MAUREPAS (78) : cimetière

Visité en juillet 2008
samedi 10 octobre 2009
par  Philippe Landru

Il n’est pas difficile, au cimetière de Maurepas, de trouver la tombe de la « gloire » du lieu, dissimulée derrière des cyprès : celle d’Erich VON STROHEIM (Eric Stroheim : 1885-1957).

Acteur et réalisateur américain d’origine autrichienne, il décida lors de son exil aux États-Unis, vers 1908, de se forger une « légende », maintenue vivace jusqu’à sa mort : celle d’une origine aristocratique. Là-bas, il découvrit les prestiges de la mise en scène, auprès de David Wark Griffith dont il fut l’assistant, avant de se lancer lui-même dans la réalisation, qu’il dut abandonner en 1928 suite à ses tournages exigeants qui nécessitaient des budgets faramineux pour l’époque. En outre, n’étant pas convaincu par le cinéma parlant, il se consacra à sa carrière d’acteur.

Il émigra en France, où il était considéré comme le plus grand cinéaste de son temps, avec Charlie Chaplin, et joua dans de nombreux rôles à la hauteur de son talent. L’un des rôles les plus marquants fut évidemment celui du capitaine von Rauffenstein de la Grande Illusion réalisée par Jean Renoir. Il joua aussi face à Michel Simon dans les Disparus de Saint-Agil, de Christian-Jaque. Il fut enfin Beethoven dans Napoléon de Sacha Guitry en 1954, l’un de ses derniers rôles.

Il repose avec son épouse, la comédienne Denise VERNAC (Denise Eveillard : 1916-1984). Entre les années 30 et les années 60, elle joua dans quelques films, dont quelques-uns avec son époux.

Rien d’autre ne signale vraiment le cimetière. La seule sculpture est un bas-relief sur la tombe du jeune soldat Rinaldo, tombé au combat en 1940.


Commentaires

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MAUREPAS (78) : cimetière
samedi 7 décembre 2019 à 11h57 - par  cp

Dans une émission radio diffusée au lendemain de la mort de Stroheim, Charles Spaak (Scénariste de « La Grande Illusion ») qui a assisté à l’enterrement fait un constat cinglant du désintérêt de la profession qui a préféré aller au festival de Cannes frétiller autour d’un poète maudit (Il ne cite pas Cocteau), qui vit très bien de son statut, et laisser les vaches de Seine-et-Oise accourir vers le convoi funéraire qui se dirige vers le cimetière, où une estrade est dressée, et sur laquelle personne ne montera pour rendre un hommage...

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MAUREPAS (78) : cimetière
vendredi 28 mars 2014 à 00h39 - par  cp

Il est des mystères qui résistent au temps mais celui-ci finit généralement avoir le dessus, question de patience.

J’ai visité cette tombe il y a bien longtemps et les arbustes l’entourant étaient malingres, et ils soulignaient une sorte de gémellité avec la tombe opposée, celle juste au-dessus. La nature a pris le dessus, ce regroupement n’est plus perceptible. Deux identiques pierres tombales, même granit noir, mêmes dimensions, encadrées de sapins définissant une sorte de continuité des deux sépultures.

« Erich Von Stroheim » écrit sur l’une (Et « Denise Vernac »). On sait qui c’est.

Mais sur l’autre dalle, « Hamilton Hays Keener, 1920-1970 », qui diable ça pouvait bien être ?...

Deux patronymes pas très Seine et Oise...

A chaque fois que revoyais un film de Stroheim je regardais sur internet si ce « Keener » apparaissait à un titre ou un autre quelque part. Rien. Et ces jours derniers je regarde enregistré il y a peu « La Danse de Mort » (1948) de Marcel Cravenne ; avec aussi Denis Vernac qui joue sa femme.

Un couple criant de vérité avec « Von Stro » en directeur de pénitencier, sur une île, affublé d’une épouse aigrie qui lui fait des scènes de ménage depuis 25 ans, inconsolable d’un amant enfui… Qui les rejoint sur l’île ! Jean Servais débarque.

Denise joue du piano, Stroheim danse, Denise emballe le clavier, frénétique, Stroheim claque des talons encore plus vite… Et s’effondre. Stroheim fait preuve d’une souplesse étonnante, il a déjà la soixantaine. Meurtre au piano, fallait y penser.

L’actrice italienne qui joue leur fille, Maria Denis, a le même âge que Vernac ! La classe 1916…

Keener, donc… Ultime tentative sur le Net. Et ça marche !

S’agissant de sa vraie vie Stroheim a toujours usé de fumigènes pour décourager l’historien et vendre ses salades. Retiré à Maurepas dans un « château », dans la solitude, on ignorait qu’y vivait aussi la sœur de Denise, Jacqueline.

Un jour un cinéaste-historien américain, Rick Schmidlin, s’avise de remonter « Les Rapaces », le film maudit de Stroheim. Il enquête. Retrouve un de ses fils, encore en vie. Pour pas longtemps. Il ne connaît pas grand-chose d’un père partit vivre en Europe, et qui avait eu un autre fils d’un premier mariage. Un fils mort qui a laissé une veuve. (On voit ce fils, Erich Jr, dans « Quinze Jours ailleurs » de Minnelli, il est le sosie de son père, un cancer le fauchera peu après).

La veuve de Junior mentionne à l’historien l’existence d’une « Jacqueline Keener », sœur de Denise Vernac. Nous sommes en 2000 et l’historien qui débarque à Maurepas tombe sur une accueillante octogénaire, totalement anglophone, qui lui explique tout.

Sœur de Denise, qu’elle a accompagnée en Amérique, et travaillant dans le domaine des parfums, elle y rencontra son mari producteur exécutif de Hollywood, Hamilton Keener, qu’elle ramena en France après-guerre, et où ils partagèrent le cottage de Maurepas avec l’illustre beau-frère putatif et sa concubine.

Le plus étonnant est qu’un stock de documents (Mille boîtes) est resté au château sans que personne ne s’y intéresse (Si ce n’est un amant de Denise, colonel américain, dans les années 60, qui commença à faire un feu dans la cour pour faire le ménage…).

Il semble que le Rick Schmidlin ait exfiltré ce qui restait vers une bibliothèque américaine. Stupéfiant que ce fond ait échappé à la sagacité des historiens français.

Un autre nom est depuis gravé sous celui de Hamilton Keener : « Jacqueline Keener, 1922-2005 »

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samedi 7 décembre 2019 à 20h42 - par  cp

C’est une « Ronde » quasi « Ophülsienne » qui tournoyait autour de ce petit monde de reclus de luxe car l’authentique colonel-amant flambeur de Denise Vernac a fini par l’épouser en 1970, au pays de Galles, et mourra en France en 1973. Lewis Léonard Bredin fît les deux guerres, né en 1893, ce milliardaire champion de golf accumula les mariages, mais, plus inattendu, il fut l’amant au long cours de Gloria Swanson, la Norma Desmond de « Boulevard du Crépuscule », laquelle star oubliée a pour chauffeur un metteur en scène déchu joué par Von Stroheim. Si je retourne à Maurepas, j’irai voir si un Lewis L. Bredin ne figure pas aussi parmi les stèles.
C’est l’acte de décès rajouté à la fiche « Vernac » (Gens du cinéma et Wikipédia) qui a permis d’en savoir un peu plus sur cette nébuleuse en voie d’extinction.

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vendredi 14 février 2014

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