SAINT-RAPHAËL (83) : cimetière Alphonse Karr

visité en juillet 2013
samedi 5 août 2017
par  Philippe Landru

Dès le milieu du XIXe siècle, le cimetière attenant à l’ancien rempart, enclavé au milieu de la ville et ne pouvant se développer, était devenu insuffisant. Il fut interdit en 1862. Un vote de translation et la réalisation d’un nouveau cimetière au quartier de la Dragonnière, eut lieu en 1860, mais celui-ci s’avéra vite insatisfaisant (il fut supprimé en 1899).

Après bien des atermoiements, le plan du nouveau cimetière fut signé de l’architecte de la ville, Sylvain Ravel, et daté du 12 octobre 1889. Il connut ensuite deux extensions (années 30 et années 60).

La partie ancienne du cimetière s’organise à partir d’une allée centrale bordée de cyprès, recoupée par deux allées perpendiculaires, formant approximativement une croix de Lorraine. Au croisement des deux allées principales est érigée une croix. Les tombeaux des concessions perpétuelles sont édifiés le long des allées.

Le cimetière abrite une chapelle funéraire orthodoxe et une chapelle funéraire arménienne. La chapelle funéraire destinée à recueillir les ossements des pensionnaires russes de la maison de retraite L’Hermitage a été construite en 1965. L’architecte est vraisemblablement le même que pour l’église d’orthodoxes russes, c’est à dire Nicolas Tzwetkoff.

Ici comme partout, le cimetière raconte l’histoire et la croissance de la cité à partir du XIXe siècle, sans omettre la dimension internationale de la station balnéaire.


Curiosités


- Dans le haut du cimetière se trouve le « quartier des Anglais » (à l’origine, une parcelle pour les non catholiques), une cinquantaine de tombes parfois en très mauvais état qui témoigne de l’implantation durable d’une colonie anglaise dans la ville. On y trouve en particulier la tombe d’Henry Parker, qui était le neveu de Charles Darwin.

- Quelques oeuvres d’art (assez peu pour un tel cimetière)

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Le beau médaillon d’Henri Vadon, jeune interne mort en 1926 à 24 ans « victime de la science », signé Louis Patriarche.

Quelques beaux tombeaux néoclassiques.


Célébrités : les incontournables...


- Joseph GALLIÉNI

Bertrand Beyern indique dans son dictionnaire la présence de l’écrivain et poète d’origine arménienne Armen LUBIN (Chahan Chahnour Kerestedjian : 1903-1974), qui fut régent du Collège de Pataphysique, qui reposerait dans la chapelle arménienne ; mais ce dernier possède également une tombe dans la 88ème division du Père Lachaise ?


... mais aussi


- L’architecte Pierre AUBLÉ (1842-1925), né à Rhodes dans une famille du Lyonnais. Ingénieur de chemins de fer, notamment au service de l’Empire ottoman, il fut appelé par Félix Martin, maire de Saint-Raphael, pour réaliser des études pour le canal de l’Argens (qui ne vit jamais le jour). Émerveillé par la côte raphaéloise, Aublé décida en 1879 de s’y installer. Outre la réalisation de la basilique Notre-Dame de la Victoire (1883-1887), on attribue à Pierre Aublé la construction d’une soixantaine de villas à Saint-Raphaël. Les nouveaux propriétaires furent surtout des médecins, personnalités des arts et sciences, administrateurs et hommes politiques qui se regroupèrent en petites communautés homogènes dont les villas furent les lieux de réception.

- Marguerite AUDOUX (Marguerite Donquichotte : 1863-1937) : après une enfance difficile (passé par l’orphelinat, elle devint ensuite bergère puis ouvrière), ses talents littéraires furent remarqués par Octave Mirbeau qui fit éditer son roman autobiographique Marie-Claire (sans doute à l’origine du nom de la revue), qui reçut le prix Femina en 1910. Elle fit paraître à la suite trois autres ouvrages qui ne connurent pas le même succès. Elle donna son nom à un prix littéraire, ainsi qu’à une bibliothèque du IIIe arrondissement de Paris.

- Herman Georges BERGER (1875-1924), escrimeur français, il fut membre de l’équipe de France d’épée et champion olympique par équipe dans cette discipline en 1908. Il fut également maire de Saint-Raphaël de 1914 à 1921.

- Le Compagnon de la Libération Raphaël BRIARD (1914-1980), engagé volontaire dans l’infanterie coloniale, qui rejoignit les FFL via le Tchad puis le Nigéria britannique. Il participa aux campagnes de Libye et de Tunisie, puis intégra la 2DB qui le mena jusqu’à Berchtesgaden.

- Jules CARDE (1874-1949), qui après avoir débuté une carrière dans l’administration coloniale avec Gallieni à Madagascar où il resta pendant sept ans, fut gouverneur général de l’AOF (1923-1930) et de l’Algérie (1930-1935).

- Le général Jean-Louis DELAYEN (1921-2002), qui participa à la Seconde Guerre mondiale, la guerre d’Indochine, celle d’Algérie et aux opérations au Tchad. Jeune aspirant, il connut son heure de gloire lorsque « Premier officier allié à atteindre le Rhin », trempant le fanion de son peloton dans le fleuve, il fit la « une » du New York Times (en fait une reconstitution). À sa demande, lors de son enterrement, son cercueil fut accompagné par les marsouins de ses anciens régiments (RICM et 2e RIMA) au chant de Marie Dominique, hymne officieux de l’Infanterie de Marine.

- Le peintre breton Jean-Louis HAMON (1821-1874), qui fut un habitué du Salon et qui exposa lors des Expositions universelles. Il futll’un des principaux représentants de l’école néo-grecque (thèmes antiques, peinture claire, primauté de la ligne et goût pour la reconstitution archéologique) qui séduisit le Second empire mais fut boudée par la suite. Il fut un temps décorateur à la Manufacture de Sèvres. Lors de ma visite, sa tombe était en reprise : j’ignore si elle est encore visible.

- Le Compagnon de la Libération Pierre-Jean HERBINGER (1899-1972) : ancien soldat de la Première Guerre mondiale, ingénieur civil des Mines dans l’Entre-deux guerres, il s’engagea dans la Résistance dès l’armistice et fut chargé de missions de renseignements militaires. Arrêté et torturé par la police française, il fut interné à Clermont-Ferrand et à Riom en mars 1942 ; puis libéré sur l’intervention de l’Ambassadeur des Etats-Unis à Vichy. Jusqu’à la fin de la guerre, il mena ses réseaux de renseignements et connus plusieurs arrestations et tortures. Il survécut néanmoins mais mourut en 1972 d’un accident de voiture.

- L’architecte Jacob Walton HOUTELET (1838-1891), qui construisit plusieurs villas de la ville. Lors de ma visite, une plaque de reprise était placée sur sa tombe.

- L’humoriste Alphonse KARR (1808-1890) ; qui donna son nom au cimetière. Après avoir mener dans les années 30 une vie de bohème en s’essayant à tous les genres littéraires (poésie, pastiches, théâtre), il publia des articles satiriques dans le Figaro, dont il devint le rédacteur en chef. Un amour malheureux lui inspira un premier roman Sous les tilleuls, qui remporta en 1832 un immense succès. Il fonda en 1839 son propre journal Les guêpes, où furent « épinglées » les plus grandes célébrités artistiques et politiques de l’époque. Ce journaliste, tour à tour pamphlétaire, humaniste satirique, romancier, poète, se retira alors du monde, devint botaniste et jardinier en s’installant à Nice avec sa compagne et sa fille en 1853. Exproprié par la construction de la Gare SNCF, il s’établit en 1865 à Saint-Raphaël, amenant avec lui dans ce petit port de pêche une multitude d’hommes de lettres tels que Hugo, Lamartine, De Nerval, Dumas…Cet homme, considéré comme le découvreur de Saint-Raphaël, mourut dans sa villa « Maison Close ». Il repose sous un mégalithe faisant penser à un tronc d’arbre.

- Le sénateur René-Georges LAURIN (1921-2006) : ancien résistant, il siégea en 1944 et 1945 à l’Assemblée consultative provisoire, puis devint attaché de presse au cabinet du général de Gaulle jusqu’en 1947. Membre du Rassemblement du peuple français (RPF) dès 1947, il fut maire de Saint-Raphaël à deux reprises (1961-65 puis 1977-83), député de 1958 à 1967 puis sénateur de 1986 à 2004.

- René LAVAUD (1874-1955), qui était majoral du félibrige. Originaire du Périgord, il publia un ouvrage sur Bertran de Born puis une quinzaine d’autres titres, tous consacrés à la langue occitane.

- Le Compagnon de la Libération Charles LE COCQ (1898-1945) : après avoir participé à la Première Guerre mondiale, il servit au Maroc, en AOF, au Soudan puis en Indochine. Rallié à De Gaulle dès 1940, il participa à la campagne contre les Siamois qui, aidés par les Japonais, revendiquaient des territoires en Indochine. Il est mortellement blessé alors qu’il inspectait les lignes pour en vérifier la solidité face aux Japonais. Il fut inhumé dans l’enceinte du poste de Than Mai ; puis rapatrié en France. Son corps repose dans le caveau familial de son épouse.

- Le contre-amiral Félix Victor Charles ORTOLAN (1907-2000).

Reposeraient également dans ce cimetière (je n’ai pas les photos)
- Le Compagnon de la Libération Roger MALFETTES (1918-2009)
- Le Compagnon de la Libération Edmond PINHEDE (1911-1997)
- Le Compagnon de la Libération Pol THIBAUX (1914-1963)
- La comédienne Alice FIELD (Alice Fille : 1903-1969)
- Le couple de comédien Henri GUISOL (Henri Bonhomme : 1904-1994) et Marthe ALYCIA (Marthe Rosette : 1903-1994)


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vendredi 14 février 2014

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