PAU (64) : cimetière urbain

visité en août 2012
dimanche 5 octobre 2014
par  Philippe Landru

Remplaçant l’ancien cimetière qui se trouvait à l’emplacement de l’actuelle place Clémenceau, le cimetière urbain date de 1778 et s’étend aujourd’hui sur une surface de 9.8 hectares, ce qui en fait un grand et ancien cimetière urbain de France. Il occupe l’emplacement de ce qui était l’ancienne châtaigneraie du roi. Il fut agrandi en 1838, puis au XXe siècle.

Ce cimetière a une particularité : son très grand nombre de tombes anglo-saxonnes. Pau devint, entre 1830 et 1914, une des stations climatiques et sportives les plus réputées d’Europe occidentale. En 1842, le médecin écossais Alexander Taylor y préconisa la cure hivernale. Le succès de son ouvrage fut important et Pau devint un lieu de villégiature prisé des Britanniques. En 1876, on recensait à Pau 28 908 habitants. Les Anglais s’y installèrent et profitèrent du premier golf du continent, de la chasse au renard (Pau fox hunt) et des courses tenues sur l’hippodrome de Pont-Long.

Autre particularité : le très grand nombre de pyrénéiste inhumé ici, aux pieds des sommets qu’ils sont parvenus à conquérir.

Une habile campagne de restauration des monuments est menée. Il est très satisfaisant de voir que Pau figure parmi les communes qui ont pris conscience de la valeur de son patrimoine funéraire et de sa mise en valeur.

Bien qu’il n’abrite pas de « vedette » de premier ordre, le cimetière de Pau, par sa diversité, par son grand nombre de tombes anecdotiques passionnantes, et par la qualité de sa mise en valeur, est l’un des cimetières français les plus intéressants à visiter.

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Une végétation qui renforce le caractère méridional du lieu.

Curiosités


- Certaines concessions britanniques ou américaines furent reprises, mais les monuments, souvent en marbre de carrare, furent conservés et constituent désormais une sorte de musée lapidaire au sein même du cimetière.

- Ici se trouve un personnage au destin étonnant : le trompette de l’armée française Joseph Escoffier (1815-1883) sonna en 1843 la charge à Sidi Yussef contre Abd El-Kader. Il fut fait prisonnier peu de temps après avoir sauvé son capitaine en lui donnant son cheval. Décoré par le roi pour ce fait de bravoure, il devint l’ami de l’émir algérien qui était pourtant son geôlier. Cinq ans plus tard, les rôles s’inversèrent : il demanda de faire partie de la garde d’Abd El-Kader alors que celui-ci était captif au château de Pau. Le parallélisme des deux destins dura jusqu’au cimetière puisque Escoffier repose à quelques encablures des enfants de l’émir. Sa tombe a été rénovée par les soins du Souvenir Français.

- En Béarn, l’abbé Bruchou jouit d’une véritable vénération populaire, jamais reconnue par l’Eglise. L’ecclésiastique, né en vallée d’Aspe, mourut en 1887. Pourtant, sa tombe reste la plus fleurie du cimetière. De son vivant, l’homme, arrivé à Pau en 1848, passait pour être le prêtre des dames de petite vertu. L’une d’elles, lors de la guerre de 1870, lui demanda d’intercéder auprès de Dieu pour sauver à la fois son mari et... son amant. Les deux hommes sortirent vivants du conflit. Depuis, la légende veut qu’il soit capable d’accomplir des miracles. Chaque année, de nouveaux ex-voto et des bouquets de fleurs viennent orner un tombeau où il est écrit : « Passant, qui que tu sois, arrête ici tes pas. Tu as d’abord souri, peut-être, devant la tombe de ce bon prêtre. Recueille-toi et prie et quand tu reviendras ici, ce sera pour lui dire merci. »

- La statue d’une princesse au voile de mariée fait l’objet d’une légende. Celle-ci raconte qu’elle représente une mariée décédée le soir de ses noces. En réalité, il s’agit du tombeau de Théodora de Nowanska, née à Varsovie en 1823, qui, d’une santé précaire, décéda en 1875 à 52 ans. Elle avait épousé le prince Russe Valérien de Platonow, conseiller du tsar Alexandre II. C’est en raison de ses maladies pulmonaires que le couple avait émigrer en 1866 vers la ville de Pau alors réputée pour ses vertus climatiques : Platonow effectuait alors d’incessants allers et retours entre Pau et Saint Petersbourg pour assumer ses fonctions de diplomates. A la mort de son épouse, il voulut lui rendre hommage avec cette statue en marbre d’Italie, la représentant au plus beau jour de sa vie en robe de mariée. La statue est orientée vers l’Est, non pas vers leurs racines slaves, mais en direction des coteaux de Gelos, où le couple possédait une propriété, la villa rose. On dit qu’ainsi, le prince pouvait chaque matin observer à la longue vue la tombe de sa bien aimée depuis sa villa. Valérien de Platonow rejoignit son épouse en 1893.

- Deux petites tombes au caractère clairement musulman occupe le cimetière : il s’agit de celle de deux enfants de l’émir Abd el-Kader. Fait prisonnier par Lamoricière alors qu’il résistait à la pénétration française en Algérie, l’émir fut assigné en résidence surveillée au château de Pau, où il s’installa avec toute sa smala de 89 membres. A peine arrivé, il perdit un premier enfant (âgé de 18 mois), puis quelques temps plus tard, une fille du même âge. La municipalité de Pau octroya à l’émir une concession à perpétuité : là furent enterrés les deux bébés. D’autres enfants de la cour furent également inhumés dans ces tombes. On sait que par la suite, l’émir fut conduit au château d’Amboise, où là aussi, il marqua aussi sa présence de manière funéraire. Il est remarquable de noter que ces tombes sont toujours entretenues et fleuries.

- La tombe de famille Laborde de Monpezat abrite les dépouilles de cette famille de négociants et de magistrats. ce sont les ancêtre directs de Henri de Montpezat, époux de la reine Margrethe II de Danemark. Ce dernier était présent au cimetière lorsqu’on y transféra le cœur de son grand-père, Henri (1868-1928), qui avait été délégué de l’Annam et du Tonkin au conseil supérieur des colonies, journaliste, et qui avait été inhumé à Hanoï.

- Une longue épitaphe sur la tombe du jeune Georges de la Pommière, mort en 1887 à l’âge de 16 ans. Si vous tapez son nom sur Google, vous aboutirez à une histoire fleuve sur sa mère, qui « aurait été » une fille de l’Aiglon !

- Ça et là, beaucoup d’anges, de pleureuses...

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Familles Potter et Lawrence
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Les Lawrence donnèrent leur nom à un parc de la ville.
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Tombeau de Pierre Louis Tourasse (1816-1882)
Réalisé par J. Alexandre

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L’obélisque orné du colonel moldo-valaque Grégoire Léon (+1889)
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La belle stèle armoriée du lieutenant-général Gontaut-Biron.


Célébrités : les incontournables...


- André COURRÈGES.


... mais aussi


- La peintre polonaise naturalisée française Nina ALEXANDROWICZ HOMOLACS (1888-1945), qui exposa des sculptures à Paris avant de se consacrer à la peinture à partir de 1919. Elle peignait des sujets divers, avec une prédilection pour les fleurs et les chats.

- Le comte René d’ASTORG (1860-1940), qui fut un pyrénéiste.

- Le pyrénéiste Henri BARRIO (1912-1969), qui bien que handicapé et de santé précaire (il avait une main et un pied atrophiés), parvint à conquérir certains sommets et devenir guide de haute montagne.

- Le baryton wagnérien Jean BARTET (Jean Arriet-Bartet : 1862-1943), qui participa à plusieurs premières mondiales à l’Opéra de Paris.

- Le maréchal de France Pierre Joseph François BOSQUET (1810-1861), qui dirigea le corps français pendant la guerre de Crimée. Il se signala particulièrement aux batailles de l’Alma et de Malakoff, et lutta contre Abd El-Kader. Il fut en outre sénateur impérial.

- Le pasteur Amalric Frédéric BUSCARLET (1836-1928), qui accepta en 1907 la direction de l’église anglophone de Pau, mais resta néanmoins pasteur honoraire de celle de Lausanne jusqu’en 1910. Il fut une figure majeure du protestantisme, en Suisse et France.

- Le peintre BUTAY (Jean-Baptiste Labbé : 1759-1853), dont la tombe fut reprise.

- Le pasteur Alphonse CADIER (1816-1911), qui fut une figure majeure de l’église réformée du Béarn et dont l’audience s’inscrivit bien au-delà.

- Miss Patrick CAMPBELL « Miss Pat » (Béatrice Stella Tanner : 1865-1940) : comédienne de théâtre britannique, elle perdit son premier mari (dont elle conserva le nom) dans la guerre des Boers en 1900, puis se remaria avec le second époux... de la mère de Churchill ! Elle eut une liaison passionnée avec George Bernard Shaw, qui écrivit spécialement pour elle Pygmalion. Elle connut un énorme succès sur toutes les scènes du monde, en particulier dans des oeuvres modernes (Ibsen, Maeterlinck). Elle mourut d’une pneumonie.

- Le poète-chansonnier Charles DARRICHON (1849-1887), dont l’une des chansons, Beth Ceü de Pau, devint l’hymne de la cité, puis par extension du Béarn. Il mourut jeune de la tuberculose.

- Eugène DEVÉRIA (1805-1865) : élève de Girodet-Trioson et de Guillaume Guillon Lethière, mais aussi de son frère Achille (qui repose au cimetière Montparnasse), il exposa pour la première fois au salon de 1824 et connut le succès avec La Naissance de Henri IV en 1827. Avec Eugène Delacroix et Louis Boulanger, il fut l’un des principaux représentants du mouvement romantique français en peinture. L’excès de travail et la maladie l’obligent à quitter Paris pour faire une cure aux Eaux-Bonnes, dans les Pyrénées. Traversant une crise spirituelle, il se convertit au protestantisme. Il s’installa ensuite à Pau, où il termina sa vie. Il consacra beaucoup de ses œuvres aux Pyrénées, scènes de genre et portraits. Sa tombe fut stupidement reprise en 1982 : son souvenir est maintenu au cimetière grâce à la tombe de sa fille (et élève) Marie (1831-1856), dont il sculpta le buste qui orne la tombe. C’est à Montparnasse que repose en revanche son épouse.

- Jean-Louis DUFAU (1784-1859) : avocat, puis procureur général, il fut député des Basses-Pyrénées de 1831 à 1834.

- L’architecte palois Marcelin DUMOULOU (1820-1892).

- La baryton-basse de l’Opéra Comique Pierre DUPRÉ (1884- ?), qui fut également enseignant (eu eut en particulier pour élève Georges Thill).

- L’industriel Pierre DUTU (1872-1941), qui fonda une plantation de bananes à Dutuville (!), au Honduras.

- Henri FAISANS (1847-1922) : maire de Pau de 1888 à 1908, il fut sénateur de la Gauche républicaine des Basses-Pyrénées de 1909 à sa mort.

- La basse René FOURNETS (1858-1926), qui chanta à à l’Opéra-Comique puis à l’Opéra. Il fit une carrière internationale, puis ouvrit une école de chant. Sur sa tombe se trouvent des vers du poète béarnais Despourrins. Elle est ornée d’un médaillon en bronze par Ernest Gabard.

- Emile GARET (1829-1912) : avocat et journaliste (il fonda en 1867 le journal l’Indépendant des Basses-Pyrénées), auteur d’ouvrages d’histoire sur le Béarn, il fut député des Basses-Pyrénées de 1882 à 1885.

- La princesse Elisabeth GEBLESCO (+2002), poète et auteur dramatique, qui en tant que psychanalyste collabora aux travaux de Lacan. Elle repose dans la chapelle néogothique Guillemin, réalisée par les architectes et sculpteurs Henri Geisse et L.J Alexandre, qui est le seul monument classé du cimetière (1998). Chapelle Guillemin.

- Le peintre de marines Pierre Fidel GUDIN (1800-1874), ancien élève de Girodet.

- La chapelle Hachette abrite la dépouille de Alfred Louis HACHETTE (1832- 1872), fils du célèbre imprimeur Louis Hachette. Alors qu’il était en route pour prendre la suite à la tête de la maison, sa santé déjà fragile fût affaiblie par la respiration des vapeurs de l’atelier, faites de Plomb. Il renonça alors à tout emploi au sein de la Librairie et se retira à Pau en juin 1861 où il espérait se soigner. Il y mourut à l’âge de 40 ans.

- Louis d’IRIART d’ETCHEPARE (1859-1945) : Avocat, maire de Pau de 1924 à 1927, il fut élu six fois député des Basses-Pyrénées de 1900 à 1924 au nom des Républicains de gauche.

- Le peintre et sculpteur Robert L’HOSTIS (1920-2001).

- André LABARRÈRE (1928-2006) : député, sénateur, vice- président de l’Assemblée nationale entre 1973 et 1974, ministre chargé des relations avec le Parlement de 1981 à 1986, maire de la ville de Pau de 1971 à 2006, il eut une carrière politique riche. Les quelques affaires judiciaires locales (affaires de diffamation, d’usurpation de fonction ou de faux et usage de faux, prise illégale d’intérêt notamment) qui l’ont suivi au cours de ses mandats, ont eu peu de prise sur sa popularité. Mis huit fois en examen, il ne fut jamais condamné. Il fut le premier hommes politique français d’envergure à avoir annoncée publiquement son homosexualité.

- Le général jean-Baptiste LAMARQUE D’ARROUZAT (1762-1834), qui fit les campagnes de la Révolution puis de l’Empire. Il était baron d’Empire.

- Le ténor Pascal LAMAZOU (1816-1878), qui fut également pédagogue et éditeur de musique, et qui mit à l’honneur les chants basques.

- L’homme de lettres Gustave LEMOINE (1803-1885), qui fut parolier de vaudeville. Avec lui repose son épouse, Loïsa PUGET (1810-1889), qui fut compositrice, célèbre par ses romances et ses chansonnettes, qu’elle donnait en concert (Opéra comique) ou dans les salons.

- Le pyrénéiste Alphonse MEILLON (1862-1933).

- Une branche de la célèbre famille Monod repose dans ce cimetière : on y trouve en particulier Jean MONOD (1822-1907), pasteur réformé à Marseille et à Nîmes puis professeur de dogmatique à la faculté de théologie de Montauban, qui était doyen de la Faculté de théologie protestante de Montauban ; ainsi que son petit-fils Robert MONOD (1884-1970), qui étudia et perfectionna l’anesthésie et la transfusion sanguine, ce qui lui permit d’inaugurer en France la chirurgie pulmonaire d’exérèse 1934. Il était membre de l’Académie de Médecine.

- Joseph NOGUÉ (1801-1871) : avocat, maire de Pau de 1838 à 1843, il fut député de la Constituante de 1875 puis préfet du département à deux reprises.

- Patrick O’QUIN (1822-1878) : maire de Pau de 1860 à 1865, il fut député des Basses-Pyrénées de 1852 à 1865, siégeant dans la majorité soutenant le Second Empire.

- Le comte Henry RUSSEL-KILLOUGH (1834-1909), franco-irlandais, qui fut un des pionniers de la conquête des Pyrénées. Seul, ou avec ses guides il effectua d’innombrables ascensions, réalisant une trentaine de premières. Il est surtout connu pour ses ascensions au Vignemale où il monta pour la première fois en 1861. En 1864, il fut un des cofondateurs de la première société de montagnards : la société Ramond. Il fit creuser sept grottes artificielles sur le massif du Vignemale pour servir d’abri et de villégiature. Un des grands sommets pyrénéens, dont il réalisa la première ascension en 1865, porte son nom : le pic Russell (3 205 m).

- Pierre de SAINT-CRICQ (1772-1854) : Député des Basses-Pyrénée en 1820, il fut Ministre du Commerce et des Colonies entre 1828 et 1829. Louis Philippe le fit Pair de France. Il donna son nom à un lycée de Pau.

- Pierre SALLENAVE (1920-1983) : Député des Pyrénées-Atlantiques de 1958 à 1967 et de 1968 à 1973, puis sénateur de ce même département de 1974 à 1983.

- Le Compagnon de la Libération Henri SOULAT (1918-1989).

- Alexandre TAYLOR (1800-1879) : jeune médecin de la Légion auxiliaire britannique, il fut l’auteur de l’ouvrage Influences curative du climat de Pau (1842) qui connut un grand succès outre-Manche, générant le flux de population britannique vers la capitale béarnaise.

- Philippe TISSIÉ (1852-1935) : médecin hygiéniste, il fut l’un des premiers neuropsychiatres en France, et l’un des trois principaux personnages avec le baron Pierre de Coubertin et Paschal Grousset, qui fit évoluer le système scolaire et la vie à l’école en y intégrant des jeux organisés et des sports. Il était un partisan inconditionnel de la gymnastique suédoise.


photo Alexandrowicz : pireneiaslavska.canalblog.com/
photo Russel : AKA64

Il existe plusieurs brochures de la mairie de Pau sur le cimetière, mais il existe aussi un excellent guide, à la fois récent, concis, et dense sur les célébrités de la ville. Bonus : un plan localise les principaux tombeaux. Une excellente source pour les taphophiles : NICOL Antonin, Le cimetière de Pau - Ses personnalités et célébrités notoires, éditions Monhélios, 2003.


Commentaires

PAU (64) : cimetière urbain
mardi 7 octobre 2014 à 11h11

@Philippe
Pierre DUPRE : sa date de décès est le 22.03.1980
H. Lallment

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vendredi 14 février 2014

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