NEW YORK : Woodlawn cemetery

Visité en avril 2016
mercredi 14 décembre 2016
par  Philippe Landru

Localisé dans le Bronx (malgré la distance, il est aisé d’y aller : il se situe à l’extrémité de l’une des rames de métro et est situé à coté de la station), le Woodlawn Cemetery and Crematory est l’un des plus grands cimetières de la ville de New York. Il fut ouvert en 1863 au sud du Comté de Westchester, dans une zone rurale qui fut annexée à la ville de New York en 1874.

Le cimetière, où reposent plus de 300 000 personnes, occupe une surface de 160 hectares, soit quatre fois le Père Lachaise (!), et il faut donc toute l’énergie et la pugnacité du taphophile pour le parcourir à pied, en bon Français, là où les -rares- Américains y vont motorisés ! Il offre en échange de cet effort, outre quelques personnalités de premier plan, un univers paysager soigné « à l’américaine » (lac, animaux, collines ombragées...) où des mausolées souvent totalement mégalomanes, œuvres des plus grands architectes de la ville, attendent les visiteurs. Il y a plus de temples antiques là bas que dans toute l’Athènes du Ve siècle avant JC, et si la statuaire, essentiellement chrétienne, est conformiste comme dans l’ensemble des cimetières du pays. Les extraordinaires vitraux art-déco, en revanche, transforment nos nationaux Vantillard en esquisses de petits-maîtres !


Curiosités


- Vous êtes ici aux Etats-Unis, et la plupart des carcans stupides qui résistent en France n’y ont pas cours. A l’entrée, on vous donnera un plan -indispensable- avec la localisation des principales personnalités (la plupart sont inconnues du public français). On répondra à toutes vos questions ; les agents feront toutes les recherches -informatisées, cela va sans dire- pour trouver n’importe quelle personne que vous rechercheriez. On vous incitera à prendre des photos. Des brochures gratuites, mais également des ouvrages payants de qualité sur les cimetières sont à votre disposition à la boutique, où se trouvent également des fontaines d’eau, des distributeurs de boissons (quand ce ne sont pas carrément des cafés), des objets dérivés... ! Et si on vous laisse entrer en voiture, il n’en sera pas de même pour les vélos ! This is America !

- Quelques mots sur les différents aspects du cimetière : le visiteur français sera dérouté par plusieurs caractéristiques très différentes de nos nécropoles. En premier lieu, les tombes n’affichent pas ici la densité de la vieille Europe : elles sont éparpillées sur des pelouses impeccables, souvent éloignées les unes des autres (ce qui explique en partie la taille énorme des cimetières d’outre-Atlantique. Ceci étant, la pression démographique se double de différenciations sociales : aux notables bourgeois l’espace, les beaux arbres, les sculptures, les plans d’eau, et surtout les mausolées mégalomanes...

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Structure à baldaquin pour la tombe de William F. Foster
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Tombeau de F.W. Woollworth
De style égyptien, flanqué de deux sphinx

... aux familles plus modestes les rangs plus serrés !

Autre différence notable : si la sculpture est bien plus présente que dans l’essentiel des cimetières français, elle est ici pour l’essentiel très conformiste : quelques modèles de pleureuses sorties des burins d’artistes locaux furent reproduites de manière parfois industrielle. Il est très rare de trouver une oeuvre personnelle et étonnante : on se doit de faire comme le voisin.

Les thèmes égyptiens (pyramides, obélisques...), si exotiques dans ce pays, ont connu un encore plus grand succès que dans nos cimetières. Si le pastiche égyptien est à la mode, il en est de même du pastiche byzantin, gothique, renaissance, vénitien... le tout donnant parfois une impression désagréable de décor de pizzeria cheap !

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Tombeau de Jules Bache
Ce collectionneur d’art et philanthrope new-yorkais repose sous une reproduction du kiosque de Trajan du temple d’Isis à Philae.
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Tombeau Harbeck
De style Renaissance, la large section inférieure présente des doubles portes en bronze qui sont des répliques des portes nord du Baptistère de Florence, en Italie, réalisées par Lorenzo Ghiberti au début du XVe siècle.

Ici, la démesure américaine est souvent de mise : ne vous étonnez donc pas de trouver des reproductions de temples antiques, parfois à l’échelle, ou d’autres monuments plagiés de nos gloires européennes.

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Tombeau d’Alva Vanderbilt Belmont
Il s’agit d’une réplique exacte de la chapelle Saint-Hubert du château d’Amboise, en France, où repose Léonard de Vinci.

La dimension religieuse, particulièrement catholique, est omniprésente, en grande partie parce qu’elle est issue d’une émigration italienne ou latino, mais également parce qu’elle est un signe de résistance à la très relative sobriété du protestantisme étatsunien.

Ainsi, une coutume très répandue est de faire reproduire sur sa tombe son saint éponyme. Certaines parterres sépulcraux ressemblent à des calendriers de l’Avent à l’échelle dans lequel chaque saint à sa « fenêtre ».

Fidèle à la tradition new-yorkaise des vitraux, les mausolées de Woodlawn en possèdent de nombreux qui sont parfois d’une beauté époustouflante, en particulier les nombreux d’inspiration art-déco.

Ici, la faune et la flore sont des composantes essentielles d’esthétique funéraire : les écureuils et les lapins pullulent, et on ne s’étonnera pas de voir se promener dans les allées et près des points d’eau canards, paons ou cygnes.

Certains arbres vénérables sont gigantesques, et les essences sélectionnées avec soin participent à l’image que le cimetière veut donner de lui même : une antichambre au paradis qui attend les défunts.

- On peut y trouver un mémorial aux victimes de la catastrophe du Titanic de 1912, le Annie Bliss Titanic Victims Memorial.

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La chapelle du cimetière

Célébrités : les incontournables...


Il ne s’agira pas ici de présenter toutes les « célébrités » du cimetière : grands industriels, figures de la vie culturelle, du sport, sont pour la plupart inconnus en France. Pour les puristes, il sera facile de trouver des listes les plus exhaustives possibles, que ce soit sur la page Findagrave du cimetière ou sur la page wikipedia américaine (plus riche)... Comme d’habitude pour les cimetières étrangers, je me bornerai à présenter celles qui ont une notoriété en France. Comme nous le verrons, la musique, particulièrement le jazz, sera en ce lieu mis à l’honneur avec des très grandes pointures.

- Le sculpteur cubiste américain d’origine ukrainienne Alexander ARCHIPENKO (1887- 1964), qui fit plusieurs séjours en France, en particulier à la Ruche, à Paris.

- Irving BERLIN (Israël Baline : 1888-1989), compositeur américain d’origine juive russe, il dut sa renommée aux nombreuses comédies musicales dont il signa la musique. Sa chanson la plus connue est probablement Cheek to Cheek, créée pour Fred Astaire dans le film Le Danseur du dessus, emblématique de ce genre musical. Il fut aussi l’auteur de God Bless America, chanson patriotique composée en 1918 et souvent considérée comme l’hymne national officieux américain ; et de la chanson White Christmas, single le plus vendu de toute l’histoire du marché du disque (plus de 50 000 000 de copies écoulées).

- Celia CRUZ (1925-2003) : chanteuse cubaine dont les sonorités latines et endiablées ont fait danser le monde pendant plus de cinquante ans. Surnommée « la Reina de la salsa », sa carrière reste également marquée par sa fuite du Cuba de Fidel Castro, et l’impact politique de son geste.

- Miles DAVIS (1926-1991) : compositeur et trompettiste de jazz, il fut à la pointe de beaucoup d’évolutions dans le jazz et s’est particulièrement distingué par sa capacité à découvrir et à s’entourer de nouveaux talents. Son jeu se caractérise par une grande sensibilité musicale et par la fragilité qu’il arrive à donner au son. Il fut le pionnier du jazz fusion et un des premiers musiciens noirs à s’être fait connaître et accepter par l’Amérique moyenne, sans occulter pour autant ses prises de position politique en faveur de la cause noire et de sa lutte contre le racisme, menée avec la colère permanente d’un homme au caractère réputé ombrageux. En France, c’est l’enregistrement de la musique du film Ascenseur pour l’échafaud (1957) de Louis Malle qui le rendit célèbre.

- Duke ELLINGTON (1899-1974) : pianiste, compositeur et chef d’orchestre de jazz,
son orchestre était un des plus réputés de l’histoire du jazz avec celui de Count Basie, comprenant des musiciens qui étaient parfois considérés, tout autant que lui, comme des géants de cette musique. Il avait l’habitude de composer spécifiquement pour certains de ses musiciens en tenant compte de leurs points forts et il laissa de très nombreux « standards ». Il enregistra pour un grand nombre de maisons de disques américaines et a joué dans plusieurs films. Avec son orchestre, il a fait des tournées régulières aux États-Unis et en Europe jusqu’à sa mort.

- James Montgomery FLAGG (1877-1960) : peintre et illustrateur ; artiste éclectique, il fit aussi bien de la peinture classique que de la bande dessinée, mais il est surtout connu pour ses affiches. De fait, si son nom est peu connu, l’une de ses affiches l’est par tous : créée en 1917 pour encourager le recrutement dans l’armée des États-Unis pendant la Première Guerre mondiale, elle montre l’Oncle Sam pointant son doigt vers l’observateur. Plus de 4 millions de copies de l’affiche de Flagg ont été imprimées pendant la Première Guerre mondiale, et elle a été réutilisée lors de la Seconde Guerre mondiale. L’artiste a employé son propre visage pour celui de l’Oncle Sam (ajoutant de l’âge et la barbiche blanche).

- Lionel HAMPTON (1908-2002) : vibraphoniste, pianiste et batteur de jazz américain, surnommé « Le lion », il a été le premier géant du jazz à donner ses lettres de noblesse au vibraphone en tant qu’instrument soliste. Ses interprétations se caractérisent par une grande virtuosité.

- Coleman HAWKINS (1904-1969) : saxophoniste ténor de jazz, il fut l’un des solistes majeurs du middle jazz. Il a marqué et inspiré plusieurs générations de saxophonistes. Sa sonorité large, riche en harmoniques, axée sur un vibrato puissant et une ample dynamique, son phrasé staccato généreux et très élaboré, son inventivité mélodique et sa maîtrise technique feront de bean pendant deux décennies le roi de l’instrument. Déçu par l’industrie musicale, démotivé, il sombra dans l’alcoolisme. Malgré sa santé déclinante, il trouva encore la force d’apparaître sur quelques scènes ou dans des films et de gérer un petit club de jazz.

- Jean-Baptiste ILLINOIS-JACQUET (1922-2004) : saxophoniste ténor de jazz, né en Louisiane d’une mère sioux et d’un père créole, il fut membre des plus fameux orchestre de jazz de son époque. Il ouvrit la voie à une nouvelle approche du saxophone, qualifiée parfois de Texas tenor style en référence à son groupe.

- Fiorello LA GUARDIA (1882-1947) : membre du parti républicain, il fut représentant de New York (1917-1919 et 1923-1933) puis maire de la ville à trois reprises de 1934 à 1945. Il resta dans l’histoire comme un maire important du fait de sa gestion de la ville au lendemain de la Grande Dépression des années 1930, s’attaquant aux machines à sous de la mafia et purgeant la police de la corruption qui y sévissait. Il a donné son nom à l’un des aéroports internationaux de New York, ainsi qu’à une école : la Fiorello H. LaGuardia High School of Music & Art and Performing Arts, créée par lui en 1936 et popularisée par le film Fame.

- Jackie McLEAN (1931-2006) : saxophoniste alto de jazz, il joua et enregistra avec les plus grands et enseigna le jazz et l’histoire de la musique afro-américaine.

- Herman MELVILLE (1819-1891) : Célèbre pour son chef-d’oeuvre littéraire Moby Dick, celui qui est désormais considéré comme l’un des plus grands écrivains américain ne connut surtout le succès que de manière posthume. C’est en effet dans les années 1920 qu’il a été redécouvert, alors qu’il écrivait au milieu du siècle précédent. Il fut tour à tour banquier, instituteur et comptable avant d’embarquer comme mousse sur un bateau, en 1839. À partir de ce moment-là, il vécut de nombreuses aventures en mer, notamment à bord d’un baleinier, ce qui lui inspirera l’histoire de son plus fameux roman. On lui doit également des poèmes.

- Otto PREMINGER (1906-1986) : réalisateur américain d’origine autrichienne, il choisit l’exil en 1935 et rejoignit les Etats-Unis où il connut son premier succès avec Laura en 1944. Son apogée est liée à l’apogée du film noir, l’expressionnisme influençant le film policier, apportant une touche européenne au genre noir. Otto Preminger réalisa des films enracinés dans la réalité, comme Mark Dixon, détective en 1950 ou Un si doux visage en 1952. Il s’essaya au western avec Robert Mitchum aux côtés de Marylin Monroe en 1954 avec Rivière sans retour. Il adapta Sagan dans Bonjour tristesse.

- Joseph PULITZER (József Politzer : 1847-1911) : journaliste et homme de presse d’origine hongroise, il créa en 1904 le prix qui porte son nom, un très prestigieux prix littéraire, attribué annuellement depuis 1917 (récompensant des œuvres dans les domaines du journalisme, de la littérature et de la musique classique, parmi des personnalités uniquement américaines). Il repose, ainsi que d’autres membres de sa famille, près du monument familial orné d’une statue en bronze par William Ordway Partridge.

- Max ROACH (1924-2007) : percussionniste, batteur et compositeur de jazz, il fut un pionnier du bebop et aborda aussi beaucoup d’autres styles de musiques. Il travailla avec une multitude de musiciens de jazz dont Coleman Hawkins, Dizzy Gillespie, Charlie Parker, Miles Davis, Duke Ellington, Charles Mingus, Sonny Rollins ou encore Clifford Brown. Roach mena aussi ses propres formations et pris part, au travers de son art, au mouvement des droits civiques des Noirs américains.


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vendredi 14 février 2014

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