LAVAL (53) : cimetière de Vaufleury

Visité en décembre 2012
samedi 19 janvier 2013
par  Philippe Landru

Un premier cimetière municipal fut créé à Laval par décision municipale, le 25 thermidor an XII (13 août 1804) dans la prairie de la Guétière qui appartenait aux hospices (lieu actuel des Archives départementales). Il remplaçait plusieurs cimetières paroissiaux dont le plus important était celui de la Trinité, définitivement fermé en 1807. Les premières inhumations eurent lieu vers 1808. Il fut vite saturé. En outre, la terre argileuse se prêtait peu à la décomposition des cadavres. On décida donc de choisir un nouveau site. Le 15 novembre 1881, le conseil municipal décida la fermeture du cimetière de la Guétière et son déménagement à Vaufleury. Ce n’est pourtant qu’en 1887 que le cimetière de Vaufleury ouvrit ses portes. D’une surface de 7,5 ha, la nouvelle nécropole présente un plan régulier aux allées orthogonales, dont le dessin est conçu par l’architecte Léopold Ridel. Le tombeau de ce dernier occupe d’ailleurs la place d’honneur à l’entrée du cimetière qui abrite aujourd’hui 12 000 sépultures.

Le site est totalement quelconque. Quelques tombes en revanche présentent un intérêt. Signalons en outre l’amabilité du gardien.


Curiosités


- Le jésuite Joseph Coincé (1764-1833), il émigra durant la Révolution et se réfugia en Allemagne, puis à Riga. Médecin, il jouit dans le pays d’une extraordinaire réputation et même de l’amitié du tsar qui chassa pourtant les jésuites de ses états en 1820. Le père Coincé fut alors envoyé à Laval, où jusqu’en 1833, il mena une vie de missionnaire. Sa voix puissante remuait les foules, et il passait pour opérer des guérisons : il aurait le pouvoir de guérir la « rifle », de lire dans les consciences et de prédire l’avenir. Il fut inhumé au cimetière du Pré de la Guettière. Lorsque ce cimetière fut abandonné en 1887, son corps fut transporté au cimetière de Vaufleury. On peut lire encore gravé sur la stèle « qu’il combattit toute sa vie avec les armes de la justice et que, près de mourir, à peine consentait-il à les déposer ». Sa forte personnalité a laissé un grand souvenir à Laval où on voit encore des fleurs, des bougies et des ex-votos variés sur sa tombe. Outre les traditionnels chapelets ou plaques de marbre gravées, il est possible d’y découvrir des chaussures ou des vêtements d’enfants ! La tradition locale lui prête le pouvoir de soigner les enfants malades, de les rendre propres plus tôt ou encore de leur permettre de marcher plus rapidement. Il suffit pour cela d’amener, au « bon père Coince », un « accessoire » correspondant aux membres malades ou inactifs. Parfois, ce sont même des couches que l’on y trouve…

- Le monument aux morts, également conçu par Léopold Ridel sur la fosse commune accueillant les restes des soldats français tombés lors du combat de Saint-Melaine en janvier 1871.

- La pleureuse en fonte qui orne la tombe Trillon est un modèle relativement courant que l’on retrouve dans plusieurs cimetières (je l’ai recensé déjà à Amiens et à Provins ). C’est Emile Chatrousse qui semble en être l’auteur à la base, mais elle fut populaire et reproduite en de nombreux exemplaires.

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La pleureuse de Laval...
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... celle d’Amiens...
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... et celle de Provins.

- La plus belle tombe du cimetière de Laval (et son unique gisant) est celle du petit Paul-Marie Batard, mort à six ans en 1885.


Célébrités : les incontournables...


François JOUFFROY

Si le douanier Rousseau repose bien à Laval, c’est au jardin de la Perrine qu’il faudra le chercher.


... mais aussi


- Le maître-verrier Auguste ALLEAUME (1854-1940), qui étudia aux Beaux-Arts de Paris puis entra dans les ateliers d’importants maîtres-verriers comme Lusson et Champigneulle. Il créa son propre atelier en 1893 et le dirigea jusqu’à sa mort. Renouvelant l’art du vitrail par son approche de la couleur et la simplification du trait, Alleaume fut l’auteur d’une œuvre très abondante en Mayenne et dans les départements limitrophes (Sarthe, Maine-et-Loire, Ille-et-Vilaine). Son curieux tombeau est orné d’un petit menhir, destiné à rappeler ses origines bretonnes.

-  Andrée BORDEAUX-LE PECQ (1910-1973) : ancienne élève d’Othon Friesz à la Grande-Chaumière, elle s’installa en Mayenne et ouvrit un cours de dessin. Elle participa à de nombreuses expositions, et obtint ses premières récompenses en qualité de peintre, graveur et cartonnier. Elle fit souvent exposée, tant à Paris qu’à l’étranger. Elle fonda le musée d’art naïf Henri Rousseau à Laval. Elle travailla aussi pour le Mobilier National (manufacture de Beauvais), exécutant de nombreux cartons de tapisserie pour Aubusson. Elle fut enfin illustratrice de livres. Sa tombe était ornée de deux statues dont l’une a disparu.

- Jean-Pierre BOUVET (1937-1976) : peintre, il fut aussi celui qui, le temps d’une décennie, eut charge du Musée du Vieux Château de Laval. Il y organisa nombre d’expositions, travailla à mettre en place le musée d’Art Naïf et contribua largement à son succès. Ayant dessiné de son vivant les plans de sa tombe, il en confia l’exécution à ses amis Guy Roussille et Jacques Reumeau. Ces derniers, suivant les volontés du défunt, s’appliquèrent à modeler symboliquement la forme d’un jardin parsemé de tesselles multicolores. Cette tombe étrange et anonyme, mais porte à l’arrière pour épitaphe « Aimer, croire, créer ».

- L’historien local Etienne-Louis COUANIER de LAUNAY (1821-1894), auteur d’une Histoire de Laval publiée en 1866.

- Félix GRAT (1898-1940) : historien et paléographe médiéviste, il fut chargé de cours à l’École pratique des hautes études et enseigna la paléographie à la Sorbonne avant d’être nommé à Nancy en 1931. Député de la Mayenne de 1936 à 1940, il s’opposa au Front Populaire et fut à l’initiative de la fondation d’un laboratoire destiné à travailler sur l’histoire des textes anciens. Bien que dégagé de toute obligation militaire, il décida de prendre part à la Seconde Guerre mondiale en levant un corps franc. C’est à sa tête qu’il mourut en Moselle le 13 mai 1940. Son corps ? provisoirement inhumé à Fontoy, fut transféré dans ce cimetière. Sa tombe est ornée d’un médaillon en bronze par Lucien Bazor.

- Le dessinateur et peintre Jean-Baptiste MESSAGER (1812-1885), qui travailla quatre ans dans l’atelier du peintre Picot puis dans ceux de l’aquarelliste Isabey et du paysagiste Hubert. De retour à Laval, il parcourut le département de la Mayenne, crayonnant les principaux sites et monuments, et fit paraître un album intitulé la Mayenne pittoresque. L’ensemble de son œuvre est donc un témoignage historique très intéressant.

- L’écrivain Antoine-Thomas NAUDET (1816-1887), auteur du poème qui lui sert d’épitaphe.

- L’architecte Léopold RIDEL (1852-1910), auteur de nombreux édifices à Laval. Ce fut lui qui aménagea le plan très peu révolutionnaire du cimetière. Il est inhumé à l’entrée sous une pleureuse par Allard.


Commentaires

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LAVAL (53) : cimetière de Vaufleury
mercredi 22 juin 2016 à 09h08 - par  AB

Bonjour,
Auguste Alleaume est né à Angers le 22 mai 1854. Il y poursuit sa scolarité, suit les cours de dessin de l’école des Beaux-arts et à partir de 1869, se forme au vitrail dans l’atelier angevin Truffier, Martin et Duveau. Le menhir a tendance à entraîner, par raccourci, cette erreur.
Cdt

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LAVAL (53) : cimetière de Vaufleury
dimanche 6 mars 2016 à 14h33 - par  Patrick Hamon

Bonjour,
Auriez-vous la trace de la tombe de Magloire Roussel, chanoine honoraire du lycée de Laval, mort en 1907 ?
Merci à vous et bravo pour ce travail.
Bien cordialement.
PH

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LAVAL (53) : cimetière de Vaufleury
samedi 13 juillet 2013 à 23h17 - par  garbas

Je consulte beaucoup votre site et je suis contente que vous soyez passé à Laval mon seul regret c’est de ne pas vous avoir rencontré. Mon mari mon frère et moi sommes très intéressés par les personnalités enterrés ailleurs qu’à Paris et je dois avouer que votre site nous aide beaucoup dans nos démarches et je suis très contente d’en trouver que vous n’avez pas (une petite fierté personnelle, même si c’est très très rare) mais je n’ai jamais osé vous contacter pour vous informer. Voilà c’est chose faite et je vous remercie pour tout le travail que vous faites.

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vendredi 14 février 2014

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