POINTE-A-PITRE (971) : cimetière

Visité en avril 2019
mardi 16 juillet 2019
par  Philippe Landru

Le cimetière, situé sur la colline calcaire, le « morne Miquel » (ancienne propriété Miquel), fut créé en 1807 suivant un plan rigoureux : voie principale pavée à l’ancienne, allées secondaires. L’art funéraire éclectique témoigne de l’évolution de la ville.

Les tombes les plus anciennes sont celles des notabilités administratives et militaires de l’île, essentiellement d’origine métropolitaine. Les tombes les plus récentes témoignent en revanche d’une plus grande disparité.

Plusieurs styles cohabitent, la plupart des tombes ne respirant pas l’opulence : ici plus qu’ailleurs, les matériaux « nobles » font la place à du ciment ou du béton, ou au carrelage, caractéristique commune à la plupart des cimetières antillais, même si on sent que beaucoup de sépultures sont visités (en période de Toussaint, le lieu est transfiguré par les innombrables bougies). Il est vrai que le climat se rappelle régulièrement à la mémoire, nécessitant des réfections. Le cimetière de Pointe-à-Pitre est un bel endormi, conservant des témoignages fatigués d’une autre époque.


Curiosités


- Gabriel Théobald Bouscaren (+1880) fut un militaire qui participa notamment à la conquête de l’Algérie dans l’Armée d’Afrique, aux côtés du général Bugeaud. Il termina sa vie en Guadeloupe et fut inhumé ici. Sa tombe est devenue un lieu de culte magique populaire en Guadeloupe : elle est constamment fleurie, et le commandant est invoqué pour résoudre des problèmes personnels. Un buste en marbre surmontait la stèle, mais il fut volé en 1994. Les raisons de cette vénération sont inconnues, puisque sa biographie ne comporte apparemment aucun lien avec la sorcellerie. Sa stèle est recouverte de prénoms et d’incantations superstitieuses.

Dans le même genre, le socle du calvaire central sert d’écritoire à certains qui viennent y indiquer des suppliques ou, comme c’est le cas ici, d’une liste de noms d’ennemis, priant la divinité de se débarrasser d’eux !

La tombe Petreluzzi (ornée d’un buste) permet d’appréhender un aspect de l’immigration en Guadeloupe. Leopoldo Petrelluzi était un capitaine au Longs-cours originaire de Meta di Sorrento, en Italie. Il débarqua en Guadeloupe en février 1896 et tomba amoureux d’une fille de colon, Laurence Collin de la Roncière, qui vivait avec sa famille dans une des îles dans le port du port de Pointe-à-Pitre. Il s’installa et acheta l’année suivante l’île à côté de celle de sa bien-aimée, qui dans les cartes nautiques actuelles porte encore le nom de « l’île Petrelluzzi. » C’est sur cette petite île – aussi appelée « l’île des feuilles » - que nacquit en 1887 le poète Saint John Perse [1]. Plusieurs centaines de descendants de ce couple vivent actuellement à la Guadeloupe.

- «  On entendait rarement son prénom. Michel-Théodore Numa, mort le 28 juin à Pointe-à-Pitre, à 77 ans, était »le docteur Numa« . Avec lui disparaît l’un des dix-huit accusés du procès des Guadeloupéens devant la Cour de sûreté de l’Etat, en 1968, et un militant de la décolonisation. A ce procès, où les témoins de la défense s’appelaient Aimé Césaire et Jean-Paul Sartre, Michel Numa eut l’occasion de s’expliquer sur sa proximité avec le Groupe d’organisation nationale de la Guadeloupe (GONG), mouvement indépendantiste dont plusieurs membres furent emprisonnés, comme lui, après les événements de mai 1967 en Guadeloupe. Il sera acquitté comme onze de ses compatriotes ». article nécrologique du Monde, 07 juillet 2010.

JPEG - 44 ko
Tombe de Marie-Charlotte Dekphine Harrigot, née Arsonneau
« victime de la fièvre jaune à vingt ans le 29 novembre 1852 »
JPEG - 39.8 ko
Une stèle du cimetière affiche « honneur et respect à tous les communistes disparus »

- Une « chapelle-blockhaus » possession de la gendarmerie nationale.

- Pas de sculpture imposante ni de médaillon ici, mais quelques bustes, fatigués pour certains.

JPEG - 38.2 ko
Le buste de Charles-Gabriel Amic (+1861), médecin militaire.
JPEG - 34.5 ko
Un buste qui connut des jours meilleurs ! (tombe Archinard)

JPEG - 27.8 ko
Un buste disparu sur la tombe des sucriers Monnerot par Henri-Frédéric Iselin
JPEG - 49 ko
Sépulture Cafiero


Célébrités : les incontournables...


Aucune à ma connaissance


... mais aussi


- Le peintre abstrait suisse Wolf BARTH (Paul-Wolfgang Barth : 1926-2010).

- L’architecte caribéen Gérard Michel CORBIN (1905-1975). Avec lui repose le poète Henri CORBIN (1931-2015), qui collabora à plusieurs revues (Esprit, Les Lettres nouvelles, les Temps modernes, les Cahiers du Sud, Présence africaine, Acoma ..), et qui fut l’auteur de nombreux recueils poétiques.

- Mery ELYSÉE (1896-1971) : pionnière de l’action sociale en Guadeloupe, elle s’engagea dans l’aide aux plus démunis après le terrible cyclone de 1928.

- Ferdinand-Joseph L’HERMINIER (1802-1866) : médecin, directeur de l’hôpital de Pointe-à-Pitre (à ce poste, il dut faire face à deux crises sanitaires majeures à la suite du séisme de 1843 puis de l’épidémie de choléra en 1865), il fut également botaniste et zoologiste. Sa tombe se trouve sur le point culminant du cimetière, ornée d’un buste par Pierre Robinet.

- Hégésipe Jean LÉGITIMUS (1868-1944) : député (1898-1902 puis 1906 à 1914), conseiller général et maire de Pointe-à-Pitre, il fut le fondateur principal du mouvement socialiste de la Guadeloupe, et marqua fortement la vie politique française au début du XXe siècle où on le surnommait Jaurès Noir. Il fut le premier noir à siéger à l’assemblée parlementaire depuis 1848 aux côtés de Jules Guesde, Jean Jaurès et Léon Blum, dont il fut l’ami. Il fut l’un des plus jeunes députés français, âgé de 30 ans au moment de son mandat. Invité en 1938 afin d’être fait chevalier de la Légion d’honneur, il fut retenu en France contre son gré à cause de la déclaration de guerre, et décéda à Angles-sur-l’Anglin, où il fut enterré le 3 décembre. Ses obsèques nationales officielles eurent lieu, après le rapatriement de sa dépouille en Guadeloupe, à Pointe-à-Pitre, le 2 avril 1947. Membre d’une célèbre famille de Guadeloupe (originaire de Marie-Galante) qui donna plusieurs hommes politiques et artistes, il était le beau-père de Darling Légitimus et l’arrière-grand père de l’acteur français Pascal Légitimus. Sa tombe se trouve à l’entrée du cimetière.

- Achille RENÉ-BOISNEUF (1873-1927) : fils d’un esclave affranchi, il fut maire de la commune et député radical socialiste de 1914 à 1924.

- VELO (Marcel Lollia : 1931-1984) : percussionniste guadeloupéen, maître tanbouyé (joueur de tambour) de la Guadeloupe. Une statue de lui jouant du ka est située au centre de Pointe-à-Pitre.


[1Il existe sur le net une riche documentation sur cette famille.


Commentaires

Brèves

Qui est derrière ce site ?

vendredi 14 février 2014

Pour en savoir un peu plus sur ce site et son auteur :

- Pourquoi s’intéresser aux cimetières ?
- Pourquoi un site sur les cimetières ?
- Qui est derrière ce site ?