VERSAILLES (78) : le cimetière des Gonards

visité en juillet 1997
jeudi 22 janvier 2009
par Philippe Landru

Avec ses 12 hectares et ses 11 000 tombes, le cimetière des Gonards, ouvert en 1879, est à la fois le plus récent et le plus grand de la ville. Il se présente comme une vaste surface formant une pente remontant vers le haut du plateau. Il peut globalement se décomposer en trois parties :
- les divisions à gauche de l’entrée constituent la partie la plus intéressante. Elles remontent progressivement vers le sommet du plateau, possèdent les tombes les plus anciennes ainsi que la quasi totalité des célébrités de la nécropole (que l’on trouve bordant l’allée marquant la limite haute du cimetière).

- les divisions à droite de l’entrée sont occupées, pour une large part, par les tombes des soldats tombés lors des différentes guerres. On y trouve également une partie essentiellement composée de sépultures juives.
- les divisions tout en haut du plateau, vastes quadrilataires bordées par des haies, sont plus récentes et offrent moins d’intérêt.

curiosités

- Les hauteurs du cimetière offrent des vues dégagées sur la ville de Versailles. Malheureusement, ces vues ne donnent pas sur le château !

- Histoire de la ville oblige, les familles de l’aristocratie et les congrégations religieuses sont bien représentées aux Gonards.
- Il contient un très grand nombre de défunts anglo-saxons, lui donnant parfois un petit air de cimetière américain.
- Les tombes militaires sont en grand nombre : une partie du cimetière est réservée aux défunts de confession musulmane, une autre aux Allemands.

- Plusieurs parties de la nécropole sont réservées aux tombes d’enfants.
- Sur le plateau, une partie du cimetière est réservé aux religieuses (reposant sous des tombes très simples), une autre partie, assez misérables, aux « Indigents », dont beaucoup de personnes âgées venant sans doute de maisons de retraite.

- La chapelle d’Oyley, très travaillée, contient un gisant.

- Les chapelles Devos-Logie et Mirand-Devos, qui sont des oeuvres d’Hector Guimard.

célébrités : les incontournables...

Beaucoup de « stars » dans ce cimetière, Versailles oblige...

- Marc ALLÉGRET
- Louis BLÉRIOT
- Pierre BONAPARTE
- Louis-François CARTIER
- Eugène DELONCLE
- Louis LÉPINE
- Laurent MARQUESTE
- Gabriel MONOD
- Robert de MONTESQUIOU-FEZENSAC
- Eugène WEIDMANN
- Edith WHARTON

- Le célèbre criminel Henri-Désiré LANDRU (1869-1922) avait été inhumé dans ce cimetière après sa décapitation à Versailles, à une époque où il existait une partie réservée aux condamnés à mort, qui se trouvait sensiblement dans le coin du cimetière, face à la tombe Cartier. Plus rien ne signale sa présence : l’administration du cimetière précise qu’elle ne possède plus aucune archive sur ce dernier, pas même l’ancien emplacement de sa tombe. Des bruits circulent : la famille aurait repris ses restes pour le réinhumer dans l’anonymat, il serait toujours ici, mais l’emplacement de sa tombe serait couvert par l’une des allées du cimetière... Bref, de quoi alimenter un peu plus le mystère autour de cette affaire !

... mais aussi

- l’artiste lyrique Anry BARAT (Henri Baraton : 1871-1929) et la peintre Lucie BOUSQUET-BARATON (1881-1976).

- L’architecte Clovis BRANCHU (1851-1899).

- L’écrivain Emmanuel BROUILLARD (1963-2008) qui avait fondé, dans les années 1990, un journal humoristique, Le petit Brouillard illustré. Il collaborait à l’émission de France-Culture Des Papous dans la tête. Il était par ailleurs le conservateur en chef du Musée Botul, musée portatif où sont conservées les reliques imaginaires du philosophe Jean-Baptiste Botul.

- Louise BRYANT (Anna Louisa Mohan : 1885-1936) : auteure et journaliste américaine aux sympathies communistes et anarchistes connue pour son radicalisme politique et ses prises de position féministes, elle publia tout au long de son existence des articles dans diverses revues de gauche radicale. Elle épousa le journaliste américain John Reed avec lequel elle fut témoin de la révolution bolchévique en Russie. Après la mort de ce dernier, elle épousa un ancien ministre du président Wilson, fréquenta les milieux lesbiens et fut contrainte à un divorce terrible dans lequel elle fut privée de sa fille. Sa fin de vie fut pénible, rongée par la maladie et l’alcool. Dans le film Reds, tourné en 1981, Diane Keaton joue le rôle de Louise Bryant tandis que Warren Beatty jour John Reed.

- Le journaliste de télévision Noël COPIN (1929-2007), qui fut également directeur de la rédaction de La Croix de 1983 à 1994, et président de la section française de Reporters sans frontières de 1994 à 2004.

- Le lieutenant de parachustiste Roger DEGUELDRE (1925-1962), qui s’illustra en Indochine. Envoyé en Algérie, il fut le créateur et responsable des commandos Delta de l’OAS qui commirent l’attentat de Château-Royal dans la commune d’El-Biar, près d’Alger (dans la salle de réunion étaient rassemblés six dirigeants des centres sociaux qui furent alignés contre un mur de la cour et abattus à l’arme automatique). Arrêté, condamné à mort, il fut fusillé au Fort d’Ivry. Sa tombe est désormais un lieu de commémoration pour les nostalgiques de l’Algérie française.

- La comédienne Hélène DIEUDONNÉ (18897-1980), qui fit carrière dans le théâtre mais que l’on vit également au cinéma (abonnée aux rôles de grands-mères affables) et surtout à la télévision (Janique aimée, Ardéchois, coeur fidèle).

- Paul HALLOPEAU (1876-1924), chirurgien chef à l’hôpital Trousseau « qui fit l’essai de la première automobile chirurgicale en 1914 ». Sa tombe est ornée d’un bas-relief circulaire.

- l’écrivaine et dessinatrice Louise HERVIEU (1878-1954) avait été inhumée dans ce cimetière, mais la concession expirée ayant été reprise, plus rien ne signale sa présence. Elle avait fait les illustrations des Fleurs du Mal de Baudelaire, et on lui doit également, dans un autre domaine, la création du « carnet de santé ».

- La poétesse et journaliste Lise LAMARRE (+1951), dont la tombe est ornée d’un médaillon en bronze.

- la tombe, avec médaillon, de l’aviateur Bernard LAUGAROT (1880-1913).

- le peintre Raymundo de MADRAZO (1841-1920), qui était le beau-frère de Reynaldo Hahn.

- Maurice MARTIN du GARD (1896-1970), le fondateur en 1922 des Nouvelles littéraires.

- Benjamin MILHAUD (1865-1957), avocat et politicien de centre-gauche qui fut maire de Montpellier de 1929 à 1935. Dans le même caveau repose Pierre BREILLAT (1909-1986), conservateur en chef de la Bibliothèque de Versailles, à qui l’on doit plusieurs ouvrages sur la ville.

- Jacques PELISSIER (1917-2008) : préfet des régions Languedoc-Roussillon (1964), Bretagne (1967) puis Rhône-Alpes (1972), ce proche de Jacques Chirac fut président de la SNCF de 1975 à 1981.

- le poète parnassien Armand RENAUD (1836-1895), amoureux de l’Orient et auteur des Nuits Persanes, qui fut mis en musique par Debussy et Saint-Saëns. Inhumé sous un buste très expressif de Crauk.

- Le comédien Georges SAILLARD (1877-1967), qui tourna des années 10 aux années 50.

- le peintre d’histoire Abel TERRAL (1811-1886).

- l’horticulteur Georges TRUFFAUT (1872-1948), fondateur en 1897 de l’entreprise éponyme ayant pour vocation d’appliquer au jardinage les techniques modernes. Son nom est aujourd’hui indissociable du jardinage éclairé.

- un beau bas-relief sur la tombe du violoniste Johannes WOLFF (1861-1931).


La tombe de Louise Bryant provient du site http://www.versailles-france.com/ Merci à Jacky Allard pour celle d’Hélène Dieudonné.


Commentaires

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dimanche 19 mai 2013 à 15h31, par  Acaron171

J’ai découvert, grâce à des sculptures représentant des ouvrages posés sur la pierre tombale, un intellectuel : John Patrick Auguste MADDEN.
Professeur d’Anglais au lycée Hoche puis agrégé de l’université en langue anglaise.
Bibliographe et bibliophile.
Il a écrit quelques ouvrages tels que « Notes et notices : sur l’expédition scientifique des anglais au pic de Ténériffe, en 1856 » ou encore « Lettres d’un Bibliographe ».
Il a également fait partie de l’Association des Naturalistes des Yvelines (1839), cercle qui existe toujours aujourd’hui.
Né et mort à Versailles (1808-1889).

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dimanche 19 février 2012 à 00h42, par  cp

Aux Gonards, c’est Marc ! C’est bien du « neveu » de Gide dont je voulais parler... Yves est aussi dans les Yvelines, mais plus à l’ouest, à Jouars-Pontchartrain.

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samedi 18 février 2012 à 23h33, par  MARRY Ghislain - EVIGNY (Ardennes)

Est-ce Yves ALLEGRET ou Marc ALLEGRET qui repose au cimetière des Gonards à Versailles ?

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samedi 18 février 2012 à 22h09, par  cp

Lire (1874-1955)

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samedi 18 février 2012 à 22h06, par  cp

On signalera aussi qu’est enterré aux Gonard (Non loin d’Yves Allegret) l’économiste Charles Rist (1974-1955), dont on publia le journal en 1983, « Une saison gâtée : journal de la guerre et de l’occupation (1939-1945) »

Florilège :

« La nouvelle devise est claire pour tout ceux qui connaissent l’histoire de France : Famille signifie obéissance au curé, travail signifie obéissance au patron, patrie obéissance aux militaires. Ces beaux mots de famille, de travail et de patrie sont des paravents, dont chacun sait en France ce qu’ils cachent quand ils servent d »enseignes aux partis politiques..."

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L’association bailleuloise Kerk Hof cherche à faire reconnaître le caractère exceptionnel, voire unique, de son chemin de croix composé originellement, au milieu du XIXe siècle, de 14 chapelles-stations identiques. Dans ce but, elle aimerait savoir si l’un des nombreux amateurs de tombes du site connaît d’autres témoignages similaires dans les cimetières. Merci d’avance pour votre aide.