Il se trouvait sur le radeau de « La Méduse »

Article de Sudouest.fr du 20 juin 2011
lundi 20 juin 2011
par Philippe Landru

Un rescapé du naufrage de « La Méduse » échoué au cimetière de Pessac. Cela ne pouvait échapper à la vigilance de l’historien Jacques Clémens et surtout pas à ses recherches. Il y a belle lurette que ce quasi-voisin de ce lieu de repos des morts avait repéré cette stèle surmontée d’une croix, poussée au bord d’une tombe familiale. Alphonse César Fleury est finalement mort dans son lit, à Bordeaux, en 1880, soixante-quatre ans après avoir échappé au naufrage immortalisé par « Le Radeau de la Méduse », peinture célèbre de Géricault. Le 2 juillet 1816, lorsque la frégate française s’échoua au large de la Mauritanie, il avait trois ans et demi.

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L’historien Jacques Clémens photographié au pied de la tombe d’Alphonse César Fleury.

Ce fut moins une

On le chercherait en vain dans le tableau du peintre. Il n’était pas sur le radeau. Ce fut moins une. Son oncle nommé Picard, originaire de Côte-d’Or, avait en effet menacé de son fusil ceux qui se sauvaient à bord des canots s’ils ne venaient pas le chercher, avec sa famille. Ils étaient neuf au total, dont un nourrisson. Parmi eux se trouvait Adélaïde Dard, née Picard. Elle écrira plus tard un ouvrage à la fois sur le naufrage et sur l’œuvre colonisatrice de la France - pas toujours glorieuse, malgré un mythe soigneusement entretenu.

« Elle était l’épouse de Jean Dard, instituteur éclairé qui militait pour l’éducation des Noirs et l’abolition de l’esclavage. Il a écrit deux livres, publiés grâce au ministre et maire de Bordeaux Pierre-Barthélémy Portal, qui a donné son nom à un cours de la ville », précise Jacques Clémens. « La Méduse » faisait partie d’un convoi de plusieurs navires transportant personnel administratif, soldats mais aussi civils repartis coloniser un coin d’Afrique, après une parenthèse anglaise de quelques années.

Le franc-parler du greffier Picard, rapporté au gouverneur, devait lui coûter sa carrière de fonctionnaire. Il est vrai qu’il y avait beaucoup à dire sur l’incompétence du commandant qui, après avoir conduit la frégate à la catastrophe, avait été le premier à quitter le navire, avec le gouverneur. Dans un accès d’humanité à l’envers, ils avaient ensuite fait couper les amarres qui reliaient les canots à l’encombrant radeau. La suite, on la connaît : noyades, mutineries, cannibalisme… treize jours d’enfer qui s’achevèrent en hécatombe. Résultat : 15 rescapés sur 152 naufragés.

Au service de la mer

Parmi les passagers des chaloupes, où les vivres manquent, sauf dans celle du commandant, il y aura aussi des morts… notamment à terre. Car certaines accostent en Mauritanie. Les naufragés doivent ensuite marcher des jours dans le désert en portant les bébés afin de rallier Saint-Louis. Trop jeune pour être traumatisé - ou peu rancunier, à moins qu’il n’ait voulu remercier la mer, qui l’avait épargné -, Alphonse César Fleury se mit à son service : « commissaire adjoint de la marine », mentionne la stèle du défunt.

La stèle d’Alphonse César Fleury se trouve au cimetière de Pessac, en Gironde. L’entrée du cimetière est située avenue Jean-Cordier.


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