OINVILLE-SUR-MONTCIENT (78) : cimetière

Visité en mars 2013
vendredi 8 mars 2013
par  Philippe Landru

En ce jour de Journée internationale de la Femme, je réponds à une question que se posent nombre de taphophiles : où est inhumée Françoise Giroud ?

Entouré par des prairies où s’ébrouent des chevaux, il règne une douce quiétude dans le minuscule cimetière de Oinville. On y pénètre par un vaste portail, semblable à ceux des fermes, disproportionnés vu l’exiguïté du lieu. Le cimetière est tout en pente. Quelques vieilles stèles côtoient quelques tombes plus récentes.

Parmi celles-ci, une attirera votre attention : sur une tombe en mauvais état, on lit avec difficulté les inscriptions suivantes :

Ici
EG 1884-1959
et
SG 1884-1927
ont été inhumés ensemble le 6 octobre 1959
 
Alain DANIS
1941-1972

EG et SG, ce sont Elda Gourdji et Salih Gourdji, tous deux juifs ottomans et parents d’une certaine France Gourdji, plus connue sous son pseudonyme de Françoise Giroud. Alain Danis était son fils : il mourut prématurément dans un accident de ski.

Brève histoire de ce tombeau : en 1927 mourut à l’Asile Ville-Evrard de Neuilly-sur-Marne le journaliste Salih Gourdji, victime de paralysie. Il fut en un premier temps inhumé au Père Lachaise. Sa veuve mourut en 1959 et fut inhumée en un premier temps au cimetière Montparnasse, à Paris. En octobre 1959, les deux corps furent donc réunis au cimetière de Oinville, où vint les rejoindre treize ans plus tard Alain Danis.

Et Françoise dans tout-cela ?

Françoise GIROUD (Léa France Gourdji : 1916-2003) commença à travailler en 1937 comme scripte puis scénariste pour le cinéma. Lors de la Seconde Guerre mondiale, elle devint agent de liaison pour la Résistance - ce qui lui valut d’être arrêtée par la Gestapo -, un engagement idéologique qu’elle confirma par la suite en s’opposant à la guerre d’Algérie. Devenue directrice de rédaction pour le magazine Elle à sa création, la journaliste fit déjà preuve de son investissement pour la cause des femmes, plus de vingt ans avant d’intégrer un poste de secrétaire d’Etat à la condition féminine. En 1953, Françoise Giroud fonda avec son compagnon, Jean-Jacques Servan-Schreiber, le magazine L’Express, qu’elle dirigea jusqu’en 1974. Très impliquée dans la politique, cette membre du parti radical socialiste soutint avec ferveur Pierre Mendès-France puis François Mitterrand avant de se rallier au gouvernement de Valéry Giscard d’Estaing et à la modernisation sociale qu’il promettait. Secrétaire d’Etat à la culture, elle envisagea de briguer un siège à la mairie de Paris avant de se désister et de renoncer à la politique en 1979. C’est à cette période que la journaliste devint écrivain, auteur de plusieurs ouvrages sur les coulisses de la politique tels que La Comédie du pouvoir ou Le Bon Plaisir, qui fut porté à l’écran. Toujours présente dans la sphère du journalisme, éditorialiste au Nouvel Observateur, Françoise Giroud resta, jusqu’à sa mort, une femme d’action et d’engagement.

En janvier 2003, à la sortie d’une première à l’Opéra-Comique, elle glissa dans le grand escalier et se fractura le crâne contre un pilier. Elle mourut quelques jours plus tard à l’hôpital. Elle détestait les cimetières : elle fut crématisée au Père Lachaise, et ses cendres furent dispersées dans un lieu qu’elle affectionnait ; la roseraie du parc de Bagatelle au Bois de Boulogne.

Dans ce même cimetière, on ne manquera pas cette étonnante tombe de facture contemporaine représentant une mouette sur des vagues.


Parmi les sources : Alix de SAINT-ANDRÉ, Garde tes larmes pour plus tard, Gallimard


Commentaires

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OINVILLE-SUR-MONTCIENT (78) : cimetière
vendredi 24 avril 2015 à 12h04 - par  CatherineGd

Françoise Giroud a multiplié des démarches pour obtenir le certificat de décès de son père.

Ce certificat indique que Salih Gourdji est décédé à l’hôpital psychiatrique de Ville-Evrard le 9 février 1927 et enterré à l’asile) le 11 février.

Françoise, sa mère et sa soeur n’ont pas été autorisées à assister à l’inhumation de Salih Gourji.

Françoise a exprimé la souffrance causée par l’impossibilité de pouvoir se recueillir sur la tombe de son père.

De Père Lachaise je ne lis trace...

(Sources : « si je mens », F. Giroud ; « Françoise », L. Adler)

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lundi 27 avril 2015 à 12h18 - par  CatherineGd

Ce qui ne correspondrait donc pas à ce que j’ai lu...

Merci pour cette référence à Alix de Saint-André : sans doute lirais-je cette biographie.

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dimanche 26 avril 2015 à 11h16 - par  Michel Caire

Selon Alix de Saint-André (Garde tes larmes pour plus tard, Gallimard, 2015), le corps de Salih Gourdji « a été transporté à Paris par un convoi funèbre de l’entreprise de pompes funèbres Schneeberg, qui est parti le 11 février 1927 à 10 heures [de la Maison de Santé de Ville-Evrard] pour le cimetière de l’Est à Paris. » (= le Père-Lachaise)

Site web : Salih Gourdji
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dimanche 26 avril 2015 à 00h04 - par  Michel Caire

à CatherineGd : difficile de croire qu’un certificat de décès porte qu’une personne a été enterrée à l’asile de Ville-Evrard, puisqu’il n’y a jamais eu de cimetière dans cet établissement. Ceux dont la famille ne s’occupait pas de faire inhumer le défunt dans le cimetière de leur choix l’étaient dans celui de la commune de Neuilly-sur-Marne.

OINVILLE-SUR-MONTCIENT (78) : cimetière
jeudi 25 avril 2013 à 00h37

Le père d.Alain Pierre-Danis est Élie Nahmias, rencontré par FG pendant la Débâcle. Il se réfugia en Espagne. FG fit adopter son fils par Pierre Danis puis le confia ensuite à sa mère. Cf notes in « Histoire d’une femme libre » p122 - Françoise Giroud 1960, publié en 2013, Gallimard

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OINVILLE-SUR-MONTCIENT (78) : cimetière
vendredi 8 mars 2013 à 21h39 - par  cp

Les exégètes « giroudologues » avaient, de longue date, relevé le mystère enveloppant les causes de la disparition du père. Il semble que la « paralysie » finale relevait de la même maladie que celle qui faisait monter Paul Deschanel aux arbres ! Et roupiller Gamelin dans son bureau, plutôt que de préparer la guerre… Fréquenter les maisons closes avant l’invention de la pénicilline, quelle imprudence.

(Le papa a sa fiche Wikipédia, mais on l’y fait mourir en 1919, moi j’avais jadis lu à un endroit 1923, la fiche, confuse, fait ce mélange. Comme quoi, les pierres tombales servent à quelque chose ; la pierre ne ment pas. Quoique)

Mystère aussi de l’identité du père du malheureux fils de Françoise, un fils emporté par une avalanche. Pour une qui se moquait dans un roman à clefs de Mitterrand et de sa fille cachée, beau sans gêne, la Françoise !

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vendredi 14 février 2014

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