LILLE (59) : cimetière de Lille-Sud

Visité en octobre 2015
dimanche 6 décembre 2015
par  Philippe Landru

Beaucoup moins bourgeois que le cimetière de l’Est, c’est dans un quartier très populaire à la population d’origine immigrée importante que s’ouvre le portail principal du cimetière de Lille-Sud. Une fois passée la grande arche, les bruits de la ville s’assourdissent, l’atmosphère se fait feutrée. En s’enfonçant dans ce qui reste une grande nécropole, on ne croise plus grand monde.

Il fut créé en 1864, ce qui le rend très postérieur à son homologue de l’Est. Avec ses 33 hectares, il est l’un des grands cimetières français (par comparaison, le Père Lachaise en fait 44 !). La partie ancienne, a proximité de l’entrée, se présente sous la forme d’allées circulaires concentriques dessinant une toile d’araignée (ne cherchez aucune logique dans la numérotation des divisions : elle est incompréhensible pour le profane). Les parties plus contemporaines, dans le fond, sont des divisions rectangulaires plus classiques. Le façadisme est de mise ici aussi : si les bordures de divisions possèdent encore quelques tombes anciennes, les multiples reprises dans les parties centrales ne font pas de doute.

Point positif : le végétal y est omniprésent, et donne à l’ensemble un caractère paysager organisé que l’évolution du site plus ou moins anarchique a eu tendance à brouiller. Sous les couleurs d’automne, lors de ma visite, le site était féerique.

En revanche, et malgré sa taille et l’importance de la ville, on peinera à trouver des personnalités dont la notoriété dépasse le cadre local.


Curiosités


- le « carré des dix-huit ponts. » Ni statuaire imposante ni marbre monumental, mais des rangées de croix toutes simples, bien alignées dans l’herbe. Le 11 janvier 1916, les casernes de Moulins, dites « des dix-huit ponts », explosèrent. Le quartier fut détruit et l’on releva une centaine de cadavres. La ville de Lille fit l’acquisition d’une parcelle pour accueillir les victimes civiles. Le carré fut ensuite ouvert à toutes les victimes de guerre.

- L’agronome Charles Rameau (+1876) mourut sans héritier et légua ses biens à la commune de Lille, à charge pour elle, en particulier, d’entretenir sur sa tombe « un plant de vigne, de pommes de terre, un dahlia, un fraisier et un rosier » (A2).

- Le dolmen (à nettoyer) de la famille Humbert (W1).

- Ludovic Boumbas avait 40 ans : d´origine congolaise, il avait grandi à Lille et était employé chez Fedex. Il figure parmi les 130 victimes des attentats terroristes de novembre 2015 et repose dans ce cimetière.

- Quelques oeuvres d’art :

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Buste du pompier Léon Boivin (+1928)
Cette oeuvre de la division K2 fut réalisée par le sculpteur Georges Armand Vérez.
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Une version locale du fameux Ange pleureur de la cathédrale d’Amiens.

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Bas-relief du médecin Désiré Verhaeghe (+1927) par Aimé Blaise (MM).

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Le médecin Paux, par Edgard Boutry.
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Le buste d’un maire de Lambersart, Georges Petit (+1941), par Edgar Boutry
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Le manufacturier Richter par D. Haeuw.
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Médaillon Delphin Petit.

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Le monument aux morts.

Célébrités : les incontournables...


Aucun.

C’est dans ce cimetière que repose Adolphe DE GEYTER, longtemps considéré comme le père de l’Internationale avant que celle-ci ne soit officiellement réattribuée à son frère Pierre.


... mais aussi


- Le ministre Jules BRAME (1808-1878) : député (1857-1876) puis sénateur (1876- 1878) du Nord, cet avocat de formation fut un éphémère ministre de l’Instruction publique en 1870. Le médaillon en bronze qui orne sa tombe est de Henri Biebuyck (G3).

- Le général Jean-Hyacinthe CHARTRAN (1779-1816), qui participa aux campagnes révolutionnaires puis de l’Empire. Mis à la retraite par les Bourbons, il fut chargé du commandement du département de l’Aude durant les Cent Jours. Arrêté à la Restauration, traduit devant une commission militaire, il fut condamné à mort et fusillé à Lille. arrêté, traduit devant une commission militaire, il fut condamné à mort et fusillé. Il fut tout d’abord enterré au cimetière de Wazemmes, puis à la destruction de ce cimetière, transféré au cimetière Sud en 1869.Il dispose d’un caveau de famille au cimetière Saint-Michel de Carcassonne (11).

- La comédienne Line DARIEL (Jeanne Vercamen : 1888-1956), à la notoriété essentiellement locale puisqu’elle joua dans les pièces à sketchs de Léopold Simons (voir plus loin). Elle fut également chanteuse (I1).

- Le politicien Gustave DELORY (1857-1925) : autodidacte, ouvrier du textile, il se lança dans le militantisme ouvrier. En 1881, il rencontra Jules Guesde, patriarche du socialisme français. Gustave Delory se consacra dès lors au développement du Parti ouvrier (qui devint quelques années plus tard le POF) dans le Nord. Elu maire de Lille en 1896, il devint ainsi le premier maire socialiste de France. Il fut élu conseiller général puis député en 1902. Deux ans plus tard, abandonné par les radicaux, il perdit les municipales mais demeura parlementaire. En 1916, il fut arrêté par les Allemands et déporté. Il en revint très affaibli mais fut réélu maire de Lille en 1919. Il joua un rôle trouble dans l’attribution de l’Internationale à Adolphe De Geyter alors qu’il s’agissait d’une oeuvre du frère de ce dernier. Sa tombe est ornée d’un buste en bronze par Charles Caby (K1).

- Le journaliste Marcel DESCHAMPS (1885-1940) qui fut secrétaire de Jules Guesde. Sa tombe est ornée d’un médaillon de Blaise (Z).

- Le peintre Edmond LEGRY (1875-1949) (N4).

- Le physicien Norbert SÉGARD (1922-1981), nommé professeur titulaire de la chaire de physique à l’Université catholique de Paris (Institut catholique). Il créa un laboratoire d’ultrasons, puis un laboratoire d’électronique. Il participa à la création de l’Institut supérieur d’électronique de Paris. Député du Nord en 1973, il fut nommé secrétaire d’État du commerce extérieur en juin 1974. Il assuma ensuite le secrétariat d’État aux Postes et Télécommunications dès janvier 1976, époque du lancement de la télématique. En octobre 1980, il fut nommé ministre délégué auprès du Premier ministre pour la Recherche et l’application des techniques avancées, poste qu’il occupa jusqu’à sa mort. Une fondation porte son nom (K1).

- Le chansonnier Léopold SIMONS (1901-1979), auteur de sketchs en picard qui ont immortalisé le parler populaire de Lille. il joua avec Line Dariel. Il occupe un imposant mausolée anonyme (MM).


Commentaires

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LILLE (59) : cimetière de Lille-Sud
dimanche 9 septembre 2018 à 21h14 - par  Madame Agnès

Il y a le « carré » des indigents. J’ai demandé au gardien, car rien n’est indiqué, mais c’est bien entretenu et fleuri. Il y a sans doute aussi des pupilles de la nation, des orphelins.
Les tombes des religieux hélas tombent un peu en désuétude.
Je me demande si les carrés musulmans ou juifs sont encore exclusivement réservés à ces religions ... ou bien cela est-il moins « important » aujourd’hui ...

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LILLE (59) : cimetière de Lille-Sud
dimanche 9 septembre 2018 à 21h06 - par  Madame Agnès

C’est très bien documenté, merci.

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