Les tribulations des Peron

article du Nouvel Observateur du 18 octobre 2006
dimanche 3 février 2008
par  Philippe Landru

Juan Domingo Peron, avait déjà été inhumé à deux reprises depuis sa mort en 1974, avant de gagner cette troisième demeure, où ses fidèles espèrent qu’un jour, peut-être, Evita, morte elle en 1952, viendra le rejoindre. Les pérégrinations des cadavres respectifs de l’ancien président justicialiste et de son épouse et égérie sont un feuilleton à rebondissements vieux de plusieurs décennies, suscitant en Argentine un engouement et une fascination morbides.

Ce mausolée à la gloire de celui qui fut trois fois président et connu l’exil avant de mourir au cours de son dernier mandat, le 1er janvier 1974, à l’âge de 78 ans, a coûté quelque 880.000 millions d’euros.
Mais la famille d’Eva Duarte de Peron s’oppose à ce que le corps embaumé de l’ex-madone des « descamisados », qui repose dans le cimetière de la Recoleta où son tombeau est l’objet d’un culte perpétuel, rejoigne son époux. Trente-deux ans après sa mort, les fidèles péronistes estiment que Peron mérite un endroit plus à sa mesure que la crypte familiale du cimetière de la Chacarita, lui aussi à Buenos Aires. Crypte visitée en 1987 par d’étranges pilleurs de tombeaux, qui volèrent ses mains au cadavre...

Peron, dont la dépouille est désormais enfermée dans un cercueil de métal à toute épreuve, reposera donc dans un sarcophage de marbre, dans un mausolée moderne de son ancienne résidence secondaire de San Vicente, en grande banlieue de Buenos Aires. Elle porte le nom du « 17 octobre », date à laquelle en 1945, le caudillo, alors vice-président et secrétaire à la guerre, emprisonné pour complot présumé contre le gouvernement précédent, fut triomphalement libéré alors que des manifestations de masse en sa faveur se multipliaient. Peron fut rapidement élu à la présidence pour la première fois, en février 1946.
Quant la blonde Evita mourut d’un cancer quelques années plus tard, à 33 ans, des centaines de milliers de fidèles éplorés défilèrent pendant de longues semaines devant sa dépouille embaumée.
Et les militaires qui renversèrent Peron en 1955 avaient tellement peur du culte mortuaire rendu à Evita qu’ils transférèrent en secret son corps en Italie, dans une tombe anonyme. Ce n’est qu’en 1971 qu’Evita fut rendue à Peron, alors en exil en Espagne, via l’intercession diplomatique de son collègue en dictature Francisco Franco.
Peron revint au pays, s’y fit élire à nouveau avant d’y mourir. Sa troisième épouse et vice-présidente Isabel lui succéda, installant la dépouille d’Evita aux côtés de celle de Peron à la résidence présidentielle.

Mais lors du putsch qui renversa Isabelita en 1976, inaugurant les années noires de la dictature argentine, la junte sépara discrètement les deux cadavres, renvoyant chacun dans son caveau familial respectif, une fois encore pour éviter le culte envers ces défunts encombrants.
Comme si ces restes devaient à jamais continuer à faire couler de l’encre, des tests ADN ont été pratiqués vendredi sur le corps de Peron, à la demande d’une femme de 72 ans, Martha Holgado, qui affirme être la fille de l’ancien président. Et, alors que la légende veut que le cadavre d’Evita n’ait jamais subi les outrages du temps, il semblerait que celui de Peron, selon le Dr Ricardo Peculo, qui l’a examiné la semaine dernière, soit lui aussi bien conservé, ne nécessitant pas de « reconstruction » avant les cérémonies de mardi...


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