CHÂTELLERAULT (86) : cimetière Saint-Jacques

visité en juillet 2020
samedi 17 octobre 2020
par  Philippe Landru

Les anciens cimetières de Châtellerault ont été interdits, fermés, déplacés, à plusieurs reprises sous l’Ancien Régime. Mis à part les cimetières protestants, supprimés à la suite de la Révocation de l’Edit de Nantes, et le cimetière de Châteauneuf transféré en 1820 car son emplacement était compris dans le terrain retenu pour la future Manufacture royale d’armes, ces cimetières l’ont été pour cause « d’insalubrité ».
En effet, c’est à la suite de la Déclaration royale de 1776 que plusieurs cimetières de Châtellerault, comme beaucoup d’autres dans le diocèse, sont interdits par l’évêque, puis déplacés : cimetières Saint-Romain, Notre-Dame et Saint-Jean-l’Evangéliste de Châteauneuf dans les années 1780. Les cimetières deviennent propriétés des communes en 1791. C’est donc la municipalité de Châtellerault qui ordonna, en janvier 1793, la fermeture du cimetière Saint-Jean-Baptiste « demeuré au milieu de la ville alors que les autres avoient été changés crainte d’épidémie ». Et c’est encore l’état insalubre du premier grand cimetière Saint-Jacques situé, jusqu’à la Révolution à l’emplacement du jardin public, qui est la cause de son transfert à l’endroit où il se trouve actuellement.

Ouvert en 1804, il est le troisième du nom : le premier se trouvait autour de l’église Saint-Jacques et le second est occupé désormais par le square Gambetta. Il s’étend sur plus d’un hectare, résultant de plusieurs agrandissements au XIXe siècle.


Curiosités


Dans la partie ancienne du cimetière sont rassemblées les tombes et chapelles (parfois des enclos funéraires) des grandes familles de la ville, qui comptèrent pas mal d’édiles locaux et quelques parlementaires. J’en présente certains dans la suite de l’article.

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Espace funéraire des Creuzé
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Alignement de tombes de la famille Proa.
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Une des chapelles de la famille de la Fouchardière.

- Le cimetière possède la tombe du jeune Colbert Lebeau (1922-1943). Membre actif à la JOC (Jeunesse Ouvrière Chrétienne), il partit en 1943 pour le STO. Affecté dans une usine de charbon près de Leipzig, il organisa des réunions clandestines avec d’autres chrétiens. En décembre 1943, les autorités allemandes menaçant de punir les activités religieuses, il fut arrêté par la Gestapo et déporté au centre de travaux forcés de Zöschen où il mourut d’épuisement. Son corps fut rapatrié ici et il fut déclaré Martyr du XX° siècle par Jean-Paul II en 2000. Son procès en béatification est ouvert.

- Un monument « à ma mémoire des officiers Kraëmer morts au champs d’honneur ». Je n’ai trouvé aucune source donnant un sens à ces morts de la Première Guerre mondiale.

- Le beau priant de l’abbé de Saint-Jacques, Auguste de Boislabeille (+1872), une des rares statues du cimetière.

- Le journaliste Guillemot est orné de l’unique buste en bronze du cimetière.

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Statue sur la tombe d’Anne-Sophie Creuzé, mère de Paul Proa (voir plus loin).


Célébrités : les incontournables...


- Camille GUÉRIN
- Rodolphe SALIS


... mais aussi


- Pierre ABELIN (1909-1977) : secrétaire en 1931 du maréchal Lyautey, il rejoignit le Mouvement républicain populaire (MRP) à sa création, et se montra un partisan de la Troisième Force, opposé au RPF du Général de Gaulle. Député de la Vienne de 1945 à 1958 puis de 1962 à 1974, maire de Châtellerault de 1959 à 1977, il exerça à plusieurs reprises des fonctions ministérielles : Secrétaire d’État à la Présidence du Conseil chargé de la coordination des services du Commissariat au Plan, de l’Information et des relations avec le Parlement (1947-1948), Secrétaire d’État aux Finances durant trois mois en 1952, Secrétaire d’État aux affaires économiques (1955-1956), il fut ministre de la Coopération de 1974 à 1976. Avec lui repose son épouse, Geneviève Terrat-Branly (1910-2003), petite-fille d’Édouard Branly, inventeur de la TSF. A la mort de son mari qui venait d’entamer son quatrième mandat municipal, elle fut élue maire de Châtellerault (1977-1983). Ils furent les parents de l’actuel maire de la commune, Jean-Pierre Abelin.

- Le photographe Charles ARAMBOUROU (1858-1919), qui photographia les événements de la vie quotidienne à Châtellerault des années 1880 à la fin de la Première guerre mondiale, témoignage inestimable détenu désormais par la ville. Son fils poursuivi son travail jusqu’à sa mort en 1952. Sa tombe, en mauvais état, symbolise une rocaille semblable au mont Golgotha.

- Robert Augustin CREUZÉ (1779-1842) : maire de Châtellerault de 1816 à 1821, il fut député du département de 1820 à 1830 mais démissionna lors de l’arrivée au pouvoir de Louis-Philippe.

- Edmond GAUDICHARD (1879-1955). Etonnant personnage que ce médecin ! Musicien et pianiste, il joua, de temps à autre, du piano au Chat noir chez son compatriote Rodolphe Salis et devint un compositeur prolixe. Écrivain à ses heures, il se fit appeler Edgard d’Hucdomain, une anagramme de son nom, et publia deux romans. Il s’enticha du caractère troglodyte de la commune de Haute-Isle (Val d’Oise), racheta les boves creusés dès l’époque préhistorique, et aménagea tout un réseau de souterrains reliés entre eux, et se fit construire au pied de la falaise une villa tarabiscotée de style « mérovingien ». Il faisait visiter ces boves et installa même un funiculaire pour éviter les 245 marches, mais son appareil fit une victime et on cessa les visites avant la Seconde Guerre mondiale. Au cimetière de Haute-Isle reposent certains membres de sa famille et on érigea en son honneur un monument, mais c’est ici qu’il repose, dans sa ville natale. Son épitaphe proclame « Il avait tout d’un troubadour / on en fit un apothicaire ».

-  Alfred HÉRAULT (1837-1926) : ce magistrat fut un député de Gauche de la Vienne de 1876 à 1885. Il fut sous-secrétaire d’État aux Travaux publics, puis au ministère des Finances, entre 1885 et 1886. Il devint par la suite premier président de la Cour des comptes.

- Louis MARTINEAU (1772-1838) : notaire, il fut député de la Vienne de 1831 à 1837.

- Pierre-François MARTINET (1783-1866) : avocat et maire de Châtellerault de 1830 à 1835, il fut député de la Vienne de 1837 à 1842.

- L’architecte Fernand MILORD (1869-1941).

- Le haut-fonctionnaire et écrivain Gérard NICAISSE (1924-2007).

- Paul PROA (1797-1872), industriel et banquier qui fut maire de Châtellerault en 1836, et député de la Vienne de 1842 à 1851.

- Alexandre SEMUR (1869-1939). Tout ceux qui ont fait l’armée connaisse le fameux FAMAS, Fusil d’Assaut Manufacturé à Saint-Etienne. Sur la tombe d’Alexandre Semur, il est dit l’inventeur du FAMAC (Fusil d’Assaut Manufacturé à Châtellerault), plus communément appelé le MAC 24/29, fusil-mitrailleur français conçu en 1924 par la Manufacture d’armes de Châtellerault et qui équipa l’armée française durant une bonne partie du XXe siècle, ayant la réputation d’être une arme fiable et de qualité. On ne trouve rien sur le Net le concernant.



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vendredi 14 février 2014

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