SOMBREUIL Marie-Maurille de (1767-1823)

Cimetière Saint-Véran d’Avignon (84)
lundi 24 octobre 2011
par  Philippe Landru

Fille de Charles-François Virot, marquis de Sombreuil, maréchal de camp et gouverneur des Invalides (1727-1794), qui fut enfermée à l’Abbaye après le 10 août 1792, Marie-Maurille devint à son corps défendant « l’héroïne au verre de sang ».

L’anecdote est la suivante : lors du procès de 300 détenus soupçonnés d’activisme anti-révolutionnaire, dont son père, elle le sauva provisoirement en se jetant courageusement dans la foule et en demandant au peuple de Paris sa grâce. Elle le fit avec tant de courage qu’elle l’obtint, mais au prix d’un terrible marché fixé par Stanislas Marie Maillard dit Tape-Dur : son père serait épargné si elle buvait un verre de sang bleu frais. Tape-Dur aurait plongé un verre dans un baquet, qui recueillait le sang des victimes décapitées, l’aurait tendu à la Comtesse qui, sans hésiter, l’aurait bu d’un trait en criant « vive la nation ». Cette marque d’amour filiale fut honoré par la prose et les vers : Victor Hugo, Jacques Delille ou encore Gabriel-Marie Legouvé s’en emparèrent.

On massacre partout, des Carmes à Montrouge.
Aux portes des prisons grouillent, le verbe haut,
Des égorgeurs en rage, aux forts relents de bouge…
Tu veux sauver ton père ? Alors, fais ce qu’il faut !
 
Tu vois ce verre ? Il est rempli d’un beau sang rouge,
Tout juste recueilli là-bas, sous l’échafaud
Bien laqué, chatoyant, et presque encore chaud
Regarde, ne dirait-on pas qu’une âme y bouge ?
 
Eh bien ! fier rejeton du ci-devant Sombreuil,
Si tu veux épargner au marquis le cercueil,
Nous te mettons, ce verre, au défi de le boire ! »
 
Maurille, alors, fixant le breuvage vivant,
Le cœur entre les dents, s’exécute, inscrivant
Le plus beau trait d’amour filial de l’histoire.
 
Bernard Lallement

Rien que parce qu’il n’y avait pas de guillotine à la prison de l’Abbaye, l’anecdote ne tient pas. On pense plutôt que Marie Maurille de Sombreuil, enfermée auprès de son père et très altérée de le voir en si mauvaise posture, demanda un verre d’eau. Celui-ci lui arriva rougi d’être passé entre plusieurs mains sanglantes, d’où l’origine de la légende.

Toujours est-il que cela ne servit à rien, puisque son père et son frère furent guillotinés quelques temps plus tard : ils furent jetés dans les fosses du cimetière de Picpus. Son autre frère, Charles-Eugène-Gabriel, émigra pui passa en Angleterre. Chargé du commandement de la deuxième division de l’expédition dirigée sur Quiberon, il y débarqua au moment où Hoche attaquait le fort Penthièvre. Contraint de capituler, il fut condamné à mort et fusillé à Vannes en juillet 1795. Il repose, parmi ses camarades, au champs des Martyrs de Brech !

Délivrée après le 9 Thermidor, Marie de Sombreuil épousa un émigré, le comte de Villelume. Elle mourut à Avignon : tandis que son corps fut inhumé au cimetière Saint Roch, son cœur fut placé dans la chapelle des Célestins par les militaires invalides de la succursale. Lorsque ceux-ci quittèrent la succursale d’Avignon en 1850, ils emportèrent avec eux le carditaphe confié à l’aumônier, à bord des navires l’Althen et le Mogador, puis le déposèrent, en mémoire de son père disparut dans les fosses de Picpus, dans le caveau des gouverneurs de l’hôtel des Invalides, où il demeure aujourd’hui l’unique coeur féminin. Son corps fut exhumé lors de la désaffectation de Saint-Roch puis placé à Saint-Véran. Ses ossements furent réunis dans un petit coffre en bois de chêne, enfoui à même la terre, puis recouvert par la dalle d’origine rapportée de Saint-Roch.

Ultime hommage à notre héroïne : un rosier-thé grimpant portant son nom.


Merci à M Penin pour la photo du carditaphe.


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