LA RICHE (37) : prieuré Saint-Cosme

visité en janvier 2011
dimanche 23 septembre 2012
par  Philippe Landru


L’histoire du prieuré


Le prieuré de Saint-Cosme est un prieuré du XIe siècle où le poète Pierre de Ronsard vécut les vingt dernière années de sa vie, entre 1565 et 1585. Il fut fondé sur l’emplacement d’un oratoire de VIe siècle, par un communauté de chanoines réguliers de saint Augustin pour accueillir jusqu’au XVIIIe siècle les pèlerins en route pour le pèlerinage de Saint-Jacques-de-Compostelle. Au XVe siècle le prieuré bénéficia de la prodigalité du roi Louis XI de France qui résidait alors au château de Plessis-lès-Tours voisin. Il y fit construire l’église et la maison du prieur.

De 1565 à 1585, Ronsard y devint prieur commendataire. Il vécut dans la maison du prieur devenu depuis musée. À sa disparition à l’age de 61 ans le 27 décembre 1585, ce dernier fut inhumé dans le chœur de l’église du prieuré. En 1742 le prieuré fut supprimé et en partie démantelé, puis bombardé durant la Seconde Guerre mondiale.

En 1951 le conseil général d’Indre-et-Loire entreprit une importante réhabilitation du domaine, puis ouvrit le site au public.
À partir de 1988 furent crées/restaurés neuf jardins labellisés « Jardin remarquable » sur 2 hectares, où les roses sont omniprésentes avec 200 variétés sous toutes leurs formes en hommage à Ronsard. Elles se mêlent à une importante collection d’iris, de pivoines, de lavandes, de lys et d’arbustes divers et variés. De juin 2009 à fin janvier 2010 eurent lieu d’importantes fouilles archéologiques.

Aujourd’hui, on peut y voir la maison du prieur, qui abrite la chambre et le cabinet de travail de Ronsard agrémentés de mobilier Renaissance.

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Les ruines du prieuré.
A gauche, les ruines de la chapelle. A droite, la maison du prieur, rénovée et désormais musée consacré à Ronsard.

De l’église ne subsistent que des vestiges : le chevet où la tombe de Pierre de Ronsard a été découverte, les chapiteaux romans, l’arc gothique et une partie de croisillon. Des bâtiments autour du cloître, seuls le réfectoire doté d’une magnifique chaire romane et une partie de l’hôtelier ont échappé aux bombardements de la Seconde Guerre mondiale.
Depuis le 3 juillet 2010, 14 vitraux uniques signés par le peintre Zao Wou-Ki ornent le réfectoire.


Les tribulations des restes de Ronsard


Deux mots seulement sur le personnage, tant il sera facile de trouver plus précis sur des sites spécialisés sur le poète : Pierre de RONSARD (1524-1585), fils d’un chevalier, naquit près de Vendôme et mourut près de Tours, c’est dire si la Loire resta toute sa vie le cadre familier. Il fut d’abord page, se destinant à la carrière de militaire et de diplomate, mais une grave maladie le rendit à demi-sourd, et nécessita une réorientation de sa carrière. En 1543, il fut tonsuré au Mans. Des bénéfices ecclésiastiques lui assurèrent un revenu régulier qui lui enlevèrent tout souci matériel ; ce qui lui valut de consacrer sa vie à la poésie.

Il s’installa à Paris en 1544. C’est là qu’il contribua à former la Pléiade, groupe d’écrivains qui se donnèrent comme mission d’enrichir la langue française et de créer une véritable littérature dans cette langue. Grand humaniste, il devint le poète le plus important du groupe avec Joachim du Bellay, qui rédigea en 1549 la Défense et Illustration de la langue française. Ronsard ne fit pas d’études littéraires régulières, il apprit sous l’influence de nombreux écrivains, d’abord auprès de l’helléniste français Jean Dorat, qu’il eut comme maître au collège de Coqueret. Il fréquenta des poètes, des humanistes, des clercs, des gens de cour ; il participa activement à la vie des premiers salons et à l’activité de l’Académie de poésie et de musique, créée par Jean Antoine de Baïf. Il devint en 1558 poète officiel de la cour, avec le titre de conseiller et d’aumônier ordinaire du roi. Grand humaniste, il voulut une poésie inspirée de l’antiquité tant au niveau des thèmes qu’au niveau de la mythologie.

Les taphophiles seront heureux, car le musée du prieur accorde une large place aux différents « avatars » du tombeau de Ronsard.

En premier lieu, une photographie reproduit les gisants des parents de Ronsard qui se trouvent en l’église de Couture-sur-Loir (41).

Je ne suis pas encore allé moi-même à Couture, mais une page web présente très bien le site : vous la trouverez ici. En provient la seconde photo des gisants.

Ronsard fut donc inhumé dans la chapelle attenante à la maison du prieur. En 1607, le conseiller Joachim de la Chétardie lui fit édifier un mausolée en marbre dans l’église, près du maître-autel. L’inscription en fut composée par Heroard et disait « Arreste passant, et prends garde, cette terre est sainte. Loin d’ici profane ! Cette terre que tu foules aux pieds est une terre sacrée puisque Ronsard y repose. Comme les muses qui naquirent en France avec luy, voulurent aussy mourir et s’ensevelir avec luy, que ceux qui luy survivent n’y portent point d’envie et que ceux qui sont à naistre se donnent bien de garde d’espérer jamais un pareil avantage du ciel. Il mourut le sixième jour avant les calendes de janvier, en 1585 ».

Le mausolée était constitué de cette inscription, d’un entourage de marbre portant armoiries et dédicace de la Chétardie, et d’un buste. Lorsque le prieuré ferma en 1742, les restes de Ronsard restèrent dans la chapelle mais son tombeau fut transféré dans la collégiale Saint-Martin dont le prieuré dépendait. Détruit à la Révolution, il n’en subsiste plus que l’inscription (dont l’originale serait au musée de Blois, mais le prieuré en possède une copie) et un moulage du buste, exécuté vers 1802 et conservé également à Blois.

En 1932, alors qu’on creusait un puisard dans les ruines du choeur de l’église, des terrassiers mirent à jour des ossements humains à l’endroit même où la tradition plaçait les restes de Ronsard. Des fouilles furent menées, le squelette dégagé, puis une étude anthropologique fut menée par le docteur Robert Ranjard, qui conclut qu’il s’agissait bien des restes du poète [1]

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Fouille à Saint-Cosme
Le crane et le thorax du poète sont apparents.

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Le musée expose des pots funéraires et des clous du cercueil exhumés en 1933.

On commença à parler de tombeau plus digne : le Vendômois de naissance et la Touraine luttèrent pour recevoir les ossements, et Saint-Cosme l’emporta. Dans l’attente de la cérémonie de réinhumation, ceux-ci furent déposés provisoirement dans la crypte de la basilique de Saint-Martin de Tours. La cérémonie eut lieu en 1934 : y participèrent les notabilités politiques et intellectuelles de l’époque.

Il repose désormais sous cette nouvelle dalle funéraire, au milieu des ruines et de la végétation désormais domestiquée.

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En 2015, un internaute me signale que la pierre tombale a été restaurée.

Pour être totalement précis, il reste à préciser que le prieuré Saint-Cosme possède également la dalle funéraire de Bérenger de Tours (998-1088).

Ce théologien, ancien élève de Fulbert de Chartres, fut nommé en 1030 scolastique ou maître d’une école dans sa ville natale, et devint en 1039, chanoine laïc de la cathédrale d’Angers. Il occupa ce poste jusqu’en 1060 lorsque le comte d’Anjou Geoffroy II Martel lui interdit l’accès à la ville. Grammairien et dialecticien, son enseignement connut quelque temps beaucoup de succès. Sa doctrine eucharistique, fondée sur une lecture de Ratramne de Corbie qu’il confondit avec Jean Scot Érigène, mettait en cause la transsubstantiation et le réalisme eucharistique tel que le comprenaient ses contemporains. Son enseignement entraîna une controverse eucharistique avec Adelman, écolâtre de Liège, Abbon de Fleury et Lanfranc. Dénoncé comme hérétique en 1050 au concile de Tours, il fut condamné par le pape Léon IX parce qu’il niait la « présence réelle » du Christ lors de l’eucharistie. Il fut par la suite à nouveau condamné par les conciles de Rome et Verceil.
Condamné par pas moins de quatorze conciles, il fut éxilé sur l’île Saint-Cosme à la demande du pape Grégoire VII. Il mourut en paix avec l’Église à l’âge de 90 ans. La plupart de ses ouvrages furent perdus.


[1L’ensemble de ses analyses est trouvable sur le net : vous pouvez les consulter ici.


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vendredi 14 février 2014

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