Le mausolée de Genghis Khan (ca1160-1227)

article paru le 04 mai 2006 sur le site : http://fr.chinabroadcast.cn/
dimanche 3 février 2008
par  Philippe Landru

Sur le plateau de l’Ordos, au nord-ouest de la Chine, se dresse un palais somptueux : c’est le mausolée de Gengis Khan. A l’intérieur de cet imposant bâtiment, on se recueille devant les Huit Yourtes Blanches où ont été déposés les cercueils de Gengis Khan, de son épouse et de ses deux concubines, ainsi que des objets funéraires, tels que la selle d’or personnelle de Gengis Khan, un seau à lait en bois de santal, des flèches et d’autres objets. Dans ce mausolée où repose le chef mythique des tribus mongoles, outre les Huit Yourtes blanches, on a aussi déposé l’étendard de l’armée mongole antique. Dans ce palais élevé à la gloire du Grand Khan, on n’a jamais cessé de chanter les éloges du défunt ; les lanternes saintes sont ainsi toujours allumées. Bref ? Ici, c’est avec une profonde vénération que l’on entretient la mémoire du héro mongole. Et pourtant, son mausolée n’est en réalité pas le véritable lieu d’inhumation de Gengis Khan.

Shaleridai est un ethnologue spécialiste de l’histoire mongole. Il nous a livré quelques explications sur cette question :

« Bon nombre de gens estiment que le mausolée de Gengis Khan est le lieu où il a été inhumé. Eh bien ce n’est pas tout à fait exact. C’est plutôt l’endroit où l’on vénère son âme. À la mort de Gengis Khan, conformément aux règles du chamanisme mongol, on a utilisé un morceau de tissu en poils de chameau pour retenir ses derniers souffles, de façon à pouvoir rendre hommage à son âme par la suite. »

Gengis Khan est un génie militaire et un homme politique connu de tous. C’est lui qui a unifié les tribus mongoles à partir desquelles il va fonder la Horde d’Or et le puissant empire que l’on sait ? Et c’est aussi lui qui a favorisé l’unification de la nation chinoise. C’est toujours lui qui a établi de profonds liens de communication entre l’Asie et l’Europe. Des liens qui permettront de promouvoir les échanges économiques et culturels entre l’Orient et l’Occident. C’est des suites d’une maladie que Gengis Khan serait mort en 1227, alors qu’il partait conquérir Xixia. Selon les recueils historiques, Gengis Khan a été enterré dans les monts Khentei [1].

On écoute les précisions d’un autre ethnologue, Saiyingjirigala.

« Selon les livres historiques, Gengis Khan est mort en 1227, alors qu’il combattait au Xixia. À partir de 1228, on a commencé à organiser des activités pour commémorer sa mort. À l’époque, une statue de Gengis Khan, et non ses restes, a été déposée à l’intérieur d’une yourte blanche. Auparavant, ces yourtes blanches étaient en fait appelées les ’’Yourtes blanches du Maître saint’’. Puis, on a commencé à les appeler les Huit Yourtes blanches. »

Après la mort de Gengis Khan, pour lui rendre hommage, son fils Ogödei déposa les objets laissés par son père dans les yourtes blanches. C’est ensuite sous le règne de Kubilay Khan qu’on mit au point un plan très détaillé pour la commémoration. On alla même jusqu’à promulguer un décret impérial : la commémoration devint ainsi une cérémonie nationale sous la dynastie des Yuan. Dans ses notes de voyage, Marc Polo avait par exemple écrit qu’il y avait huit yourtes blanches à l’intérieur de la ville de Dadu. Il s’agissait de salles funéraires fluides, des salles qui constituaient aussi les symboles de la continuité du pouvoir de la Horde d’Or de Gengis Khan.

Avec les changements de pouvoir, les Huit Yourtes Blanches furent transférées d’un lieu à l’autre et parcoururent tous les territoires de la steppe pour se retrouver finalement au centre des dissensions entre les différentes tribus nomades. Si bien qu’à un certain moment, la Horde d’Or perdit le contrôle des Huit Yourtes Blanches. Au XVIème siècle, Dayan Khan conquit à nouveau toutes les tribus mongoles. Son troisième fils battit son adversaire et récupéra ainsi les Huit Yourtes Blanches qui revinrent alors dans les mains de la Horde d’Or. C’est depuis cet épisode que les Huit Yourtes blanches sont installées dans la région de l’Ordos.

Sous la dynastie des Qing (1644-1911), les Huit Yourtes Blanches furent transférées à Eijen Khore, dans l’Ordos. Dans les livres historiques, ce n’est qu’à partir de cette période que l’on peut trouver mention du mausolée de Gengis Khan.

En 1937, après l’Incident du pont Marc Polo, l’armée japonaise occupa la majeure partie des territoires de Chine du Nord. En octobre 1938, les forces chinoises perdirent successivement le contrôle de Guisui et de Baotou, en Mongolie intérieure. Les Japonais se rendirent alors compte que quiconque voulait conquérir les populations mongoles devait absolument exercer un contrôle sur les Huit Yourtes Blanches.

Erdenibolte, qui représente la 34e génération des descendants de Gengis Khan, nous a parlé de cette histoire.

« Après avoir occupé Baotou, les Japonais dépêchèrent un agent à Ordos. Celui-ci força les seigneurs des diverses bannières à transférer le mausolée de Gengis Khan à Baotou. À l’époque, le seigneur Shakedouer convoqua ses homologues, les autres seigneurs, pour trouver une solution. Le groupe refusa ce transfert. Toutefois, pour assurer la sécurité, on décida que ce serait à Xinglongshann dans le Gansu actuel, que l’on transférerait le mausolée. »

Pour que le mausolée de Gengis Khan ne tombe pas aux mains des Japonais, le gouvernement du Guomindang décida de le transférer à Xinglongshan, dans la province actuelle du Gansu, à l’ouest du pays. Le 9 juin 1939, le mausolée de Gengis Khan fut donc déplacé vers l’ouest. Une revue touristique de l’époque en parla en ces termes : « le cercueil de Gengis Khan a quitté le lieu saint d’Eijen Khore dans une mer de larmes versées par les pasteurs mongols de l’Ordos ».

Lorsque le convoi passa par Yan’an et Xi’an, le Parti communiste chinois et le Guomindang organisèrent tous les deux des cérémonies commémoratives solennelles. Et en 1949, le mausolée de Gengis Khan fut transféré de Xinglongshan au monastère Taer, qui se trouve dans la province actuelle du Qinghai, juste au sud du Gansu.

En 1954, après l’avènement de la Chine nouvelle et en réponse à la demande de la population mongole, le gouvernement central envoya une délégation à Eijen Khore, dans l’Ordos, pour saluer le retour du mausolée de Gengis Khan. Ulanfu, à l’époque vice-président de la République, présida alors la commémoration.

En 1956, le gouvernement central débloqua encore une fois des fonds pour construire l’actuel mausolée ; cela mit définitivement fin à l’errance historique de ce mausolée. Et depuis 1982, il fait l’objet de la protection de l’État en tant que patrimoine culturel. À présent, il est le plus grand emblème culturel du plateau de l’Ordos. Et ce que Gengis Khan nous a légué n’appartient pas seulement au peuple mongol, mais à l’ensemble de l’humanité.


La tombe perdue de Gengis Khan

Source 22 janvier 2010

La légende dit que, selon ses propres vœux, l’impitoyable Gengis Khan (vers 1155-1227), aurait été inhumé en toute discrétion, quelque part au nord-est de la Mongolie. Pour être absolument surs qu’il repose en paix, ses serviteurs auraient ensuite soigneusement éliminé les traces du cortège funéraire et détourné le cours d’une rivière afin qu’elle recouvre la sépulture. Ce qu’ils ne pouvaient pas savoir c’est que, quelques 800 ans plus tard, une équipe de l’Université de San-Diego en Californie, financée par le National Geographic, se lancerait dans une quête sans merci pour retrouver le tombeau. Leur arme secrète : une batterie de gadgets technologiques tels que des engins aériens auto-pilotés, des satellites ultra-sophistiqués et des outils de modélisation en 3D.

Le fondateur de l’empire mongol meurt d’une chute de cheval, au soir de sa victoire contre le royaume des Tangoutes, au nord-ouest de la Chine. Son corps est ramené en Mongolie puis enterré dans la région qui borde la rivière Onon et la montagne sacrée de Burkhan Khaldun dans l’Aïmag (province) de Khentii, près du lieu de naissance de Gengis Khan. Pendant la période soviétique, les Mongols ont interdit l’accès à cette région de 240 km2 et le nom même du Khagan (empereur) était prohibé. Les archéologues occidentaux ni ont eu accès qu’au début des années 1990, après la chute du communisme en Mongolie. Dès lors, plusieurs équipes de chercheurs se sont attachées à élucider le mystère de la tombe de Gengis Khan mais sans succès. Entre 1993 et 1996, des scientifiques japonais ont prospecté la région, armés de magnétomètres et de satellites sensibles. En 2004, Noriyuki Shiraishi de l’université de Niigata, a annoncé la découverte du palais Khagan à quelques 250 km au sud-est d’Oulan-Bator, la capitale de la Mongolie.
L’américain Maury Kravitz a, quant à lui, consacré 40 ans de sa vie à la recherche du mythique tombeau. Il a épluché des dizaines de manuscrits et monté un projet international appelé Genghis Khan Geo-Historical Expedition. S’appuyant sur un manuscrit rédigé au 15ème par un jésuite français, Maury Kravitz et son équipe ont exploré la région de Bayanbulag, à 100 km à l’est du Burkhan Khaldun.

Il faut dire que les historiens ne disposent que de peu d’indices. L’Histoire secrète des Mongols mentionne l’année de la mort de Gengis Khan mais ne donne aucun indice sur le lieu de son enterrement et, au XIIIème siècle, Marco Polo écrit que les Mongols ne connaissent plus l’emplacement de la tombe. Il se pourrait, par ailleurs, que des descendants du grand Khan (parmi lesquels son petit fils, Kubilaï Khan) se soient fait ensevelir à proximité de leur illustre ancêtre. Cette théorie est vivement contestée par le professeur Morris Rossabi de l’Université de Columbia à New-York. Selon lui, il n’était pas dans la tradition des membres de la dynastie Yuan (1271-1368) de se faire inhumer. Les dépouilles étaient généralement déposées dans le désert ou attachées à un cheval puis abandonnées à la nature et aux animaux sauvages. De nombreux universitaires sont également persuadés que la tombe de Genghis Khan n’existe pas. L’Altan Tobtci (1368-1604), l’une des chroniques les plus importantes de l’empire mongol, indique que seuls les bottes et la chemise du Khagan auraient été enterrés. De même, l’Erbeni Tobtci (écrit en 1662) prétend que le cercueil de Gengis Khan était vide à son arrivée en Mongolie. On sait aussi, grâce à un courrier adressé à un moine taoïste, que l’empereur mongol était particulièrement attaché aux traditions ancestrales. Enfin, certains historiens soulignent que l’histoire de la tombe de Gengis Khan présente de troublantes similitudes avec celle du héros sumérien Gilgamesh, qui auraient été inhumé dans le lit d’une rivière temporairement détournée.
Une autre légende raconte que, lors d’une de ses campagnes en terre Ordos, Gengis Khan, aurait laissé tomber son fouet à terre. Quand un soldat a voulu le ramasser, il a dit que c’était délibéré et qu’il voulait reposer là pour l’éternité. Dès l’année suivant la mort de l’empereur mongol, la population locale a commencé à organiser des cérémonies de commémoration et une statue de Gengis Khan, ainsi que 8 yourtes blanches, ont été élevées en ce lieu. Après maints transferts liées aux aléas de la vie politique (notamment les guerres sino-japonaises puis la prise de pouvoir des communistes) un somptueux cénotaphe a finalement été élevé en 1956 à Ejin Horo Qi au nord-ouest de la Chine.

En dépit du scepticisme des spécialistes de l’histoire mongole, les scientifiques de l’UCSD (University of California, San Diego) sont bien décidés à poursuivre leurs recherches. Le professeur Maurizio Seracini, directeur du CISA3 (Center for Interdisciplinary Science in Art, Architecture and Archaeology) et instigateur d’un autre projet concernant une fresque perdue de Léonard de Vinci (La Bataille d’Anghiari), est persuadé que les moyens techniques mis à sa disposition par le Calit2 (California Institute for Telecommunications and Information Technology) permettront de réaliser une analyse précise du terrain de fouille. Le Dr. Albert Yu-Min Lin, qui travaille avec Maurizio Seracini précise que le projet, planifié sur trois ans, requière un financement à hauteur de 700 000$ et le recrutement de 8 chercheurs. Il s’agit dans un premier temps de localiser le lieu exact de la sépulture. On devrait pouvoir détecter ses traces dans le paysage grâce à l’imagerie satellite. Dans un deuxième temps, les chercheurs réaliseront une reconstitution virtuelle de la tombe en 3D.


[1Gengis Khan aurait été enterré au pied d’un arbre, près du mont « Burqan Qaldun » (actuel massif du Kentei, Mongolie), mais depuis la tombe reste introuvable.


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