Les Gréber, au service de la céramique

samedi 2 mars 2019
par  Philippe Landru

Pour en finir avec les recopiages d’erreurs ! Un petit article pour tenter de mettre un terme à une série d’erreurs se reproduisant sur le net concernant une dynastie du Beauvaisis qui s’illustra avec beaucoup de finesse dans la céramique, puis dans la sculpture et l’architecture.

Originaire d’Autriche, la famille Gréber s’installa dans le Beauvaisis en 1846 où elle s’illustra pendant quatre générations dans les domaines de la céramique, de la sculpture, et même de l’architecture.


1ère génération


Le premier du nom, Johann Peter Gréber (1820–1898), s’installa à Beauvais après des études brillantes au Polytechnicum de Munich et un séjour à Paris. Sculpteur, il participa à des travaux de décoration (Palais Episcopal de Beauvais, horloge astronomique de Besançon) et de restauration. En 1868, il demanda l’autorisation d’établissement d’un four « à cuire les objets d’art sculptés en terre ». Il fonda ainsi sa « Manufacture de grès de Beauvais », en collaboration avec ses deux fils aînés, Paul et Charles. La région était réputée depuis le Moyen Age pour la qualité et la dureté de ses argiles à grès. Leurs premières œuvres s’inscrivent à la fois dans la tradition locale et dans un style néo-historique. Elles sont présentées dès 1878, à l’Exposition Universelle de Paris. Johann Peter Gréber abandonna en 1880 la direction à ses deux fils qui travaillèrent en collaboration jusqu’en 1899, c’est-à-dire jusqu’au décès de leur père. Ensemble, ils renouvelèrent le vieux matériau local. En effet, tout en gardant la production de grès utilitaire traditionnel, ils développèrent la

JPEG - 42.8 ko
La maison Gréber à Beauvais.

production de grès artistiques et s’essaient aux ornements, aux statues pour jardins et à la céramique de revêtement architectural. En face du cimetière central de Beauvais, on peut encore voir la magnifique maison Gréber, unique élément architectural restant de l’ancienne Manufacture implanté sur le lieu en 1866 par Johann Peter. La toiture, de style bourguignon est composée de tuiles vernissées de couleur jaune et bleu disposées en losange. La façade réalisée en 1911 par l’architecte amiénois Maurice Thorel est entièrement habillée d’un revêtement en grès flammé, décoré de caméléons. Le principal élément décoratif est un bas-relief en grès blanc représentant un tourneur au travail, œuvre de Charles Gréber : on en trouve un similaire sur la tombe de Charles Gréber.

Son métier de sculpteur en art funéraire lui prit beaucoup de temps, et il s’associa aux sculpteurs beauvaisiens Decaux, Cozette et Ollivier. Son chef d’œuvre architectural en la matière est sans conteste la chapelle de la sépulture de Geoffroy-Ferret (1871) au cimetière de Beauvais [1]. Il est fort à parier qu’un recensement précis des cimetières du Beauvaisis permettrait de retrouver certaines de ses œuvres. Il fut inhumé au cimetière central de Beauvais, mais ne repose néanmoins pas dans le tombeau de son fils Charles.


2nde génération


Johann-Peter se maria avec une Beauvaisienne qui lui donna six enfants : les trois premiers se firent un nom dans l’art

- Paul Gréber (1851-1915) s’installa à Allonne où il travailla le grès salé en gris et bleu, dans la tradition rhénane. Son fils ainé, Edouard (1885 – 1961) fut aussi céramiste mais dans le domaine industriel. J’ignore où ils reposent (Allonne ? Bonneuil-les-Eaux où Paul décéda ?).

- Charles GRÉBER (1853-1941) reprit seul la manufacture de grès de Beauvais, rue de Calais, en 1900. Céramiste de talent, il développa la manufacture qui acquit une réputation internationale. Il travailla le grès flammé et la céramique de revêtement architectural qui devint l’une des spécialités de la maison. Il signa ainsi la décoration de nombreux édifices français, dans un style d’abord « art nouveau » puis nettement « art déco », après 1920. En 1933, il céda la Manufacture à son neveu Pierre Gréber (voir plus loin).

Il repose au cimetière central de Beauvais, dans une tombe ornée d’un bas-relief de sa réalisation représentant un potier à son tour (similaire à celui qui orne la maison, comme nous l’avons dit) ; de deux bustes en pierre (sans doute réalisés par Henri Léon) et un autre bas-relief d’inspiration religieuse.

- Henri Léon GRÉBER (1854-1941) : Grand prix de Rome, ancien élève de Frémiet et d’Antonin Mercié, il est le plus connu de la famille. Il exécuta pour des jardins aux Etats-Unis et en Europe des statues et des fontaines, entre autres un « Narcisse » en 1908 pour le jardin du Luxembourg à Paris et le célèbre Jean-Jacques Rousseau d’Ermenonville la même année. Les œuvres d’Henri Gréber étaient assez nombreuses avant 1940 dans la ville de Beauvais.

Ses œuvres funéraires

Henri Léon Gréber travailla dans le domaine funéraire : plusieurs monuments aux morts, des médaillons et des bustes dont un recensement reste à faire : ceux que j’ai retrouvés se trouvent ici mais je suis prêt à parier qu’il en existe d’autres.

la « fameuse » chapelle Estoup (Père Lachaise, 93ème division) ?

« Fameuse » est relatif, j’en conviens, mais cette chapelle est à la source d’erreurs colportées par des sites peu rigoureux qui indiquent qu’y reposent Henri Léon (qui repose en réalité aux Batignolles) et Jacques (qui repose bien dans ce cimetière, mais dans une chapelle de la 2ème division : voir plus loin). Bref : aucun Gréber ne repose dans cette chapelle qui est effectivement signée Jacques Gréber (architecte) et Henri-Léon (sculpteur). Créée en 1910 ; la seule inhumation qui y est indiquée est celle de Jean-Louis Estoup (1851-1910). Elle est de belle facture, possède de nombreux ornements, dont un plafond fleuri en mosaïques, et un buste en marbre que l’on peut sans doute attribuer à Henri-Léon (dont on retrouve la « patte »).

En dehors de cette chapelle, quelques œuvres signées de son nom que j’ai pu retrouvées :

JPEG - 39.5 ko
Buste Balandreau, 96ème division du Père Lachaise
JPEG - 15.7 ko
Médaillon Chameroy, 89ème division du Père Lachaise
JPEG - 25.5 ko
Buste Lecointe, 25ème division du cimetière Montmartre.
JPEG - 16.1 ko
Buste (signé par lui) sur une tombe que je n’ai pas réussi à identifier au cimetière général de Beauvais.
JPEG - 60.6 ko
Le mausolée {{Crozatier}} du cimetière de la Chartreuse de Bordeaux (33)
Réalisé par le sculpteur Henri-Léon Greber, il s’agit d’une immense statue d’inspiration grecque qui n’est pas sans faire penser au réalisme idéalisé du fascisme. Il s’agit d’une représentation de la mort païenne qui date de 1927.

Henri Léon repose sous une pleureuse de son œuvre (mais sous une tombe quasiment illisible) dans la 11ère division du cimetière des Batignolles de Paris.


3ème génération


- Gaston GRÉBER (1883-1936), fils de Charles, qui continua la sculpture et la céramique dans l’atelier de son père. On lui doit des vases à décor noir et brun du style « art nègre ». Il repose dans le même caveau que son père à Beauvais.

- Jacques GRÉBER (1882-1962) : architecte-urbaniste, Grand Prix de Rome comme son père Henri, il fut professeur à l’Institut d’Urbanisme de l’Université de Paris. Il se vit confier en France, en Italie, en Belgique, au Portugal et aux Etats-Unis, les plans d’aménagement de plusieurs villes, notamment celui de Philadelphie en 1927 et il établit les dessins de jardins et parcs publics (Grasse en 1932). En 1937, il fut nommé architecte en chef de l’Exposition Internationale. Il a conçu après la seconde guerre mondiale, le plan de reconstruction de la ville de Rouen.

Il repose au Père Lachaise de Paris dans la 2ème division.

- Pierre GRÉBER (1896-1965) était le fils ainé d’Albert, lui même frère de Charles et d’henri. En 1933, il prit la succession de son oncle Charles à la tête de la Manufacture de Grès Artistiques de Beauvais qu’il dirigea jusqu’en 1961. Ses pièces céramiques, essentiellement en grès, étaient rehaussées de couleurs vives et brillantes. Il se spécialisa dans la vaisselle d’usage courant : c’est de cette époque - après les années 1950 - que prit naissance « le mythe Gréber » dans le Beauvaisis : tous les mariages, départs à la retraite, compétitions sportives s’accompagnaient d’un cadeau de céramique Gréber. .

Il prit sa retraite à Cabris sur les hauteurs de Grasse où il mourut. Il repose dans le cimetière de Cabris (06).


4ème génération


- Pierre GRÉBER (1912-1992), fils de Jacques et également architecte.

Il repose dans la chapelle de son père dans la 2ème division du Père Lachaise.

- Françoise Gréber (1925-1974), fille de Pierre, élève à l’Ecole des Arts Appliqués de la ville de Paris, fréquenta également l’atelier de sculpture Gimond à l’Ecole Supérieure des Beaux-arts. Au grand désespoir de son père, elle ne reprit pas le flambeau de la manufacture Gréber de Beauvais. Elle serait également inhumée à Cabris (06), mais dans un tombeau distinct de celui de son père.


Sources :
www.marcmaison.fr
ruesdebeauvais.free.fr


[1Que je n’ai pas retrouvée.


Commentaires

Logo de giguet
Les Gréber, au service de la céramique
mardi 5 mars 2019 à 13h42 - par  giguet

françoise greber est avec son père à cabris - johan-peter, le fondateur de la dynastie est dans l’autre tombe greber du cimetière de la rue de calais à beauvais

Logo de giguet
mercredi 6 mars 2019 à 08h42 - par  giguet

pas de problème je vais rechercher cela, le cimetière de beauvais vient de faire l’objet de pillages (dont la tombe Loisel et sa célèbre inscription) sur l’autre tombe gréber il y a une sculpture d’henri gréber

la tombe en grès du fils du peintre Manceaux (un monument fort intéressant) a été détruite lors de la tempête de 1999 ses fragments auraient été mis à l’abri

au cimetière de Warluis près de beauvais il y a un monument aux morts figurant un soldat tué (statue impressionnante en grès par henri gréber)

pour paul, je ne sais pas je vais essayer de me renseigner

Logo de giguet
mardi 5 mars 2019 à 13h57 - par  Philippe Landru

Merci pour ces compléments Bernard. Ce qui appelle quatre réflexions de ma part :
1) Si Françoise est bien à Cabris, elle ne semble pas dans le tombeau de son père (en tout cas, son nom n’est pas porté sur la tombe qui ne signale que Pierre et Georgette Gréber)
2) Sur mon article figure un buste (signé Gréber) sur une tombe que je ne suis pas parvenu à identifier : il y a bien un nom sur une plaque centrale, mais très peu lisible, et la photo que j’en ai faite ne m’a pas permis d’aller plus loin. A l’occasion donc...
3) A l’occasion toujours, je suis toujours preneur de la photo de la tombe de Johann Peter
4) Si un internaute picard est plus rapide que moi (j’irai bien un jour où l’autre dans le coin), il serait bien de trouver la tombe de Paul qui repose sans doute soit à Allonne, soit à Bonneuil-les-Eaux.

Logo de giguet
Les Gréber, au service de la céramique
mardi 5 mars 2019 à 08h09 - par  giguet

Au cimetière de Beauvais il y a deux tombes Gréber : une a été restaurée par la municipalité.
l’autre (celle de Charles Greber) est dégradée. Le GRECB a essayé d’intervenir, la municipalité est prévenue mais les temps sont durs pour des investissements peu... productifs... et en dehors des moyens d’une association.

Logo de giguet
mercredi 6 mars 2019 à 08h44 - par  giguet

votre article sur les greber est fort interessant et mériterait d’être repris dans notre revue annuelle en 2020 (revue annuelle du Groupe de Recherches et d’etudes de la céramique du beauvaisis)

Logo de giguet
mardi 5 mars 2019 à 12h55 - par  Philippe Landru

Bonjour Bernard. Qui repose dans la seconde tombe Gréber que je n’avais pas trouvée lors de ma visite ? A l’occasion, je suis preneur d’une photo pour compléter mon article.

Logo de giguet
Les Gréber, au service de la céramique
mardi 5 mars 2019 à 08h05 - par  giguet

GRECB

groupe de recherches et d’études de la céramique du beauvaisis

maison greber

63 rue de calais

60 000 - beauvais

belle et exacte synthèse qui mériterait d’être reprise dans notre bulletin annuel

Logo de Frédéric Petit
Les Gréber, au service de la céramique
dimanche 3 mars 2019 à 13h38 - par  Frédéric Petit

Merci pour cette synthèse bienvenue !

Navigation

Articles de la rubrique

  • Les Gréber, au service de la céramique