RIS-ORANGIS (91) : fondation Dranem

Visité en septembre 2008
mercredi 31 décembre 2008
par  Philippe Landru

En 1910, Armand Ménard, dit Dranem, achète le château de Ris pour y aménager une maison de retraite pour ses amis artistes. Celle-ci sera inaugurée en 1911 par le Président Armand Fallières. Il crée ainsi une association qui portera le nom de « Fondation Dranem » jusqu’en l’an 2000. Dans les sept hectares de son parc, où repose l’acteur, des arbres portent le nom de personnalités célèbres qui ont soutenu son projet.


Aujourd’hui rebaptisé « Château de Ris », la structure est toujours une maison de retraite classieuse pour personnes âgées, pas forcément issues du milieu du spectacle.

A l’entrée, un saisissant monument aux morts commémorant les artistes morts aux combats : il figure un Pierrot habillé en poilu et terrassé par une balle. Derrière figure une liste des victimes.

Derrière le château, une route monte vers un espace ruiné qui avait été aménagé pour être une scène de spectacle à ciel ouvert. En montant sur le côteau très boisé, un escalier permet d’aboutir sur un terre-plein : des bancs disposés en hemicycle donne sur la tombe de Dranem et de son épouse. Clairement, une mise en scène de cette tombe avait été conçue par son auteur, mais l’endroit est bucolique et propice à la rêverie (petit ruisseau, grotte en rocaille...).

DRANEM (Charles Armand Mesnard : 1869-1935) fut l’une des vedettes les plus populaires du café-concert, à l’époque où cette forme de sortie était le plus à la mode. Il choisit pour pseudonyme son propre nom dont il inversa les lettres (Menard = Dranem). Alors que sa carrière végétait en 1896, il s’acheta une petite veste étriquée, un pantalon trop large et trop court, jaune rayé de vert, d’énormes godasses sans lacets et un petit chapeau bizarre (qu’il baptisa plus tard Poupoute). Le soir même, il abandonna son costume de comique troupier et revêtit cet étrange accoutrement. Les joues et le nez maquillés de rouge, il entra en scène en courant, comme poursuivi. Il s’arrêta devant le trou du souffleur et chanta les yeux fermés, qu’il n’ouvrit que pour simuler la frayeur de débiter pareilles incongruités. Ce fut un triomphe. Le genre Dranem était né.

Son succès fut alors immédiat et ne se démentit pas jusqu’à sa tournée d’adieux, en 1919. Il fut encensé par la critique, mais également par les intellectuels qui ne le boudèrent pas (il fut en particulier adulé par André Breton, Raymond Queneau ou Paul Léotaud). Et pourtant quel répertoire ! Des scies très à la mode, et tout un tas de chansons stupides et scabreuses qui firent dire à Boris Vian que « La bêtise volontaire poussée à ce point confine au génie ». Ses plus grands succès portent des titres mémorables : Les Petits pois, Le trou de mon quai, Pétronille tu sens la menthe... Il fut souvent imité, et on ne peut évidemment pas ne pas penser à Maurice Chevalier à ses débuts, et à Bourvil qui s’inspira de son personnage burlesque.

Durant la guerre, il se produisit dans les camps de soldats et dans les hôpitaux. Après 1919, il connut une carrière tout aussi appréciée dans l’opérette, puis au cinéma où il campa là encore des rôles burlesques.

Sa tombe est un monolithe semblable à un menhir surmonté de son buste par (ou d’après) Moreau-Vathier. Une plaque épitaphe précise : « Ne vous attristez pas de ma mort, vous que j’ai tant aimé faire rire ». Selon ses dernières volontés, défense de le visiter sur son lit de mort et interdiction de suivre ses funérailles furent faites. A sa demande, il fut enterré dans le parc de la maison qu’il avait créé.

Il repose auprès de son épouse Suzette O’NEILL (1895-1967), qui fut actrice dans les films joués par Dranem.


Commentaires

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RIS-ORANGIS (91) : fondation Dranem
jeudi 11 juillet 2013 à 16h20 - par  HolyvieR

Il y a quelques mois en dénichant dans une brocante le « petit format » (partition ancienne illustrée) d’une chanson de Francis Dufor, j’ai appris à la fois l’existence de ce célèbre artiste de la fin du XIXe siècle et de la Belle Epoque (chanteur réaliste, créateur du genre) et sa tragique disparition :’-( lors cette terrible tragédie maritime :-O survenue en février 1910, qui boulevera la France et le monde entier. Je vous invite à lire l’article (lien tout en bas) qui relate le drame...

Mais pour commencer cet extrait des « Mémoires de Mayol - Souvenirs racontés à Charles Cluny, 1929 » :
« — Pardon, Félix, tu oublies en 1910 un événement tragique et important dans ta vie ; permets‐moi de le rappeler : C’est à cette époque que se produisit, dans la nuit du 9 au 10 février, le dramatique naufrage du transatlantique Général Chanzy, faisant le service entre Marseille et Alger. Toute la t
roupe d’artistes qui devait figurer deux jours plus tard au programme du Casino d’Alger fut engloutie dans les flots de la Méditerranée.
— Hélas ! oui c’est là que périt mon pauvre ami Francis Dufor, si courageux, si travailleur, et si plein de talent...
— Justement, et tu recueillis aussitôt sa veuve, à qui tu assuras une situation en lui donnant la direction de l’Édition Mayol que tu venais de fonder...
— On ne pouvait pas la laisser dans la misère ; avec le chagrin qu’elle avait, elle serait morte avant
l’heure... Sur mes instances, Dufrenne la garda comme caissière quand il me racheta le Concert Mayol.
Il y avait aussi sur le Chanzy cet infortuné Janniot, qui s’int itulait si justement « le Tabarin moderne »... Pauvre Janniot, il n’était que gaîté et fantaisie... Regarde s’il n’y a pas, par moments,
à croire à une certaine fatalité dans nos destinées. Janniot, dès l’apparition du cinématographe, s’était donné à l’art muet, et il commençait à s’y faire une belle place, chez Pathé.
Mais les planches lui manquaient : « Tabarin, disait‐il ça demande un tréteau ! » Et, décidé à reprendre quelques engagements, il venait enfin d’obtenir ce contrat pour Alger, le premier après quatre ans d’absence de la scène ! Et il était si heureux de refaire son numéro... Infortuné Janniot !...
— Tu ne parles pas de Marcelle Lafarre ?
— Pauvre chère amie ; je l’avais vue la veille de son départ. Nous avions déjeuné ensemble avec son mari :
Sauveur, qui fut mon accompagnateur, et sa petite fille, Sylvie, un bébé à peine, qui avait amené une joie folle dans ce ménage si parfaitement uni.
— Oui, mais puisque tu ne veux pas le dire, laisse‐moi rappeler que ce bébé, tu as demandé aussi à assurer son sort ; tu l’as recueilli, fait élever et éduquer, si bien qu’aujourd’hui la fille de Marcelle Lafarre est une grande et belle demoiselle de vingt ans, pourvue, grâce à toi, d’une instruction et d’une éducation parfaites, et d’une situation promise au plus brillant avenir... N’est‐‐elle pas, maintenant, comptable dans une des plus grandes banques de Marseille ?...
— En effet, mais pourquoi mettre cela dans mes mémoires ?
— Pour le mettre en même temps dans la mémoire des autres !... »

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RIS-ORANGIS (91) : fondation Dranem
jeudi 11 juillet 2013 à 16h16 - par  HolyvieR

Je reprend ici l’extrait qui m’intéresse de l’article : "Des artistes lyriques disparurent dans le naufrage. En leur mémoire un monument, dessiné par l’architecte Georges Wybo (1880-1943) fut construit à Ris-Orangis sur le terrain de la Maison de retraite des artistes lyriques de la Fondation Dranem.
Preuve de l’émotion suscitée par le naufrage, le monument fut inauguré en 1911 par Armand Fallières, président de la République. Le monument, avec la liste des artistes décédés porte le texte : “À la mémoire de nos camarades morts victimes du naufrage du « général Chanzy » dans la soirée du 10 Février 1910″. Le monument se trouve désormais dans le jardin d’une villa privée de Ris-Orangis. :-|"

Les corps retrouvés n’ont jamais pu être identifiés ! :’-( J’ai fait ici une liste des artistes disparus (qui devaient se produire sur la scène du Casino d’Alger) et écrit pour chacun une petite biographie pour leur rendre hommage.

- Francis Dufor était l’un des artistes les plus importants qui avait été embauché au Casino d’Alger pour la programmation de février 1910 et son directeur avait fait de nombreux efforts pour avoir le célèbre chanteur, qui était très réticent à faire des voyages maritimes . Il était alors âgé de 47 ans, était marié et avait deux enfants. Sa femme était également chanteuse.
Au retour d’une tournée à Monte-Carlo, Francis Dufour avait échappé à la fameuse inondation de 1910 qui avait ravagé Paris et sa banlieue mais n’avait pas pu éviter les événements qui ont lieu quelques heures après l’embarquement du « Général Chanzy », et qui mettrait fin à sa vie.
Mme Dufor avait écrit une lettre donnant des détails très explicites au sujet de son mari, concernant notamment les bijoux qu’il portait au moment du drame, de façon à identifier plus facilement son corps et le faire rapatrié à Paris et lui donner une sépulture chrétienne. Les descriptions n’ont pas beaucoup aidé l’équipe de sauvetage car elles ne coïncidaient pas avec les corps qui avaient été repêchés en mer ou dans l’épave dans les jours qui ont suivi la tragédie. Les restes du chanteur n’ont jamais pu être identifiés tout comme ceux des autres artistes qui participaient au voyage.
Francis Dufor était un chanteur, guitariste, compositeur et poète, connu pour son sens de l’humour et sa simplicité, qui a développé sa carrière entre les années 1890 et 1900, et surtout dans les dernières années du XIXe siècle, période où il avait obtenu ses plus grand succès. Cet artiste renommé fut avec le chanteur Félix Mayol (1872-1941) l’un des plus célèbre de son temps, mais qui contrairement à ce dernier a été complètement oublié ! En effet, aucune page ne lui a été consacré sur le site de référence « Du Temps des Cerises aux Feuilles Mortes » consacré aux artistes de la chansons d’autrefois, alors que de nombreux « petits formats » de son répertoire avaient été édités.
C’est Dufor qui a popularisé un genre jusque-là rare pour être ensuite développé avec grand succès dans les cafés-concerts : la chanson réaliste, saupoudrée d’humour et d’ironie, dépeignant la société parisienne et la réalité sociale du moment. Francis Dufour était une sorte de troubadour de son temps.
Le nom de Francis Dufor étaient souvent en vedette dans les programmes des grandes salles de spectacle et de café-concert dans la capitale : L’Alhambra, le Folies Bergère, L’Olympia, Moulin Rouge, Alcazar, Le Petit Casino Les Ambassadeurs, Le Théâtre de la Gaîté, l’Alcazar d’été, Le Trianon, le Théâtre Antoine, Le Concert Parisien, La Scala ou L’Eldorado.
Bien évidemment, sa mort tragique avait été profondément ressentie par la France de la Belle Epoque, non seulement par ses nombreux amis artistes et ses plus proches collaborateurs, mais aussi par son public fidèle.

- Marcelle Lafarre (nom de naissance : Rosalie Ottavi), célèbre artiste de la Belle Epoque, « diseuse grivoise », chanteuse d’un charme exquis et à la silhouette gracieuse
Une grande partie de la carrière Marcelle Lafarre s’était déroulé dans les music-halls de France et à l’étranger où elle obtient un grand succès. Mais elle était à Marseille où elle avait établi sa résidence permanente et où elle vivait heureuse avec sa famille au moment où elle embarqué sur le bateau infortuné.
Au mois de mars et avril 1907 elle se produisit avec le célèbre Félix Mayol au Théâtre de l’Alcazar de Marseille, avec qui elle était devenue une amie proche. Elle s’était mariée avec Sauveur Fasce, un pianiste et compositeur qui a travaillé dans une salle de cinéma à Marseille avec son piano accompagnant les films muets et avait d’ailleurs travaillé pendant un certain temps avec Mayol. En 1910, elle avait une fille âgée de six mois et son mari était resté à Marseille pour garder l’enfant.
Marcelle Lafarre était la soeur des Frères Dharvier, duo de chanteurs et comédiens, artistes de talent bien connus à l’époque dans le monde du vaudeville.

- La chanteuse Elise Henry, chanteuse de renom qui avait 28 ans au moment de sa disparition.
Elle revenait d’une tournée en Amérique et, à son retour en France, elle avait eu l’intention de prendre une pause mais en raison de la maladie soudaine de Mme Dufor, chanteuse et épouse de Francis Dufor, elle avait finalement accepté de se rendre à Alger pour remplacer son amie. Elle avait voyagé sur le navire « Général Chanzy » en compagnie du chanteur Dufor et, dans un premier temps, elle avait été confondue avec l’épouse de Francis Dufor c’est la raison pour laquelle dans les journaux de l’époque on a pu lire que cette dernière fut parmi les victimes du naufrage !

- Le fameux duo d’artistes de vaudeville Jolly-Velia (chanteurs, mimes et danseurs) formé par Marius Molinari et Velia Sonnino (36 ans et 30 ans, au moment du naufrage), tous deux d’origine italienne, mariés au début du siècle et domiciliés à Paris, puis à Strasbourg. On retrouvait leurs portraits sur de nombreuses affiches et magazines et étaient fort appréciés du public de la Belle Epoque. Leur carrière artistiques aura duré 15 ans. Ils firent des tournées dans toute l’Europe.

- Les Staklys, un couple d’artistes comiques belges travaillant à la barre fixe. Ils étaient mariés, lui avait 35 ans et elle 30. Ils venaient d’Anvers et avaient aussi été engagés pour jouer au casino d’Alger.

- Eugène Bourguignon qui était connu à la scène sous le pseudonyme de « Janiot », ami proche de Francis Dufor, faisait lui aussi parti de la troupe d’artistes qui étaient au bord du « Général Chanzy » le jour où le navire a coulé. Il était un comédien de théâtre et de film muet. Il voulait aller à Alger avec sa famille mais son fils de 4 ans ayant peur de naviguer en mer, il avait laissé sa femme et son fils à Paris, il était parti seul à Marseille pour embarquer vers son tragique destin.

HolyvieR, érudit décalé. :-P

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RIS-ORANGIS (91) : fondation Dranem
dimanche 3 octobre 2010 à 18h52 - par  Eric O’Neill

Une correction : Dranem n’a jamais divorcé de Suzanne Waroquiez (nom de scène Suzette O’Nil). Ils ont vécu ensemble jusqu’au dernier jour avec leur fils adoptif Francis O’Neill. Il y a d’ailleurs de nombreuses photos de Dranem dans son lit d’hôpital avec sa soeur Claire et sa femme Suzanne.
Suzanne n’a jamais épousé Maurice Yvain. Par contre, Dranem a épousé deux autres femmes auparavant : Lucie Marie Ysembert avec laquelle il aura plusieurs démêlés judiciaires, et Ana Maria Ruiz et Miyares. Cette dernière épouse effectivement Maurice Yvain. Il l’autrait rencontree chez Dranem alors qu’ils étaient encore mariés. Dranem et Ana divorcent en 1923.
Dranem épouse Suzanne Waroquiez en 1927 et ils ne divorceront jamais.
Merci de corriger l’article comme il convient.

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jeudi 27 novembre 2014 à 20h46 - par  malfrere dominique

bonjour monsieur si je comprends bien vous seriez un des descendants de dranem enfin de son fils adoptif ce qui revient au meme puisqu il lui avait donne son amour je vois que le message date de 2010 pourtant je suis deja venu sur le site sans en lire les commentaires bien cordialement si vs desirez me repondre voici mon adresse domailjude@yahoo.fr j espere a bientot

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vendredi 14 février 2014

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