ORLÉANS (45) : cathédrale Sainte-Croix

jeudi 2 février 2012
par Philippe Landru

Détruite par un incendie au Xe siècle, puis par les Huguenots au XVIe siècle, la cathédrale Sainte-Croix d’Orléans, sur les bases d’une église du IVe siècle, connut également les avanies de la Guerre de Cent ans, de la Révolution, puis des bombardements de 1944 !!

Comme toutes les cathédrales de France, elle fut le lieu privilégié de l’inhumation des évêques de la ville, mais compte tenu du poids qu’occupa Orléans dans l’histoire de France, la notoriété de certains d’entre-eux dépassa le simple cadre de leur diocèse. Pour la plupart, les tombeaux sont discrets et la présence des évêques n’est rappelée que par la présence de plaques commémoratives, le plus souvent très postérieures au décès des prélats.

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Plaque mémoriale de John Stuart Darnley (+1429)
noble écossais, comte de Derneley et d’Évreux, connétable de l’armée d’Écosse, il fut l’allié de la France durant la guerre de Cent Ans.
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Carditaphe de Adèle Félix Françoise d’Astorg
Elle fut l’épouse d’André Urbain Maxime, Comte de Choiseul Daillecourt, qui fut préfet du Loiret sous Louis-Philippe, et membre de l’Institut.

Il ne s’agira pas ici de présenter l’ensemble des inhumés de la cathédrale (évêques, chanoines...), mais seulement ceux qui marquèrent plus particulièrement leur époque. Ils sont classés chronologiquement.

- Pierre du CAMBOUT de COISLIN (1636-1706) : prélat français de bonne famille (il était rattaché à Richelieu), il fut nommé en 1665 au siège épiscopal d’Orléans puis grand aumônier de France. Il s’opposa avec urbanité aux dragonades dans son diocèse. Il fut nommé cardinal en 1697. On trouve dans la cathédrale à la fois sa dalle funéraire brisée, et une longue plaque à sa mémoire.

- Robert-Joseph POTHIER (1699-1772) : descendant d’une vieille famille orléanaise, il devint conseiller au Châtelet, puis au présidial d’Orléans, tout en étant professeur de droit français à l’Université d’Orléans. Homme pieux et renommé pour sa charité, il lutta contre l’utilisation de la torture dans les interrogatoires. Ses travaux servirent de modèle aux auteurs du Code Civil. Pothier fut ainsi le seul français à avoir sa statue au Capitole, à Washington. Il fut inhumé au Grand Cimetière d’Orléans (le premier), et ses restes furent transférés en 1823 dans la chapelle Saint-Yves de la Cathédrale d’Orléans avec son épitaphe. Ils y sont toujours visibles.

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Dalle funéraire de R.J. Pothier.
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Epitaphe de R.J. Pothier.

- Etienne-Alexandre BERNIER (1762-1806) : prêtre réfractaire sous la Révolution, il s’engagea auprès des vendéens dont il devint l’un des chefs. Parvenu à échapper à toutes les traques menées contre lui, il se rapprocha de Bonaparte qui le désigna pour être un des plénipotentiaires chargés de traiter du Concordat de 1801 avec l’envoyé du pape. Il s’y montra très conciliant, et fut fait en remerciement en 1802 évêque d’Orléans. C’est à Paris qu’il mourut quatre ans plus tard, et il fut inhumé dans le petit cimetière du Calvaire de Montmartre où sa pierre tombale, totalement anonyme, existe toujours.

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Dalle funéraire anonyme d’Etienne Bernier au cimetière du Calvaire.

Son coeur repose néanmoins dans la chapelle de la Compassion de cette église, comme le signale une plaque.

- Félix DUPANLOUP (1802-1878) : auteur de nombreux ouvrages religieux destinés à la jeunesse, orateur sacré, directeur du petit séminaire de Saint-Nicolas-du-Chardonnet, animateur de la lutte pour la liberté de l’enseignement, Félix Dupanloup fut l’une des figures majeures du catholicisme français au XIXe siècle. Évêque d’Orléans en 1849, il se posa à la fois comme le chef de file du catholicisme libéral et comme l’adversaire le plus décidé des idéologies modernes et de l’« athéisme social ». Ainsi, s’il inspira fortement la loi scolaire du 15 mars 1850, dite « loi Falloux », il n’en fut pas moins un adversaire, lors du premier concile du Vatican (1870), de l’opportunité de la définition de l’infaillibilité pontificale.

Elu à l’Académie française en 1854, il soutint contre Louis Veuillot et son journal ultramontain et conservateur L’Univers une polémique religieuse retentissante. Son attitude hostile à l’Empire après la guerre d’Italie le fit poursuivre en 1860 ; en 1870, au mois d’octobre, il fut retenu prisonnier dans son palais épiscopal pendant quelques jours par les troupes allemandes. Dans des conditions pareilles, on comprend qu’il se fit ainsi beaucoup d’ennemis parmi les catholiques intransigeants. Député à l’Assemblée nationale (1871), il fit voter la loi sur la liberté de l’enseignement supérieur (12 juillet 1875), et devint sénateur inamovible l’année suivante.

Il mourut dans l’Isère. Son corps (excepté son coeur qui se trouve dans son village natal de Saint-Félix, en Haute-Savoie) fut ramené à Orléans où il fut déposé dans la cathédrale. Un tombeau fut érigé en 1888 dans la chapelle du transept sud. Le mausolée représente l’évêque allongé sur son lit funèbre. En mémoire de son action en faveur de Jeanne d’Arc (dont il oeuvra à la reconnaissance des mérites religieux, point de départ de sa future canonisation), l’ange qui le surplombe tient son étendard. Les 2 statues de part et d’autre sont Saint Georges (symbole de son ardeur combative) et le prophète Elie (rappelant son éloquence). Le bas-relief montre l’évêque (au centre) dans le cloître du Petit Séminaire de La-Chapelle-Saint-Mesmin.

- Le cardinal Stanislas-Arthur-Xavier TOUCHET (1848-1926) : évêque d’Orléans en 1894, il fut un farouche opposant de la loi de séparation des Églises et de l’État en 1905. On lui dut surtout l’élaboration du procès en canonisation de Jeanne d’Arc : en 1909 d’abord, il obtint sa béatification par Pie X, puis en 1920, sa canonisation par Benoît XV et enfin en 1922, sa proclamation de sainte patronne secondaire de la France par Pie XI. En 1922, il fut créé cardinal. C’est lui qui fit édifier dans cette cathédrale la chapelle Sainte-Jeanne d’Arc du transept nord, et dont il confia l’aménagement à l’architecte Georges Guët. Cette chapelle abrite une statue en marbre de Carrare le représentant agenouillée devant la statue de Jeanne d’Arc guerrière (1912) de Vermare. Une grande dalle encastrée dans la mosaïque du sanctuaire, entre le monument de Jeanne-d’Arc et l’autel, recouvre son caveau.


Merci à Helène Richard et Stéphane Thomas pour les photos.


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