LOUVECIENNES (78) : cimetière des arches

Visité en juin 2005
dimanche 5 février 2012
par  Philippe Landru

La première chose qui frappe à la vue du cimetière de Louveciennes (et qui fait l’intérêt principal de son site) est la présence d’énormes arches (qui lui ont donné son nom) qui le surplombent. Pour être plus réaliste, on pourrait même dire que le cimetière est encastré dans plusieurs de ses arches.


Un site remarquable


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L’extrémité de l’aqueduc vue du nouveau cimetière.
On voit ici la Tour du Levant. Bismarck et Guillaume Ier s’en servirent de poste d’observation de Paris durant le siège de 1870.

Les différentes rénovations de ces arches dissimulent son âge vénérable : il s’agit tout simplement de l’extrémité septentrionale de l’aqueduc de Louveciennes, quelquefois appelé aqueduc de Marly, un pont-aqueduc construit au XVIIe siècle sous le règne de Louis XIV. Composé de 36 arches (dont les huits premières enjambent les cimetières ancien et nouveau de Louveciennes), d’une longueur de 643m, l’aqueduc est aujourd’hui hors service et classé au titre des monuments historiques. Il faisait partie du système hydraulique destiné à alimenter en eau les jardins du château de Marly et le parc du château de Versailles depuis la Seine. Une machine monumentale, la machine de Marly, située sur la Seine en contrebas, à hauteur de Bougival, pompait l’eau du fleuve à l’aide de 14 roues à aubes. Par des canalisations posées sur deux rampes dallées, elle lui faisait gravir les près de 150 mètres de dénivelé de la colline de Louveciennes. L’eau était déversée dans le réservoir du sommet de la tour du Levant à l’extrémité septentrionale de l’aqueduc (celle qui donne dans le nouveau cimetière). Un canal d’un mètre de large pour deux mètres de profondeur à l’intérieur tapissé de plomb, l’acheminait ensuite par gravité à l’autre extrémité de l’aqueduc, à la tour du Jongleur. De là, un siphon

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souterrain desservait les bassins de Marly et de Louveciennes situés à proximité. L’aqueduc fut mis hors service en 1866 et remplacé par des canalisations souterraines.

Le cimetière est enclavé entre l’aqueduc et la batterie des Arches, l’un des éléments de protection du fort du Trou d’Enfer, installé dans la forêt de Marly. Cet ensemble de forts faisait partie du camp retranché de Paris, fut conçu après le siège de 1870 (aux environs de 1879/1880), puis déclassé en 1926. L’entrée des casernements se trouvait à l’origine à coté du cimetière, mais en raison de l’agrandissement de ce dernier, on distingue clairement les premiers casernements désormais « à l’intérieur du cimetière » (ils servent de remises). Cette batterie militaire est partout visible dans le cimetière, en particulier dans la partie moderne (le lieu sert désormais en partie de déchetterie !).

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Les plus anciennes tombes du cimetière ne sont qu’à quelques mètres des casernements désaffectés de la batterie des Arches.

Dernier aspect, qui captivera le visiteur : certaines pierres de l’aqueduc sont gravées de graffiti, souvent assez hauts pour qu’ils ne puissent pas être retouchés. Certains y inscrivirent un nom ou une date. Les militaires, qui occupaient la batterie voisine, y contribuèrent également.

Les plus ancienne tombes du cimetière ne nous renseignent pas sur son âge : si elles datent des années 1820 (assez logiquement, on les trouvent à proximité de la tombe de Mme Vigée Lebrun), ces dernières proviennent de l’ancien cimetière et furent transféré dans celui-ci, que l’on peut dater des années 1880. On peut imaginer que c’est parce que l’aqueduc empêchait un développement harmonieux de la commune de ce coté que ce site fut choisi. Il est indéniable que l’aqueduc, le cimetière, puis plus tard la batterie se sont tous protégés mutuellement.

L’ancien cimetière est de taille modeste et est donc rapidement visité. Le nouveau cimetière, qui communique avec lui par une porte, se présente sous la forme de pelouses jadis occupées par la batterie militaire, sur lesquelles des plaques, similaires en taille, indique la présence des défunts. A vocation paysagère, cette nouvelle enclave n’est pas sans rappeler les cimetières américains.

Nous présenterons tour-à-tour l’ancien puis le nouveau cimetière.


Ancien cimetière : curiosités


- A l’entrée du cimetière, mais finalement assez mal placé au point qu’on peut ne pas le voir, se trouve un remarquable plan dessiné et peint du cimetière qui permet de repérer quelques tombeaux d’importance. Attardez vous sur le réalisme du plan : chaque tombe a été représentée à l’identique, à tel point que l’on peut voir facilement celles qui ont été relevées. Ce plan est signé Goddard-Chatenet.

- Contrairement à ce qu’on lit parfois sur le net, le sculpteur Emmanuel Frémiet, auteur de la Jeanne d’Arc de la rue de Rivoli à Paris ou de l’archange sur le Mont-Saint-Michel n’est pas inhumé ici (il est en réalité à Passy). Il a en revanche enterré sa mère dans ce cimetière, et sa tombe est signalée par un curieux rocher sur lequel son profil a été habilement sculptée par son fils.

- Au centre des divisions les plus anciennes, le vieux calvaire est toujours là.

- Un tombeau de famille rend hommage à l’officier disparu Charles de Guillebon, commandant du cargo Grandcamp, qui disparut lors de la terrible explosion de son navire au port de Texas-city en 1947.

- La tombe Gaudet, avec ses grosses grappes de raisin en fer forgé, évoque le souvenir de cette activité agricole majeure de Louveciennes pendant des siècles.


Célébrités : les incontournables...


- Mme VIGÉE-LEBRUN


... mais aussi


- Lydie AUBERNON de NERVILLE (1825-1899) : séparée de Georges Aubernon, conseiller d’État, Madame Aubernon, sur la fin du XIXe siècle, recevait à chaque mercredi, Cité de Messine, puis rue d’Astorg, le gratin intellectuel, théâtral et musical de Paris. Pour les repas, les sujets de conversation étaient strictement fixés et si la conversation déviait, la tyrannique salonnière agitait sa fatidique sonnette pour ramener à l’ordre ses ouailles. Ses représentations de théâtre amateur connurent en leur temps un grand succès. Malgré ce régime sévère Madame Aubernon, dite la Précieuse radicale, trouvait le moyen d’attirer des personnes de marque les plus variées. On dit qu’elle inspira à Proust le personnage de Mme Verdurin dans Du côté de chez Swann. Sa tombe, quasiment illisible, est dans un triste état : l’âge et la pollution sont responsables de son délitement.

- Julien CAIN (1887-1972) : Agrégé d’histoire, il fut affecté en 1917 au service de documentation étrangère commun aux ministères de la Guerre et des Affaires étrangères : il en prit la tête en 1919 après sa démobilisation et y travailla jusqu’en 1927. il devint en 1927 directeur du cabinet de Fernand Bouisson, président (SFIO) de la Chambre des députés. Julien Cain fut nommé en 1930 administrateur général de la Bibliothèque nationale avec pour mission de la réorganiser. En 1936 Il fut chargé par Jean Zay, ministre de l’Éducation nationale, de promouvoir une action en faveur du livre et des bibliothèques. C’est ainsi qu’il créa le Comité national du livre illustré, le Comité national de la gravure française, le Service d’achat des livres pour les bibliothèques publiques, le Bureau d’information sur les bibliothèques. Il développa les bibliobus et les bibliothèques pour enfants. Révoqué de la biliothèque nationale par le gouvernement de Vichy (il était juif), il est arrêté en 1941, transféré à Romainville, puis en 1944 à Buchenwald. Libéré par les Américains, Julien Cain retrouva aussitôt son poste d’administrateur général de la bibliothèque nationale. En 1946, il cumula la charge d’administrateur de la Bibliothèque nationale et de de directeur des Bibliothèques de France.

- Le peintre polonais installé à Louveciennes Léon KAMIR (Lev Kaufmann : 1872-1933), qui fut à la fois portraitiste et paysagiste, et qui se signale comme l’unique tombe du cimetière à posséder une oeuvre d’art, un bas-relief représentant deux pleureuses entretenant le feu du souvenir et de la renommée.

- Charles MUNCH (1891-1968) : formé au violon par un père musicien et fondateur de chorale, il devint citoyen français en 1918 (il était alsacien, et donc allemand à cette époque). A partir de 1925, il s’installa à Leipzig et devient le chef d’orchestre du ’Leipzig Gewandhaus Orchestra’ de 1926 à 1933. A son retour à Paris, en 1933, il conduisit l’Orchestre de Paris de la Société Philharmonique et en 1937 devint directeur de la Société des Concerts du Conservatoire de Paris. Münch fut très vite reconnu comme un chef d’orchestre spontané, élégant, passionné du répertoire français. Il prit sa retraite en 1962 tout en continuant d’être investi dans le monde musical, et fut notamment à l’origine, avec Serge Baudo, de l’Orchestre de Paris en 1967. Charles Münch fut particulièrement aimé du milieu musical, dont il fut un animateur incontournable de son temps. Sa soeur Emma ayant épousé Paul Schweitzer, Charles Münch était le cousin d’Albert Schweitzer, le grand oncle de l’ancien président de Renault Louis Schweitzer, et le cousin lointain de Jean-Paul Sartre. C’est également ce qui explique la présence, dans son tombeau, de sa nièce par alliance, la pianiste Nicole HENRIOT-SCHWEITZER (1923-2001). Ancienne élève de Marguerite Long, elle obtint son premier prix de piano en 1938, à l’âge de 13 ans. En 1939, elle remporta le concours Gabriel Fauré à Luxembourg, et commença sa carrière après la seconde guerre mondiale. À partir de 1970 elle devint professeur de piano aux conservatoires de Liège puis de Bruxelles et mena de nombreuses tournées hors de France. Elle devint soliste de l’Orchestre de Paris lorsque Charles Münch forma cet orchestre.

- Claude NAU, baron de CHAMPLOUIS (1786-1850), qui fut préfet (Vosges, Bas-Rhin, Pas-de-Calais, Côte-d’Or) et député de centre gauche en 1830. Il fut fait Pair de France. Sa tombe difficilement lisible est évidemment l’une des plus anciennes du cimetière.

- Octave NOËL (1846-1918), qui fut professeur d’économie politique et à qui l’on doit plusieurs ouvrages dans ce domaine, en particulier sur la question sociale.

- Jean-Paul PALEWSKI (1898-1976) : avocat et homme politique français, il fut à la Libération membre du Comité de libération, puis maire de Louveciennes. Député de manière quasi ininterrompue de 1945 à sa mort (d’abord de Seine-et-Oise, puis des Yvelines), il évolua du MRP au Gaullisme. Il fut également le premier président du conseil général des Yvelines de 1968 à sa mort : c’est lui qui avait proposé ce nom pour le nouveau département. Il était le frère de Gaston Palewski : leurs parents sont inhumés dans ce tombeau.

- L’historien et journaliste Gabriel PERREUX (1893-1967).

- Philippe TIRANTY (1883-1973) : niçois, passionné par la photographie, il se tourna vers les applications techniques de l’optique. En 1923, il déposa le brevet de sa nouvelle invention : la machine à affranchir les lettres. Ce procédé fut accepté et mis en service dès 1923, en France et en Angleterre, en usage dans la plupart des administrations et des sociétés importantes. En 1925, il représentait la firme Leitz et lança en France le fameux appareil photographique « Leica » qui allait révolutionner la photographie, par sa maniabilité et son format en 24 x 36. Il contribua au perfectionnement, au développement et à la vulgarisation de la photographie. Amoureux de sa Nice natale, il ne cessa par tous les moyens d’en faire la promotion. Une rue de la ville porte son nom (associé à celui de sa mère).


Le cimetière nouveau



Il suffit de franchir une porte pour s’y retrouver. Comme nous l’avons dit, il présente un aspect paysager qui n’a rien à voir avec la partie ancienne. Il se trouve en partie sur l’ancienne batterie militaire.


Célébrités : les incontournables...


C’est ici que reposent les parents, mais aussi le fils de la chanteuse Sheila


... Mais aussi


La volonté égalitariste des plaques est à l’origine de la monotonie des emplacements, tous semblables. Depuis quelques années, des plaques plus originales apparaissent néanmoins.

- Alain BERNARDIN (1916-1994) : il fut le fondateur, en 1951, du Crazy Horse Saloon et le créateur de l’Art du Nu. En dehors du Crazy Horse à Paris, deux autres établissements ont été ouverts à l’étranger : l’un à Las Vegas, l’autre à Singapour jusqu’en 2007. Alain Bernardin se suicida en se tirant une balle dans la tête à l’âge de 78 ans. Il était marié depuis 1985 à sa meneuse de revue Lova Moor qu’il avait découverte et lancée.

- Le compositeur André CASANOVA (1919-2009). Premier disciple de René Leibowitz à partir de 1944, il fut initié au dodécaphonisme, technique qu’il abandonna en 1954 pour composer dans un style plus personnel, à la fois moderne et romantique. Il fut l’auteur d’une œuvre très diversifiée, comprenant notamment une douzaine de concertos, de nombreuses œuvres pour formation de chambre, cinq opéras et cinq symphonies ; son catalogue comprend actuellement 106 numéros d’opus.

- L’écrivain et poète Jean DESRIAUX (1920-1998).

- L’écrivain Pierre LESCURE (1917-1998).

- Le sculpteur et médailliste Louis-Charles MULLER (1902-1957), qui fut couronné par le Premier Grand Prix de Rome de Gravure en Médaille. Il obtint, par concours, la commande de nombreuses médailles officielles comme celles de la Conférence de la Paix de Paris en 1946, du Cent-Cinquantenaire du Conseil d’Etat (1950) ou du Dixième anniversaire du Conseil de la République (1956). Installé à Paris, il resta très lié à Lyon et à sa région et s’attacha à en modeler les grandes figures.

- Pierre-François QUEUILLE (191-1995), fils de l’ancien président du Conseil Henri Queuille, qui fut ambassadeur (Malaisie) et auteur de plusieurs ouvrages d’histoire diplomatique (plaque difficilement lisible).

- La chanteuse Hélène REGELLY (Hélène Delmas : 1904-2001), qui fit de l’opérette et prêta sa voix au cinéma.


Commentaires

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LOUVECIENNES (78) : cimetière des arches
jeudi 8 décembre 2016 à 13h38 - par  svec marc

www.webcimetiere.net/78/Louveciennes
Nous sommes entrain de remonter le cimetiere de Louveciennes je me suis permis de reprendre certaine de vos informations afin d’illustrer la partie personne Illustre

Salutations

Marc SVEC ps nous travaillons pour la commune et avons construit la base de donné funéraire à partir des élements en mairie

Salutations

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LOUVECIENNES (78) : cimetière des arches
lundi 28 janvier 2013 à 16h52 - par  Gérard-Henri

On devrait y trouver la tombe de Guy Motta, le chef d’orchestre , l’arrangeur et l’ami pendant plus de 30 ans Dalida......Dedédé le 18 novembre 2009 ....

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vendredi 14 février 2014

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