VILLENEUVE-LÈS-AVIGNON (30) : Chartreuse Notre-Dame-du-Val-de-Bénédiction

visité en juillet 2010
mercredi 28 octobre 2020
par  Philippe Landru


La Chartreuse du Val de Bénédiction est située dans le centre historique de Villeneuve-lès-Avignon et en constitue tout un quartier. Difficile à croire vu son entrée assez anodine sur la rue principale de la ville, mais une fois le premier porche franchi un portail monumental dans une cour vous attend et présage les richesses à découvrir à l’intérieur. Aujourd’hui, l’ensemble de la Chartreuse occupe toujours deux hectares dont le visiteur peut visiter environ un tiers. L’église est certainement la plus envoûtante. Son abside s’est effondrée au XIXe siècle et ne fut jamais reconstruite. Elle laisse entrevoir le ciel et le fort Saint André et donne au lieu un air fantasmagorique.

Cette chartreuse est intimement associée à la figure d’INNOCENT VI (Etienne Aubert : 1282-1362), qui, succédant à Clément VI, fut pape de 1352 à 1362. Ancien conseiller du roi Philippe VI de France et Pair de France, il siégea comme son prédécesseur à Avignon. Il fut un grand réformateur mais souvent brutal : il tenta de ramener la papauté à Rome, et pour cela, il envoie le cardinal Gil Álvarez Carrillo de Albornoz, archevêque de Tolède, en Italie, afin de pacifier les États pontificaux, ce qu’il fit brillamment. Il essaya de recouvrer le patrimoine de l’Église en Italie, mais malgré les efforts de son légat, il échoua en partie. Il vécut en assez bon accord avec les puissances temporelles. Les malheurs de la France, en pleine guerre avec l’Angleterre, excitèrent vivement sa sensibilité. Il fut néanmoins pour beaucoup dans la signature du traité de Brétigny, signé le 8 mai 1360 près de Chartres, entre Édouard III d’Angleterre et Jean II le Bon. Cet accord permit une trêve de neuf ans dans la guerre de Cent Ans. En dehors des préoccupations françaises et romaines, Innocent doit faire face à la menace des grandes compagnies, dans le sud du royaume, et plus particulièrement en Languedoc. C’est pour cette raison qu’il fait fortifier Avignon d’une enceinte, toujours visible de nos jours

Lors de l’installation de la papauté en Avignon (1305-1376), Villeneuve-lez-Avignon devient un des lieux de villégiature de la cour pontificale. Innocent VI y établit sa résidence, agrandit son palais, ajouta une chapelle, en confia la décoration au peintre Matteo Giovannetti, acquit des terres, et créa une communauté de chartreux. La Chartreuse du val de Bénédiction ne cessa ensuite de s’agrandir pour devenir, au milieu du XVIIème siècle, la plus riche de France. La Révolution française provoqua la fin d’un « âge d’or », avec le départ des chartreux en 1792, puis la vente par parcelles en 1794. Cellules et bâtiments furent habitées et la Chartreuse devint un quartier de Villeneuve pendant presque deux siècles. Il fallut l’action de Prosper Mérimée et de l’architecte Jules Formigé pour que l’État entreprenne une longue politique d’acquisitions, qui dura près de 80 ans.

Parmi les tombeaux des différents papes d’Avignon, seul celui d’Innocent VI est parvenu jusqu’à nous en très bon état malgré de nombreuses vicissitudes. Le tombeau aurait du suivre le sort des marbres et tableaux devenus propriété publique et mis à l’abri, mais il n’a pu être démonté et est demeuré dans la chapelle vendue à un particulier qui l’utilisait comme remise. Au cours d’une tournée d’inspection en 1834 dans le midi de la France, Prosper Mérimée a pu admirer ce tombeau qui était « dans une pauvre masure appartenant à un vigneron. Des tonneaux, des troncs d’olivier, des échelles énormes sont entassés dans le petit réduit où se trouve le mausolée […] Autrefois un grand nombre de statues d’albâtre ornait le soubassement ; elles ont été vendues une à une ; de plus, le propriétaire de la masure a défoncé ce soubassement pour s’en faire une armoire. »

À la suite des protestations de Mérimée, qui souhaitait son transfert à Avignon, le tombeau fut transféré l’année suivante par les soins de la municipalité de Villeneuve-lès-Avignon dans la chapelle de l’hospice. Il retrouva en 1959 sa place d’origine dans la chapelle funéraire accolée au flanc sud de l’église de la chartreuse. Les ossements du pape, placés dans un coffre en cuir, furent transférés ici en octobre 1960 par le nonce apostolique en France.

L’ensemble du monument est en pierre de Pernes. Le pape est représenté sous la forme d’un gisant en marbre blanc, les pieds posés sur un lion couché ; il est placé sur un cube massif décoré d’arcatures et de niches où se logeaient les statuettes disparues. La tête d’Innocent VI est coiffée de la tiare à triple couronne. Le dais est supporté par huit grands piliers décorés d’arcatures sur la face extérieure desquels des niches sont aménagées : douze statuettes, aujourd’hui disparues, y étaient logées. La partie supérieure du dais comporte trois clochetons abritant chacun une statue d’albâtre représentant au centre le Christ tenant un globe en main, avec de part et d’autre saint Pierre et saint Paul ; ce dernier, portant un glaive nu et un livre, est représenté avec une grande barbe et un crâne chauve ce qui permet de l’identifier.

Innocent VI a fait exécuter ce tombeau de son vivant et il chargea de sa construction Bertran Nogayrol, directeur de l’œuvre des palais pontificaux. Le sculpteur du gisant est Bartholomé Cavalier.


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vendredi 14 février 2014

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