NICE (O6) : cimetière de Cimiez

Visité en août 1998, puis en juillet 2013
dimanche 29 décembre 2013
par  Philippe Landru

C’est en 1546 que les Franciscains s’installèrent dans le monastère de Cimiez dont dépend le cimetière. Ce dernier ne date cependant que du début du XIXe siècle, dans le sillage des lois interdisant d’inhumer dans les églises. Ce cimetière est celui des vieilles familles patriciennes de la ville, renforcée par les fortunes bourgeoises et les vagues d’immigration des aristocraties en exil.

De taille modeste, il est constitué de trois terrasses offrant un débouché sur la mer. Il se signale par ses chapelles opulentes, ornées, aux décorations chargées de symboliques funéraires. Il se signale également par la présence de plusieurs galeries, formées de la juxtaposition de plusieurs chapelles. Le blanc domine très largement : celui des marbres, ou du calcaire de la Turbie.

Cimiez est malheureusement un cimetière en danger : outre de nombreux vols (lot des grands cimetières urbains), un certain nombre de chapelles et de beaux monuments se délitent dans l’absence de familles ou de mécènes généreux.


Curiosités


- A l’entrée du cimetière, une croix posée sur une colonne torse est une copie de 1804 de celle élevée en 1477 au milieu du cimetière de l’église de Saint-François (l’original se trouve dans l’église de Cimiez).

- Une galerie en mauvais état est dite « franciscaine » en raison de la présence du tombeau des Franciscains (qui eux aussi durent quitter l’église). Elle se signale par un blason présentant la symbolique franciscaine classique (plaies du Christ, croix rayonnante...). C’est dans cette galerie que repose Louis Lubonis (voir plus bas).

- Dans ce cimetière repose « Joséphine » Tallien (en réalité Thermidor Rose Theresia Tallien : 1795-1862), fille de Tallien et de Theresa Cabbarus « Notre-Dame de Thermidor ». Sa marraine était Joséphine de Beauharnais (ce qui explique sans doute cet « emprunt » d’identité). Elle avait épousé le comte de Narbonne Pelet.

- Les oeuvres d’art sont omniprésentes à Cimiez, et globalement très académiques, même si l’ensemble constitue un beau musée de l’art funéraire du XIXe siècle, à l’image de la plupart des grands cimetières urbains italiens. Il ne saurait être question de tout recenser.

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Une plaque émaillée réalisée en 1857 par Paul Balze d’après H. Lejeune.
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Le tombeau de Georgiana Lamb (+1868)
Témoignage de la diaspora aristocratique anglaise en villégiature sur la côte, ce tombeau fut longtemps emblématique du cimetière. Il a malheureusement depuis perdu son baldaquin, et le sarcophage est désormais très détérioré.

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Un monolithe, unique oeuvre contemporaine dans un cimetière très classique (tombe Convert / Hacoun).

Célébrités : les incontournables...


- Raoul DUFY
- Roger MARTIN DU GARD
- Henri MATISSE


... mais aussi


On ne présentera pas ici de manière exhaustive les tombeaux des grandes familles que les Niçois connaissent pour avoir baptiser les rues de la ville. On se concentrera, comme d’habitude, sur ceux dont le renom dépassa les limites de la cité.

- Léon BARETY (1883-1971) : issu d’une lignée de médecins et d’avocats niçois, il fut député des Alpes-Maritimes de 1919 à 1942, Sous-secrétaire d’Etat à l’Instruction publique de 1929 à 1930, puis du Budget en décembre 1930. Il se battit inlassablement pour l’expansion française en outre-mer. Il fut encore un éphémère ministre de l’Industrie et du Commerce du 18 mai au 5 juin 1940. Pendant l’Occupation, Léon Baréty fut nommé membre du Conseil national de Vichy.

- L’architecte Sébastien Marcel BIASINI (1841-1913), auteur d’un très grand nombre de réalisations à Nice, tant privées que publiques, en particulier l’Excelsior Hôtel Régina, à Cimiez.

- Augustin CARLONE (1812-1873), qui fonda en 1848 le seul journal de langue française, L’écho des Alpes-Maritimes, dans lequel il défendit ardemment des idées pro-françaises et libérales. Il parcourut la région et en releva les richesses archéologiques. Défenseur des arts, il lança à Nice les premiers salons de peinture, fonda la Société des Lettres, Sciences et Arts en 1862, organisa à Nice le Congrès archéologique de France en 1866. Il fit de sa ville natale son héritière universelle afin qu’un musée des Beaux-Arts y soit créé. Il fut en outre un peintre paysagiste. Le médaillon en bronze qui ornait sa tombe fut hélas dérobé.

- Joseph Séraphin DABRAY (1754-1831) : docteur en droit et avocat, il adhéra aux idées de la Révolution française et fut élu député à la Convention nationale, où il siégea avec les Girondins. Il fut ensuite élu au conseil des Cinq-Cents puis au Corps législatif, mais se retira de la vie politique après 1814. Il fut initialement inhumé dans la chapelle de Cimiez, mais ses restes furent transférés en 1856 dans la chapelle de famille du cimetière.

- Le général Jean-Baptiste Eugène ESTIENNE (1860-1936), qui eut en France une influence importante dans le développement de l’artillerie moderne et de l’aviation militaire. Il reste surtout connu comme l’homme qui créa une arme blindée en France, ce qui lui valut le surnom de « Père des chars » qu’il appelait « artillerie d’assaut », durant la Première Guerre mondiale. Il fut aussi à l’origine de la mission Citroën de Georges-Marie Haardt et Louis Audoin-Dubreuil qui effectua, du 17 décembre 1922 au 7 janvier 1923, la première double traversée du Sahara en autochenilles. Le raid fut une réussite : comme l’avait prévu Jean-Baptiste Estienne, la chenille était le moyen de progresser sur le sol mou du désert et l’autochenille s’était affirmée comme la conquérante des sables. Un petit char figure sur le tombeau de famille dans lequel repose également ses deux fils : Georges ESTIENNE (1890-1969), aviateur, explorateur et chef d’entreprises, qui permit de tracer, puis d’exploiter commercialement la plus longue route automobile du monde reliant ainsi la Méditerranée au Niger, au Tchad et au Congo. Il fut surnommé, par ses contemporains, « le seigneur du désert » et « le maître des pistes ». Pionnier du transport routier et aérien au Sahara, Georges Estienne y a développé une infrastructure remarquable, mais également René ESTIENNE (1900-1927), qui seconda son frère, et qui fut tué au Maroc. Ils reposent sous un tombeau sur laquelle trône une Renommée.

- François GOIRAN (1847-1927) : maire de Nice durant la Première Guerre mondiale, ce général de division fut également ministre de la Guerre pendant un mois en 1911. Le médaillon qui orne le tombeau de famille est de Maubert. Dans le même caveau repose la femme de lettres Lucie SAINT-ELME (Lucie Goiran : +1975).

- Louis LUBONIS (1815-1893) : issu d’une vieille famille niçoise, avocat, il fut plutôt hostile à l’annexion du comté de Nice à la France. Pourtant, il s’y rallia et fut nommé gouverneur provisoire de la province de Nice le 2 mars 1860, afin de préparer le plébiscite qui devait ratifier le changement de souveraineté. Après l’annexion, il fut député des Alpes-Maritimes de 1860 à 1868. Il repose au sein de la galerie franciscaine, à l’entrée du cimetière.

- François MALAUSSÉNA (1814-1882) : maire de Nice de 1861 à 1870, il fut également député du département de 1868 à 1870. Avec lui repose son fils, Arthur MALAUSSÉNA (1846-1899), qui fut député de 1892 à 1898, ainsi que Jean-Baptiste BARRALIS (1780-1856), également député de Nice.

- Le général piémontais d’allégeance russe Alexandre MICHAUD, comte de BEAURETOUR (1771-1841), qui fut aide camp du tsar et commandant militaire de la Russie impériale. Il fut l’un des artisans les plus actifs de la retraite catastrophique de Russie de Napoléon. Il participa au siège de Paris et, au Congrès de Paris, usa de son influence auprès du Tsar pour la restitution du duché de Savoie et du comté de Nice au roi de Piémont. Il fut encore chargé, au nom des souverains alliés, d’inviter le roi Victor-Emmanuel Ier de Sardaigne à revenir dans ses États.

- Le peintre Ercole TRACHEL (1820-1872), qui fut très en vogue sur la Riviera, les hivernants appréciant ses paysages romantiques. On lui doit notamment des décors muraux à la Chapelle des Pénitents noirs, du Gésu et du monastère de Cimiez à Nice. Il repose sous une statue qui reproduirait les traits de sa soeur par le sculpteur A. Rivalta (dont le Stagliano de Gênes possède des oeuvres).


Il existe un superbe guide récent sur les cimetières de Nice : c’est celui de Jacqueline Cuvier, qui maîtrise parfaitement son propos, et dont la connaissance intime de l’histoire de la cité est vraiment utile. Tout taphophile se doit de posséder ce bel ouvrage (avec plans et localisations principales dans tous les cimetières). (CUVIER Jacqueline, L’art funéraire à Nice - Une histoire remarquable, un patrimoine méconnu, Associations du comté de Nice, 2010)


Commentaires

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NICE (O6) : cimetière de Cimiez
mercredi 17 juin 2015 à 22h10 - par  Ave

Bonsoir,
Vous avez oublié l’homme qui acueillit De Gaulle à Londres à l’Institut français !

«  »1958. Il meurt d’une attaque cardiaque, à Nice, le 7 Juin. Enterré au cimetière de l’Est, L’Ariane, Allée Centrale 482, Nice. Selon ses souhaits, il est écrit sur une simple pierre tombale : « DENIS SAURAT, 1890-1958, Officier de la Légion d’Honneur. » .«  »

Tous les détails sont sur le site du collège Denis Saurat, à Trélon, Nord (59132) : "Son histoire
Mais qui est Denis Saurat ? "

et vous comprendrez pourquoi il est passé aux oubliettes ...........
même sur Wikipedia ......
Ave !

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vendredi 14 février 2014

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