quotidien France-Soir contestée par la rédaction en 2006, il fut condamné à six mois de prison avec sursis pour violences et menaces à caractère antisémite.

- Léon ZITRONE


5ème division


C’est dans cette division que se trouve une tombe signalée comme étant la plus ancienne du cimetière. Ce tombeau (Duvivier) ne se signale par rien de particulier.


6ème division


- Guy GROSSO (guy Sarrazin : 1933-2001) : comédien français, il forma durant des années un duo comique avec son comparse Michel Modo. Avec lui, il apparut dans de nombreux films avec Louis de Funès, dont la série des Gendarmes, dans laquelle il tenait le rôle du Gendarme Tricard. À partir des années quatre-vingts, Guy Grosso se consacra essentiellement au théâtre et à la télévision.

- Autre rappel de la Commune : l’obélisque Marchois-Chartier est la dernière demeure d’un couple de communards, Constance et Alexandre Gosselin. Lui fut condamné à la déportation en Nouvelle Calédonie, puis fut amnistié en 1879.


7ème division


- Maryse HILSZ


10ème division


- Gustave EIFFEL


11ème division


La chapelle Eiffel de cette division est celle des parents de Gustave Eiffel.


13ème division


- Un tombeau se signale dans cette petite division essentiellement composée de tombeaux d’enfants : celui de la famille Donnet. Un des petits médaillons en bronze qui le composent a été volé.


14ème division


- La magnifique chapelle Thorn-Klein, réalisée par le sculpteur Paul-François Berthoud, est sans aucun doute la plus belle tombe du cimetière. C’est un petit chef-d’oeuvre art nouveau dont on devra admirer les détails fantastiques, tel les visages végétalisés et ce dragon étonnant aux pieds de l’ange.

- Le tombeau Boosey.


15ème division


- Le sergent Boeltz se distingua pendant la guerre de 1870, notamment au siège de Phalsbourg et lors de l’évacuation du fort de la Petite-Pierre. Mort à Levallois en mars 1895, un monument fut édifiée à sa mémoire. Le tombeau fut réalisé par l’architecte René Pommay et le buste en bronze par Anatole Marquet de Vasselot.


16ème division


- Maurice RAVEL

- La tombe Vicart, du début du XXe siècle, se signale par un double médaillon écrasé et une épitaphe peu classique : C’est pour reprendre une habitude ancienne que j’ai refait ma chambre à coté de la sienne.


17ème division


Deux Compagnons de la Libération reposent côte à côte :

- Jean BRASSEUR-KERMADEC (Jean Brasseur : 1914-1992) : officier de marine d’origine belge, il s’engagea dans les FFL dès 1940. Il escorta durant la guerre les navires britanniques se rendant en Afrique ou au Levant. Il participa ensuite aux combats en Tunisie, en Italie puis en Provence. Il poursuivit après la guerre sa carrière dans la marine, et devint vice amiral. Il fut fait Compagnon de la Libération.

- Paul MARSON (1906-1987) : militaire de carrière servant en Afrique, rallié à la France Libre en 1940, il prit part au sein de la Colonne Leclerc aux campagnes du Fezzan puis, en 1943 à toutes les opérations en Tripolitaine et en Tunisie. Il participa ensuite au débarquement en Normandie puis à la libération de Paris. En 1946, il fut envoyé en Indochine. Il fut fait Compagnon de la Libération.

- Charles DEUTSCHMANN (1886-1983) : maire de Levallois de 1947 à 1965, il fut sénateur de 1951 à 1958.

- Le tombeau du docteur Jules Jasiewicz, réalisé par Diobecki, est orné d’un médaillon en bronze.


18ème division


- Paul RUINART (1876-1959) : coureur cycliste professionnel, il devint en 1911 directeur du Vélo club Levallois et entraîna de nombreux futurs champions (Leducq, Speicher...) avec des méthodes nouvelles parfois rudes, telles les camps d’entraînement et une diététique draconienne. Un buste imposant tout à fait nouveau a été installé en octobre 2011 : il est l’oeuvre de Bernard Potel.

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2013 : le monument dans sa forme définitive

19ème division


- Solange ROSENMARK (1887-1963) : poétesse et romancière mauricienne, elle a publié huit ouvrages entre 1923 et 1962. Elle fut collaboratrice, au cours des années trente, du Journal des Débats où elle publia un « Carnet de la Parisienne » hebdomadaire.

- Maurice BERGER (1866-1930) : pharmacien et chimiste, on sait très peu de choses sur lui, sinon qu’il déposa en 1898 le brevet de la fameuse lampe qui porte désormais son nom mais ne serait pas de lui, mais d’un pharmacien nommé Müller. L’objet en question n’est pas une lampe, mais un brûle-parfum destiné à désodoriser et désinfecter tous lieux insalubres, en particulier à l’origine les chambres mortuaires. Les premières « lampes Berger » furent commercialisées depuis Levallois.

- France DHELIA (Franceline Benoït : 1894-1964) : après avoir débuté en 1912 sous le nom de Mado Floreal, cette comédienne connut le succès dans de nombreux mélodrames très prisés à l’époque. Elle interprèta ainsi une trentaine de films, jusqu’à l’avènement du parlant, dont la moitié signée de Gaston Roudès, son réalisateur de prédilection. Elle ne survécut pas vraiment à la venue du parlant, et sa carrière était terminée avant la guerre.


20ème division


- Marie-Jeanne BASSOT (1878-1935 : issue d’un milieu très privilégié, elle tient à vouer sa vie aux plus démunis mais sa famille s’y oppose. Obligé à fuir les siens, elle fut enlevée et séquestrée dans un hôpital psychiatrique. Elle attenta un procès qui fit grand bruit contre sa famille qu’elle gagna. Elle ouvrit alors une résidence sociale en 1909 à Levallois, puis fédéra progressivement des centres sociaux de France. Son épitaphe proclame : « Je désire être enterrée au milieu des familles auxquelles j’ai consacré tout mon apostolat ».

- Louise MICHEL

- Le bas-relief en bronze de Louis Mortier, daté de 1920, oeuvre d’Edgar Boutry.


22ème division


- En bordure de division, face à Louise Michel (!), le tombeau de famille Balkany abrite les parents du maire de Levallois.


24ème division


- La très photogénique petite sculpture de la tombe Weigele-Grunenwald est intitulée La mort de la colombe par Henri Wegeile. J’ignore si cette tombe est celle de l’artiste, ou simplement une tombe de famille.


25ème division


- André GIRAUD (1925-1997) : haut fonctionnaire, il mena une carrière politique qui le vit ministre de l’Industrie de Raymond Barre de 1978 à 1981, puis de la Défense dans le gouvernement de cohabitation de Jacques Chirac de 1986 à 1988. Libéral modéré, il fut membre du PR et de l’UDF. Il repose sous une dalle très sobre.


30ème division


- Le chef d’orchestre Eugène BIGOT (1888-1965), qui après une brillante carrière dans les grands concerts et à l’Opéra‑Comique où il fut directeur de la musique, devint premier chef de la Radiodiffusion‑Télévision française, chargé d’un cours de direction d’orchestre au Conservatoire national. On lui doit également des suites d’orchestre, des mélodies, de la musique de chambre, des ballets restés manuscrits (la Princesse d’Elide, Laurenza, Pastorale et Pyrrhique).


41ème division


- L’imitateur André AUBERT « Don Patillo » (1923-2010), artiste de cabaret qui connut le succès dans les années 60. IL fut surtout remarqué par le grand public pour avoir, de 1975 à 2000, vanter les produits Panzani dans des dizaines de publicités toutes inspirées de la saga cinématographique « Don Camillo » avec Fernandel. Sur le thème du péché de gourmandise, André Aubert devenu « Don Patillo » implorait la clémence divine par ce célèbre slogan : « Ce ne sont que quelques pâtes, Monseigneur... ». Le nom de ce personnage qui le fit connaître est accolé à sa véritable identité sur sa tombe. Humour au second degré ou aveu d’une grande solitude, une plaque posée sur sa tombe provient de lui et est dédié... à lui-même !

- Madame SOLEIL


Merci à Marie Beleyme pour le complément de photos. Merci à Gabriel Moniotte pour la photo Rey.


Commentaires

Logo de PRIGENT
mardi 9 juillet 2013 à 12h03, par  PRIGENT

Oui vous trouverez bien à Levallois la sépulture de Monsieur Pierre CHAYRIGUES
Emplacement 39-3-18
Le conservateur du cimetière

jeudi 8 novembre 2012 à 21h53

Il y a un autre André Aubert dans ce cimetière. Il git dans la 4e division alors que Don Patillo se trouve dans la 41e

Logo de redouard
vendredi 24 février 2012 à 07h09, par  redouard

Bonjour,
Pouvez-vous me dire si Pierre Chayriguès , foot-ball très célèbre de 1910 à 1925 environ , décédé à Levallois-Perret le 19 mars 1965 y est enterré ?
Merci

Logo de Une lyonnaise
dimanche 15 mai 2011 à 21h04, par  Une lyonnaise

Je remercie les personnes qui s’occupent de ce cimetière. Elles ont été très aimables lors de ma visite en 2010.

Brèves

Des chemins de croix dans les cimetières...

vendredi 14 février

L’association bailleuloise Kerk Hof cherche à faire reconnaître le caractère exceptionnel, voire unique, de son chemin de croix composé originellement, au milieu du XIXe siècle, de 14 chapelles-stations identiques. Dans ce but, elle aimerait savoir si l’un des nombreux amateurs de tombes du site connaît d’autres témoignages similaires dans les cimetières. Merci d’avance pour votre aide.