ROUBAIX (59) : Le cimetière de Roubaix

article de lillemetropole.fr - 16 novembre 2010
mercredi 17 novembre 2010
par  Philippe Landru

Si sa renommée est sans commune mesure avec celle du Père Lachaise à Paris, le cimetière de Roubaix attire néanmoins de nombreux visiteurs. Construit au milieu du XIXe siècle, il se singularise en effet par le nombre de ses chapelles, édifiées en partie par les grandes familles de la bourgeoisie textile. Huit guides-conférenciers de l’Office du tourisme assurent tout au long de l’année des visites commentées, individuelles ou en groupe. L’association l’Espace du souvenir propose également des parcours thématiques. De bonnes occasions pour revisiter l’histoire de la ville à travers l’art funéraire.

Situé entre la Grand’rue et la rue de Cartigny, le cimetière de Roubaix longe le canal, quais de Rouen et de Toulon, face au Parc de la visitation. Il n’a pas toujours occupé cet emplacement. Au XIIe siècle, il jouxtait l’église Saint-Martin, à l’intérieur de laquelle étaient inhumées les personnalités illustres de la cité. L’édit du 10 mars 1776, interdisant l’inhumation dans et autour des lieux de culte, impose aux communes de déplacer leur cimetière en périphérie. En 1804, la ville de Roubaix aménage donc un nouveau terrain, appelé le “champ du Beaurewaert“, le long du chemin qui conduisait à la Potennerie, l’actuelle rue de Valmy. Trois ans plus tard, l’espace manque déjà et il faut songer à un autre endroit : ce sera au hameau du Fresnoy, devenu depuis le site de l’Ecole nationale supérieure d’art et d’industrie textile.

L’implantation de l’actuel cimetière, le quatrième de la commune, date de 1848. Sa superficie était à l’origine quatre fois moins importante qu’aujourd’hui. On aménage tout d’abord l’entrée et les quatre premiers carrés mais, rapidement, la ville doit acquérir des terrains supplémentaires. En 1855, le cimetière compte une dizaine de carrés. De nouvelles extensions ont lieu dans les années qui suivent. Les terres agricoles du manoir de la Bourde sont achetées au comte de Lannoy. Les réaménagements nécessaires du cimetière ont finalement raison de la cense. Un ultime agrandissement d’environ cinq hectares est entrepris dans les années 1920. Le cimetière s’étend alors sur une superficie d’environ 17 hectares et occupe aujourd’hui la sixième place des cimetières français après ceux de Marseille (63 ha), du Père Lachaise (44 ha), de Lille-Sud (33 ha), de Lille-Est (22 ha) et de Tourcoing (20 ha) [1]

D’allée en allée

Trois entrées permettent d’y accéder : place Chaptal du côté de la Grand’rue, rue Cartigny et rue Ampère. Vaste et très boisé, l’endroit est un lieu de promenade agréable, même en hiver. On peut s’y rendre pour flâner et découvrir à l’envi les nombreuses chapelles, 500, plus qu’au Père Lachaise ! On peut aussi recourir aux services d’un guide et c’est sans doute la meilleure option si l’on souhaite revisiter l’histoire roubaisienne à travers les sépultures de ses édiles, de ses industriels, de ses syndicalistes et de ses artistes. Un exercice peu commun, “source d’étonnement pour le public“, observe Christelle Sanchez qui assure ce jour-là la visite.

Dans l’allée principale, le monument aux victimes du travail et du devoir s’impose immédiatement au regard. Financé par la municipalité, il rend hommage aux victimes du tragique incendie survenu le 5 novembre 1883 dans les locaux de la filature Dillies-Frères. On aperçoit alentour quelques-unes des chapelles qui font la singularité du site. L’allée n°3, appelée allée des industriels, en concentre une partie. Mazure-Wattine, Motte-Screpel, Mulliez-Leclercq, Cavrois-Mahieu… On retrouve-là les patronymes connus qui ont oeuvré un temps à l’essor industriel et commercial de Roubaix. Selon certains usages, un seul et même architecte réalisait l’usine, l’hôtel particulier et le monument funéraire.

Sans doute est-ce la raison pour laquelle ces chapelles, construites en pierre de Soignies, souvent de style néogothique, rivalisent dans leur ornementation et leur taille. Christelle Sanchez attire l’attention sur quelques détails symboliques - un flambeau retourné, une fleur de pavot, un sablier ailé, une colonne brisée, l’alpha et l’oméga, une pleureuse… - et livre quelques clés de lecture. Parmi les très rares sculptures, citons celle réalisée par Carlo Sarrabezolles, une pleureuse nommée La douleur, qui orne la tombe Dubroeucq-Chevaucherie, située à l’angle des allées 3 et 24. On doit au même sculpteur les géants au pied du beffroi de Lille. Environ 3 000 concessions
ont été accordées à perpétuité. Les chapelles, sortes d’églises et temples miniatures, font partie intégrante du patrimoine architectural de la ville. Les tombes du carré militaire tout proche sont quant à elles sans ostentation, quasi identiques les unes aux autres. La présence d’un casque permet juste de différencier les sépultures des soldats et des civils. Figure de la guerre de 1870, le capitaine Aubert y est enterré. Autre particularité du cimetière : la présence de deux carrés dévolus à la population musulmane.

L’allée des maires donne un éclairage intéressant à l’histoire particulièrement riche de la ville. Ainsi apprend-on que le premier socialiste élu à la tête de la mairie en 1892 fut Henri Carette, ancien ouvrier, à l’origine de la création des cantines scolaires. Son successeur, Eugène Motte, était le fils d’Alfred, grand bâtisseur d’usines. De grands chantiers seront menés à bien durant son mandat : l’Hôtel de ville, le parc Barbieux, l’exposition internationale de 1911… Construite en briques et en pierres, de style flamand, sa chapelle évoque les usines. Autre figure politique majeure, Jean Lebas, ministre du Travail sous Léon Blum, à qui l’on doit entre autres la semaine de 40 heures et les congés payés. Evoquons aussi Victor Prouvo, soucieux des conditions de vie des ouvriers. Il développe les écoles maternelles et primaires, fait construire le lycée Van der Meersch, crée le Comité interprofessionnel du logement en 1943. En somme, toute l’histoire d’une ville, de chapelle en chapelle….


Article de la Voix du Nord du 27 mars 2011 : L’histoire de Roubaix, une saga contée dans son étonnant cimetière


Témoin de l’industrialisation galopante et de l’essor de la ville, le cimetière de Roubaix recèle des trésors insoupçonnés. Ils sont tous là. Les Motte, les Flipo, les Masurel, les Cavrois, les Toulemonde, les Bossut, les Boutry, Six, Roussel, Allart, Screpel, les grands capitaines d’industrie des XIXe et XXe siècle, mais encore Rémi Cooghe le peintre, Jean-Baptiste Glorieux, l’aérostier, Jean Lebas, le maire martyr, Charles Crupelandt, deux fois vainqueur du Paris-Roubaix, mais encore des syndicalistes, des musiciens, des militaires, et combien d’anonymes, tous ayant écrit leur petit chapitre dans l’histoire de Roubaix, de la région et bien souvent au-delà.

Dans ses 66 km d’allées répartis sur 17 hectares, le cimetière de Roubaix est un livre à ciel ouvert. Un livre d’histoire. Un livre d’art. Depuis sa création en 1849, il est le reflet d’une cité au développement extraordinaire. Il suffit pour s’en convaincre d’emprunter « l’allée des chapelles », alignement grandiose des sépultures des grandes familles roubaisiennes, magnats du textile, de la banque et du commerce, qui se faisaient ériger des mouments funéraires aux allures de mausolées. « Ils avaient l’argent, la pierre venait de Soignies et les tailleurs de pierre belges excellaient  », rappelle Jean-Bernard Wyffels, qui préside l’association Espace du souvenir, laquelle milite pour la sauvegarde du site et son classement. « Nulle part en Europe on ne retrouve une telle concentration de chapelles, environ cinq-cent. Mais l’argent manque pour l’entretien de certaines. » Au détour d’une allée, un Christ exceptionnel : « Il est signé Dodeigne », note Jean-Bernard Wyffels. Plus loin, un archange en bronze monumental. À deux pas, un calvaire envahi de lierre figurant une grotte. Partout, vitraux, marbres, et fers forgés finement travaillés attirent le regard.

Le cimetière de Roubaix, ce sont aussi, outre le carré militaire et ses 1199 sépultures, les tombes plus modestes de générations de Portugais, Belges, Italiens, Maghrébins, Asiatiques, Africains, discrets contributeurs de l’essor de la ville, venus du monde entier et dont les concessions ne présentent pas les mêmes gages d’éternité.


[1Cette affirmation n’a aucun sens : bien des cimetières sont plus grands (Pantin, Thiais, Bagneux...). PL


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