ABBEVILLE (80) : cimetière (Notre-Dame) de la Chapelle

Visité en octobre 2015
lundi 30 novembre 2015
par  Philippe Landru

Le cimetière, qui entoure l’église, a pris le nom de cimetière Notre-Dame de la Chapelle. Il est devenu l’unique vieux cimetière de la ville, depuis la suppression de celui de la porte du Bois, en 1860. La présence d’une nécropole à cet endroit remonte à des époques très anciennes, puisqu’on y a trouvé une présence mérovingienne. Selon la légende, il aurait été tracé par les pas de la Vierge !

On entre par la partie la plus ancienne, autour de l’église Notre-Dame-de-la-Chapelle : simple chapelle à l’origine élevée sur un ancien temple païen, elle fut remplacée par une église qui fut détruite à la Révolution, à l’exception du clocher et d’une porte en ogive. Elle fut reconstruite en 1804. A l’extérieur se dessine un étrange espace, sorte d’amorce d’un cloître.

Malgré de nombreuses reprises, plusieurs tombeaux anciens subsistent tout autour de l’église. La plus ancienne concession du lieu (dans le sens moderne du terme) remonte à 1838.

A mesure que l’on monte (le cimetière s’étage en pente douce, composé de dénivelés inégaux), des parties plus récentes apparaissent : celle du second XIXe siècle tout d’abord, composée de nombreuses chapelles assez imposantes, puis les parties plus contemporaines. Sur les hauteurs, le cimetière militaire, même si l’ensemble du lieu est mité de carré de soldats ou de victimes de la guerre.


Curiosités


- Le monument le plus étonnant du cimetière est appelé le Gisant des amoureux, imposante sculpture d’un couple se tenant par la main, les doigts entrelacés. On ne connait pas l’identité du dit couple, tout juste sait-on que la concession fut achetée en 1866 par un voiturier abbevillois, Adolphe Masse, mais aucune mention d’inhumation n’est faite pour cet emplacement. Aucune inscription n’est portée sur la sépulture. Le bronze est signé du sculpteur abbevillois Emmanuel Fontaine.

- L’enclos de la famille de magistrats et d’officiers Blondin de Saint-Hilaire s’organise autour d’un double bas-relief.

- La présence d’un carré des victirnes des bombardements aériens allemands du 20 mai 1940, durant lesquels la ville fut détruite à 60%. En raison du grand nombre de réfugiés qui s’y trouvaient, on ignore le nombre exact de tués.

- Un étonnant petit dépositoire ancien qui hésite entre les toilettes et le confessionnal !

- Une tombe en forme de tonnelle, où se trouve une table, deux bancs et, sur le pan mitoyen d’une petite chapelle funéraire, une forme suggérant… un phallus !

- Comme n’importe quel grand cimetière urbain, celui d’Abbeville possède son lot de médaillons et de bas-reliefs de curés, notables et officiers locaux.

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Tombe (avec buste) très abîmée du négociant Leday.

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Médaillon du manufacturier Jean-Antoine Vayson, par Emmanuel Fontaine.
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Le médaillon du prêtre missionnaire Achille Elluin, réalisé par Léon Perzinka en 1889.

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La mappemonde, le compas et la carte : la tombe d’un capitaine au long cours.

Célébrités : les incontournables...


- Jacques BOUCHER de PERTHES


... mais aussi


- L’amiral Amédée COURBET (1827-1885), qui mena des missions aux Antilles avant de devenir gouverneur de la Nouvelle-Calédonie en 1880. En 1883, il combattit les Pavillons noirs en Cochinchine : nommé vice-amiral, commandant en chef de toutes les forces navales d’Extrême-Orient, il fut le principal artisan de la finalisation de la colonisation de l’Indochine (campagnes du Tonkin et de l’Annam). Il mena la guerre contre les Chinois et fut considéré comme un héros national. C’est dans un archipel chinois qu’il mourut de maladie : sa dépouille fut ramenée en France, eut des obsèques aux Invalides et fut inhumée ici. Son sabre fut déposé dans la chapelle « Marine » de la basilique du Sacré-Cœur de Montmartre. Son monument est l’oeuvre du sculpteur Emmanuel Fontaine.

- L’avocat Emile DELIGNIÈRES (1836-1910), auteur de publications sur l’histoire locale.

- Sous une tombe ancienne recouverte par la végétation repose la famille d’imprimeurs DEVÉRITÉ. Parmi eux reposent Louis Alexandre (1743-1818), qui fut député de la Somme à la Convention. Arrêté en juillet 1793 comme suspect de complicité avec les Girondins, il se cacha à Paris fut réinvesti dans ses fonctions quelques mois après. Il fut par la suite réélu député au Conseil des Anciens.

- André DUMONT (1764-1838) : député montagnard qui se fit connaître par sa violence verbale, éphémère président de la Convention en 1794, il fut un zélé thermidorien après la chute de Robespierre. Membre du Conseil des Cinq-Cents, favorable au Coup d’Etat de brumaire, il devint préfet du Pas-de-Calais durant les Cent jours. J’ignore si sa tombe se trouve encore dans ce cimetière.

- Le statuaire Emmanuel FONTAINE (1856-1935).

- Les historiens François-César (1786-1862) et son fils Charles-Léopold (1812-1882) LOUANDRE. Le second collabora à divers recueils de l’époque, dont la Revue des deux Mondes. Leur stèle reproduit plusieurs de leurs parutions, s’intéressant souvent à l’histoire de la région.

- L’architecte Alfred MARCHAND (1837-1903) et son fils, également Alfred (1867-1923). C’est au second que l’on doit les Bains-douches d’Abbeville, classés Monument historique.

- Le poète Charles-Hubert MILLEVOYE (1782-1816), dont le style illustra la transition entre le classicisme déclinant et l’aube du romantisme, dont il est considéré comme l’un des précurseurs. Il mourut des suites d’une chute de cheval. Il fut inhumé dans la 45ème division du Père Lachaise, dans un tombeau que l’on peut encore voir sur certaines gravures anciennes. Il y reposa jusqu’en 1834, date à laquelle sa veuve fit transférer ses restes (qui étaient dans une concession temporaire) dans le cimetière d’Abbeville. Cette sépulture est constituée de deux stèles semblables : sur l’une on lit le nom Millevoye écrit en belle gothique. Sur la stèle de gauche sont indiquées, parmi les autres membres de la famille, celle de son épouse, mais également de son petit-fils, Lucien MILLEVOYE (1850-1918). Journaliste et avocat, catholique fervent, nationaliste et antisémite, il fut un proche du général Boulanger, dont il rédigea les programmes et discours. Député du XVIe arrondissement de Paris de 1889 à 1893, puis de 1898 à sa mort, il fut l’un des piliers du camp antidreyfusard.

- L’historien régional Ernest PRAROND (1821-1909), qui repose sous un médaillon d’Emmanuel Fontaine (celui de son épouse a disparu).

- Joris VAN SEVEREN (1894-1940) : nationaliste flamand, il fut le fondateur et dirigeant du Verdinaso, mouvement antidémocratique et antisémite. Il fut arrêté en mai 1940. Évacué de la prison de Bruges vers la France, il fut incarcéré dans la cave du kiosque du parc d’Abbeville d’où il fut extrait pour être fusillé, avec vingt autres codétenus, par des militaires français fuyant l’avance allemande. Auprès de lui repose la peintre surréaliste belge Rachel BAES (1912-1983), qui fut sa compagne et qui ne se remit jamais de sa mort.



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