RULLY (71) : cimetière

visité en août 2020
lundi 19 octobre 2020
par  Philippe Landru

Relief bien plat dans le village de Rully connu pour son vignoble ! Le cimetière nous invite à quelques découvertes. On y respire l’opulence de familles ayant fait fortune dans la vigne. Pas mal de noms aristocratiques également.

On notera l’original composition pour honorer les morts des guerres.

Reposent ici :

- Bernard GIROUX (1950-1987). journaliste sportif, il commenta sur TF1 le Tour de France, et les Grands Prix de Formule 1,et participa aux premières émissions Auto-Moto. Il s’est engagé ensuite dans diverses compétitions dont le rallye Paris-Dakar en tant que copilote. Le 23 août 1987, lors d’une compétition de offshore en Manche au large de l’Île de Wight, le puissant bateau piloté par Didier Pironi s’envola à grande vitesse au-dessus de l’eau après avoir heurté une vague et se retourna entraînant la mort des trois coéquipiers, Didier Pironi, Jean-Claude Guénard et Bernard Giroux. Il était le compagnon de la chanteuse Jeane Manson.

- Le médecin Ferdinand Bernard de MONTESSUS de BALLORE (1817-1899), qui fut également ornithologue. Certains oiseaux de sa collection sont encore visibles au Muséum d’histoire naturelle d’Autun, fondé par un de ses condisciples et admirateur.

- Une branche de la famille NIÈPCE, qui cousine avec Nicéphore (Saint Loup de Varennes, où ce dernier repose, n’est pas loin), repose dans ce cimetière. On y trouve Henri (1881-1952), qui se fit connaître dans des domaines très différents :
à la fin du XIXe siècle, marqué par le désastre du phylloxéra, ce vigneron délaissa le métier pour entamer un apprentissage de menuisier. Dès 1906, à Meudon puis à Boulogne-Billancourt, son savoir-faire en matière de contreplaqué fit de lui l’un des principaux fabricants de carcasses d’avions des années 1906-1918. Il devint par la suite décorateur pour l’Opéra de Paris et les studios de cinéma de Billancourt qu’il créa. Il demeura cependant un ardent promoteur des vins de Rully dans les années 1930, jusqu’à leur accession à l’AOC, et sa fille Janine (1921-2007), qui fut ’une des premières Françaises à exercer le métier de journaliste reporter-photographe. En 1946, elle parcourut la France et ainsi pendant plusieurs années, témoigna de ce qui disparaissait et de ce qui évoluait dans la société (la première télévision en 1963, les moyens de transports rapides…) avec leurs différences à la campagne, en province, à Paris. A partir de 1963, elle partit en reportage en Europe et dans le monde. La tombe sert également de cénotaphe au fils de cette dernière, Nicolas JAEGER (1946-1980), auteur de plus d’une centaine d’ascensions en solitaire dans le massif du Mont-Blanc et dans les Andes, et qui fit partie en octobre 1978 des premiers Français à atteindre le sommet de l’Everest. Fort de son expérience de l’altitude et de l’alpinisme en solo, il retourna en Himalaya en 1980 avec comme objectif l’ascension de la face sud du Lhotse, seul, sans oxygène, sans l’aide de porteurs. Il disparut après avoir été vu pour la dernière fois à 8 200 mètres d’altitude. Y repose également une autre fille d’Henri, Henriette NIÈPCE (1916-2010), qui baigna rapidement dans un monde d’artistes grâce à son père, qui devint peintre, commençant par du figuratif puis adoptant un langage plus abstrait. À Paris, elle côtoya intellectuels et artistes comme Jean-Paul Sartre, Paul Éluard, Aragon ou Boris Vian. Elle épousa en première noce le réalisateur Gilles Pontecorvo, ouvrit une galerie d’art à Paris, puis revint à Rully et devint viticultrice à son tour.

- Anne Marie NINOT (1859-1929) se maria avec Antoine Emile Ambal, un banquier parisien. Elle le suivit à Paris. Au décès de son mari, Marie revint dans son village natal de Rully. Elle y retrouva son frère, alors propriétaire-négociant en vins de Bourgogne. On assistait à cette époque aux débuts de la méthode champenoise. Marie s’y intéressa et décida de créer sa propre Maison en 1898. Elle produisit à ses débuts des vins mousseux de qualité méthode champenoise en blanc et en rouge. Rapidement le niveau qualitatif des vins Veuve Ambal devint une référence pour les consommateurs. La Maison Veuve Ambal est, aujourd’hui, le plus important élaborateur de Crémant de Bourgogne. Elle appartient toujours à la famille.

-  Ernest PINARD (1822-1909) : substitut au Parquet de la Seine (1853), ce procureur impérial se fit connaître pour sa participation aux grands procès littéraires du début du Second Empire : le premier concerne Gustave Flaubert poursuivi pour un roman jugé licencieux : Madame Bovary, qu’il ne parvint pas à faire condamner. À peine le procès de Flaubert terminé qu’il se vit confier la tâche de requérir contre Charles Baudelaire. Celui-ci venait en effet de faire paraître Les Fleurs du mal, recueil de poèmes considérés comme « un défi jeté aux lois qui protègent la religion et la morale ». Il eut cette fois-ci plus de chance puisque Baudelaire fut condamné à 300 francs d’amende et certains poèmes furent interdits de publication (ils le restèrent jusqu’à ce que le jugement soit cassé en 1949). Il s’attaqua ensuite aux Mystères du peuple d’Eugène Sue, histoire d’une famille de prolétaires à travers les âges. Malgré la mort de Sue, le procès continua et il obtint la condamnation de l’éditeur et de l’imprimeur. Remarqué par Napoléon III, il fut nommé au Conseil d’État (1866) puis devint ministre de l’Intérieur (1867-1868), où il fit preuve du plus grand des sectarismes. Il s’opposa à l’érection sur une place publique d’une statue de Voltaire, auteur qu’il jugeait impie et fit condamner le journaliste et pamphlétaire Henri Rochefort. Enfin, croyant à un vaste complot et craignant une émeute, il mobilisa la troupe contre une manifestation commémorant la mort du député Baudin. À un moment où l’Empire se libéralisait, cette rigueur n’était plus de mise et il dut quitter ses fonctions. Il fut élu député du Nord, mais restant fidèle à l’empereur, abandonna ce mandat en 1871.

- L’abbé Robert PLÉTY (1921-2011). Prêtre catholique au sein de la communauté de prêtres de Lugny, où il demeura jusqu’en 1986. Outre ses fonctions pastorales, il fut chargé, aussitôt nommé, d’enseigner au sein de l’école fondée par cette communauté, avant, finalement, de prendre la direction de cet établissement au début des années soixante-dix et de le faire évoluer en école et collège sous contrat. Pédagogue et chercheur, il a contribué à renouveler l’approche de la pédagogie par ses travaux en éthologie sur l’apprentissage en groupe.


Merci à Pascal Chapuis pour la photo Giroux.


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vendredi 14 février 2014

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