LOCHES (37) : église Sainte-Ourse

visité en juillet 2021
mercredi 1er septembre 2021
par  Philippe Landru

L’église Saint-Ours de Loches est une ancienne collégiale dont l’architecture est marquée par deux pyramides creuses à huit faces, les « dubes », élevées vers 1165, ainsi que par son portail polychrome sculpté de personnages et d’animaux tirés du bestiaire du Moyen Âge. Elle fut collégiale sous le vocable de Notre-Dame puis, après la Révolution, le chapitre étant dispersé, elle devint église paroissiale dédiée à saint Ours, abbé de la fin Ve siècle, mais dans le langage commun, la confusion demeure parfois quand elle est désignée sous le nom de collégiale Saint-Ours.

Ludovic Sforza qui a fini ses jours à Loches serait selon certains enterré dans la collégiale. Des fouilles archéologiques en ce sens ont été effectuées en 2019, elles ont mis au jour de nombreuses sépultures. Parmi celles-ci cinq corps de religieux et de nobles du château de Loches datant du XIVe siècle ont pu être identifiés. Mais une dernière dépouille nécessitait la poursuite des fouilles archéologiques qui a mené à une nouvelle campagne débutant le 30 novembre 2020.

L’église Saint-Ourse possède une oeuvre funéraire majeure : le tombeau d’Agnès SOREL (ca1422-1450). Demoiselle d’honneur d’Isabelle Ière de Lorraine, épouse de René d’Anjou, elle devint en 1443 la favorite du roi de France Charles VII, à qui elle donne trois filles qui furent légitimées comme princesses de France et mariées à des grands seigneurs de la cour. Elle mourut avant l’âge de vingt-huit ans, après avoir donné naissance à une quatrième fille morte à la naissance.

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La Vierge allaitante en manteau d’hermine représentée sous les traits d’Agnès Sorel, par Jean Fouquet.

Sa mort fut si rapide qu’on soupçonna un empoisonnement. On accusa Jacques Cœur, désigné comme exécuteur testamentaire. Les soupçons se portèrent également sur le dauphin, futur Louis XI, ennemi du parti qu’elle soutenait.

L’analyse des restes de son cadavre, à l’occasion de l’ultime déplacement de son gisant en 2004 dans l’église Saint-Ours (voir plus loin), a révélé qu’elle était atteinte d’ascaridiose, son tube digestif étant infesté d’œufs d’ascaris ; et qu’elle avait absorbé une dose massive de sels de mercure, une purge utilisée à moindre dose en association avec la fougère mâle pour bloquer la croissance des parasites. Le mercure était aussi utilisé pour les accouchements longs et difficiles et pour les suites d’accouchement, mais là encore à dose nettement réduite par rapport à ce qui a été trouvé lors de ces récentes analyses. C’est l’ingestion d’une dose excessive de ce métal lourd qui a entraîné le syndrome dysentérique puis la mort en moins de soixante-douze heures. L’hypothèse de l’empoisonnement de cette jeune mère vulnérable qui se relevait de couches est nettement plausible.

En utilisant les moyens les plus modernes de Lille (prélèvements ADN), Strasbourg (génétique), Paris (toxicologie) et Reims (parasitologie), la gendarmerie de Rosny-sous-Bois reconstitua son visage à partir de son crâne.

Selon l’usage du XVe siècle, comme elle mourut près de Jumièges, son corps fut partagé entre cette abbaye qui recueillit son cœur et la collégiale Saint-Ours à Loches. C’est en vertu du testament de la défunte, qui léguait une grande partie de ses biens aux moines de la collégiale Saint-Ours, que ceux-ci reçurent le corps embaumé d’Agnès, admirablement coiffé, et vêtu avec simplicité et sans bijou.

Un artiste fut chargé par Charles VII, très éploré, de sculpter un monument d’une grande élégance. Nous ignorons qui était cet artiste ; les historiens hésitent entre Michel Colombe, à qui l’on doit les enfants de la cathédrale de Tours sculptés pour Anne de Bretagne, et Jacques Morel, un autre sculpteur de l’époque. Peut-être s’agit-il de l’œuvre d’un artiste inconnu. Il n’en reste pas moins que ce tombeau rappelle étrangement les monuments dessinés par Jean Fouquet.

Son gisant est constitué d’une statue d’albâtre allongée sur un large socle de marbre noir, dont certaines faces portent en épitaphe des inscriptions sculptées en ce Moyen Âge s’achevant et dont les lettres gothiques autrefois dorées disent :

« Cy gist noble damoyselle Agnès Seurelle en son vivant dame de Beaulté, de Roquesserière, d’Issouldun et de Vernon-sur-Seine piteuse envers toutes les gens et qui largement donnoit de ses biens aux eglyses et aux pauvres laquelle trespassa le IXe jour de février l’an de grâce MCCCCXLIX, priies Dieu pour lame delle. Amen »

La représentation d’Agnès montre un visage calme, serein et très jeune. Elle est vêtue d’un surcot bordé d’hermine et ses cheveux sont ceints d’une couronne signifiant le titre de duchesse que le roi Charles VII, lui avait décerné, mais qu’elle avait refusé, probablement pour ne pas attiser les jalousies et les ressentiments dont elle était l’objet à la cour du roi. Le coussin ou carreau sur lequel s’appuie la tête est soutenu par deux anges et les nombreux plis de la jupe recouvrent une partie du corps des deux agneaux à ses pieds qui rappellent symboliquement son prénom.

Conformément aux dernières volontés de la Dame de Beauté, sa dépouille, déposée dans un triple cercueil de chêne, de plomb, et encore de chêne, surmonté de son gisant d’albâtre, fut installée au milieu du chœur de la collégiale Saint-Ours de Loches. Dès le règne de Louis XI, les chanoines, oubliant les dons de leur bienfaitrice, demandèrent au fils de Charles VII, le déplacement du mausolée, sous prétexte que celui-ci les gênait dans la célébration du culte. Louis XI, qui pourtant détestait la favorite de son père, refusa l’autorisation car les chanoines avaient hérité une partie des biens d’Agnès et s’étaient engagés à dire des messes pour le repos de son âme.

Pendant quelques siècles, le tombeau d’Agnès ne bougea pas, et les chanoines durent s’en accommoder. Leur demande fut réitérée sous Louis XV, qui refusa lui aussi que le gisant de la Dame de Beauté fût déplacé. C’est Louis XVI qui, en 1777, autorisa le transfert dans la nef. Avec la permission de l’archevêque de Tours, on descella le monument, qui donnait sur un caveau contenant le triple cercueil. Les restes non décomposés, une denture en parfait état et des cheveux blond cendré, coiffés en tresse dans le dos et crêpés sur le dessus, en furent ôtés et transférés dans une urne de grès. Le tout fut remis solennellement dans le tombeau que l’on avait réédifié à droite du chœur.

Pendant la Révolution, le tombeau fut profané. L’urne fut jetée dans le cimetière du jardin du presbytère actuel, avant d’être récupérée, tandis que le monument, démonté, brisé par les soldats, fut, après leur passage, entreposé en lieu sûr.

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Le tombeau dans la tour Agnès Sorel - XIXe siècle

Sous le Premier Empire, le préfet envoya les débris à Paris, les fit restaurer par le sculpteur Beauvallet, et entreprit de placer le tombeau dans une sorte de cul-de-basse-fosse, pièce étroite et obscure aux murs énormes, située au pied du donjon qui surplombe la ville et qui est reliée au pignon du château. De 1805 à 1970, la gisante resta dans son sous-sol, soumise à l’admiration de plus en plus enthousiaste des visiteurs de plus en plus nombreux qui venaient voir le tombeau, classé Monument historique en 1892. Mais ces nombreuses visites faisaient courir un nouveau risque au tombeau et en 1970, sur les instances de ceux qui estimaient que ce chef-d’œuvre serait plus à sa place, mieux visible et protégé des risques de dégradation, dans le logis royal du château de Loches. le transfert eut lieu le 4 mars 1970. À la fin de l’année 2004, le conseil général d’Indre-et-Loire décida de rétablir le respect des dernières volontés d’Agnès Sorel : reposer pour l’éternité dans l’église Saint-Ours de Loches, ce qui fut fait au printemps 2005.


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