VEULETTES-SUR-MER (76) : cimetière

jeudi 18 août 2011
par  Philippe Landru

Une famille venue d’ailleurs marque son empreinte depuis plusieurs décennies sur un petit village du Pays de Caux : les Schreiber. C’est au pied de l’église, en bordure d’allée du petit cimetière, que se trouve la double tombe de famille, où reposent :

- Emile SERVAN-SCHREIBER (1888-1967) : journaliste et homme de lettres français, il ajouta a son nom le pseudonyme littéraire Servan qu’il avait utilisé pendant la Seconde Guerre mondiale. Il fonda et dirigea avec son frère Robert le quotidien économique Les Échos de l’exportation, devenu Les Échos, de 1908 à 1963. Allant régulièrement à l’étranger, il en profita pour rédiger des chroniques sur la vie économique des régions qu’il traversait. Ces chroniques furent d’abord publiées dans L’Illustration, dont il devint un grand reporter, puis dans Les Echos de l’exportation. Il fut, de 1947 à 1967, maire de Veulettes. Sa femme Denise Brésard exerça la même magistrature de 1968 à 1983.

- sa fille Brigitte GROS (1925-1985) : elle travailla aux Échos puis en 1953, collabora avec son frère lors de la fondation de L’Express, originellement supplément des Échos. Maire de Meulan, elle fut sénatrice des Yvelines de 1973 à 1985 et vice présidente du parti radical. Elle fut l’auteure de nombreux ouvrages, dont Quatre heures de transport par jour, adapté à l’écran sous le titre Elle court, elle court la banlieue. Son identité est également portée sur le tombeau familial de son époux au cimetière de Bagneux.

- son fils Jean-Jacques SERVAN-SCHREIBER (1924-2006) : Journaliste et essayiste, il marqua son temps par la fondation du journal L’Express. Ses compétences rédactionnelles lui permirent d’être engagé au Monde où il devint éditorialiste en politique étrangère, spécialisé dans la guerre froide. Ambitieux, le jeune homme de 29 ans créa L’Express avec Françoise Giroud, son grand amour de l’époque. Le but caché de ce nouveau quotidien était aussi de contribuer à l’élection de Pierre Mendès France. Tranchant avec la presse de ces années-là, le journal connut vite le succès, y compris auprès des intellectuels qui signèrent des articles. Ayant annoncé la décolonisation depuis longtemps, il quitta son poste de commandement lors de la guerre d’Algérie, affichant sa désapprobation vis-à-vis du général de Gaulle. Perdant des lecteurs et l’appui de Mendès France, ce fut une période sombre pour L’Express, d’autant plus que Jean-Jacques Servan-Schreiber perdit aussi le contrôle des Echos suite à une brouille familiale. Il fallut attendre les années 1970 pour que le journal reprenne son statut. Admirateur du modèle américain, il publia alors « Le Défi américain », paru en 1967, qui reste aujourd’hui le plus gros succès de librairie pour un essai politique. Proche de François Mitterrand comme de Valéry Giscard d’Estaing, qu’il connut à Polytechnique, l’homme de presse fut aussi attiré par la politique et décida finalement de s’y engager. Il devint député de Nancy en 1970, après avoir mené une campagne à l’américaine. Il fut président du Conseil régional de Lorraine et président du Parti radical entre 1971 et 1979. Orateur brillant ayant une vraie capacité à convaincre, il inspira Valéry Giscard d’Estaing pour sa campagne présidentielle victorieuse de 1974, mais ne parvint cependant pas à s’imposer dans le sérail politique : éphémère ministre des Réformes de VGE du en 1974, il fut écarté par Jacques Chirac devenu Premier ministre. Il reste toutefois le père fondateur de l’UDF qui aida Giscard à contenir la montée en puissance du RPR aux élections législatives de 1978. Après un nouvel échec aux élections européennes, où il présentait une liste « Emploi, Egalité, Europe » avec Françoise Giroud, Jean-Jacques Servan-Schreiber abandonna définitivement sa carrière politique. Il fut l’époux de la romancière Madeleine Chapsal, mais c’est avec sa seconde épouse qu’il eut son fils David, qui suit.

- Son petit-fils David SERVAN-SCHREIBER (1961-2011) : ce neuro- psychiatre acquit la célébrité en prônant l’utilisation de méthodes parallèles contre la dépression et le cancer. Surnommé parfois « prophète du bien-être », avec son large sourire, ce descendant d’une lignée de grands entrepreneurs a connu un énorme succès de librairie avec Guérir (2003) et Anticancer (2007). Même s’il a affirmé et réaffirmé que ces méthodes ne devaient venir qu’en renfort aux approches conventionnelles, des cancérologues lui ont reproché de proposer des règles « simplistes, sans preuve scientifique à la clé ».


Merci à Michel Vue pour les photos.


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