ARCACHON (33) : cimetière

Visité en juillet 2019
lundi 27 avril 2020
par  Philippe Landru

C’est en 1859 qu’ouvrit le cimetière de la toute jeune municipalité d’Arcachon (ouvrir un cimetière fut d’ailleurs l’une de ces premières décisions). Le cimetière couvrait à l’origine 1,15 ha ; depuis cette date, trois extensions ont été faites : en 1883, en 1962 et en 1984. Il couvre actuellement environ 8 ha et 6 000 concessions.

Le site, dense et sablonneux, n’offre guère d’intérêt ; mais ici comme ailleurs, le cimetière raconte l’histoire de la commune.


Une ville récente


Jusqu’au début du XIXe siècle, Arcachon se réduisait à quelques cabanes de pêcheurs et de résiniers en bordure du bassin d’Arcachon. Louis XVI ayant l’intention d’établir un port militaire dans la baie d’Arcachon, il fut nécessaire en premier lieu de fixer les sables des dunes. En 1841, une ligne de chemin de fer relia Bordeaux et La Teste-de-Buch. En 1845, un débarcadère en eau profonde fut construit sur la baie, à cinq kilomètres au nord de La Teste-de-Buch ; une route, tracée à travers les prés salés, le desservait. Des villas se construisirent : Arcachon était née.

Dans la première partie du XIXe siècle, le site déjà apprécié pour la qualité de son climat, connut un essor très rapide, en particulier grâce à la création de la ligne de chemin de fer Bordeaux-La Teste, qui amena sur le Bassin des gens de toute la région. En 1823,François Legallais ouvrit un établissement de bains de mer visant une clientèle aisée. Arcachon, ancien quartier de La Teste-de-Buch, fut érigée en commune par décret impérial en 1857 ; Alphonse Lamarque de Plaisance en fut le premier maire, et également le père de la devise de la ville : Heri solitudo, hodie vicus, cras civitas soit Hier désert, aujourd’hui village, demain cité. Thalassothérapie, climatothérapie et même plus tard thermalisme, avec la découverte en 1923 de la source Sainte-Anne des Abatilles, le destin d’Arcachon s’orienta dès l’origine vers celui d’une ville de santé.

Assez naturellement, ces « pionniers-fondateurs » de la ville furent inhumés dans son cimetière :

- François LE GALLAIS (1785-1864) : capitaine au long cours originaire de la Manche, François Legallais se distingua en 1838 en armant le premier chalutier à vapeur. Lors de ces voyages, il remarqua la beauté et la commodité du bassin d’Arcachon (Gironde) où il relâchait parfois. C’est là qu’il fit en 1811 la connaissance de sa future femme qui lui apporta en dot plusieurs hectares de pinèdes à Eyrac. François Legallais décida de faire fructifier ce patrimoine en créant un hôtel et une station balnéaire dont la première villa fut construite en 1823. Arcachon était alors inconnue. Son promoteur eut l’idée de lancer une vaste campagne de publicité. Très vite, Bordelais et Parisiens affluèrent dans ses pavillons de chasse et dans ses villas. Ce fut le grand démarrage de la ville. Il n’en profita que moyennement puisqu’il fit faillite en 1843. Il naquit bien en 1785 (et pas en 1783, inscrit sur sa plaque) comme l’atteste son acte de naissance.

- Jacques Alphonse LAMARQUE de PLAISANCE (1813-1880) : maire de La Teste- du-Buch en 1852, il devint le premier maire de la commune d’Arcachon qui naquit en 1857 d’une scission, après un simple vote du conseil municipal. Son tombeau qu’il fut « décoré par l’empereur pour avoir créer la ville d’Arcachon ».


Curiosités


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Monument érigé par les Pêcheries de l’Océan en souvenir des 51 marins noyés lors des naufrages des vapeurs, chaloupes ou chalutiers : l’Albatros, le Pélican, le Héron et la Marie-Françoise, péris en mer de 1868 à 1902.
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Ossuaire qui rassemble les restes des Britanniques qui fréquentaient la Ville d’Hiver
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Lanterne des morts
Au centre du cimetière militaire, elle mesure 7,5 m de haut et a été réalisée par Claude Bouscau.


-  Paquita Lamarque était jeune (20 ans), ravissante, riche (elle était fille unique) et fiancée à un jeune officier, Raoul Dupuy. Sa mort subite, à la suite d’une méningite foudroyante, en mars 1925, suscita une très grande émotion dans Arcachon. Madame Lamarque, écrasée par la douleur tenta d’entrer en contact avec l’au-delà, pour y retrouver sa fille morte. La chambre de la jeune fille fut transformée en mausolée, où la malheureuse mère et Raoul Dupuy pratiquaient des séances de spiritisme. Ils pensèrent avoir reçu des messages de Paquita par la voie de l’écriture automatique. Ces messages, pieusement réunis par Madame Lamarque, ont été édités dans un petit livre devenu par la suite un classique de la littérature spirite. Raoul Dupuy, le malheureux fiancé, s’est occupé de son ex future belle mère, jusqu’à sa mort, avec une grande sollicitude, et il ne s’est jamais marié. Madame Lamarque le considérait comme son fils, et elle en a fait son légataire universel.

- Une tombe témoigne d’un fait divers dramatique : en 1959, un épicier (Lagaudie) loua une maison à Arcachon et s’y suicida par le gaz avec son épouse, entrainant dans la mort de leurs quatre enfants. Les corps furent découverts après 36h. La commune entretient la tombe des quatre petits (plus de détails sur cette affaire dans l’article cité en source).

- La magnifique chapelle de la famille d’armateurs bordelais Dessans, liée à la famille Debrousse (voir plus loin), qui possède un beau vitrail.

-  Arcachon possédait son « guérisseur local » (comme il y en a tant dans les cimetières) : Robert Martin (+1966). Sa clientèle provenait principalement des Landes, de Biscarrosse et de Mont-de-Marsan ; des ruraux, cultivateurs, éleveurs, agriculteurs, propriétaires ou simples fermiers ou maraîchers. le « Professeur » utilisait également le traitement à distance grâce au « World télépsychic service », au moyen de lettres, mèches de cheveux, gazes portées par le malade ou photographies. Des patients offrirent une statue représentant ce « guérisseur selon les saintes écritures », œuvre du sculpteur Claude Bouscau. Elle n’est pas sur sa tombe : en Juillet 2000, elle fut installée dans le Parc des Abatilles à Arcachon. Robert Martin, fut aussi évêque gallican. En 1965, il fut cité à comparaître devant le tribunal correctionnel pour exercice illégal de la médecine. Sa tombe fut aussi réalisée par Claude Bouscau.

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Tombeau Guy Desbos (+1953)
Guy Desbos était un énarque de la promotion 1948, attaché commercial auprès de l’ambassade de France en Inde, tué dans un accident d’avion en décembre 1953. Il donna son nom à la promotion 1954 de l’ENA.
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Tombe du général Alphonse Foulon (+1920)
Sa tombe reproduit ses attributs militaires (képi, épée, Croix de Guerre avec palmes et étoile, Légion d’honneur). L’ange est une évocation de sa fille, morte jeune.
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Etonnante et massive tortue sur le tombeau Villepelet
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Tombe Léo Neveu (+1944)
Photographe célèbre à Arcachon où il fut le portraitiste des Bordelais en vacances.
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Tombeau Gustave Hameau


Célébrités : les incontournables...


- Edmond DUJARDIN

L’épouse du maréchal de Saint-Arnaud repose dans ce cimetière.


... mais aussi


- Le docteur Antoine-Arthur ARMAINGAUD (1842-1935), chargé par le congrès international d’hygiène de Genève (1882) du rapport général sur la question des hospices et sanatoriums maritimes, pour les enfants scrofuleux et rachitiques, institués dans différents pays d’Europe. Ce rapport a été le point de départ d’un grand mouvement en faveur de la création de nouveaux hôpitaux maritimes, dont il fut l’un des ardents promoteurs.

- Roland ARMONTEL (Auguste Magnin : 1901-1980) : comédien de théâtre, on le vit également à la télévision. Au cinéma, il apparut dans plus de 80 films entre 1932 et 1979.

- Jean-Hubert DEBROUSSE (1844-1899) : modèle de l’héritier oisif, médiocre et coureur, il prit la direction politique de La Presse, journal monarchiste acheté par son père deux ans auparavant : il le fit évoluer vers un républicanisme de centre-Gauche avant de le revendre. Candidat malheureux à plusieurs reprises à la députation, il occupa son temps à la collection de tableaux (il posséda ainsi Proudhon et ses enfants de Courbet). Il fit néanmoins œuvre de philanthrope, instituant l’Assistance publique en tant que légataire universelle de ses biens. Il lui légua ainsi environ treize millions de francs, suivant en cela le modèle de sa demi-sœur, la baronne Alquier, qui avait légué plus de cinq millions de francs à la même institution afin de fonder un hospice pour les vieillards indigents. Cet hospice, devenu l’EHPAD Alquier-Debrousse, existe toujours dans le XXe arrondissement de Paris. Il repose dans le tombeau familial paternel. Le buste qui l’orne célèbre son père qui fit fortune sous le Second Empire en tant qu’entrepreneur de travaux publics. Ce dernier avait épousé tour-à-tour deux sœurs Dessans : la première se trouve dans le tombeau Dessans (voir plus haut), la seconde dans cette sépulture. Ce tombeau se trouvait à l’origine à La Teste-de-Buch, avant son transfert à Arcachon.

- Le tromboniste Guy DESTANQUE (1920-2004).

- L’architecte Roger-Henri EXPERT (1882-1955), qui obtint en 1912 le Second Grand Prix de Rome. En 1926, il dessina les plans de cinq villas à Pyla-sur-Mer et au Moulleau, sur le bassin d’Arcachon, dont les lignes élégantes préfiguraient l’ambassade de France à Belgrade (1928). Il fit appel au sculpteur Carlo Sarrabezolles pour les éléments décoratifs, comme il l’avait fait pour l’Hôtel de Ville de Reims, le Palais de Chaillot, ou l’aménagement du paquebot Normandie. On lui doit également les féeries lumineuses de l’Exposition coloniale de 1931, et les bassins du Jardin du Trocadéro en 1937. En 1939, il réalisa avec Pierre Patout le pavillon de la France à l’Exposition universelle de New York. Il fut élu à l’Académie des beaux-arts en 1954. Il repose dans une tombe ancienne quasiment illisible.

-  Le dessinateur René GIFFAY (1884-1965) qui fut illustrateur de manuels scolaires, de romans, de magazines de mode ou de revues galantes (Fantasio), et de bandes dessinées. Il adapta en particulier en bandes-dessinées les classiques de la littérature.

- Marcel GOUNOUILHOU (1882-1939) : maire d’Arcachon de 1929 à 1938, il fut également député du Gers de 1919 à 1924. Il fut en outre l’un des plus importants patrons de la presse régionale de l’entre-deux-guerres.

- Lucien de GRACIA (1896-1985) : maire d’Arcachon de 1948 à 1977, il fut sénateur (1948-1951) puis député (1951-1955) de la Gironde.

- Camille PAPIN-TISSOT (1868-1917) : officier de marine, il fut le précurseur de la télégraphie sans fil, et établit les premières liaisons radios opérationnelles françaises en mer. Dès l’année 1896, alors que les travaux de Lodge et de Marconi concernant la TSF étaient encore très peu connus, il reprit les théories de Hertz et les expériences d’Édouard Branly et d’Alexandre Popov pour poursuivre des recherches parallèles et indépendantes. Il construisit lui-même son matériel de TSF avec l’aide d’Édouard Branly et du constructeur Eugène Ducretet pour qui il mit au point des appareils. En 1899, il publia au bulletin des travaux des officiers un rapport d’un intérêt historique remarquable, dans lequel il décrivit ses travaux et expériences à travers la rade de Brest. Il émit des réserves, à plusieurs reprises, sur la qualité de certains travaux de Marconi. À l’époque de l’écriture de ce rapport, la TSF en tant que moyen opérationnel de communication n’avait même pas 18 mois ! L’année suivante, il équipa la Marine nationale de ses premiers appareils de TSF. Déclaré mort pour la France (il mourut de maladie) par le président Raymond Poincaré, il repose au carré militaire du cimetière.

- L’auteur dramatique et journaliste Guy de PIERREFEUX (Daniel Auschitzky : 1864-1937).

- Le général Amand PINSARD (1887-1953) : aviateur, il fut l’un des As de la Première Guerre mondiale. Il fut durant la Seconde Guerre mondiale un collaborateur et vichyste forcené. Il servit de modèle à Jean Renoir pour le personnage de Maréchal, interprété par Jean Gabin dans La Grande Illusion. Mort dans l’Ain, il fut inhumé une première fois à Bourg-en-Bresse puis transféré ici ultérieurement. Il repose avec son fils Jacques, que son père avait fait inscrire à la Milice en 1944, qui fut condamné à l’indignité nationale, partit pour l’Argentine où il décéda d’un accident de la route.

- Jacques RIGAUD (1932-2012) : haut fonctionnaire, il a été PDG du pôle radio RTL en France pendant 20 ans. À ce poste, il parvint, malgré l’ouverture des ondes FM, à faire conserver à RTL sa place de première radio française. Il repose auprès de son épouse Dominique Paul-Dubois-Taine, arrière petite-fille de Paul Dubois et d’Hippolyte Taine.

- Le peintre russe Simon SEGAL (1898-1969). Portraitiste, peintre animalier, il fut aussi peintre de paysages et de marines, illustrateur et mosaïste. Jeune, il fut styliste pour Paul Poiret.

- Charles TOURNEMIRE (1870-1939) : élève de César Franck et de Charles-Marie Widor, il remplaça en 1898 Gabriel Pierné au poste d’organiste de la basilique Sainte-Clotilde à Paris. Il en fut titulaire de 1898 à sa mort en 1939. À partir de 1919 il enseigna au Conservatoire de Paris. Organiste renommé pour ses improvisations, ses œuvres pour orgue sont nombreuses, mais il composa également des mélodies, des pièces pour piano, de la musique de chambre, huit symphonies et plusieurs opéras et oratorios. Il eut Maurice Duruflé pour élève.


Source : un bon article sur le cimetière émanant de la Société Historique d’Arcachon et du Pays de Buch dont je me suis largement inspiré pour sa connaissance de la dimension locale. Vous y découvrirez d’autres personnalités de la commune.


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vendredi 14 février 2014

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