La descendance de Théophile Gautier

lundi 17 octobre 2016
par  Philippe Landru

Nous ne nous appesantirons pas sur la biographie de Théophile GAUTIER (1811-1872), qui fut L’auteur du Roman de la Momie et du Capitaine Fracasse, mais également un poète (Emaux et Camées) qui fréquenta la génération romantique sans y appartenir tout à fait. Il écrivit beaucoup pour les journaux pour lesquels il fut feuilletoniste et fut un amateur de récits de voyage et de fantastique.

Il fut inhumé au cimetière Montmartre, dans la 3ème division, en bordure d’allée. Sa tombe de S. Brevet est ornée d’une Calliope (muse de la poésie) tenant palme et lyre, oeuvre de Cyprien Godebsky. Malédiction éternelle : son monument est quasiment constamment dans l’ombre, jamais mis en valeur dans cette cuvette du cimetière.

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acte de décès de Théophile Gautier - Paris : Catulle Mendes est témoin.

D’une première liaison avec Eugénie Fort, il eut un fils : Théophile GAUTIER fils (1836-1904), qui exerça des fonctions administratives avant de devenir secrétaire particulier de l’ancien ministre de Napoléon III, Eugène Rouher. Il fit des traductions d’auteurs allemands et collabora aux travaux de son père dans le Moniteur et le Journal officiel. Ce dernier et sa descendance reposent au cimetière d’Auteuil à Paris.

D’une seconde liaison avec Ernesta Grisi (sœur de la danseuse Carlotta Grisi [1] dont il fut l’amant, et cousine de la cantatrice Giulia Grisi [2]), il eut deux filles :

- Judith GAUTIER (1845-1917), filleule de Maxime Du Camp, dut sans doute à la très grande liberté de son éducation sa personnalité flamboyante. Comme son père, Judith fut écrivain. D’une grande culture, elle parlait parfaitement le chinois grâce aux leçons données par Tin-Tun-Ling, réfugié politique chinois recueilli par Théophile Gautier. Elle publia alors un recueil de poésies chinoises, Le Livre de Jade, qui connut un grand succès. Elle fut aussi l’auteur de plusieurs romans, de nombreuses nouvelles, et de pièces de théâtre.

Très courtisée pour sa beauté et son intelligence, Judith tomba amoureuse de l’écrivain Catulle Mendès, mais Théophile Gautier s’opposa à leur mariage car il voyait en lui un homme de mauvaise vie ; ce refus entraîna d’ailleurs la séparation des parents de Judith, car Ernesta soutint sa fille. Le mariage eut finalement lieu en l’absence de Théophile Gautier : Judith avait pour témoins Flaubert et Turgan, Catulle Mendès était accompagné de Leconte de Lisle et Villiers de l’Isle-Adam. Le mariage ne dura pas.

Judith fut une grande amie de Richard Wagner et lui aurait inspiré les filles-fleurs de Parsifal. Elle a également écrit plusieurs ouvrages sur le compositeur, et entretenu avec lui une abondante correspondance. Elle fut enfin l’amie et la maîtresse de Victor Hugo (après la mort de Théophile Gautier), auquel elle a inspiré plusieurs poèmes.

Judith fut la première femme reçue à l’Académie Goncourt, en octobre 1910. A la fin de sa vie, Judith vivait dans sa maison de Saint-Enogat, le Pré aux oiseaux, avec une jeune femme, Suzanne Meyer-Zundell, avec laquelle elle aurait peut-être eu une liaison amoureuse. Décédée en 1917, Judith légua sa maison et ses biens à Suzanne Meyer-Zundell. Elles reposent toutes les deux dans le même caveau du cimetière de Saint-Enogat, appartenant désormais à la commune de Dinard (35). Une épitaphe en chinois est gravée sur la dalle de granit : « La lumière du ciel arrive... ».

- Seconde fille de Théophile, Estelle (1848-1914) fut tout le contraire de sa sœur aînée : elle fut d’un caractère discret et calme. Elle épousa Emile BERGERAT (1845-1923), chroniqueur au Voltaire et au Figaro et membre de l’Académie Goncourt. Poète et auteur dramatique, il fut considéré à son époque comme une référence littéraire.
Le couple repose au cimetière de Saint-Lunaire (35).

Dans ce même caveau repose également leur descendance, à savoir :

- Herminie Bergerat (1882-1937), leur fille, qui épousa le ténor David DEVRIES (1881-1936), appartenant à une famille de chanteurs sur plusieurs générations. Lui même fit une carrière de premier plan, créant plusieurs rôles.

- David dit Ivan DEVRIES (1909-1996), fils du couple précédent, qui de 1936 à 1974 travailla à la radio en qualité de metteur en ondes. Son œuvre, ouverte à diverses influences du XXe siècle comprend de la musique symphonique (Trois Mouvements symphoniques, 1953), une comédie musicale le Clou aux maris (1961-1963), d’après Labiche, de nombreuses musiques de scène et des illustrations musicales pour l’O. R. T. F. En 1961, il a obtenu le grand prix musical de la Ville de Paris.


Merci à Colette Lande et à Nicolas Badin pour le complément photo.


[1Qui repose au cimetière de Châtelaine de Genève, en Suisse.

[2Qui repose au Père Lachaise.


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