Autour d’une tombe par Pierre Dac

jeudi 1er mars 2018
par  Philippe Landru

Le comique Pierre Dac, connu avant-guerre pour l’humour absurde de l’Os à Moelle et l’invention du terme « loufoque » (fou dans le jargon louchébem inventé au début du XIXe par les bouchers parisiens et lyonnais), est recruté pour les programmes de la France libre à la Radio de Londres. Il lance à cette occasion le slogan « Radio Paris ment, Radio-Paris est allemand » sur l’air de la Cucaracha. Lorsque Philippe Henriot de Radio-Paris, attaque le patriotisme de Dac dont il dénonce la judéïté,le comique répond sur les ondes par un texte appelé « Bagatelle pour un tombeau » en référence au Bagatelle pour un massacre (1937) de l’antisémite Louis Ferdinand Céline. Le texte est impitoyablement prémonitoire pour Henriot et illustre la guerre des ondes de la France libre contre Vichy ou les collaborationnistes parisiens pro-allemands.

La réponse que fait Dac à Henriot est pénétrante, d’une intelligence remarquable et émouvante aussi.

Les cendres de Pierre Dac, c’est connu, reposent dans le columbarium du Père Lachaise.

La tombe de son frère, au cimetière Montparnasse, est introuvable si l’on se fie aux explications de Dac, en premier lieu parce que l’entrée dans le petit cimetière se fait par la rue Emile Richard et paspar la rue Froidevaux. Ceci étant, Marcel Isaac, mort pour la France, repose bien dans la 30ème division du cimetière. Le mieux pour y accéder est de suivre l’indication suivante : de l’avenue Thierry, il faut remonter l’allée se trouvant entre les tombes Netter et Cahen. La tombe Isaac est la 23ème sur la Gauche.

La vieille tombe basse est discrète, malgré des tentatives pour faire ressortir son identité. Elle est néanmoins désignée par une plaque portant un QRCode qui permet aux curieux d’en savoir plus sur le personnage.

Quid de la tombe de Phlippe Henriot ?

Philippe HENRIOT (1889-1944), ancien professeur de lettres dans l’enseignement privé, fut député de la Gironde de 1932 à 1942. Engagé à l’extrême droite, il devint, pendant la Seconde Guerre mondiale et l’occupation allemande, l’une des figures de la collaboration avec les nazis. En tant qu’orateur sur Radio-Paris, Philippe Henriot fut l’un des propagandistes les plus connus du collaborationnisme en France et rejoignit en 1943 les rangs de la Milice française. En janvier 1944, dans les derniers mois de l’occupation, il devint secrétaire d’État à l’Information et à la Propagande du gouvernement Laval. Pierre Dac avait été visionnaire : Henriot fut tué par un commando de Résistance, et la Milice se livra en représailles à des exactions meurtrières dans tout le pays occupé : l’assassinat de Georges Mandel par trois membres de la Milice fut présenté comme l’une de ces mesure de représailles. D’autres exactions eurent lieu dans toute la France, notamment à Rillieux-la-Pape, près de Lyon, où le milicien Paul Touvier fit exécuter sept Israélites pour venger la mort de Henriot.

Il eut droit à des obsèques nationales le 12 juillet 1944, organisées par l’État français vichyste, en présence des autorités allemandes. un mois plus tard, Paris était libéré et beaucoup de ceux qui avaient pleuré Henriot allaient acclamer de Gaulle !

Il fut inhumé à Bordeaux avant que sa dépouille ne soit ramenée dans la commune de Gironde plus discrète où ce lorrain avait bâti sa carrière politique, mais également sa fortune de l’exploitation des vignes. Sa tombe est celle d’un notable de province, mais elle se trouve néanmoins dans un recoin discret du cimetière, derrière la chapelle d’Appelles de Saint-André-et-Appelles (33).

Elle se signale par des plaques familiales, mais aussi par des témoignages de certains nostalgiques d’extrême-droite. Son petit-fils, Jacques Henriot, a été, de 1988 à 2011, secrétaire départemental de la fédération du Front national des Pyrénées-Atlantiques


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