TOURTOIRAC (24) : cimetière

Visité en avril 2007
mardi 11 janvier 2011
par  Philippe Landru

Dans un magnifique écrin de verdure, le minuscule cimetière de Tourtoirac abrite la dernière demeure de deux personnalités assez originales, dont la notoriété est assez grande pour que leur tombe soit signalée par un panneau à l’entrée. Après tout, il s’agit ni plus ni moins du panthéon royal d’une dynastie morte dans l’oeuf !

Antoine Tounens (1825-1878) était issu famille de paysans dont l’aisance relative lui permit de faire des études et d’acheter une charge d’avoué à Périgueux. Rêvant de l’aristocratie, il obtint le droit en 1857 d’ajouter une particule à son patronyme. Il vendit ensuite sa charge d’avoué et contracta un emprunt de 25 000 francs en vue d’une expédition qu’il projettait. Débarqué au Chili le 28 août 1858, il gagna la province d’Arauco en 1860 où il promulga une constitution le 17 novembre. Ayant pris le nom d’Orllie-Antoine Ier (ou Orélie-Antoine Ier), il fut proclamé roi d’Araucanie et de Patagonie le 20 novembre 1860, revendiquant ainsi l’extension de son royaume au-delà des Andes, jusqu’à l’Atlantique et au détroit de Magellan. Il s’appuya sur les tribus Puelches et Tehuelches, hostiles au gouvernement chilien, mais fut fait prisonnier par les troupes chiliennes en 1862, puis condamné à l’internement dans un asile de fous. L’intervention du consul général de France lui permit de regagner la France. Durant la période 1860-1862, le Royaume d’Araucanie et de Patagonie eut donc, dans une certaine mesure, une existence effective. Il n’abandonna pas ses projets, organisa une souscription en 1866, et monta en 1869, 1874 et 1876 trois nouvelles expéditions qui se soldèrent par des échecs. Revenu malade de sa dernière expédition, il se retira chez son neveu établi à Tourtoirac, y mourut et y fut inhumé.

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Acte de décès d’Antoine Tounens - Tourtoirac, 1878.

Cette aventure fait désormais sourire : c’est méconnaître le contexte colonial de l’époque. Si elle fut vouée à l’échec, c’est que la presse ne cessa de moquer le personnage (en particulier ses origines roturières), et que le gouvernement ne fit rien pour l’aider. En réalité, Napoléon III était à l’époque engagé dans l’expédition du Mexique : il n’était donc pas question de chasser plusieurs lièvres à la fois ! Pourtant, l’histoire eût put êre différente si le gouvernement avait prit l’affaire au sérieux : cette région du monde n’appartenait alors à aucun État, et le roi d’Araucanie bénéficiait de l’appui des tribus indigènes...

Cette folle aventure aurait pu s’arrêter là mais il n’en fut rien : mort sans alliance ni descendance, son « titre » royal passa à Achille Laviarde (1841-1902), un administrateur rémois qui prit le nom d’Achille Ier. Bien que celui-ci ne se rendit jamais en Amérique, il « administra » son royaume dans l’exil, nommant des ministres, créant des ordres royaux, et parvenant même à se faire reconnaître par le Gotha et à nommer des consuls. Mort sans enfant, la couronne échut à l’un de ses secrétaires d’Etat, Antoine-Hyppolite Cros [1], qui devint roi sous le nom d’Antoine II. Il est a noté qu’il existe toujours un « détenteur » de la couronne d’Araucanie et de Patagonie.

Achille Ier fut inhumé au cimetière-sud de Reims, puis exhumé en 1976 pour rejoindre le petit cimetière de Tourtoirac, où il repose à coté de son prédécesseur.


Le prince d’un royaume hors norme

Article de Richard Zeboulon dans Sudouest du 26/12/2010

Philippe Boiry est l’héritier d’un royaume créé en Patagonie voici 150 ans. Une histoire hors du commun, entre Bordeaux, la Dordogne et une terre du bout du monde.

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Philippe Boiry, sur la tombe du fondateur du royaume de Patagonie et d’Araucanie.

Le 15 novembre dernier à Tourtoirac en Dordogne, Philippe Boiry, 85 ans, est venu se recueillir sur la tombe d’Orélie-Antoine de Tounens, fondateur du « royaume de Patagonie et d’Araucanie » dont il est l’actuel héritier. Cette semaine-là, la dynastie fêtait en effet son 150e anniversaire. Par décision du tribunal de grande instance de Paris en date du 4 juin 1971, Philippe Boiry avait été reconnu comme l’héritier légitime et en exil de la couronne d’Araucanie et de Patagonie.

Cent cinquante ans après la royale ascension du fondateur du royaume, Philippe 1er d’Araucanie dispose toujours du titre d’Altesse royale sur son passeport. Huit jugements ultérieurs ont confirmé ce droit reconnu par le TGI de Paris.

Le prince poursuit l’œuvre hors norme, et désormais hors sol, de l’étrange fondateur. Il a défendu la nation des Indiens Mapuches à l’ONU où il siégea durant plusieurs années, au sein de la commission des droits de l’homme. Philippe 1er réside à la fois à Paris et dans la maison natale d’Orélie-Antoine 1er à Chourgnac-d’Ans.

Une épopée

Rien ne prédestinait son aïeul, Orélie-Antoine de Tounens au destin qu’il va se forger. Sa vie sera une épopée. Des signes annonciateurs étaient apparus à la génération précédente. D’extraction modeste, le père Jean Tounens, agriculteur propriétaire, obtint de la cour impériale de Bordeaux l’autorisation de rétablir une particule à son patronyme, en juillet 1857. Avant dernier d’une fratrie de neuf enfants, Orélie-Antoine vit le jour le 12 mai 1825. Il était déjà surnommé « Prince », comme son père et son grand-père.

D’aucuns prétendent que c’est à la lecture de « La Araucana », du conquistador Alonso de Ercilla (traduit par Voltaire), qui rendait hommage à la fierté des tribus des Indiens Mapuches peuplant l’Auricanie, que son projet aurait germé.

Sur une carte, il trouve ce territoire non conquis par les puissances coloniales. Ses occupants ont repoussé toute conquête de ses ambitieux voisins, l’Argentine comme le Chili, et même des Espagnols. Orélie-Antoine sera donc roi de cette terre du bout du monde !

Après un passage en Belgique où il fait frapper monnaie de son futur royaume, il passe par Paris où il acquiert des attributs de ce qui lui semble nécessaire au futur roi : un sabre de cavalerie, un chapeau, un sceau et deux drapeaux

Le 28 août 1858, il débarque donc à Coquimbo, au Chili, armé de son ambition tenace : réunir en une grande confédération les tribus Mapuches dans le cadre d’une monarchie constitutionnelle puis offrir son alliance à Napoléon III ! Là, il rédige la constitution de son futur royaume et apprend la langue des Mapuches.

Bordeaux-Patagonie

Deux ans après, il se rend en Araucanie, séduit les peuplades locales en leur proposant de fonder un état qui pourrait être un interlocuteur face aux Chiliens et Argentins. Le 17 novembre 1860, le Périgourdin se fait proclamer souverain et promulgue la constitution en 66 articles de son royaume. Trois jours plus tard, il décrète avec l’accord des chefs Mapuches d’Argentine, l’union de l’Araucanie et de la Patagonie fixant des limites à son royaume, parfois appelé aussi Nouvelle France.

Simultanément, il envisage de créer une ligne de vapeurs pour relier Bordeaux et la Patagonie afin d’exploiter des mines d’argent, de cuivre et d’étain. Mais l’heure n’est plus à la fondation d’empires, son épopée ne rencontre qu’indifférence. Quelques allers-retours contraints entre son royaume et la France achèvent de le ruiner et de ruiner sa santé. Orélie-Antoine 1er a recours à sa famille pour régler ses dettes. Ses amis s’en éloignent, ses frères maçons font de même.

Il rencontre pour les convaincre du bien fondé de son aventure le duc de Bordeaux, Flammarion, l’illustre astronome, écrit missive sur missive aux députés, aux sénateurs, au ministre des Affaires étrangères, à Napoléon III, au pape Pie IX… En vain.

Son quatrième et ultime voyage, en 1876, financé pour partie par un riche champenois et par la banque Cordier, tourne court. Emprisonné par les Argentins, il tombe gravement malade et se voit rapatrié en France. Antoine de Tounens accoste à Bordeaux le 26 janvier 1877 à bord du bateau Le Panama.

Immédiatement hospitalisé à l’hôpital Saint-André, il est visité par le Primat d’Aquitaine, le cardinal Donnet qui lance un appel en sa faveur. Toutes les chambres d’avoués y souscrivent ainsi que les étudiants en droit de Bordeaux. Après avoir confié à l’éditeur Édouard Feret, un dernier manuscrit.

Le 10 août 1877,de Bordeaux, toujours combatif, il écrit au rédacteur de « La Presse » afin de bénéficier du soutien des lecteurs. Meurtri, affaibli, il s’installe peu après, chez un neveu, Jean-Adrien, un marchand de bestiaux à Tourtoirac en Dordogne où il décède le 17 septembre 1877 à 53 ans, ruiné, abandonné de tous, en écartant par testament sa famille. Il désigne son ami Achille Laviarde pour lui succéder au trône sous le nom de Achille 1er.


Si vous avez des informations sur les lieux d’inhumation des successeurs, en particulier le frère de Charles Cros, je suis preneur. Wikipedia l’indique inhumé au cimetière Montmartre, mais le cimetière n’a aucune trace de lui.

Merci à Marie pour l’acte de décès.


[1le frère de Charles Cros, le célèbre poète et inventeur !


Commentaires

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TOURTOIRAC (24) : cimetière
jeudi 28 décembre 2017 à 22h05 - par  Jules R.

Antoine Hippolyte CROS, roi d’Araucanie et de Patagonie sous le nom d’Antoine II, était aussi l’arrière grand père de Maurice DRUON.

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TOURTOIRAC (24) : cimetière
samedi 20 novembre 2010 à 10h42 - par  Hugues

En ce 20 novembre 2010, date du 150 ème anniversaire de la création du Royaume d’Araucanie et de Patagonie, je salue tous les sujets patagons et leur souhaite une très bonne fête royale !

Vive le Roy !

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mardi 1er décembre 2009 à 21h08

vive le roi !!!!!!!!!!!!!!!!!!!!

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