PHNOM PENH : Tuol Sleng (S 21) et Choeung Ek (Killing Fields)

Visités en août 2011
mardi 7 janvier 2014
par  Philippe Landru

Il existe des lieux indicibles. Ceux-là en font partie. Ils ont leur place dans ce site dans la mesure où chacun, à sa manière, est un gigantesque et abominable cimetière. Ils témoignent d’une époque proche, où, contrairement aux camps nazis, les « souvenirs » que nous en avons sont en couleur, cette couleur particulière des années 70.


Tuol Sleng (S21)



Tuol Sleng ou S-21 est la plus connue des quelques 190 prisons que la police politique (Santébal) de la dictature khmère rouge avait disséminées à travers le Cambodge durant les années 1970. Située dans la capitale, Phnom Penh, et dirigée par Douch (Kang Kek Ieu), elle dépendait directement des plus hauts dirigeants du régime. Avant tout centre d’interrogatoire, elle n’est cependant pas le lieu où on instruisait des cas de suspects : tout détenu envoyé à Tuol Sleng est en effet un coupable obligé, dont il s’agissait d’obtenir la confession de crimes si besoin imaginaires, avant son exécution pratiquement inéluctable. Moins de 200 survivants potentiels ont pu être identifiés parmi les quelques 14 000 personnes qui ont été détenues à Tuol Sleng, qui sont pour la plupart des cadres du régime victimes des purges répétées au sein de celui-ci. Également célèbre par ses archives, en large partie retrouvées en 1979, Tuol Sleng est depuis janvier 1980 le Musée du génocide khmer.

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Pluie tropicale sur S21

Les lieux

A la base, cette prison était un lycée de l’époque coloniale, ce que rappelle encore aujourd’hui la forme des bâtiments. La cour du lycée fait approximativement 400 m sur 600 m. Les anciennes classes du deuxième étage servaient de salles de détention communes (Chambre D). Les gens y étaient enfermés à environ 50 personnes, allongées par terre en alignements serrés, les familles regroupées. Les pieds des détenus étaient attachés à de longues barres de fer par des anneaux en fonte.

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Après leur arrivée et la photo, tous les détenus étaient rassemblés là et numérotés.

Les salles de classe du premier étage n’étaient pas reliées entre elles à l’origine, mais les khmers rouges ont cassé les murs pour faire un couloir central, des deux côtés duquel ont été fabriquées de petites cellules sommaires en brique, avec des portes de bois à lucarne carrée, permettant aux gardiens de regarder en permanence ce qui se passait dans les cellules. Les cellules étaient de taille variable, les plus petites d’environ 1 5 m² contenant 3 personnes, parfois plus. Pour certains prisonniers, les gardiens avaient écrit des instructions sur l’intérieur des portes, qui prescrivaient un conseil à respecter pour le détenu.

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Des ordres surréalistes

Les anciennes classes plus petites, situées dans un bâtiment séparé (bâtiment B), et possédant des fenêtres à barreaux métalliques, servaient de salles de torture individuelles. On y attachait les prisonniers (hommes ou femmes) sur des sommiers en fer et on les torturait afin qu’ils avouent. La plupart avouaient des fautes qu’ils n’avaient pas commises. Ce qu’ils disaient était transcrit sur du papier. Lorsque l’aveu ne plaisait pas, le tortionnaire en faisait une boule qu’il jetait dans un coin de la salle et le prisonnier était à nouveau torturé pour en tirer un nouvel aveu. Les tortionnaires donnaient aux détenus des idées d’aveu : par exemple un lien avec la CIA, le KGB, ou encore un quelconque système démocratique, capitaliste, ou impérialiste.

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Lit de torture
A l’arrière plan, le petit bureau d’écolier servant pour « l’interrogatoire ».
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Les lieux sont presque intacts !...

L’un des aspects les plus terribles de S21 est la sensation persistante que ces horreurs viennent de se dérouler. Les lieux semblent immuables.

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Dans un coin, dérisoires, des statues des dignitaires du régime réalisées par les prisonniers.
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Au sous-sol d’un escalier, dans une partie peu fréquentée par les touristes, la découverte macabre d’un tas de hardes, de savates, de pauvres vestiges laissés là, en un tas en décomposition !

Les tortionnaires

Kang Kek Ieu (ou Kang Kech Eav), alias Douch ou Duch, était le maître du complexe de Tuol Sleng. Il exerçait, avant de prendre la tête du complexe, le métier d’enseignant. Il fut inculpé en 2007 pour crimes contre l’humanité et le tribunal du génocide cambodgien le condamna à 35 ans de détention le 26 juillet 2010. Cette peine fut amenée à la réclusion criminelle à perpétuité en appel, le 2 février 2012.

Les tortionnaires se divisaient en trois groupes : les « Gentils », les « Chauds », et les « Mordants ». Lorsque les prisonniers n’avouaient rien au groupe des Gentils, qui était un groupe politique, ils étaient pris en charge par le groupe des Chauds, et ainsi de suite jusqu’au groupe des Mordants.

Les gardes avaient entre 10 et 15 ans, et sous l’endoctrinement de leurs aînés, devenaient rapidement beaucoup plus cruels que les adultes. Les règles de l’Angkar (le Parti communiste du Kampuchéa) stipulaient que les relations amoureuses étaient interdites. Mais de nombreux khmers rouges étaient en pleine croissance libidinale, et certains violaient les filles ou les femmes du camp, en faisant cela en cachette, le plus discrètement possible.

Les conditions

Les Khmers rouges enfermaient à S-21 tous les opposants supposés au régime, sur n’importe quel motif. Les personnes enfermées étaient aussi bien des jeunes que des personnes plus âgées. Il y avait des femmes, des enfants, et parfois des familles entières (bébés y compris) d’ouvriers, d’intellectuels, de ministres et de diplomates cambodgiens, mais aussi des étrangers (Indiens, Pakistanais, Anglais, Américains, Canadiens, Australiens...) Le simple fait de porter des lunettes (y compris pour les enfants) était suffisant pour être considéré comme intellectuel et donc « à exterminer ».

Le réveil était à 4h30 du matin. On donnait aux prisonniers une bouillie de riz le matin à 8h et le soir à 20h, et dans la journée on ne leur donnait pas d’eau. Les gens faisaient leurs besoins dans une boîte militaire en métal qu’un gardien leur apportait.

Les gardiens photographiaient soigneusement les prisonniers au moment de leur arrivée, ainsi qu’avant ou au moment de leur mort, alors que leurs gorges étaient tranchées, leurs corps mutilés par les tortures et si décharnés par la faim qu’ils étaient presque méconnaissables. Les photographies faisaient partie d’un système destiné à prouver que les ennemis de l’État avaient bien été tués. Les khmers rouges tenaient également des registres d’entrées et sorties des prisonniers (morts ou voués à la mort) de la prison.

Aujourd’hui, plusieurs salles présentent ces photos : sur beaucoup, les visages sont sidérés et apeurés. C’est sans doute la partie la plus terrible de la visite (comme c’est également le cas dans les camps nazis) : on est surpris devant le nombre au début, puis la gêne s’installe. Rapidement, la vision de ces visages devient totalement intolérable !

Les tortures étaient très variées : on voit sur les peintures faites par Vann Nath (peintre ancien prisonnier ayant travaillé de manière forcée pour les dirigeants Khmers rouges) certaines scènes retranscrites, comme le dépôt de scolopendres et autres insectes piqueurs sur le ventre des prisonniers, d’arrachages des ongles, ou des tortures visant à étouffer les prisonniers à l’aide d’une cuve pleine d’engrais ou d’eau croupie dans laquelle on les pendait par les pieds.

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Le potence
Utilisée par les lycéens pour les exercices de gymnastique, elle fut utilisée par les khmers rouges comme lieu d’interrogatoires. Les victimes perdaient connaissance : on les « réveillaient » en leur plongeant la tête dans les jarres remplies d’eau croupie.

Les registres et les photos ont permis de révéler qu’au total environ 10 500 prisonniers y sont restés trois mois en moyenne, en plus des 2 000 enfants qui y ont été tués. Duch assignait même des jours spécifiques pour tuer certains types de prisonniers : un jour les femmes de l’ennemi, un autre jour les enfants, et un autre les travailleurs des usines.

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Dans la dernière salle du musée, de nombreux ossements sont contenus dans des armoires.

Sur les 16 000 à 20 000 prisonniers de Tuol Sleng, personne ne s’est échappé. À la libération du camp, il y avait sept survivants.

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Les photos des sept survivants. Parmi eu, Chum Mey (quatrième en haut à droite).
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Signe des temps...
Le Cambodge est encore bien pauvre. Les survivants vendent leurs ouvrages à la sortie du camp et se font prendre en photo avec les touristes. Il y a quelque chose d’à la fois terriblement émouvant et en même temps horrible de penser qu’ils passent encore une bonne partie de leur temps dans cet endroit. Ici : Marie Beleyme, Chum Mey et moi.

Dans la cour reposent 14 tombes (une femme et treize hommes) : ce sont les quatorze dernières victimes, retrouvées sur leurs lits de tortures, dans le bâtiment A lors de la libération du camp.


Choeung Ek (Killing fields)


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Killing fields...
... ou comment l’aspect paradisiaque peut être si trompeur !

Choeung Ek était le principal lieu d’exécution et charnier de prisonniers du Kampuchéa démocratique, le régime des Khmers rouges, lorsque celui-ci présidait aux destinées du Cambodge, de 1975 à 1979. Il se trouve à 17 km au sud-ouest de Phnom Penh et s’étend sur deux hectares.

Avant sa transformation en camp, Choeung Ek était un cimetière chinois : quelques rares vestiges de tombes subsistent ça et là. Quand les Khmers rouges ont pris le pouvoir, ils créèrent le plus grand centre de sécurité du pays qui comprenait la prison de Tuol Sleng pour la torture et l’interrogatoire des prisonniers et le camp d’exécution de Choeung Ek, pour les détenus de Tuol Sleng et des autres centres des environs.

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Vestige d’une tombe chinoise de l’ancien cimetière.

Les gardiens amenaient les prisonniers en camion depuis les prisons et les abattaient dès leur arrivée. Les bourreaux avaient ordre de ne pas utiliser de balles et massacraient les victimes à coup de pioches, de marteaux ou de machettes. Sur les 129 fosses communes, environ 80 ont été fouillées.

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Fosse commune fouillée
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... et fosse non encore fouillée !

Près d’une de ces fosses se trouve également l’arbre magique : les Khmers rouges y avaient placé un haut-parleur qui diffusait des chansons pour couvrir les cris des victimes, car tout devait se passer à l’insu du reste de la population.

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« L’arbre magique »

Un peu plus loin se trouve un arbre contre lequel on massacrait les enfants en les tenant par les pieds.

Le lieu fut découvert au début de 1979, après la chute du régime de Pol Pot, par un paysan du village de Choeung Ek retournant chez lui et découvrant un arbre avec des cheveux et de la matière cérébrale incrustés dans l’écorce. Plus loin, il trouva un trou rempli de corps humains.

Les fouilles ont depuis permis d’exhumer 8 985 ossements provenant des quelque 17 000 victimes estimées.

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Des restes d’ossements...
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... et des restes de vêtements (on remarque le très grand nombre de vêtements d’enfants).

C’est aujourd’hui un lieu de recueillement, mais aussi de visite pour les touristes. De nombreux ossements ont été sortis des fosses et rassemblés dans un stupa au centre du site, mais le sol laisse entrevoir encore de nombreux restes humains (vêtements, os...).


Source : Wikipedia


Commentaires

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PHNOM PENH : Tuol Sleng (S 21) et Choeung Ek (Killing Fields)
mardi 7 janvier 2014 à 11h25 - par  MARRY Ghislain - EVIGNY (Ardennes)

A VOMIR !
Quand une idéologie politique ou religieuse poussée à l’extrême peut aboutir à de telles violences et monstruosités !
Certains hommes sont vraiment diaboliques et sanguinaires !

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lundi 13 janvier 2014 à 12h20 - par  GIRARDIN Pierre

Bonjour !
Non, ils sont tout simplement « humains » et c’est là que cela fait le plus mal !!!

Des quelques centaines, milliers (?) de morts de la saint Barthélémy, aux millions de l’Allemagne, de la Russie, de la Chine, de l’Amérique -sud et puis nord- en passant par l’Afrique et sans doute, le reste du monde, la compétence de « l’homme » en matière de tuerie est « magnifique ».

Regardons nous tous dans un miroir !
J’ai 64 ans, je ne pense pas avoir tué qui que ce soit, mais qu’ai je fais face aux victimes de « nos » anciennes colonies, face aux victimes du goulag,face à tous les exécutés de pays dit « civilisés », face à toutes les victimes de l’homme depuis 1949, je pétitionne, je défile, je fais cercle les premiers samedis du mois, je tente de sensibiliser, mes enfants, mes petits enfants, mes élèves (autrefois)...et je ne suis pas certain qu’il y ai un seul humain qui en sera sauvé pour autant , mais je continuerai, jusqu’à ma fin !

C’est ça « l’ HUMANITE » Ne l’oublions pas.....................................

GIRARDIN Pierre

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