TOCQUEVILLE (50) : cimetière

visité en janvier 2013
mercredi 13 février 2013
par  Philippe Landru

Le petit cimetière de Tocqueville, autour de l’église, est évidemment dominé par la personnalité écrasante du lieu : le vicomte Alexis de TOCQUEVILLE (1805-1859).

Issu une famille légitimiste de la noblesse normande, arrière-petit-fils de Malesherbes par sa mère et neveu du frère aîné de Chateaubriand,

Alexis de Tocqueville fut nommé juge auditeur en 1827 au tribunal de Versailles. C’est dans ce cadre qu’il fut envoyé aux États-Unis (en 1831) pour y étudier le système pénitentiaire américain. Impressionné, il en revint et fit paraître en 1835 le premier tome de De la démocratie en Amérique (le second en 1840), œuvre fondatrice de sa pensée politique. En 1835, il fut reçu en Angleterre par son ami John Stuart Mill, et publia son essai L’État social et politique de la France avant et depuis 1789 qui forma ses grandes bases de réflexions sur l’Ancien Régime et la Révolution. Grâce à son succès, il fut élu à l’Académie des sciences morales et politiques (1838), puis à l’Académie française (1841).

À la même époque il entama une carrière politique, en devenant en 1839 député de la Manche, siège qu’il conserva jusqu’en 1851. Il défendit au Parlement ses positions anti-esclavagiste et libre-échangistes, et s’interrogea sur la colonisation, en particulier en Algérie. Ce « libéral-conservateur » fut élu à l’Assemblée constituante de 1848. Il fut une personnalité éminente du parti de l’Ordre, un parti résolument conservateur. Prenant conscience du poids de la classe ouvrière et de l’émergence du socialisme avec la Révolution française de 1848, qu’il considèrait comme une trahison de la révolution de 1789, il approuva sans aucune réserve la répression des Journées de Juin.
Il fut membre de la Commission chargée de la rédaction de la Constitution française de 1848 : il y défendit surtout les institutions libérales, le bicamérisme, l’élection du président de la République au suffrage universel, et la décentralisation. Il fut élu en 1849 à l’Assemblée législative, dont il devient vice-président.

Hostile à la candidature de Louis Napoléon Bonaparte à la présidence de la république, lui préférant Cavaignac, il accepta cependant le ministère des Affaires étrangères entre juin et octobre 1849. Opposé au Coup d’État du 2 décembre 1851, il fit partie des parlementaires qui votèrent la déchéance du président de la République. Incarcéré à Vincennes puis relâché, il quitta la vie politique. Retiré en son château de Tocqueville, il entama l’écriture de L’Ancien Régime et la Révolution, paru en 1856, dont le sujet porte sur le centralisme français. La seconde partie resta inachevée, quand il mourut en convalescence à Cannes où il s’était retiré six mois plus tôt avec sa femme pour soigner sa tuberculose.

Son analyse de la démocratie n’y voit pas seulement un système politique opposé à la monarchie, mais aussi et surtout un système social différent de la société aristocratique, marqué par « l’égalité des conditions ». Il ne s’agit pas seulement d’une égalité politique et juridique, mais de la base d’un système caractérisé par la mobilité sociale, qui rend les systèmes de domination plus acceptables, puisque chacun a sa chance un jour d’obtenir une place meilleure. Il analyse également l’imaginaire démocratique et l’émergence des classes moyennes.

Pour autant, Tocqueville garda un recul vis-à-vis de la démocratie. Il mit en lumière la contradiction entre liberté et égalité, entre l’essor de l’individualisme et le maintien du lien social, ce en quoi il fut un penseur très moderne. Happés par leur désir de réussite sociale et économique, les individus sont certes plus autonomes dans la société démocratique, mais aussi plus isolés.

Alexis mourut sans descendance : seul l’un de ses frères, Louis Edouard, en un une qui perpétua le titre de vicomte de Tocqueville. C’est ce frère et sa descendance qui repose avec Alexis dans le tombeau. On remarquera le bel ordonnancement conservateur aristocratique : les hommes sont tous inhumés du coté gauche, leurs épouses du coté droit du tombeau !

Près du cimetière, sur la place du village, un buste rappelle la figure tutélaire du lieu.


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