cimetière DE BELLEVILLE

vendredi 8 février 2008
par  Philippe Landru

L’actuel cimetière de Belleville est le troisième du nom (les deux premiers se situant près de l’église). La loi du 23 prairial de l’an XII ayant exigé des cimetières en dehors des communes, celle de Belleville acheta à la fille du conventionnel Le Pelletier de Saint-Fargeau, auquel appartenait le terrain, l’emplacement du futur cimetière dans ce qui était une partie du parc de Ménilmontant, et dont il ne reste plus que quelques arbres pour rappeler le souvenir. On peine à croire aujourd’hui que le cimetière était en dehors de toute surface urbanisée !

Point culminant de toute la partie est de Paris (à 128 mètres, il est de très peu inférieur à celui de la butte Montmartre -129m75-), c’est sur cette hauteur que Claude Chappe expérimenta son télégraphe optique en 1793 (d’où le nom de la station de métro).

Le cimetière fut ouvert en 1809. Il subit plusieurs agrandissements avant d’atteindre sa superficie actuelle de 1,8 hectares. Il fut annexé à la commune de Paris en 1860.

C’est très clairement un cimetière de proximité. A l’image du quartier historique de Belleville, c’est un cimetière populaire : les chapelles et sculptures y sont rares. On y a inhumé une population industrieuse dont les tombeaux, souvent à l’abandon, disparaissent peu à peu. Le nombre de « morts pour la France » y est considérable (on peut, sans exagérer, estimer que plus d’un caveau sur 10 contient un soldat tué), témoignant de l’hémorragie que représentèrent pour le quartier les deux conflits mondiaux.

On pourra lire ici un article intéressant sur la présence des vieilles familles de Belleville.

Les parties sud de la 11ème et de la 17ème divisions abritent une population très majoritairement israélite.

Curiosités

-  A l’entrée du cimetière, plusieurs plaques rappellent les particularités du lieu : une pour l’altitude, une seconde rappelle qu’il s’agissait du terrain de Le Pelletier de Saint-Fargeau, une flamme relate les expériences de Claude Chappe.
-  Un obélisque dressé dans la partie droite du cimetière marque l’emplacement de la tombe des 40 gardes républicains exécutés par les Fédérés lors de la Semaine Sanglante à la villa dite « des otages » de la rue Haxo. Leurs identités figurent sur le monument.
-  Ca et là, quelques vieilles tombes, souvent en fort mauvais état, témoignent d’un passé du cimetière en train de disparaître.
- La tombe ancienne d’un garde national mort en 1830.
- Quelques rares oeuvres, pas toujours en bon état.
- Une rare oeuvre contemporaine dans ce cimetière (sépulture Corne).

Les célébrités : les incontournables...

-  Pierre COCHEREAU
-  Léon GAUMONT
-  Monseigneur Fernand MAILLET

... mais aussi

-  Eugène BESTAUX (1878-1958) : homme de lettres français, il fut surtout un polyglotte auquel on doit un grand nombre de traductions du tchèque, de l’allemand ou de l’américain.

-  Constant BOIX (1875-1950) : inventeur des phosphates marocains (tombe non retrouvée).

- Le peintre naïf Camille BOMBOIS (1888-1970), qui tira son inspiration des différents métiers qu’il avait exercés : terrassier, valet de ferme, ouvrier au métro de Paris, lutteur de cirque, typographe..., le tout dans une atmosphère de fantasmes érotiques.

-  Gilles BOULOUQUE (1950-1990) : ce juge antiterroriste français (connu pour avoir été en charge de dossiers épineux : Paul Barril, Georges Ibrahim Abadallah...) fut en 1986 chargé du dossier des attentats parisiens de 1986 (dont celui du Tati de la rue de Rennes). Un an plus tard vint l’affaire « Wahid Gordji », un employé de l’Ambassade d’Iran en France qui refusait de comparaître devant le juge alors qu’il était soupçonné d’être impliqué dans les attentats. Plusieurs jours après, Wahid accepta de comparaître. Il ressortit libre et fut expulsé en Iran. Le jour même deux otages français furent libérés au Liban (Roger Auque et Jean-Louis Normandin). C’est alors que les médias s’acharnèrent sur le juge, persuadés que Wahid avait servi de monnaie d’échange. Victime de la pression médiatique, il mit fin à ses jours. Sa fille, Clémence Boulouque, fit le récit de sa douleur en 2003 dans un roman, Mort d’un silence, dont William Karel fit un film en 2005 (la Fille du juge). Il repose dans le caveau de Léon Gaumont.

-  Gaston CONY (1891-1983) : marionnettiste français, il fit beaucoup pour populariser le personnage de Guignol. Son père, prestidigitateur avec Georges Méliès au Théâtre Robert-Houdin, avait créé en 1890 le castelet des Buttes-Chaumont. Ce petit théâtre fut transformé par Gaston Cony dès août 1914 en Guignol de la guerre : il y fit jouer des pièces de son cru, d’inspiration patriotique et anti-allemandes. On dit que Poincaré aimait assister au spectacle, et on sait que Guillaume Apollinaire était un habitué du lieu : il écrivit d’ailleurs plusieurs poèmes à la gloire de Guignol et dédiés à Gaston Cony. La stèle sous laquelle il repose présente, outre une allégorie de marionnette, l’épitaphe suivante (de G. Cony lui-même) : « Les guignols sont des philosophes, / les plus terribles catastrophes / n’ont jamais éteint leur gaîté. / Ils restent dans cette atmosphère / lorsque nous les quittons pour faire / le grand saut dans l’éternité ».

- L’abbé Roger DELSINNE (1914-1978), qui reprit la direction de la manécanterie des Petits Chanteurs à la croix de bois de la mort de l’abbé Maillet à sa propre mort, soit de 1963 à 1978.

- Michel ETCHEVERRY (1919-1999) : comédien de théâtre avant tout (il fut membre de la troupe de Louis Jouvet et était sociétaire de la Comédie Française, pour laquelle il signa plusieurs mises en scène), on le vit très régulièrement au cinéma, des années 50 à sa mort, dans des rôles secondaires, particulièrement des rôles de prêtre.

- Le poète symboliste et écrivain FAGUS (Georges Faillet : 1872- 1933), qui collabora à la rédaction de revues prestigieuses, telles le Mercure de France ou la Revue blanche. Son ami Arthur Honegger composa en son honneur une Chanson de Fagus pour soprano, chœur mixte et piano. I fut également un grand ami de Paul Léautaud. Il mourut renversé par une voiture.

-  René GODART (1891-1971) : peintre et directeur du cours Froment (médaillon de profil).

-  Armand GRÉBAUVAL (1864-1913) : homme de lettres français, il fut également conseiller municipal de Paris.

-  Charles HOUVENAGHEL (1878-1966) : musicien acousticien, il révolutionna la technique du saxophone grâce à un système dit « rationnel ».

-  Jean MARCO (Jean Marcopoulos : 1923-1953) : chanteur vedette de l’orchestre de Jacques Hélian, il allait commencer une carrière en solo lorsqu’il se tua dans un accident de voiture. Il était issu des Petits chanteurs à la croix de bois.

- Pierre-Henri MAYEUX (1845-1929) : architecte français, il fut l’un des théoriciens de l’Art nouveau. On lui doit en particulier le musée national de la porcelaine de Limoges. Il fut en outre professeur d’arts décoratifs aux Beaux-Arts.

- Suzy PRIM (1895-1991) : bien qu’elle soit déjà bien oubliée, elle fut l’une des plus grandes actrices françaises des années 40 et 50, bien que sa carrière ait été remarquablement plus longue (de 1910 à 1976 !). Elle tourna avec Renoir, Tourneur, Decouin, Dréville, Cayatte et Duvivier (pour n’en citer que quelques uns).

- Albert ROSSIN (1871-1938) : homme de lettres français.

- Charles THISSE (1830-1912) : sculpteur français.

- Edouard VALLIÈRES (Edouard Kunath : 1864-1928) : artiste dramatique.


Merci à François Camboulive pour le portrait de Charles Houvenaghel, et à Claude Schwab pour la tombe Etcheverry.


Commentaires

Logo de Renée Bonneau
cimetière DE BELLEVILLE bravo !
jeudi 13 janvier 2011 à 15h21 - par  Renée Bonneau

je viens de découvrir votre site et vous félicite de toutes les inforrmations précieuses que vous donnez. J’ai une partie de ma famille qui y repose mais jamais n’avais pris le temps de découvrir les autres tombes.
Je termine un roman dont une scène se passe en 1902 rue du Télégraphe ; Savez-vous quand les plaques ont été posées ? Il y en a une qui me semble ancienne, je voudrais pouvoir sans anachronisme y faire allusion
Merci d’avance !

cimetière DE BELLEVILLE
mardi 9 novembre 2010 à 12h52

Je suis la nièce de l’Abbé DELSINNE il était mon Parrain. Il est dans un endroit magnifique je suis contente que l’on en parle sur ce site, car on en parle que TRES TRES PEU et c’est dommage car il a beaucoup oeuvré pour la Manécanterie. Il a succédé à Monseigneur MAILLET que j’ai très bien connu, j’étais bien jeune j’étais toujours impressionné par sa carrure j’aimais me réfugier dans sa grande cape, c’’était un grand homme j’en ai toujours gardé un bon souvenir.

cimetière DE BELLEVILLE
lundi 30 août 2010 à 23h04

Cité mais manque un lien vers la sépulture de Pierre Cochereau, organiste de Notre-Dame de Paris

Logo de LOUIS
cimetière DE BELLEVILLE
mercredi 23 juin 2010 à 19h07 - par  LOUIS

Merci de cet excellent site, j’aurais dû le consulter avant ma visite d’hier.Je peux vous envoyer des photos, notamment un buste métallique vert d’un tout jeune homme bien conservé (le buste) et le bas relief de Léon Gaumont, des tombes abandonnées dans la végétation du temps des cerises.
Louis MALLET ( Paris XIème)

Logo de CAMBOULIVE François
un grand acousticien en manque de reconnaissance au cimetière de BELLEVILLE
dimanche 17 janvier 2010 à 10h39 - par  CAMBOULIVE François

Je ne sais pas si vous continuez à allimenter votre site mais je souhaiterais vous envoyer une photos de HOUVENAGHEL Charles que vous puissiez la joindre à sa tombe dans votre site sur les personnalités inhumées au cimetière de Belleville. Pour ce faire pouvez vous m’envoyer votre adresse email.
Ce personnage injustement oublié, consacra sa vie à la facture instrumentale et particulièrement à la maison Noblet / LEBLANC avec qui il travailla de nombreuses année dans l’élaboration du système Rationnel et semis Rationnel pour le saxophone, ainsi que pour l’élaboration des clarinettes en métal : basse, contrealto et contrebasse. Il fabriqua même plusieurs prototype de clarinettes Octocontrealto et Octocontrebasse.

François CAMBOULIVE
fcamboulive@gmail.com
Ivry la Bataille le 16 01 2010

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vendredi 14 février 2014

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