ROCHEFORT-EN-YVELINES (78) : cimetière

Visité en octobre 2017
lundi 20 novembre 2017
par  Philippe Landru

L’église Saint-Gilles , de style roman, a été construite au XII e siècle, sur une terrasse, au flanc de la colline, par Guy de Montlhéry, alias Guy-le-Rouge, au retour de la croisade . Ayant débarqué en vainqueur, après cinq ans d’absence, à Saint-Gilles du Gard, il avait fait le vœu de faire construire une église en hommage à ce saint , protecteur des pèlerins, des enfants, et des navigateurs. Des reliques du saint y furent conservées jusqu’en 1893. Elle fut ensuite vouée aussi à Marie. Contre cette église se trouve la « chapelle des Princes », chapelle funéraire des Rohan-Guéméné , châtelains de Rochefort. Les restes d’Hercule et de Charles de Rohan-Guéméné ont été retrouvés dans la crypte en 1943.

Pour accéder à l’église, il faut emprunter un long escalier assez abrupt. Le mur de soutènement que cet escalier longe est en fait celui de l’ancien château fort, dont des ruines subsistent au sommet de la terrasse.

Le cimetière de Rochefort est contiguë à l’église, et se divise en trois terrasses (cimetière vieux, du centre, neuf) dominant la vallée : c’est une des plus charmantes nécropoles d’île-de-France.

On y trouve en particulier deux cimetières privés (séparés du reste du cimetière par grilles et murets) :

- Le premier est celui des branches contemporaines de la famille de Rohan, ceux décédés avant 1793 étant dans la chapelle des princes accessible uniquement par l’église. On y trouve en particulier la pierre tombale d’Hercule de ROHAN- MONTBAZON (1568-1654), comte de Rochefort puis deuxième duc de Montbazon. Pair de France, serviteur zélé d’Henri III et d’Henri IV, il prit part à la bataille d’Arques (1589), pendant laquelle il fut blessé. Lieutenant général en Bretagne et gouverneur de Nantes en 1598, il se distingua la même année lors de l’attaque des faubourgs de Tours, contre les partisans de la Ligue. Grand veneur de France de 1602 à 1643, puis lieutenant-général en Picardie et gouverneur d’Amiens à partir de 1616, gouverneur et lieutenant-général de l’Île-de-France et gouverneur de Paris, Soissons, Noyon, Coucy et Chauny (1619-1654) ; il était présent dans le carrosse royal lors de l’assassinat d’Henri IV et y fut blessé. J’ignore si ses restes furent transférés ici où demeurent encore dans la chapelle des princes, mais suppose plutôt que seul sa pierre tumulaire le fut.

- Le second est l’enclos familial du diamantaire Jules PORGÈS (1839-1921). Issu de la grande bourgeoisie juive austro-hongroise de Prague, il était propriétaire de nombreuses mines de diamants en Afrique du Sud. Il créa la société Jules Porgès et Compagnie et devint un diamantaire réputé. Il se retira en 1890, à 52 ans, pour réinvestir une partie de sa fortune dans l’immobilier parisien et devint une figure emblématique de l’aristocratie parisienne. À Rochefort-en-Yvelines, le couple racheta le château de la famille de La Rochefoucauld et fit édifier par l’architecte Charles Mewès, qui avait déjà conçu l’hôtel Ritz de Paris, une demeure grandiose inspirée de l’hôtel de Salm (Palais de la Légion d’honneur à Paris), mais double de dimensions. Il fit de cette demeure, durant la Première Guerre mondiale, un hôpital auxiliaire de la Croix Rouge, qui accueillit 150 blessés en convalescence.

Dans ce cimetière reposent :

- L’historien de l’Art américain Richard G. CARROTT (1924-1990), spécialisé dans l’architecture américaine et européenne des dix-huitième et dix-neuvième siècles, auteur de nombreux ouvrages et enseignant à l’université de Californie. Il possédait une demeure à Rochefort.

- le pionnier de la télévision Claude DARGET (Christian Savarit : 1910-1992) : journaliste de radio, entré à la télévision dès ses débuts, il présenta le journal de 20H00 de 1954 à 1968, mais aussi de nombreux grands reportages, avant d’animer pendant vingt-cinq ans « La vie des animaux » de Frédéric Rossif. Il fut licencié de l’ORTF à la suite des grèves de mai 1968. Sur sa dalle très simple figure également le nom Mérian, nous rappelant ainsi qu’il était le père de Danielle Savarit-Mérian, avocate, militante des Droits de l’homme, qui acquit une notoriété nationale lors d’une interview dans la rue par BFM TV après les attentats du 13 novembre 2015 où, tenant des propos en faveur de la fraternité, elle se référa au livre d’Ernest Hemingway, Paris est une fête.

- L’écrivain, dramaturge, critique de cinéma, réalisateur et scénariste Remo FORLANI (1927-2009). Il fut critique de cinéma sur RTL Télévision dans les années 1980, puis sur la radio du même groupe, notamment dans l’émission RTL Cinéma. Il fut inhumé dans cette commune où résidaient sa grand-mère maternelle et sa tante. Son identité est discrète dans la sépulture Boulen.

- Très loin des Etats-Unis où il fit fortune, mais près de la Cense, la propriété qu’il possédait à Rochefort (devenu désormais un haras) repose un personnage étonnant : le designer industriel français naturalisé américain Raymond LOEWY (1893-1986). Il fut l’un des concepteurs du rêve américain en créant une identité graphique dans des domaines très variés : bus, locomotive, fontaine à Coca-Cola, premiers réfrigérateurs et jukebox designs, Studebaker... Nous connaissons tous l’œuvre de ce personnage : parmi ses multiples créations, et pour se limiter aux plus connues, figurent les design des marques Lu, Monoprix, Spar, New Man (qui peut se lire dans les deux sens), Shell, BP, Exxon, Javel Lacroix, Co-Op, où encore le célèbre paquet de cigarettes Lucky Strike ! Il repose sous une dalle modeste et finalement assez difficile à trouver (son identité, quasi illisible, est indiquée sur le devant de sa pierre tombale).

Signalons encore le tombeau de la mère de Georges Clémenceau (Emma Gautreau), de sa sœur et de la descendance de cette dernière.


Merci à Jean-Michel Albert pour la tombe Forlani.


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vendredi 14 février 2014

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