NUITS-SAINT-GEORGES (21) : cimetières

visité en août 2020
dimanche 4 avril 2021
par  Philippe Landru


Ancien cimetière



L’ancien cimetière de Nuits-Saint-Georges qui se développa autour de l’église Saint-Symphorien se distingue par une large conservation de ses tombeaux anciens autour de l’église. Il offre une promenade très agréable, prenant à certains endroits des allures de vieux cimetière anglais.

On s’en doute, l’activité viticole de la région est très présente dans le cimetière, les grandes familles d’exploitants y étant inhumées.

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Tombeau de la famille Faivelay, un des grands domaines de Nuits-Saint-Georges.

La plus grande chapelle du cimetière se trouve dans cette partie ancienne : il s’agit de celle des Marey-Monge. Le fronton porte le nom de Ernest-Barthélémy (+1852).

Le site « cimetières de France » recense les neuf occupants de cette chapelle, à savoir (par ordre de naissance) :

- Adélaïde Philippine Dubard de Curley (1774-1843)
- Nicolas Claude Joseph Marey de Gassendi (1780-1861)
- Ernest Barthélémy Marey-Monge (1809-1852)
- Jeanne Pierrette Sophie Marey-Monge (1815-1893)
- Jeanne Marey-Monge (1816-1893)
- Marie Claude Ernest Marey-Monge (1836-1845)
- Marie Paul Marey-Monge (1838-1881)
- Jane Marie Dupont (1840-1868)
- Marie Dupont (1968-1968)

Cette famille descend à la fois du conventionnel Nicolas-Joseph Marey (+1818) et du mathématicien Gaspard Monge. A priori, les personnalités les plus notables de la lignée ne s’y trouvent pas. Le conventionnel, mais également son fils le général et sénateur Guillaume-Stanislas (+1863), moururent à Pomard. Je n’ai pas visité son cimetière mais il est probable qu’un tombeau de famille s’y trouve, dans lequel ils pourraient reposer.

Il existe une autre tombe Marey dans le cimetière où reposent Guillaume-Félix Marey (+1869) et son épouse Félicité de Champeaux de la Boulaye (+1866).

La guerre franco-prussienne de 1870 a laissé des traces à Nuits : le 18 décembre 1870, la division badoise, qui voulait s’ouvrir un passage vers Lyon, s’empara de la commune de Nuits aux prix de combats rudes. Dès le lendemain, elle abanda la ville et retourna sur Dijon.

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Tombeaux où reposent 80 soldats badois tombés à Nuits le 18 décembre 1870.
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Monument aux morts français de la guerre de 1870.
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L’unique œuvre d’art de bronze du cimetière.

Où repose Georges Dumézil ?

Toutes les sources -mais il est vrai qu’elles se recopient les unes les autres- font de ce cimetière le lieu de repos de Georges Dumézil. En fait, la réalité semble plus complexe.

Georges DUMÉZIL (1898-1986) fut un philologue, historien des religions et anthropologue dont le travail eut une portée considérable, en particulier sur les sociétés et les religions indo-européennes, qui fait toujours l’objet de travaux d’approfondissement et de controverses. Il ouvrit de nouvelles perspectives à de nombreux chercheurs en sciences humaines. Maîtrisant une vingtaine de langues, il a procédé à un important travail d’étude comparative exacte et directe des textes les plus anciens des mythologies et des religions des peuples indo-européens. II a ainsi démontré que beaucoup de ces récits étaient organisés selon des structures narratives semblables et que ces mythes traduisaient une conception de la société organisée selon trois fonctions : la fonction du sacré et de la souveraineté ; la fonction guerrière ; la fonction de production et de reproduction. Il enseigna au Collège de France, de 1949 à 1968, à la chaire des civilisations indo-européennes créée pour lui. Membre d’ l’Académie des inscriptions et belles-lettres, il fut admis à l’Académie française en 1978.

Dans ce cimetière se trouve la tombe impeccable de la famille Marchand : c’est celle de son épouse et cette dernière (Madeleine Dumézil-Legrand : 1897-1987) y repose bien. On pourrait donc penser qu’il repose ici, mais son identité n’est pas portée.

Dès lors, plusieurs hypothèses :
- la première, qui voudrait que son nom est été « oublié » ne tient pas la route. La tombe est fort bien entretenue et on voit mal pourquoi la famille aurait omis de mentionner le plus prestigieux d’entre eux.
- Georges Dumézil eut durant sa vie des rapports avec l’extrême-droite, même s’il ne fut jamais démontré qu’il partageait ses idées. A t-on voulu conserver la discrétion sur le tombeau pour éviter des polémiques ?
- La tombe de la famille Dumézil se trouve dans la 19e division du cimetière Montparnasse à Paris. On y trouve son père, le général de division Jean DUMÉZIL (1857-1929) et son fils, le psychanalyste Claude DUMÉZIL (1929-2013 [1]). Un In Memoriam évoquant Georges y figure, et rien ne laisse penser qu’il y ait été inhumé.
- J’ai contacté à plusieurs reprises la mairie de Nuits-Saint-Georges sans obtenir aucune réponse.
Bref...
Tout laisse à penser que Georges Dumézil repose bien dans le caveau de famille de son épouse sans que l’on sache pourquoi son identité n’y est pas mentionnée.

On trouve ici les sépultures de :

- Bernard BARBIER (1924-1998) : maire de la commune de 1969 à 1995, il fut sénateur de la Côte-d’Or de 1979 à 1998.

- Le général Jean-Jacques BASILIEN, comte de GASSENDI (1748-1828), qui fit les campagnes de la Révolution et de l’Empire, dont il fut fait comte. Il entra au Sénat conservateur en 1813, adhéra à la déchéance de l’empereur en 1814 et fut créé pair de France par Louis XVIII. Aux Cent-Jours, il accepta la même dignité de Napoléon, et au retour des Bourbons lors de la Seconde Restauration, il fut donc exclu de la chambre haute. Il était lié généalogiquement à la famille Marey-Monge.

- Le colonel de la Révolution et de l’Empire Alexandre BERTHIER de GRANDRY (1745-1832). Son épouse était une Marey.

- Marie-Thérèse BERTHIER (1948-2015) et John-Thomas SWEENEY (né en 1946) sont historiens et archivistes, spécialistes de l’histoire de la Bourgogne sur laquelle ils ont fait paraître de très nombreux ouvrages à quatre mains. Elle repose, dans l’attente de son époux, dans un tombeau original.

- Maurice JAVILLIER (1875-1955) : pharmacien et biochimiste, professeur de la 8chaire de chimie biologique à la Sorbonne, il fut président de l’Académie nationale de pharmacie et de l’Académie des sciences.

- L’organiste et compositeur Georges KRENGER (1816-1877).

-  L’as de l’aviation Georges VALENTIN (1908-1944), il fut abattu par une batterie de la défense antiaérienne allemande.


Nouveau cimetière



Il est situé en face de l’ancien, de l’autre coté de la rue. Il a évidemment beaucoup moins de caractère et aucune tombe à ma connaissance ne le distingue particulièrement.


[1A l’époque où j’ai pris la photo, son fils n’était pas décédé.


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vendredi 14 février 2014

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