BEAUCOURT (90) : cimetière protestant de la Charme

visité en août 2017
jeudi 31 août 2017
par  Philippe Landru

Il existe deux cimetières à Beaucourt : celui des Pins (catholique) et celui, protestant, dit « de la Charme » en raison du nom de la sente qui le borde. Il fut la nécropole des familles protestantes de la ville.

Beaucourt, qui dépendait à l’origine du comté de Montbéliard, possède une histoire essentiellement liée à la dynastie manufacturière Japy, dont la démarche sociale et paternaliste a façonné la ville et les habitants.

Le cimetière familial des Japy

En 1777, Frédéric Japy, fondateur de l’industrie beaucourtoise, installa dans ville une première fabrique horlogère d’ébauches de montres qui, grâce à sa mécanisation, ne nécessitait pas de main-d’œuvre qualifiée. De 50 ouvriers à ses origines, les effectifs de l’entreprise comptèrent 400 personnes en 1795. L’histoire de l’industrie Japy est marquée par une importante gamme de produits allant de l’horlogerie à la machine à écrire, en passant notamment par des articles concernant la quincaillerie, la lustrerie, l’équipement ménager, les moteurs à essence et les moteurs électriques. L’usine fut durant la guerre l’une des principales pourvoyeuse des fameux casques Adrian pour l’infanterie française.

Frédéric Japy (1749-1812) ne repose pas dans ce cimetière : sa pierre tombale et celle de son épouse se trouvent de part et d’autres de l’autel du temple protestant de Beaucourt. Issu d’une famille de douze enfants, il en eut lui-même seize ! C’est dire si ses descendants sont nombreux dans le cimetière. Il passa le flambeau de l’entreprise en 1806 à trois de ses fils, l’entreprise devenant ainsi « Japy frères ».

Le « cimetière familial » est distinct du reste de la nécropole. Il est constitué de deux travées de deux rangées de tombes : celle contre le mur est la plus ancienne. Le tout est clos d’une grille. Toutes les tombes (une cinquantaine) dans cette partie sont celles de ses descendants, mais on trouve d’autres tombes Japy à l’extérieur du cimetière privé. Il ne s’agira pas ici de présenter l’ensemble de la généalogie forcément fleuve de la famille. On remarquera avec intérêt les alliances avec d’autres familles protestantes notables, dont les Cuvier, les Peugeot, les Turckheim, les Seydoux...

Un nombre considérable de « célébrités » descendent où sont apparentées aux Japy : rappelons que la célèbre Marguerite Steinheil, la « pompe funèbre » de Félix Faure, était née Japy et qu’elle aurait toute sa place dans ce cimetière puisqu’elle était l’arrière-petite fille de Frédéric (ses parents reposent d’ailleurs ici) !

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Edouard Japy et Emilie Rau, les parents de Marguerite Steinheil.
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Pierre Japy et Marguerite Boigeol, les arrière-grands-parents de Charlotte de Turckheim

On signalera cependant parmi les descendants présent ici Gaston JAPY (1854-1936), qui fut sénateur du Doubs de 1921 à sa mort.

Reposent également dans ce cimetière :

-  Le Compagnon de la Libération Pierre BEUCLER (1897-1946). Affecté à un poste d’Etat-major de l’Armée de l’air pendant la campagne de France, démobilisé comme capitaine en octobre 1940, il entra, quelques mois plus tard, dans la Résistance en participant au noyautage dans l’industrie. En 1942, le mouvement de résistance l’Organisation civile et militaire (OCM) lui confia l’importante tâche de constituer un service de renseignements sur l’Alsace-Lorraine. Il fit parvenir à l’Etat-major interallié une documentation précise concernant les usines de la Région parisienne travaillant pour l’ennemi. Ces informations permirent à l’aviation alliée d’opérer des bombardements efficaces. Le commandant Beucler alias Kléber fut nommé, début 1944, chef du 4e Bureau de l’Etat-major des Forces françaises de l’intérieur (FFI) puis, en mai, sous-chef de l’Etat-major national FFI. Dans ces fonctions successives, il joua un rôle de premier plan dans la mise sur pied et l’organisation des FFI. Il mourut peu de temps après la fin de la guerre.

- Edmond MIELLET (1880-1953) : député radical du Territoire-de-Belfort de 1919 à 1940, il fut ministre des Pensions entre 1932 et 1933. Sa tombe est ornée d’un bas-relief en bronze par Joseph Ebstein.

- Pierre-Frédéric MINAL (1789-1882) : fils d’un filateur, il suivit la carrière des armes, servit depuis 1803 et commanda un bataillon de chasseurs à pied de la vieille garde. Après Waterloo, privé de l’usage de la main droite par suite de ses blessures, il prit sa retraite pour ne pas servir les Bourbons, travailla dans la filature de son père, et fit de l’opposition à la Restauration et au gouvernement de Louis-Philippe. Il fut élu en 1848 député de la Haute-Saône à l’Assemblée constituante. Il cousine également avec les Cuvier et les Japy.


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