BORDEAUX (33) : cimetière protestant

jeudi 15 mars 2012
par  Philippe Landru

Il existe des cimetières protestants à Bordeaux depuis le XVIe siècle puisque le premier, issu d’une initiative privée, date de 1563. Il se trouvait dans le quartier de la rue des Ayres. En 1751, un second cimetière vit le jour rue Pomme d’or. Rapidement saturé, il fut remplacé par le cimetière des Etrangers, ouvert en 1769 à quelques encablures. Désaffecté en 1889, on édifia à son emplacement en 1975 le bâtiment de la Caisse régionale de la Sécurité sociale (80, Cours St Louis).

(Pour en savoir plus sur ce cimetière des Etrangers)

En dehors de ces cimetières, et à Bordeaux comme ailleurs, les protestants avaient pris l’habitude d’enterrer les leurs dans les jardins, dans les cours, parfois en des endroits encore plus invraisemblables !

Le cimetière protestant de la rue Judaïque fut créé en 1826, et mis en service l’année suivante. Il fut agrandi en 1853. Sa partie la plus ancienne, sur un terrain plus élevé à l’Est, est séparée de la partie plus moderne par un mur.

Les plantations de cyprès lui donne un caractère agréable, invitant ainsi à la promenade.


Curiosités



- On retrouve ici ce qui fait la spécificité des cimetières protestants dans un grand nombre de lieux en France : dalles simples, globalement peu ornées ; caveaux voûtés en pierres, quasi absence des croix (associée aux catholiques...). Le type de monument le plus répandu est la dalle inclinée rectangulaire entourée d’un muret formant clôture. Les épitaphes, parfois écrites en anglais, sont bien plus courtes et discrètes que les versets de l’évangile, gravés en caractères gras.

- Le cimetière protestant témoigne mieux que nul autre de l’immigration des marchands, négociants ou banquiers dans une ville industrieuse telle que Bordeaux. On retrouve donc ici des Allemands, des Suisses ou des Anglais. Bien entendu, pasteurs et membres du consistoire sont également en nombre.

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La tombe de François Martin...
...pasteur bordelais d’origine cévenole.

Quelques grands négociants en vins et spiritueux d’origine parfois étrangère s’y trouvent également.

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Le tombeau Oberkampf-Clossmann
Réunion de deux familles de notables : les descendants du célèbre Christophe Oberkampf et ceux de Philippe Frédéric Clossmann, puissant négociant en vins du Château de Malleret.

- Il existe uniquement deux tombeaux ayant survécu à la disparition du cimetière des Etrangers, et transférés ici : la stèle Barton et le beau monument Schickler-Sterckeisen, orné de trois profils en marbre par Florent Bonino.

- Lorsque l’art s’empare des tombeaux, il le fait quasiment exclusivement selon une facture néoclassique.

- Il existe quelques rares monuments néogothiques, telles les chapelles Johnston ou Barton qui reproduisent des galeries de cloîtres gothiques.

- Quelques beaux bustes.

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Buste Lambret
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Aline Perrenoud
Buste par Gaston Leroux.

- Une pierre tombale, posée contre le mur du cimetière, témoigne des vicissitudes que connurent les dépouilles des protestants avant l’Edit de tolérance de 1787. L’épitaphe indique effectivement :

Ici reposent les restes mortels de
Jeanne Conte
Epouse Guestier Francois
Décédée a bordeaux
Dans sa maison
Rue du cerf volant n° 14
Où le malheur des temps
Oblige son mari
De l’inhumer dans la cave de la dite maison
Ce n’est qu’en 1869
Pres de cent ans après
Les jours de la persecution pendant lesquels la tombe
Elle-meme n’offrait pas asile
Aux protestants persécutés
Dans leur foi religieuse
Qu’il a ete possible
A un de ses petits-fils
Apres avoir _____________restes
De les placer enfin
Dans le champ du repos
 
Francois Guestier
Decede en 1789
Après la promulgation
De l’edit de louis xvi
A pu etre publiquement porté
Dans sa propriete de Bègles
Ou d’apres les dispositions de son testament
Il a ete inhumé


Célébrités : les incontournables...


Pas vraiment d’incontournables, même si des personnalités aussi différentes que Hortense Schneider, Camille Jullian ou le clown Chocolat possèdent des fans pour lesquels elles le sont.


... mais aussi


- Jean Isaac BALGUÉRIE (1771-1855) : armateur bordelais, il fut président de la Chambre de commerce et député de la Gironde en 1827 et 1830.

- Henri BARCKHAUSEN (1834-1914) : issu d’une famille allemande, ce républicain lutta contre l’Empire avant de devenir un éphémère préfet de Gironde en 1871.

- Adrien BAYSSELANCE (1829-1907) : ingénieur français spécialisé dans le Génie maritime, passionné d’alpinisme, il fut maire de Bordeaux de 1888 à 1892. Il lança en 1898 la construction d’un refuge dans les Pyrénées qui porte aujourd’hui son nom.

- Le négociant bordelais Jean-Jacques BOSC (1757-1840), qui fut député de la Gironde de 1829 à 1831. Le médaillon de profil en marbre qui orne sa tombe est de Domenico Maggesi.

- Le général Jean-François de CARRIÈS de SENILHES (1798-1862), qui participa à l’expédition espagnole de la Restauration. Il fut commandant du collège militaire de La Flèche, puis de plusieurs subdivisions militaires après 1848.

- Le clown CHOCOLAT

- Le faïencier David JOHNSTON (1789-1858), qui fut maire de Bordeaux de 1838 à 1842. Il introduisit la production de faïences de qualité dans le département.

- Camille JULLIAN (1859-1933) : historien, philologue et épigraphiste français, il fut élu au Collège de France en 1905 et y créa la chaire des Antiquités Nationales. Il fut l’auteur d’une monumentale Histoire de la Gaule, parue entre 1907 et 1928, première approche scientifique de la Gaule qui reste une référence incontournable. Il fut également l’auteur en 1895 de L’Histoire de Bordeaux, le premier grand ouvrage scientifique et synthétique sur la ville. Il fut élu membre de l’Académie des inscriptions et belles-lettres en 1908, puis de l’Académie française en 1924. Il fut le grand-père de l’auteur et dessinateur Philippe Jullian, auteur du Cirque du Père Lachaise, et qui y repose.

- l’écrivain Jean de LA VILLE de MIRMONT (1886-1914), qui fut tué sur le front. Il laissa quelques poèmes parus dans des revues confidentielles, un roman publié à compte d’auteur à 300 exemplaires. Une œuvre à peine ébauchée en fait. Il fut aussi à Paris en 1909-1911 l’ami de François Mauriac, croisé naguère au lycée de Bordeaux, En mourant, il laissa quelques manuscrits, des contes et des poèmes. Son recueil « L’Horizon chimérique » fut publié dès 1920. Certaines pièces furent mises en musique en 1922 sous le même titre par Gabriel Fauré. Il repose dans le caveau familial. D’abord enterré près de Verneuil (Aisne) dans l’un des cimetières provisoires du secteur, son corps fut transféré en 1919 dans la nécropole de Cerny-en-Laonnois. En décembre 1920, il fit l’objet d’une restitution à la famille. Depuis cette date, il repose dans le caveau familial H.42 de ce cimetière.

- L’architecte bordelais Victor MIALHE (dates illisibles).

- Dans le caveau de famille Portal repose, en particulier, Pierre-Barthélémy PORTAL d’ALBAREDES (1765-1845) : armateur, membre de la Chambre de Commerce de Bordeaux au début de sa création (1803). Il fut ensuite ministre de la Marine et des Colonies de Louis XVIII entre 1818 et 1821. Maire de Bordeaux de 1800 à 1805, député de Tarn-et-Garonne en 1818, il fut fait baron et pair de France.

- Henri SALMIDE (Heinz Stahlschmidt : 1919-2010) : soldat allemand de la Kriegsmarine, il reçut en août 1944 l’ordre de faire sauter les installations portuaires et les quais de la ville de Bordeaux. Il fit à l’inverse sauter seul le blockhaus contenant les charges explosives. Il rejoignit ensuite la résistance française. Naturalisé sous le nom de Henri Salmide en 1947, il épousa une Française et repose dans la ville qu’il sauva de la destruction.

- Hortense SCHNEIDER (1833-1920) : soprano française, fille d’un tailleur strasbourgeois installé à Bordeaux, elle fit ses débuts à Agen à l’âge de vingt ans. Elle se produisit dans les années qui suivirent dans les opéras-comiques en vogue à l’époque, surtout ceux d’Offenbach. Créatrice du rôle-titre de la Belle Hélène en 1864, de celui de la Grande-Duchesse de Gérolstein en 1867, elle connut un immense succès. Dotée d’une personnalité volcanique et d’une vie privée un peu trop agitée au goût de ses contemporains, elle conquit le public par la qualité de sa diction et de son chant et un grand talent dramatique.

- Ludovic TRARIEUX (1840-1904) : avocat, élu de la Gironde à la Chambre des députés de 1879 à 1881 puis au Sénat de 1888 à sa mort, il fut un républicain très libéral, hostile notamment à la création des écoles publiques et très critique contre la loi Waldeck-Rousseau de 1884 sur les syndicats. Il devint Garde des Sceaux en 1895, s’opposant notamment à Jean Jaurès pendant la grève des verriers de Carmaux. Persuadé de l’innocence de Dreyfus, il sa lança dans le combat dreyfusard, défendant également Zola suite à la parution de J’accuse. C’est dans ce contexte qu’il fut, avec Victor Basch et Lucien Herr, le cofondateur (1898) et premier président de la Ligue française des Droits de l’Homme.

- Le peintre paysagiste français d’origine hollandaise Willem VAN HASSELT (1882-1963), très influencé par la peinture post-impressionniste d’Édouard Vuillard. La fréquentation de Maurice Denis et de Ker-Xavier Roussel a également eu de l’importance dans sa technique de peinture. Il fut élu à l’Académie des beaux-arts en 1945.


Sources pour les informations historiques concernant l’histoire du lieu : PREVOT P. & LASSERE M. Chants des morts, Guide des cimetière de Bordeaux

Merci à Marie Beleyme pour les photos.


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vendredi 14 février 2014

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